‹ Les planètes et leur origineChapitre 29 sur 139 · CHAPITRE II. — MARS. 5g · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. — MARS. 5g

et si compliqués, principalement dans les régions sombres, qu'il était impossible de les dessiner correctement ».

Quant au dédoublement des canaux, W.-H. Pickering déclare n'avoir jamais rien vu de pareil.

La conclusion de cette analyse est que, dans ce cas comme dans celui de la rotation de Mercure et de Vénus, les particularités objectives sur lesquelles ces nouveautés ont été basées, étant à la limite presque extrême de la visibilité, il aurait fallu, pour en assurer la réalité, les soumettre à des mesures micrométriques et ne pas se contenter de simples dessins. Car, une fois senties d'une façon par un observateur, ces apparences s'imposent ensuite pour ainsi dire à lui, et se continuent de la même façon.

Aussi n'j a-t-il pas lieu d'être surpris de ce que nombre d'astronomes n'ont jamais cru à la réalité de cet aspect nou\eau qu'on donnait à la planète Mars; pour eux, l'astronome milanais a certainement aperçu sur le disque de Mars des détails jusqu'alors inconnus et d'ailleurs sans doute imprécis; mais, par un effet assez fréquent dans l'observation des détails à la limite de visibilité, leur aspect réel a été inconsciemment transformé par l'œil, et la notion de canal résultant de cette transformation doit être rangée parmi les il/ usions d'optique.

Expériences de Maunder. — Il manquait, de part et d'autre, V experimentum crucis qui devait trancher la question; et les choses en restaient au même point d'enthousiasme d'un côté et de scepticisme de l'autre. Ce furent Maunder et Evans qui vinrent l'apporter, et cela tout récemment, sous la forme d'une des plus intéressantes leçons de choses qu'on puisse imaginer.

La question, que se pose Maunder, est la suivante :

« L'impression qu'on a devant soi un réseau de lignes fixes, semblable à celui connu sous le nom de canaux de Mars, peut-elle se produire, sur des observateurs non pré\enus. sans que ces lignes aient une existence objecti\e réelle? et, s'il en est ainsi, quelles sont les conditions les plus favorables à sa naissance? »

Pour j répondre, sa méthode est la suivante :

« Placer en face d'une série de dessins successifs, convenablement choisis et relatifs à Mars, un certain nombre de dessinateurs exercés, et leur donner comme tâche de tracer indépendamment les uns des

l'REiMIKRE l'ARTIK. — l'LANKTES.

autres dans un cercle, de même rayon pour Ions et figuré sur le papier, tous les détails que chacun d'eux y verra ou croira y voir. »

Les dessinateurs au nombre de vingt étaient des élèves, âgés de 12 à i4 ans, de l'Ecole de dessin de l'Hôpital Royal de Greenwich, choisis parmi les plus habiles, et dont pas un d'ailleurs n'avait jusqu'alors entendu parler des canaux de Mars.

Afin de varier les conditions de leur vision, on les plaçait successivement à des distances différentes (dans les limites de /^"\5o à 18'", 70) des divers dessins soumis à leur étude, dessins de dimensions également gradués et compris dans des circonférences de diamètres allant de o"',o8 à o"',i6- Nombreuses sont les expériences faites par ÎMM. Maunder et Evans; je choisis parmi elles celle qui me paraît la plus caractéristique.

Le modèle, soumis aux dessinateurs, était tiré d'un original (y«,^". 35) de Schiaparelli (du () mai 1890), où l'on avait supprimé les

Fi"'. 35.

Dessin (le Schiaparelli

douze canaux que cet astronome y avait indiqués; mais, sur le fond blanc grisâtre du dessin (o'",i6 de diamètre), on avaitlaissé (Jiff- 36) un nombre assez grand de petits points noirs, et tracé, en outre, des lignes Unes de forme irrégulière et sinueuses simulant des espèces de rivières. Ce modèle fut utilisé dans deux essais, avec

chapitrp: II.

dix-neuf dessinateurs dans l'un et vingt dans Tautre, occupant des ])ancs à (les distances graduées dumodèle; en combinant lesdeux essais,

Fis. 36.

Modèle de Mauiider.

on a les données expérimentales du Tableau suivant, où, par ordre de distance, les bancs sont désignés par les lettres successives de l'alphabet.

Les résultats de ces expériences sont très complets et très instructifs : dans le banc a les élèves paraissent être juste aux environs de la distance où les traits fins de roriginal commencent à prendre la forme canaliforme; dans le banc b un élève leur donne leur véritable aspect, un autre les voit imparfaitement comme canaux; les bancs c et d montrent en tout cas quelques canaux, quelques élèves en voyant plusieurs; dans le banc e les canaux ne sont pas tout à fait aussi bien représentés, quoique chaque élève montrât quelque chose d'eux; les bancs f <àV g ne montrent que fort peu de canaux, tandis que dans le banc h la grande majorité n'a vu ni canal ni rien de semblable {^fig- 3-).

Les dessins des élè\es des l)ancs a ei b sont spécialement instructifs en montrant que les détails réels, les sinuosités, les traits en forme de rivière et les différentes taches ont été tout juste visibles pour eux sous leur aspect vrai, ou bien ont commencé à se transformer en bandes semblables à des canaux.

Gi

PUEMIÈRE PARTIE. — PLANÈTES.

Des douze canaux de la Carte de Schiaparelli, tous ont été plus ou

Fig. 37.

Dessins des élèves.

moins lidèlement représentés; cpielques-uns n'ont été tracés que par

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