CHAPITRE I. — LAPLACE KT SES SUCCESSEURS
Les anneaux de Saturne offrent un exemple frappant de ce mode de constitution et de mouvement.
Toutes les planètes ont donc dû à leur origine avoir un mouvement de rotation rétrograde.
En d'autres termes, à l'origine, les équat^urs de toutes les planètes ont dii avoir par rapport à l'équateur de la nébuleuse solaire une inclinaison voisine de 180".
Mais, après leur séparation de cette nébuleuse, les planètes ne lui sont pas devenues pour ainsi dire indifférentes, uniquement rattachées à elle par la loi mathématique de l'attraction nevvtonienne qui régit leurs mouvements de révolution en considérant toute leur masse comme réunie en leur centre ; de même les satellites ont conservé avec leur planète des relations bien autrement intimes.
La nébuleuse solaire agit d'une façon continue sur chacune des molécules constituant la planète pour la déplacer par rapport à l'ensemble; par suite de cette action, elle change d'une façon continue la forme extérieure de celle-ci (et sans doute aussi sa constitution intérieure), déplace d'une façon continue le plan de son équateur de façon que si, leur distance n'étant pas trop grande, son action est assez intense, elle le ramène en arrière jusqvie vers une inclinaison \oisine de 0°. De là, le partage des planètes en deux groupes : l'un, qui comprend les plus rapprochées du Soleil, les plus récentes, à rotation axiale directe; l'autre, qui comprend les plus éloignées, les plus anciennes, à rotation axiale rétrograde.
Les satellites, qui paraissent s'être en général formés à Tépoque tardive où cette action de la nébuleuse solaire avait accompli la plus grande partie de son eflet. ont pris pour leur mouvement de révolution le même sens que celui de la rotation de la planète à l'époque de leur formation. Mais en outre ils ont, par une action du même genre sur la déformation planétaire, contribué à accentuer ce groupement. Tous ceux provenant du premier groupe de planètes, c'est la presque totalité et ce sont les plus actifs, qui se sont formés alors que rinciinaison du plan de l'équateur planétaire était déjà inférieure à ()o" ont contribué, et contribuent encore, à diminuer cette inclinaison et à amener ce plan vers celui de l'équateur solaire.
Ceux des planètes éloignées, dont l'action solaire n'avait pu attirer
l'équateur au delà de 90", ont au contraire agi, et agissent encore, pour augmenter cette inclinaison et la faire revenir à sa valeur primitive de 180".
Ainsi s'explique la diversité actuelle des inclinaisons des équateurs planétaires et des plans des orbites.
Quoiqu'elles suivent toutes le même mode de formation, les planètes n'ont pas pris naissance dans les mêmes conditions : les plus éloignées, s'étant formées les premières, proviennent d'anneaux volumineux, mais à faible densité ; elles doivent donc être plus grosses et moins denses que les plus récentes dues à des anneaux de moindre volume, mais de densité plus grande. C'est ainsi que s'est formé un second groupement : celui des planètes à fort volume, faible densité, à satellites nombreux, et celui des planètes petites, denses et presque dépourvues de compagnons.
Après le grand efibrt qui a donné naissance à Jupiter, géant du système planétaire, et la condensation qui l'a suivi, la nébuleuse solaire a été pendant quelque temps incapable de détacher assez de matière pour produire un nouvel anneau ; les particules qu'elle a laissées échapper, dispersées dans un espace considérable, n'ont pu se réunir en une seule masse, elles sont restées indépendantes les unes des autres et constituent l'essaim des astéroïdes.
La densité des portions superficielles de la nébuleuse solaire est alors devenue beaucoup plus grande ; les anneaux qu'elle peut détacher sont moins volumineux et donnent naissance à des planètes denses, petites et dans lesquelles le pouvoir producteur de satellites a considérablement diminué et bientôt deviendra nul.
Mars a deux satellites minuscules, dont les dimensions ne surpassent pas celles des astéroïdes de iS*^ grandeur, soit le cinquantième de celles de la Lune; de plus, le plus intérieur d'entre eux circule autour de la planète dans des conditions tout à fait exceptionnelles et dont nous cherchons encore l'explication.
La Terre n'a qu'un compagnon, assez gros d'ailleurs, mais qu'on ne peut facilement assimiler aux satellites des grosses planètes; ce corps s'étant formé à l'intérieur de la nébuleuse terrestre, y ajant vécu longtemps et s'en étant séparé suivant un mode tout particulier (').
(') Voii- à l'C sujet le remarquable (Juvrage La J'erre el la Lune, par M. V. Puiseux.