CHAPITRE I. — LAPLACE ET SES SUCCESSEURS
sphère s'est étendue, à une épocjue quelconque, jusqu'à sa limite, elle a dû, en se i^efroidissant, abandonner les molécules situées à cette limite et aux limites successives produites par l'accroissenient de la rotation du Soleil. Ces molécides abandonnées ont continué de circuler autour de cet astre, puisque leur force centrifuge était balancée par leur pesanteur. Mais, cette égalité n'ayant point lieu par rapport aux molécules atmosphériques placées sur les parallèles à l'équateur solaire, celles-ci se sont rapprochées, par leur pesanteur, de l'atmosphère à mesure qu'elles se condensaient et elles n'ont cessé de lui appartenir qu'autant que, par ce mouvement, elles se sont rapprochées de cet équateur.
» Considérons maintenant les zones de vapeur successivement abandonnées. Ces zones ont du, selon toute vraisemblance, former, par leur condensation et l'attraction mutuelle de leurs molécules, divers anneaux concentriques de vapeur circulant autour du Soleil. Le frottement mutuel des molécules de chaque anneau a du accélérer les unes et retarder les autres, jusqu'à ce cpi'elles aient acquis un même mouvement angulaire; ainsi les vitesses réelles des molécules plus éloignées du centre de l'astre ont été plus grandes. La cause suivante a dû contribuer encore à cette diflerence de vitesse. Les molécules les plus distantes du Soleil et qui, par les elTets du refroidissement et de la condensation, s'en sont rapprochées pour former la .partie supérieure de l'anneau ont toujours décrit des aires proportionnelles aux temps, puisque la force centrale dont elles étaient animées a été constamment dirigée vers cet astre; or, cette constance des aires exige un accroissement de vitesse à mesure C[u'elles s'en sont rapprochées. On voit que la même cause a dû diminuer la \itesse des molécules, qui se sont élevées vers l'anneau pour former sa partie inférieure.
» Si toutes les molécules d'un anneau de vapeurs continuaient de se condenser sans se désunir, elles formeraient à la longue un anneau liquide ou solide, mais la régularité que cette formation exige dans toutes les parties de l'anneau et dans leur refroidissement a diî rendre ce phénomène extrêmement rare. Aussi le système solaire n'en offret-il qu'un seul exemple, celui des anneaux de Saturne. Presque toujours chacjue anneau de vapeurs a dû se rouqjre en plusieurs masses (pu, mues avec des \itesses très peu différentes, ont continué de circuler à la uuMne distance autour du Soleil. Ces masses on dû prendre des formes sphéroïdiques, avec un mouvement de rotation dirigé dans
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le sens de leui^ révolulion, puisque leurs molécules inférieures avaient moins de vitesse réelle que les supérieures; elles ont donc- formé autant de planètes à Fétat de vapeur. Mais si l'une d'elles a été assez puissante pour réunir successivement par son attraction toutes les autres autour de son centre, l'anneau de vapeurs aura été ainsi transformé dans une seule masse sphéroïdique de vapeurs circulant autour du Soleil, avec une rotation dirigée dans le sens de sa révolution. Ce dernier cas a été le plus commun; cependant le système solaire nous offre le premier cas dans les quatre petites planètes qui se meuvent entre Jupiter et Mars, à moins qu'on ne suppose, avec M. Olbers, qu'elles formaient primitivement une seule planète, qu'une forte explosion a divisée en plusieurs parties animées de vitesses différentes.
» Maintenant, si nous suivons les changements qu'un refroidissement ultérieur a dû produire dans les planètes en vapeurs dont nous venons de concevoir la formation, nous verrons naître au centre de chacune d'elles un noyau s'accroissant sans cesse par la condensation de ralmosphère qui l'environne. Dans cet état, la planète ressemblait parfaitement au Soleil à l'état de nébuleuse où nous venons de le considérer; le refroidissement a donc dvi produire, aux diverses limites de son atmosphère, des phénomènes semblables à ceux que nous avons décrits, c'est-à-dire des anneaux et des satellites circulant autour de son centre, dans le sens de son mou\ement de rotation et tournant dans le même sens sur eux-mêmes. La distribution régulière de la masse des anneaux de Saturne autour de son centre et dans le plan de son équateur résulte naturellement de cette hypothèse, et sans elle devient inexplicable; ces anneaux me paraissent être des preuves toujours subsistantes de l'extension primitive de l'atmosphère de Saturne et de ses retraites successives. Ainsi les phénomènes singuliers du peu d'excentricité des orbes des planètes et des satellites, du peu d'inclinaison de ces orbes à Téquateur solaire et de l'identité du sens des mouvements de rotation et de révolution de tous ces corps avec celui du Soleil, découlent de l'hypothèse que nous proposons et lui donnent une grande vraisemblance. Si le système solaire s'était formé avec une parfaite régularité, les orbites des corps qui le composent seraient des cercles dont les plans, ainsi cjue ceux des divers équateurs et des anneaux, coïncideraient avec le plan de Técpiateur solaire. Mais on conçoit que les variétés sans nombre qui ont dû