CHAPITRE II. — MARS
points spéciaux sont inexplicables par aucun procédé naturel. Ils seraient dus à une action intelligente qui, en raison de la rareté de l'eau sur la planète, Ta recueillie, concentrée et canalisée pour la faire aboutir à des points particuliers, rendez-vous de plusieurs canaux, et que Lovvell appelle des oasis. Les canaux sont donc des campagnes artificiellement irriguées, d'étendue parfois considérable, puisque certains d'entre eux ont jusqu'à 6000''°' de longueur et que leur largeur, toujours supérieure à oo"^'", peut atteindre pour certains 300*"" ; il ne faudrait pas, en outre, croire que le nombre en soit petit : pendant l'opposition de 1894-1890, Lowell et ses coUaboi^aleurs en ont pu noter et dessiner jusqu'à 191, et dans leur dernier Mémoire ils en comptent 42" avec 1-2 oasis.
Oasis. — D'autre part, ces points de rendez-vous existent indépendamment des canaux; la surface jaune et désertique de la planète est, en eftet, parsemée d'innombrables petites taches rondes ou ovales, permanentes, et par lesquelles viennent passer les canaux à mesure de leur visibilité ou de leur formation : on n'a jamais vu un seul canal qui ne passe pas par un nombre plus ou moins grand de ces taches, en sorte que quelques-uns d'entre ces canaux « font penser à un collier de perles entourant le globe de la planète ». D'après Lovvell, ces taches sont le but de l'existence des canaux; elles constitueraient sans doute les centres d'habitation les plus importants de ce monde éloigné.
Ajoutons qu'en 1894, vers le solstice d'été de l'hémisphère austral, Lowell, à Flagstafl", a vu les mers d'une couleur vert bleu brillante, et qu'en 1890 et 1892, à léquinoxe de printenq^s du même hémisphère, ^^ .-H. Pickering, à Arequipa, les a trouvées d'un vert brillant « analogue à celui des jeunes feuilles du printemps; mais, à mesure que la saison s'avançait sur la planète, le vert s'était lentement changé en un gris monotone ».
Activité des habitants de Mars. — Pour ces deux observateurs, les mers seraient de grandes étendues couvertes de végétation, les canaux des surfaces de végétation beaucoup j)lus restreintes se développant de part et d'autre de conduits d'irrigation étroits et invisibles dus au travail des habitants de la planète; les surfaces rougeàtres plus brillantes seraient des déserts auxquels la rareté de l'eau
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sur la planète donnerait une étendue beaucoup plus considérable que sur notre «lobe.
Pour résumer leur pensée, « Mars serait un immense Zuiderzée, où toute l'activité intelligente de ceux qui Tliabitent aurait eu pour but primordial et essentiel la création, puis l'entretien et le maintien de ces canaux d'irrioation de longueur énorme et en nombre exti-aord inaire ».
Venons maintenant au dédoublement de ces canaux. C'est, d'après ces mêmes observateurs, un fait assez rare, puisque, parmi les 191 canaux dessinés par eux dans l'opposition de 1894-1895, ils ne l'ont noté que sur 6 d'entre eux. Ils n'en donnent point d'ailleurs d'explication, parce qu'elle résulte pour eux d'une façon bien nette de la théorie précédente; il suffit, en effet, pour le comprendre, d'admettre que la même activité intelligente qui aurait présidé à la création de ces champs d'irrigation ait ensuite, l'expérience aidant, établi par places un second système d'irrigation voisin du premier et destiné à utiliser le surcroît d'eau provenant parfois d'une fonte plus complète des neiges polaires.
Objections. — Si tout cela pouvait être considéré comme bien établi, nous aurions sur la planète Mars des notions plus précises que celles que nous possédions, il j a moins d'un siècle, sur au moins un quart de notre continent. Examinons donc la question d'un peu près et commençons par les canaux.
Tout d'abord, Lowell n'a détruit aucune des objections que leur existence soulève à première vue et que nous avons indiquées plus haut.
D'un autre côté, les dessins de Mars faits à une même époque par différents observateurs, se servant d'instruments diiïérents, montrent des nombres de canaux parfois fort différents.
Enfin, il résulte des publications de l'Observatoire de Flagstafl'que, s'il faut un certain entraînement pour commencer à les pouvoir distinguer, l'o'il semble ensuite préparé à en voir de plus en plus; tellement que Douglass affirme en avoir nettement distingué sur le disque de Ganymède, le plus gros des satellites de .Jupiter.
En revanche, le célèbre Barnard, armé de la grande lunette (o"", 91) du mont Hamilton, déclare n'axoir jamais pu distinguer sur Mars rien qtii ressemblât à ce que Schiaj^arelli a appelé canal ; mais, ajoute-t-il, « (piand les images étaient excellentes, les détails furent si abondants