CHAPITRE III. — PETITES PLANÈTES
nous avons considérés comme communs aux précédents, l'hjpothèse d'Olbers n'était plus conforme avec les faits.
Dix-huit mois plus tard (i"' juillet 1847), Encke, en construisant la Carte de l'heure XX dont il s'était chargé, trouve une nouvelle planète, Hébé, de 8*" à 9" grandeur; en août et octobre de la même année, Hind, à Londres, en trouve deux autres, Iris et Flore; et, à partir de là, les découvertes se succèdent avec rapidité, les Cartes de l'Académie de Berlin, alors toutes publiées, facilitant singulièrement ce genre de recherches.
• Caries éctiptiques de Chcicoriiac. Caries photographiques de MM. Henry. — Mais, les grandeurs stellaires de ces astres nouveaux étant graduellement plus petites, il devint bientôt évident que les Cartes de Berlin qui s'arrêtaient aux étoiles de 9^ à lo*" grandeur étaient devenues insuffisantes; et, sous l'impulsion de Le Verrier, Chacornac entreprit à l'Observatoire de Paris la construction de Cartes écliptiques contenant toutes les étoiles des i3 premières grandeurs. Ce travail considérable, interrompu par la maladie de cet astronome, fut continué par MM. C. Wolf, Ch. André et Baillaud, puis bientôt après par MM. Henrj (' ).
La moisson d'astéroïdes devient alors plus abondante, si bien qu'à la fin de l'année 1891 on atteignait le nombre de 822, dont les plus récentes d'ailleurs ne dépassaient guère la \i^ grandeur stellaire.
Recherches photographiques directes. Max JJ'olf. — C'est alors qu'intervint un procédé nouveau de recherche par lequel le D'" Max Wolf d'Heidelberg inaugurait les recherches directes de ces astres par la Photographie : un appareil à portrait de grand champ porté par un équatorial {Jig. 46) dont la lunette, entraînée par le mouvement d'horlogerie suivant le mouvement diurne, donnait, sur la plaque photographique, l'image d'une assez grande portion du Ciel; les étoiles s'y marquent par des taches rondes de plus ou moins grand
(1) Lorsque ces astionomes furent amenés à construire les Cartes des régions traversées par la voie lactée, ils furent elVrajés par l'immensité du travail et la presque impossibilité de le mener à bien par les procédés jusiiu'alors employés; ils songèrent à la Photographie. Les excellents résultats qu'ils obtinrent furent le point de départ de la construction de la Carte photographique du Ciel, qui comprendra toutes les étoiles jusqu'à la i4° grandeur inclusivement.
8o PREMIÈRE PARTIE. — PLANÈTES.
diamètre suivant leur éclat et la durée de pose, tandis qu'en raison de leur déplacement relatif continu, les astéroïdes y forment des tramées rectilignes de longueur variable par suite des mêmes causes.
Elles se révèlent ainsi elles-mêmes sans c{u'on ait eu besoin de faire à l'avance la Carte de cette portion du Ciel. Le premier astéroïde
ciiAPi ruK III. — ■ i'ktuks i'i.vm;ti;s. 8i
trouvé de cette façon est Briieia (20 tléeemhre i^!i)i), par Max Wolf; il a le n" 323 dans Tordre rlirouologiqiie. Celte méthode, si inoénieiise et si coniaiode, remplaça presque immédiatement l'ancieune. L'astronome Gliarlois <le l'Observatoire de Nice {\it fui-ct français des astéroïdes, l'adopta dès le mois de septembre iSq-?); si bien que, sur les 122 astéroïdes nouveaux découverts ju>qu"au 3i mars 1800, 6 seulement Tout (îté [)ar la iiK-lliode directe, qui de[)uis lors a été définitive ment abandonnée.
A la lin de 1901, le nond)re total des astéroïdes connus étaitde 026; on en avait donc trouvé 82 en une période d'un peu plus de deux ans; les découvertes se ralentirent ensuite peu à peu et, à la fin de 1900, leur nombre total était de 6o3, soit -- nouveaux en f[uatre ans.
Emploi du sléréo-coinparaleur. ■ — A cette date, le D'" M. Wolf inaugura un nouveau procédé de recherche des astéroïdes basé sur l'emploi du stéréo-comparateur et qui consiste essentiellement dans l'examen stéréoscopique de deux photographies d'une même partie du Ciel, données par le même objectif à des instants convenablement séparés.
« C'est un efl'et bien connu de la \ ision stéréoscopitjue que toute diderence sur les plaques conq:>arées se remarque aisément : si, par exemple, un objet qui se trouve sur la plaque de droite manque sur celle de gauche, l'observateur reçoit, lorsque son œil passe sur celte région, une impression pénible. L'objet que montre une seule plaque saute loin en dehors du plan de l'image et l'impression reçue est éminemment désagréable. Le même eft'et se produit, quoique à un degré moindre, s'il n'y a ([u'iuie dillerence dans la grandeur ou l'éclat d'un même objet. »
U sciidjle dès lors facile de découxrir les petites planètes sur deux plaques dilïêrentes, puisque dans rinler\alle des deux épreuves leurs positions ont changé, et c'est ainsi qu'a été découverte la planète J.F. 1899 par Pulfrich sur deux clichés de Wolf du 9 et 10 juin 1899 ( ' ). Mais, dans la suite, la praticpie de ce pi'océdé n'a pas ré|)ondu aux espérances de son inventeur, et il paraît être abandonné.
(') Quant au sLéiéu-compavaleui-, c'est un grand stéréoscope {Jîg- l\~) tient les oculaires seraient remplacés par des inicruscopcs brises pointant cliacun surlunedes plaijues pliolograpliiqucs. Celii:s-ci sont portées sur un cliarint comiiiuli, qui peut se déplacer lonsiuidinalenient, au moyen de deux cadres séparés qui peuvent avoir
^2 l'RKMlKllK l'AItTlK. — I'LAKÈTKS.
Berliner astronoitiisclics Jahrhiich. — Mais il serait c\iJeinineiit inutile de donner tant de temps et de soins à la recherche de ces astres, si, une fois trouvés, on les abandonnait pour ainsi dire et si Ton ne s'appliquait point à tracer leur route dans le Ciel, alinde |)Ouvoir toujours les retrouver à volonté et ne point rcdé('()u\rir à nouveau un astre ancien. Il fallait donc calcuh;r aussitôt (pic [)ossjl)h; les éléments des orbites de ces astres pour leur constituer ainsi un étal civil régulier et définitif qui permette leur observation continue au moment de leurs o|)posilions et enfin de publier des éphémérides de leurs positions successives.
C'est là une rude tâche, à laquelle, de[)uis de longues années, se consacre avec le plus grand zèle le Bureau des calculs du lierliner
inclépeiulaiimu'iU 1 un de ruiiLre cl puf rypporl au cliarioL coinriiun à la fuis un luouvenient de rolaliuii eu angle de posilion cl un iiiouveincnl de translation parallèle à celui du ehuriol. On conçoit aisciiicnt qu'on pwisse par celle disposition amener
Fig. 47-
d'abord chacune de.i |)la(]ues, puis Itur enseiul)lc, à la vision slércoscopiquc sur la rnèiiic portion de leur clendue. L'instruuicnl est alors prcl poui- la rcclieiclic, dont ie résultat est |)our ainsi dire iniwiédial.
CHAl'ITUli m. — i'KTITKS IM.AMiTliS. 83
astrononiisches Jah/'Ouc/t, sous la direcUon si éclairée de M. J. Bauscliinyer.
Conclusion. — La conclusion de ce qui précède est qu'entre Mars et Jupiter nous trouvons, au lieu d'une planète analogue aux autres, tin anneau formé de petits corps j circulant dans des orbites diverses. Quels sont ces corps? quelles sont leurs dimensions? et quelle est la constitution de l'anneau qu'ils iorment ainsi? Ce sont là des questions <lu plus haut intérêt au point de vue cosmogonique et qui, depuis quelques années, sollicitent vivement l'attention des astronomes. Pour les résoudre, nous nous servirons surtout des travaux tout récents dus à MM. J. Bauscliinger, de Frejcinet, J. Mascart et P. Stroobant (*).
Nous remarquerons de suite que, dans les Tableaux statistiques qui vont suivre, la grandeur stellaire d'un astéroïde est sa grandeur apparente lorsque son disque, supposé complètement éclairé par le soleil, est à sa distance moyenne a de l'astre central et par suite à la distance (i — a) de la Terre; on l'appelle grandeur moyenne.