CHAPITRE IV. — JUPITER
(le la planète. A l'inverse des bandes, elle reste sensiblement à la même distance de l'équaleur; ni sa forme, ni ses dimensions n'ont \arié sensiblement pendant les 23 ans qu'ont duré les observations et mesures micromélriques de Hough; de même elle est toujours restée visible, mais parfois si faiblement que, si l'on n'avait pas été prévenu de la position qu'elle devait occuper, elle aurait semblé avoir disparu, comme cela avait été indiqué par Maraldi avec les instruments peu puissants dont il disposait.
Ses mouvements en latitude et longitude. Variabilité de la durée apparente de rotation. — Cependant cet objet n'est pas absolument fixe sur le disque; en 28 ans il s'est déplacé de i",7, soit 29000*"" en latitude; de même la durée de sa rotation n'est pas constante, ainsi que cela résulte des travaux si intéressants de Denning et de Hough (^jig. 58); d'après ces deux astronomes elle aurait varié de près de 10 secondes depuis i83o.
Fil
-tO
ZW
1830 33 36 39 \l Vs V8 51 'SV 'S7 '60 63 66 è9 )Z '75 '78 81 '&\ 87 90 '93 36 '99 '02 05
En i83o elle est, en effet, égale à 9'' 55'" 33% 4 ; ^' partir de là elle augmente à peu près régulièrement jusqu'en 1809 où elle atteint 55'" 38% 3, diminue ensuite jusqu'en iS'j^, 55'" 33% 5; à partir de cette époque elle, augmente jusqu'en 1898, où elle est de 55'"4'S7i et diminue alors rapidement jusqu'en 1905, et pour rester sensiblement stalionnaire jusqu'en i9o().
Son invariabilité de forme et de position relative. Son état. — L'invariabilité relative de fornie et de jiosition de cette grande tache que constate Hough permet d'en conclure à la même stabilité depuis
que Gassini Ta vue le premier il y a plus de deux siècles; et cette stabilité paraît indic[uer qu'on a affaire là à un ensemble matériel indépendant, de dimensions d'ailleurs considérables ( ' ) ; d'autre part, il est suffisamment dense pour porter ombre sur le disque lorsque, amené par la rotation un peu loin du centre, il est éclairé oliliquement par le Soleil.
Sa constitution superficielle diff'ère beaucoup de celle des bandes, comme le prouve une curieuse observation de Hough. Cet astronome eut en 1880 la bonne fortune de pouvoir observer le passage d'un satellite sur la grande tache rouge; « invisible jusque-là sur la portion lumineuse de la bande équatoriale qu'il traversait {fig. Sg), ce satellite devint, dès qu'il fut projeté sur la tache, aussi visible que lorsqu'il était en dehors du discjue. 11 redevint invisible dès qu'après avoir c[uitté la tache rouge, il rentra dans la zone lumineuse de la ceinture équatoriale.
Autres objets remarquables sur le disque de Jupiter. — On remarque sur le disque de Jupiter {fiii'. 09) bien d'antres singularités; presque toujours on j constate la présence d'inégalités lumineuses assez bien limitées, tantôt brillantes, tantôt obscures, auxquelles on a cependant donné le nom commun de taches.
On les rencontre jusqu'aux latitudes de 5o" dans le sud et de 80" dans l'hémisphère nord. La plupart ont une durée de rotation voisine de celle de la grande tache rouge, et comprise entre c)''56"N)'* et 9'"55"'8^ C'est la longue période. D'autres tournent beaucoup plus rapidement. Ainsi les taches brillantes de la zone équatoriale blanche (+ 1 i" à — 6") tournent en (^''oo'" environ, c'est la courte période^ et même les nombreuses taches sombres signalées en 1880 et 1890 tout près de la bande équatoriale nord avaient une durée de rotation moindre encore et comprise entre 9'' 48'" et 9''49"'-
Il ne parait d'ailleurs exister aucune relation entre ces durées et les latitudes, deux taches à la même distance de l'équaleur ayant souvent des durées de rotation assez diff"érentes.
Elles ont en général d'assez grandes dimensions, comparables et
( ' ) Si on lui suppose une épaisseur égale à la moyenne de ses deux autres dimensions, il résullc des nombies donnés plus liant que cet ensemble aurait un volume triple de colui de la 'l'erre.
CHAPITRK IV.
iTiêine supérieures à celles de la Terre et sont parfois d'une jurande permanence, comme, par exemple, la grande tache équaloriale de 1880 qui a duré 6 ans et la tache remarquée en i885 au hord nord de la bande équatoriale boréale, de mêmes dimensions que celles du satellite JII, et qu'on a pu suivre pendant 9 années (i885-
Fi g. 59.
Dessin de Jupiter de Keeler.
Dans ces cas, et ceux analogues, leurs (biiéos tle rotation ont été soigneusement étudiées et l'on a toujours constaté qu'elles n'étaient pas constantes, mais que, comme pour la grande tache rouge, elles variaient |)ériodiquement. La tache i\c 188."), par exemple, avait ■d'abord une rotation de 9'' 55'" 32% mais à partir de 1888 son mouve-
ment sest ralenti de façon à avoir, en 1890, une durée de ()''55'"44^ pour s'accélérer ensuite jusqu'à la fin de i8g3 (9'' 55'"36^), époque où elle a disparu dans le grand cataclysme survenu alors dans cette région de Jupiter.
Autre fait curieux : certains oljservateurs, Brelt par exemple, ont vu certaines de ces taches brillantes porter ombre sur Jupiter, ombres assez prononcées pour qu'on en ait conclu qu'elles proviennent de corps de forme globulaire, isolés, assez opaques, mais cependant de densité peu diflérente de celle des parties supérieures de la planète,, et flottant alors dans ce milieu d'une façon indépendante.
Explication de ces apparences. — Ainsi cpron l'admet presque universellement, Jupiter doit être entouré crune atmosphère très dense dans laquelle flottent des masses plus ou moins condensées; les parties brillantes de son disque correspondant à des masses relativement opaques et rélléchissantes, les zones sombres aux régions où cette atmosphère est relativement sereine et possède un moindre pouvoir réfléchissant. Cet énoncé paraît n'être pour ainsi dire que la traduction même des faits ; cependant, il a une portée plus haute ;: il ■explique, en effet, les apparences suivantes constatées et bien étudiées par Béer et Màedler,' .
Obsefvalions de Béer et Maedler. — Au voisinage des bords du disque, à partir de 1 heure et demie environ en temps de la rotation :de Jupiter, on n'aperçoit plus (dans les instruments d'alors) bientôt trace d'inégalité lumineuse, les bords de Jupiter sont d'une teiiite grise Uniforme. 11 faut donc qu'alors il j ait eu diminution de l'éclâirement des parties brillantes et augmentation de celui des parties sombres. C'est, en effet, ce qui doit avoir lieu dans la supposition ci-dessiis. Les surfaces réfléchissantes, étant éclairées de plus en plus obliquement, nous renvoient de moins en moins de lumière; et, au contraire, les portions diaphanes de l'atmosphère, qui correspondent aux bandes sombres, doi\cnt nous renvoyer d'autant j)lus de lumière qu'éclairées obliquement, leur profondeur augmente.
Vents alizés. Fonlenel/e. IV. HerscJiel. — Pour expliquer le parallélisme à l'équateur (h; ces liandes brillantes et sombres, Fontenelle, et apiès lui W. Herscliel, ont admis l'existence, dans les