CHAPITRE I. — LAPLACK ET SES SUCCESSEURS
se forment en même temps des anneaux extérieurs. Nous sommes ainsi portés à conclure que Phobos et Deimos doivent leur existence à une même période d'instabilité.
Adoptons cette hypothèse : le rayon moyen de l'orbite de Deimos représente la limite équatoriale a de la nébuleuse martienne quand elle passe par une période d'instabilité, celui de l'orbite de Phobos le ravon moyen R, de l'anneau intérieur formé à la même époque. On peut en déduire, d'après une formule donnée dans la note qui précède la valeur moyenne du coefficient s; on trouve
nombre compris entre les limites trouvées lorsque l'atmosphère est très raréfiée, supposition fort acceptable dans le cas de Mars, car la faible masse des satellites et leurs faibles distances à la planète semblent indiquer qu'au moment de leur formation la nébuleuse martienne était déjà considérablement condensée et entourée d'une atmosphère très peu dçnse.
Formation de la Lune. — Le mode de formation de la Lune dérive aussi, d'après Pvoche, de ses traînées elliptiques. Il commence par établir l'impossibilité de la production autour de la Terre d'anneaux de Laplace.
Depuis l'époque où la rotation de la Terre s'effectuait en un temps égal à la révolution, cette rotation s'est accélérée par degrés; à l'époque où elle s'est trouvée égale à 27^,3, la distance limite équatoriale étant de 60 rayons, la Terre foi^mait une masse lenticulaire, différant complètement d'un sphéroïde de révolution, dont la forme et les dimensions étaient définies par les rayons rectangulaires suivants, estimés en rayons de la Terre, 60, 56 et 4o, le plus grand 60 étant dirigé vers le Soleil ; c'est vers cette distance que s'est formée la Lune.
(( Mais, par suite de la différence croissante des vitesses angulaires de rotation et de translation, la nébuleuse terrestre était soumise à une marée énorme qui déplaçait constamment cet axe équatorial à son intérieur et la maintenait, surtout à l'équateur, dans un état coirtinuel de déformation. On ne peut donc concevoir dans une pareille atmos|)hère un dépôt régulier d'anneaux circulaires suivant le plan de léquateur terrestre soit en dehors, soit en dedans de l'atmosphère, parce que l'écoulement du lluide en excès, au lieu de s'opérer à chaque
■î5i TROISIÈME PARTIE. — FORMATION DU SYSTÈME PLANÉTAIRE.
instant sur tout le jDourtour de l'équateur, n'a lieu que par les deux sommets du grand axe.
» Le fluide abandonné ainsi sporadiquement, ou bien se distribuera en petits amas distincts et isolés pouvant former des astéroïdes irrégulièrement dispersés et qui nous resteront inconnus, ou bien rentrera dans l'atmosphère, à cause de son peu de vitesse, pour s'y dissoudre ou parfois s'y condenser en petits noyaux discontinus qui seront laissés libres plus tard lors du reirait de l'atmosphère qui les enveloppe.
)> Si un de ces noyaux, de dimensions plus considéraljles que les autres, a pu devenir un centre de condensation autour duquel ils se sont groupés, il en est résulté dans l'atmosphère même de la Terre une nouvelle nébuleuse origine de la Lune.
» Cette nébuleuse a nécessairement participé dès le début à la circulation du fluide atmosphérique dans lequel elle nageait pour ainsi dire; elle a dû prendre et conserver un mouvement de rotation égal à son mouvement de translation, autour d'un axe parallèle à l'axe de rotation de l'atmosphère.
» Le noyau lunaire grossit peu à peu par la condensation des matières voisines, sa densité augmente et son adhésion au fluide environnant diminue de plus en plus ; pendant ce temps, le système entier continue à se contracter, et lorsque dans son mouvement de retrait la limite théorique arrive au noyau, celui-ci se détache de l'atmosphère au lieu de la suivre, et continue désormais son mouvement en toute liberté à une distance du centre très voisine de celle de sa formation. »
Résumé. — En résumé. Roche montre que, dans la portion du système solaire limitée parla planète Saturne, la plupart des anomalies apparentes qu'on a rencontrées à la théorie de Laplace s'expliquent aisément d'après les principes mêmes de cette théorie. Ce sont : la formation de l'anneau des Astéroïdes, la singularité que présente la durée de révolution de Phobos, la constitution et le mode de rotation des anneaux de Saturne, ainsi que les conditions particulières dans lesquelles se présente à nous le système Terre-Lune.