UNE SOIRÉE CHEZ LA DUBOIS
La Dubois demeurait alors dans la rue Neuve-des- Petits-Champs.
Elle y avait un appartement splendide où venaient successivement la visiter les personnages les plus éminents de la noblesse, de la robe et de la finance. La Dubois n'était plus jeune, mais elle s'était fait autrefois bon nombre d'amis qui avaient vieilli près d'elle et n'avaient pas perdu le souvenir des faveurs qu'elle leur avait accordées dans des temps meilleurs. Elle possédait au suprême degré l'esprit de l'époque ; elle avait également beaucoup d'esprit et beaucoup
de tolérance, et savait pardonner aux femmes qui portaient alors le sceptre éphémère de la galanterie les faiblesses qu'on eût pu trouver à lui reprocher dans l'histoire de son passé.
C'était une femme comme il y en avait beaucoup à cette époque. Sans remords pour leurs propres fautes, elles semblaient avoir été créées et mises au monde exprès pour faire l'éducation galante des jeunes filles et jeter quelques consolations sur les regrets amers des vieilles femmes. Aussi la Dubois était-elle fort aimée. Sans parler des hommes qui trouvaient toujours chez elle une société assez bien choisie et un cercle éblouissant de femmes jeunes et parées, les femmes étaient sûres d'y rencontrer toute la bienveillance qui pouvait assurer leurs premiers pas dans cette route glissante, hélas! et si fréquentée. Bien des intrigues s'y nouaient et s'y dénouaient; on y cotait la vertu, on y marchandait l'honneur, et tout cela au milieu des plus étourdissantes folies, des plus entraînantes ivresses, — c'était la vie alors : un bon mot, un baiser 1 La société du dix-huitième siècle se voyait mourir ; il semble qu'elle ait eu la prescience de sa fin prochaine, et
qu'elle ait voulu, par ses joyeuses saturnales, étouffer le bruit des pas de la Mort qui-approchait !
Lorsque M. Marchant entra dans les appartements de la Dubois, suivi à peu de distance par le jeune comte Horace de Forsanz, il y avait déjà foule, et les conversations et les parties étaient déjà fort animées.
Horace fut frappé en entrant de cette atmosphère chaude et lourde, et presque ébloui de la profusion des lumières et de l'éclat des parures. C'était un bruit confus de rires moqueurs et invitants, de chuchotements mystérieux échangés dans la pénombre des boudoirs retirés, de pièces d'or roulant sur les tapis; des femmes radieuses, folles, presque échevelées, les épaules nues, passaient devant les yeux, et laissaient bien longtemps après, derrière elles, ces âpres et enivrantes émanations qui échauffent le cœur et troublent la raison de l'homme. C'était la première fois qu'un semblable spectacle frappait le regard d'Horace, c'était la première fois qu'une semblable sensation s'emparait de son âme, et il en fut étourdi.
Cependant, si, à travers les premiers éblouisse-
monts du bal, il avait pu observer la contenance de son compagnon et la figure qu'il faisait au milieu de toute cette foule titrée, il eût conçu vraisemblablement de son importance une bonne et salutaire opinion.
Plusieurs grands seigneurs n'avaient pas dédaigné de lui toucher la main, d'autres l'avaient salué avec une bienveillante déférence ; ceux-ci, plus familiers, étnient venus lui parler à voix basse; ceux-là, plus craintifs ou plus honorables peut-être, s'étaient prudemment tenus à l'écart et l'avaient évité. Les femmes surtout s'étaient précipitées à l'envi sur son passage; mais Marchant avait passé, calme et froid, au milieu de leurs caresses et de leurs adulations. Quelques-unes pourtant furent assez heuretttfll pour attirer ses regards; il leur dit quelques paroles flatteuses au passage, et on les vit aussitôt reprendre leur place, le front radieux et les lèvres riantes.
Après qu'Horace eut été présenté à la Dubois, il
abandonna son iatroduetedrêl courut se mêler et se
<: dans la foule agitée des promeneurs. Un feu
brûlant circulait dans ses veines, il avait besoin de
respirer à pleines poitrine cette asmosphère qui l'embrasait; il voulait voir, sentir, toucher ces robes dont le frôlement seul le faisait frissonner. M. Marchant s'était assis auprès de la Dubois, et tout en promenant son regard distrait à travers les salons encombrés, il avait commencé avec la courtisane une conversation à voix basse : •
— Et où en sont vos projets? lui demanda la Dubois d'un ton moitié souriant, moitié inquiet.
— Hum! répondit Marchant, la petite fait la difficile ; nous aurons de la peine, je crois, à vaincre sa répugnance.
— Tant d'autres à sa place seraient heureuses et flattées, objecta la Dubois en étouffant un soupir que lui arrachait sans doute le souvenir et le regret d'un passé perdu à tout jamais. — Et quand comptezvous l'emmènera Versailles? ajouta-t-elle en reprenant aussitôt sa sérénité.
— Je ne sais encore, dit Marchant, il faut auparavant que cette affaire soit en partie étouffée.
— La mère a donc fait des démarches?
— La mère se désole, elle pleure et oublie d'agir : c'est ce qu'il nous faut.
— Mais n'a-t-elle aucun parent?
— Aucun, du moins à Paris.
— Aucun ami?
— Elle attend un jeune gentilhomme, sur l'aide duquel elle compte, m'a-t-on dit, beaucoup.
— Et quel est ce gentilhomme ?
— Le comte Horace de Forsanz.
— Le jeune homme que vous m'avez présenté ce soir?
— Précisément.
— Ah ! je comprends, vous lui procurez de la distraction.
— Il m'a déjà donné bien du mal, répondit Marchant en souriant, mais j'en viendrai à bout.
Il y eut alors un moment de silence ; la Dubois réfléchissait, Marchant regardait.
— Et l'autre? reprit bientôt la vieille courtisane.
— Quel autre? fit Marchant.
— L'amant d'Angélique.
— Ah! ah!
— Roger de Villepreux.
— Oui ! oui !
— Qu'en faites-vous?
— Oh! c'est une histoire... Figurez-vous que les deux gentilshommes, le comte Horace de Forsanz et le comte Roger de Villepreux, qui, s'ils avaient été adroits comme il convient, de l'être, auraient dû s'entendre et s'unir pour la défense de la jeune fille, se sont réciproquement insultés avant-hier sur le pont Neuf, et ont failli se couper la gorge.
— Vraiment ?
— C'est comme je vous le dis...
— Oh ! la bonne comédie !
— S'ils se rencontrent, notre affaire est bonne, et vous savez, ma chère Dubois, que vous êtes toujours de moitié dans les bénéfices.
Il y eut encore un silence, qu'interrompit tout à coup une exclamation presque effrayée de la Dubois.
— A propos, dit-elle à Marchant, elle est ici !...
— De qui voulez-vous parler? demanda Marchant.
— Delà comtesse...
— Vous raillez, sans doute ?
— Je ne raille nullement.
— Qu'est-elle venue faire?
— J'ignore.
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— Saurait-elle quelque chose? murmura Marchan en devenant pensif.
— Cela se pourrait bien... elle sait tout...
— Et où est-elle ?
— Dans le boudoir de gauche.
— J'y vais.
— Pas d'imprudence surtout ! objecta la Dubois en le retenant.
— Soyez tranquille, répondit Marchant... je ne suis pas né d'aujourd'hui, et il y a longtemps que je la connais.
En disant ces mots il se mêla à la foule, fit quelques tours insignifiants à travers les grands appartements, et disparut.
Horace s'était laissé emporter par les flots d'hommes et de femmes qui se balançaient, pleins de murmures et de parfums, au milieu des salons encombrés. Il allait et venait sourdement agité, pendant son regard au regard ardemment voluptueux des femmes, cherchant à comprimer les élans de cette joie immense qui emplissait sa poitrine et noyait son cœur, luttant en vain contre ces <l de possession qui, pour la première fois, brûlaient
ses chairs avec une violence âpre et désordonnée. Mais tout ce qu'il faisait pour étouffer ces ardeurs insensées ne servait qu'à les alimenter, et il ne retombait, haletant, épuisé, dans les langueurs provoquantes que pour se relever bientôt et recommencer la lutte avec une nouvelle fureur.
Toutes ces femmes étaient rieuses, folles, parées, belles surtout, belles de plaisir, d'amour et de volupté; elles avaient des regards brûlants, des lèvres humides; leur chevelure ruisselait abondamment sur leurs épaules nues ; on lisait dans leurs yeux ou sur leur front la gaieté d'un souvenir sans remords ou l'insouciance d'un présent sans lendemain. Jamais la veille n'avait flétri leur peau si blanche, si ce n'est la veille du plaisir ; et ces prêtresses de la volupté ne demandaient pas même aux joies excitantes auxquelles elles se livraient l'oubli passager d'un avenir incertain.
Horace suivait avec ardeur les mouvements qui l'attiraient et le repoussaient alternativement; un sourire l'enivrait, un regard l'illuminait; sa physionomie prenait successivement des reflets tristes ou radieux, selon que ces femmes lui jetaient en pas-
sant, dans leurs longues œillades voilées ou caressantes, des refus ou des promesses. Il sentait une lassitude s'emparer insensiblement de tous ses organes, et essayait en vain de lutter contre cette fatigue voluptueuse qui l'envahissait de toutes parts. Enfin, épuisé de tant de surexcitations nerveuses, il s'arracha violemment des appartements où se trouvait la foule, et courut se réfugier dans les boudoirs retirés. Une fois là, la fièvre qui le dévorait s'apaisa peu à peu, et une sorte d'émotion langoureuse lui succéda; il se jeta sur un sopha et n'entendit plus bientôt que les notes fugitives et lointaines du concert qu'il avait fui et qui venaient, considérablement affaiblies par la distance, le faire encore tressaillir au milieu du silence mystérieux dont il était entouré. Il laissa tomber sa tête dans les mains et rêva...
Quand il sortit de sa longue rêverie, il fut tout étonné de se trouver au milieu de ce boudoir, où il se rappelait à peine être venu chercher le calme et le silence. Il jetaautourde lui un regard étonné, et s'il n'eût entendu en ce moment les bruits lointains du bal, il eût cru avoir rêvé véritablement.
Cependant les bruits avaient perdu de leur éclat; Horace jugea qu'il devait être tard, et songea à se retirer ; mais comme il allait se lever, un objet qu'il n'avait pu encore distinguer aux clartés des lampes vint tout à coup fixer son attention. Il regarda... c'était une femme!.. Cette femme était simplement vêtue, mais sous la simplicité de sa mise, il était impossible de ne pas remarquer un air particulier de noblesse et de distinction. Comme Horace, sans doute, elle était venue chercher dans cette partie retirée des appartements un peu de solitude et de recueillement, et, comme lui, elle s'était oubliée loin du bal dans l'enchantement d'une longue rêverie.
Un de ses bras, appuyé sur une petite table, soutenait nonchalamment sa tête aux lignes pures et correctes; son autre main retombait sur ses genoux.
Dès qu'il la vit, Horace demeura stupéfait; jamais il n'avait contemplé tant de beautés et de grâces, jamais son œil ne s'était arrêté sur des contours aussi harmonieux, jamais sa pensée n'avait osé rêver tant de charme et de chasteté réunis !
A la voir ainsi soucieuse et pensive, rêveuse et mélancolique, on l'eût prise volontiers pour une
reine déchue, dont le front découronné semblait garder encore l'empreinte de la majesté royale.
Horace se leva et fit un pas vers elle.
Mais, avec quelque précaution que ce mouvement eût été fait, la jeune femme l'entendit, et elle releva vivement la tête : elle ne parut ni surprise ni mécontente d'apercevoir Horace. Puis, comme si, après un prompt retour sur elle-même, elle eût pensé que cette rencontre avec un jeune et beau cavalier pouvait la compromettre, elle imita Horace et se dirigea vers la porte, comme pour rentrer au mais il la prévint.
— Vous partez ? lui dit-il en se retournant en même temps qu'elle sur le seuil de la porte.
— Mais il me semble, répondit la jeune femme en souriant, qu'il est une heure convenable pour se retirer.
— Quoi ! s'écria Horace, je vous perdrais déjà, après vous avoir à peine entrevue?...
— Vous avouerez, reprit la jeune femme avec un enjouement gracieux, que c'est un peu votre faute
ut sommes restés si longtemps l'un près de l'autre sans nous adresser une parole.
— C'est vrai ! fit le jeune comte d'un accent douloureux qui parut émouvoir la femme ; mais qu'importe! reprit-il aussitôt, nous sommes ici loin du bruit et de la foule, nul ne songe à nous, et nous pouvons y rester encore une heure sans que l'on s'en aperçoive...
— Il y a trop de personnes disposées à me trouver en faute.
— Quelles sont ces personnes ? demanda Horace en élevant la voix.
— Ah ! prenez garde, fit observer la jeune femme en portant son index à la hauteur de ses lèvres, par un mouvement d'enfantine malice, si vous prenez ce ton on ne manquera pas de s'apercevoir de notre absence.
— Vous consentez donc à rester ? fit Horace avec une joie mal contenue.
— Je ne le devrais pas, mais cependant j'y consens.
Ils allèrent s'asseoir sur le sopha qu'Horace venait de quitter, et reprirent leur conversation un instant interrompue.
— Oh ! combien je bénis le ciel de vous avoir placée sur ma route, dit Horace, après quelques
minutes d'un silence plein d'émotion, et quelle joie c'est pour moi, madame, de vous avoir trouvée dans cette société où je ne connais personne.
— Vous êtes nouvellement arrivé à Paris ? demanda la jeune femme.
— Depuis deux jours seulement.
— Quel est donc votre pays.
— La Bretagne.
— Et votre nom ?
— Le comte Horace de Forsanz.
— Et que comptez-vous faire à Paris ?
— Je n'en sais rien encore, madame.
— Avez-vous l'intention de suivre la carrière des ariies?
— Probablement.
— Vous avez une mère ?
— Oui, madame, et une sœur...
— Sont-ce là toutes les personnes auxquelles vous soyez attaché par un lien ou un sentiment quelconque ?
— Absolument toutes, madame.
— Quoi ! pas une fiancée, pas mime une maie ! s'écria la jeune femme.
— Ni l'une, ni l'autre, répondit Horace.
Il se fit un long silence. Horace était visiblement ému; son interlocutrice ne paraissait pas l'être beaucoup moins. Elle reprit :
— Je suis folle, en vérité, de vous adresser toutes ces questions. Je ferais mieux de vous parler d'autres choses... Voyons, répondez-moi avec franchise. Connaissez-vous Paris ?
— Nullement, madame, dit Horace.
— Y avez- vous été présenté à quelques femmes?
— A aucune.
— Du moins y avez-vous fait connaissance de quelques hommes ?
Horace sourit.
— Les essais que j'ai tentés de ce côté n'ont pas été précisément couronnés de succès, répondit-il. Le jour démon arrivée, mon cheval s'avise d'aller maladroitement donner du poitrail dans la tète d'un gentilhomme, et de celui-là je me suis fait un adversaire.
— Vous vous êtes battu ?.. demanda vivement la jeune femme.
— Non, pas encore, dit Horace, mais j'espère que cela ne tardera pas.
— C'est votre première affaire, peut-être ?
— Vraiment, oui.
— Et sans doute vous ne savez pas fort bien manier une épée?
— Mais je vous demande pardon, madame, j'ai la main passablement sûre, et le coup d'œil assez juste
— N'importe, monsieur le comte; il y a à Paris des hommes qui ne rougissent pas de faire un métier de ces sortes d'affaires, et qui vous tueraient sans oitié. — Quel est le nom de votre adversaire ?
— Le comte Roger de Villepreux.
L'œil de la jeune femme lança un éclair à ce nGm inattendu, et elle saisit le bras d'Horace.
— Monsieur le comte, lui dit-elle avec vivacité, Otes-vous bien sûr que ce soit avec le comte de Villepreux que vous devez vous battre ?
— Parfaitement sûr, madame, répondit Horace.
— En ce cas, monsieur, j'ai un service à vous demander.
— Pour vous, je ferai des rhOBtê impossibles.
— Il ne s'agit que d'une cliose facile.
— Tant pis !.. Qpsls est-elle?
— Ce serait de remettre ce duel.
— Mon Dieu, madame, dit Horace, ce n'est pas moi que vous devrez remercier de ce service.
— Que voulez-vous dire ?
— J'ai reçu ce matin, du comte de Villepreux lui-même, un billet par lequel il me prie de retarder notre rencontre de quelques jours...
— Et vous avez accepté
— J'ai accepté.
— Je vous en remercie.
En disant ces mots, la jeune femme tendit à Horace une main reconnaissante, que celui-ci saisit et garda.
— Je vois, madame, reprit-il après ce nouveau silence et en prenant un ton de douloureuse désespérance, que j'avais tort de me bercer tout à l'heure d'un espoir qui ne m'est plus permis maintenant.
— De quel espoir voulez-vous parler, monsieur le comte ? répondit la jeune femme en recouvrant toute sa sérénité et tout son enjouement.
— Vous vous raillez de moi, poursuivit Horace, vous vous jouez des douleurs qui sont mon partage. Ah! pourtant, madame, si vous pouviez lire
au fond de mon cœur, et voir tout ce qu'il contient en ce moment d'amour et d'adoration, j'ensuis sûr, car je vous crois aussi bonne que vous êtes belle, vous auriez pitié des tourments que j'endure, et vous ne partiriez pas d'ici sans me donner un peu d'espoir...
— Je ne comprends pas, objecta son interlocutrice; pourquoi l'espoir que vous aviez conçu tou^ à l'heure s'est-il sitôt envolé.
— Vous aimez, madame, je l'ai deviné...
— Et qui avez-vous deviné que j'aima:.s...
— Le comte Roger...
— Lui!...
— Oh !... vous vous défendez en vain...
En ce moment, un bruit imperceptible de pas se fit entendre dans la pièce voisine. La jeune femme bondit avec vivacité :
— Nous sommes épiés !.. s'écria-t-elle.
— Que craignez-vous ? dit Horace.
— Tout ! je crains tout !.. Il faut que je parte !
— Laissez-moi vous accompagner...
— Gardez-vous-en bien !..
— Partirez-vous du moins sans me laisser parole qui me console ?
La jeune femme s'arrêta, tendit encore une fois la main à Horace, et lui dit en souriant :
— Nous nous reverrons, monsieur le comte ; à bientôt !
Puis elle franchit le seuil de la porte et disparut.
Horace était resté seul, ému, étourdi, se demandant avec une inquiétude mêlée de joie quel sentiment nouveau et puissant poussait dans son cœur des racines si profondes. Il fit quelques pas pour rentrer dans le bal, et se trouva face à face avec Marchant.
— Eh ! eh ! lui dit ce dernier, dès qu'il l'aperçut, pas mal, pas mal, monsieur le comte ; pour un début, vous avez eu la main heureuse.
— Je ne sais ce que vous voulez dire, interrompit Horace, en essayant de se soustra're aux poursuites importunes de Marchant.
— Vous êtes discret , bon ! vous irez loin , mon cher comte, poursuivit ce dernier. Savez-vous que c'est une des plus jolies femmes de la cour...
— Vous la connaissez?., fit tout à coup le jeune comte, qui se rappelait seulement alors qu'il avait oublié de demander le nom de son inconnue.
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— Si je la connais ! repartit Marchant; et le roi aussi la connaît...
— Qui donc est-elle ? demanda Horace avec une émotion qu'il eût vainement cherché à cacher.
— La comtesse Dubarry ! répondit Marchant.
11 fit en même temps un demi-tour sur lui-même et alla s'asseoir auprès de la Dubois.