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CULTURE EN :POTS

cunbens, en un mot, toutes celles qui forment des gazons plus ou moins denses. On les emploie aussi avantageusement pour cultiver les Saxifrages, les Sédums et les Joubarbes, qui arriveraient en peu de temps, par leurs tiges radicantes, à quitter les pots dans lesquels ils auraient été placés. Du reste, rien n'est plus élégant que Paspect de ces terrines quand elles sont bien couvertes par les plantes qu’elles contiennent, surtout lorsque leurs larges touffes sont émaillées de fleurs souvent trèes-jolies. La plantation en terrines se fait absolument comme celle en pots et nécessite les mêmes soins ultérieurs.

Toute espèce alpine, nouvellement mise en pleine terre ou en pot, réclame des soins particuliers qu’il n’est pas inutile de rappeler, car de leur application plus ou moins bien faite dépend presque toujours le succès. Bien que ces soins aient entre eux beaucoup de traits communs de ressemblance, ils différent cependant assez pour que leur exposition forme l’objet de deux subdivisions assez distinctes, l’une pour les plantes cultivées en pleine terre, l’autre pour celles élevées en pots.

A. EN PLEINE TERRE. — Aussitôt la plantation terminée, qu'elle ait été faite sur des points isolés ou bien dans un en-— droit spécialement consacré à cette culture, on devra, autant que possible, répandre sur le sol un lit peu épais de mousse ou de sphagnum, dont le but sera d'empêcher le tassement de la couche superficielle de la terre, et par conséquent de lui conserver sa porosité, comme aussi d'empêcher le salissement des plantes. On arrosera légerement et toujours avec un arrosoir à pomme finement percée. Ces arrosages se feront chaque fois que besoin en sera. On comprend qu'ils devront varier de nombre et d'intensité selon l’époque à laquelle la plantation sera effectuée. Si c’est au printemps, la terre devra être maintenue dans un constant état de fraicheur jusqu’à la fin de la belle saison ou plutôt jusqu'au moment où les plantes entreront décidément dans leur période de repos, période qui a toujours une tendance à se reculer chez nous, ce qu’on ne

doit, dans aucun cas, favoriser. Si c’est en automne, on arrosera une fois d’abord, puis on recommencera, mais seulement pour arriver à maintenir dans un état suffisant de fraicheur le sol dans lequel plongent les racines des plantes nouvellement mises en pleine terre. Il n’y a, du reste, aucun inconvénient grave d'arroser un peu plus copieusement qu'il ne ‘faudrait, si on a apporté au drainage toute l'attention nécessaire.

Des sarclages et des binages fréquemment renouvelés constituent en défimtive, avec les arrosages convenablement effectués, le bilan des soins qu’on doit donner à une culture de ce genre, au moins pendant toute la belle saison. L'hiver, on cherchera à préserver autant que possible, contre l’action si préjudiciable de la gelée et du dégel, l’une des causes contre lesquelles on ne saurait trop lutter, les espèces les plus délicates; on y arrivera en les garantissant soit avec des coffres en bois, soit avec des cloches vitrées dont le principal rôle sera d’ailleurs moins de les soustraire à l’abaissement de la température que d’empècher qu'a cet abaissement se joigne une humidité surabondante.

B. EN POTS. — Les plantes une fois empotées, on devra les transporter dans l’endroit où elles auront à passer l'été, et pour cela on choisit un lieu demi-ombragé, par exemple derrière une haie, le long d’un mur, sous des arbres à ombrage clair, partout enfin où elles pourront être préservées contre l’action directe et prolongée du soleil. Il est à noter que deux expositions conviennent principalement, même pour les plantes qui affectionnent de préférence le midi, ce sont le levant et le nord.

L'endroit sur lequel on aura porté son choix étant arrête, on devra, autant que possible, pour faciliter l’écoulement des eaux de pluie ou d’arrosage, comme aussi pour empêcher les

lombrics de s’introduire dans les vases, répandre sur le sol où on doit placer les pots une couche de quelques centimetres de gros sable, du gravier de rivière ou toute autre substance douée d’une grande porosité. Des escarbilles de charbon de terre peuvent être utilement employées à cet usage; des planches, des briques posées à plat pourront aussi remplir le même but ou à peu pres. C’est sur un lit de briques que reposent toute l’année les terrines dans lesquelles sont plantées les nombreuses formes de Joubarbes cultivées au Muséum. La collection non moins considérable de plantes alpines cultivées en pots dans cet établissement est située non loin des précédentes, dans le carré dit des Couches, où elle occupe deux endroits entourés de haies de Thuyas. Là les pots reposent sur un lit assez épais d’escarbilles. Ce moyen est, croyons-nous, préférable à J’emploi des planches ou des briques, car il permet d’enterrer les pots et de soustraire ainsi les plantes aux influences de la sécheresse. Si les pots sont enterrés, ce qu'on doit faire autant que possible, ils devront toujours excéder de quelques centimètres le niveau du sol, et, pour empêcher le salissement des plantes comme aussi pour entretenir une fraîcheur utile, on répandra sur la terre même des pots, ainsi que dans leurs intervalles, une couche de mousse fraiche. L'application de cette mousse, que pourrait au besoin remplacer le sphagnum, nécessite de la part du jardinier quelques soins, absolument nécessaires. Il ne faut pas, entre autres, qu’elle repose sur les tiges souvent si délicates des plantes, car elle occasionnerait rapidement la moisissure, cause première devant amener fatalement, dans la plupart des cas, la perte des plantes. Il est inutile d'ajouter que les pots devront être placés bien d’aplomb.

Nous croyons utile, puisque nous parlons de la collection des plantes alpines du Muséum, d’ajouter quelques mots sur son étiquetage et sa disposition.

Chaque espèce est munie d’une étiquette indiquant son nom et autant que possible aussi son lieu de provenance. Les plantes ne sont pas placées pèle-mêle ou sans ordre, mais bien groupées par genres où au moins par familles. C’est la seule manière de se retrouver facilement dans une collection de cette nature.

- On sait toute l’importance qu'ont les arrosages pour les cultures en pots ; ils n’en ont pas une moins grande pour les plantes qui nous occupent, aussi devons-nous nous y arrêter quelques instants. Faits avec discernement, 11s sont pour ainsi dire le plus puissant auxiliaire du jardinier, mais donnés sans raison ils deviennent l’une des plus grandes causes de destruction.

Savoir arroser une plante n'est pas, 1l faut en convenir, chose aussi facile que cela paraît 4 priori. Pour le faire avec succès, il faut non-seulement la connaître dans ses caractères extérieurs : ne pas ignorer, par exemple, que plus les feuilles sont molles, plus la plante a besoim d’eau, et que plus elles sont velues ou cotonneuses, moins on devra lui en donner: mais encore tenir compte de tout ce qui se rattache aux conditions naturelles de sol et d'exposition dans lesquelles elle vit: si elle croit dans des lieux plus où moins secs, frais ou humides, et surtout quelles sont l’époque et la durée de sa végétation. Diminuer ou suspendre à propos les arrosages pour une plante au moment où elle doit entrer dans sa période de repos, C’est preuve qu’on la connaît intimement, et cette connaissance seule peut assurer un succès à peu près complet. En général les arrosages des plantes alpines devront être largement donnés au printemps, puis on les diminuera insensiblement à mesure que leur végétation décroîtra. Cependant il est bon d'observer qu'on ne doit jamais ne pas arroser une plante cultivée en pot, même lorsqu'elle aura accompli toutes les phases de sa végétation, surtout en été, époque où il faut

absolument combattre les effets d’une sécheresse prolongée. Maintenir la terre pendant cette saison dans un état de fraicheur convenable, c’est, pour la plupart d’entre elles, une des conditions principales de leur conservation. L'automne arrive et avec lui la longueur des nuits commençant, les arrosages deviennent naturellement de moins en moins utiles, mais on ne devra, dans aucun cas, les suspendre tout à fait.

Au total, une exposition demi-ombragée:; l’enterrement, si possible, des pots dans les lieux qu'ils doivent occuper une grande partie de l’année, et enfin des arrosages convenablement appliqués, sont, on le voit, les points principaux à observer dans une culture de ce genre.

Quelques soins d'entretien ont aussi leur utilité, et nous signalerons entre autres le sarclage et le binage.

Le sarclage, qui a pour but d’enlever les herbes étrangères croissant dans les pots ou les terrines, ne peut être fait que par des personnes connaissant bien les plantes. Il arrive sou— vent, en effet, surtout quand les espèces sont nombreuses et très-rapprochées les unes des autres, que des graines d’une ou de plusieurs d’entre elles tombent sur la terre des potées voisines, y germent, s’y développent et produisent des individus qu'on a tout intérêt à conserver. Nous verrons plus loin, en parlant du rempotage, combien il peut être agréable de rencontrer dans une seule potée deux ou trois espèces qui devront être séparées et former l’objet d’autant de potées distinctes.

Nous ne pouvons indiquer ici la série complete des plantes vulgaires qui se développent inopinément dans le sol et qu'on doit détruire ; on comprend qu'elles doivent varier selon la nature de la, terre employée. Pourtant nous signalerons parmi les plus envahissantes qui se rencontrent dans nos cultures en terre sablonneuse et surtout de bruyere, les suivantes : Cardamine hirsuta, petite Crucifère annuelle à végétation très-rapide, pouvant même se répéter deux à trois fois dans

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l’année; son extraction du sol ne présente du reste aucune difficulté, si ce n’est lorsqu'elle se développe entre les petites tiges denses de certaines espéces gazonnantes. Les Swgina procumbens et apetala, Caryophyllées de petite taille, tantôt annuelles, tantôt vivaces, font aussi partie des plantes trèsenvahissantes, assez difficiles à extraire complétement, et qu’on ne doit dans aucun cas ne pas arracher quand leur présence sera remarquée. Les espèces vivaces sont plus nombreuses encore et on n’arrive en général que difficilement à s’en débarrasser. Nous indiquerons, parmi celles qui devront exiger attention, le Rumex acetosella, dont les racines, souvent grèles et toujours abondantes , arrivent bientôt, si on n’y prend garde, non-seulement à envahir toute la terre de la potée, mais encore à sortir par son fond, gagner le sol sur lequel reposent les pots, et parfois même pénétrer par ses drageons dans les pots voisins. Les Oxralis corniculata et stricta, le premier surtout, devront être impitoyablement arrachés.

Le Cuscuta epithymum et quelques autres espèces voisines du même genre occasionnent souvent aussi de grands dégâts par leurs longs filaments, qui s’enroulent et s’accrochent sur les plantes: Æreracium, Wulfenia, Ramondia, Horminum, et cela jusqu'à la base même des feuilles les plus centrales des rosettes. Mais 1l nous faut encore ajouter deux Hépatiques, dont l’une surtout peut être à bon droit considérée comme l’un des ennemis les plus puissants que le jardinier ait à combattre dans les cultures en pots eten terre de bruyèere: ce sont le Marchantia polymorpha, et, quand le sol est plus sablonneux, le Lunularia vulgaris. Ce dernier, bien que parfois incommodant, l’est cependant beaucoup moins que le Marchantia, dont les frondes s'appliquent tellement sur les tiges, même les plus grêles et les plus délicates, ainsi que sur les feuilles souvent très-réduites, qu'il est long et tres-difficile à enlever tout à fait. Le Riccia glauca, autre Hépatique, se montre

parfois sur le sol plus sablonneux encore, mais sans beaucoup nuire aux plantes.

Telle est à peu près la liste des plantes nuisibles que nous devons ‘chercher à détruire. Nous y arriverons presque sûrement avec un peu dattention et surtout par l'emploi de binages réitérés.

Les binages ont pour effet, en brisant la couche superficielle du sol qui se durcit toujours plus ou moins sous l’influence de la sécheresse, surtout si l'eau dont on se sert pour les arrosages contient en dissolution une certaine quantité de carbonate de chaux, comme l’est, par exemple, celle de la Seine, de rendre la terre plus perméable aux agents atmo-— sphériques.

Ces binages, qu'on pourra repéter de mois en mois, plus souvent même si on le juge utile, sont faciles à exécuter ; cependant ils nécessitent de la part du jardinier une attention soutenue pour ne pas briser et meurtrir les racines ou encore déraciner quelquefois les plantes. Ils se font avec une lame de couteau peu tranchante où bien une spatule en bois. On doit biner non-seulement les parties du pot non occupées par les plantes, mais encore et surtout celles qui avoisinent ou entourent même les tiges. On pourra enlever la couche de terre ainsi travaillée et qui contient en général quelques végétations cryptogamiques, et la remplacer de suite par une terre neuve et toujours grossièrement concassée. On procédera à ce renouvellement de terre, qui constitue en défimtive ce qu'on appelle un demi-rempotage, en observant ce qui a été dit au sujet de la plantation.

Si les animaux qui causent des ravages aux plantes cultüivées en pots sont en petit nombre, l'importance de ces ravages n'en est pas moins considérable. Rappelons, parmi les insectes les plus redoutables, et contre lesquels nous n'avons aucun moyen daction préventif, la larve du hanneton, et une autre

SOINS ULTÉRIEURS x7 dont je n’ai pu savoir le nom et qui, malgré la petitesse de sa taille, dévore aussi les racines jusqu'au point de faire périr la plante. Souvent les racines ne sont pas le siége principal de leurs dégâts, et elles s’attaquent de préférence au collet même de la plante, c’est-à-dire à la partie la plus essentielle. C’est ce qu'on observe souvent dans les nombreuses espèces de Saxifrages à grandes feuilles rosulantes qui, sans cause apparente, se flétrissent et se dessèchent complétement. Si on recherche la cause réelle de cet accident, qu’on pourrait attribuer et qu’on attribue en effet à la sécheresse, on voit que ces rosettes ne tiennent plus au sol et qu’elles sont tout à fait séparées des racines qu’elles surmontaient. Il faut remédier au plus tôt à cet état de choses, surtout si l’espèce atteinte est rare, et on y arrive en replantant dans une terre neuve les rosettes les moins endommagées. Les limaces sont moins redoutables, en ce qu’elles ne s’attaquent qu'aux feuilles ; mais on doit néanmoins leur faire une chasse active, ainsi qu'aux cloportes et aux perce-oreilles, qui closent la série des insectes préjudiciables à nos cultures.

L'automne arrivé, que doit-on faire des plantes alpines cultivées en pots ? Il faut, d’après les conditions mêmes dans lesquelles elles vivent spontanément, songer à les soustraire a l’action du froid et à celle plus funeste encore de la gelée et du dégel qui se fait si vivement sentir sous notre climat en particulier. On a peine à comprendre que le froid puisse nuire a des plantes qui habitent les régions froides et glacées ; mais cela est pourtant, et on s’en rendra facilement compte si on se rappelle combien les stations naturelles de ces plantes sont différentes de celles où nous pouvons les placer. On doit donc chercher par un moyen quelconque à suppléer non-seulement à l’absence de l’épais manteau de neige qui les couvre pendant une grande partie de l’année, mais encore et surtout les soustraire à l’action des gelées intenses trop souvent inter-

rompues par des dégels réitérés dont les effets sont plus redoutables que ceux d’un rude hiver longtemps prolongé.

Nous avons vu comment on arrivait à garantir les plan-— tes alpestres les moins rustiques soumises à la culture en pleine terre. Les moyens indiqués seront aussi ceux que nous aurons à utiliser pour la conservation hivernale des plantes alpines cultivées en pots. C’est-à-dire que, dans bien des cas, des planches ou des paillassons inclinés et maintenus à une certaine hauteur au dessus des plantes, voire même des cloches vitrées, pourront suffire; mais, soit en raison des difficultés qu’il y a pour certaines espèces délicates à les maintenir dans un bon état de végétation même pendant l’été, soit à cause de ce fait incontestable que les plantes en pots redoutent davantage les effets du froid et de l'humidité que celles élevées en pleine terre, nous devons recourir à des moyens de préservation plus actifs encore; et nous les trouverons en cénéral dans l'emploi de coffres en bois recouverts de châssis. Ces coffres, que tout le monde connaît, seront placés à une exposition aérée et plutôt au nord qu’au midi; ils reposeront de préférence sur du sable ou sur un fond pareillement poreux et présentant toujours, dans l’un et l’autre cas, cette condition essentielle d’être privé le plus possible d'humidité.

Aussitôt que les pots auront été binés une dernière fois et les plantes qu’elles contiennent débarrassées de leurs tiges flétries ou de leurs feuilles mortes, on les placera dans les coffres par rang de grandeur, les plus petits à la partie inférieure. On recouvrira les coffres de leurs châssis vitrés ; puis on aerera jour et nuit, si le temps le permet. Il y aurait du reste inconvénient à procéder autrement, car les feuilles des espèces velues, pubescentes ou tomenteuses : Hreracium subnivale, H. saxatile et d’autres, Androsace lanuginosa et villosa, Senecio leucophyllus, etc., qui seraient encore dans de bonnes conditions au moment de l’hivernage, ne tarderaient pas, sous

l’action d’un air saturé d'humidité, à moisir et à communiquer cet état au cœur même de la plante.

Les arrosages, nous le répétons, seront faits avec parcimonie. On doit, à cette époque surtout; n’entretenir le sol que dans un état suffisant de fraicheur pour empêcher les racines de se dessécher. Décembre arrive et des gelées assez intenses l’accompagnent souvent. Il faut alors couvrir les panneaux, soit avec des paillassons, soit, comme on le fait au Muséum, avec des planches. Si la neige survient, on se gardera bien de l’enlever de dessus les panneaux ; on cherchera même à en augmenter la quantité par des apports successifs ; et plus la neige restera sur les châssis, moins les plantes qu'ils abritent souffriront. C’est un exemple du puissant effet de conservation contre les fortes gelées que produit la neige. Nous devons dire cependant que cet effet se ferait plus vivement sentir encore si la neige était en contact direct avec les piantes. Au Jardin botanique de Grenoble, où les espèces alpines sont presque toutes cultivées en pleine terre sur une construction érigée à cet usage, on accumule sur elles le plus de neige possible, dont on cherche à prolonger la durée par l’emploi de divers moyens.

En janvier, les journées grandissent, le soleil commence a réchauffer le sol et, sous son influence, un petit nombre de plantes sortent de leur période de repos ; le Suxifraqga opposttifolia que, chose singulière ! on trouve déjà fleuri en pleine terre et sans abri, montre aussi ses fleurs, ainsi que la Gentiane printanière ; l'Homogyne des Alpes les suit de près et la Soldanelle leur succède rapidement, comme le font aussi l’'Anemone vernalis, le Polyqala Chamæbuxus, plusieurs Crucifères, entre autres les Draba aizoides et hispanica, etc. En février, l’aération des coffres devra être faite avec moins de réserve ; et iln’est pas besoin d’ajouter que ce mois nous fournira une plus longue liste .de plantes fleuries. En mars, on

aère plus souvent encore; nous arrivons aussi au moment où les arrosages devront être donnés plus abondamment; la période moyenne pendant laquelle ceux-ci devront être augmentés est d'environ deux mois. On dépanneautera tout à fait vers la fin de mars, et on transportera les plantes dans le lieu où elles doivent passer la belle saison.

On profite naturellement de Poccasion qu'offre le transport des pots dans l’endroit où il doivent séjourner jusqu’à l'automne suivant, pour revoir une à une les plantes, les sarcler et les biner, enlever leurs tiges ou leurs feuilles mortes, les approprier enfin. Ce n’est seulement que lorsque tous ces soins auront été apportés que les plantes pourront être groupées définitivement. Cependant il sera bon d’attendre encore, car il arrive toujours qu’un certain nombre d’entre elles ont besoin d’être replantées ; on mettra de côté toutes celles qui seront dans ce cas, et on procédera immédiatement à leur replantation, pour pouvoir les réunir et les grouper avec celles dont l’état était plus satisfaisant. Cette opération est désignée sous le nom de rempotage.

Rempoter une plante, cest la retirer de son pot pour la remettre soit dans le même pot s’il présente les conditions de qualité ou d'intégrité désirées, soit dans un pot d'une dimension un peu plus grande où même plus petite, selon le cas.

L'époque du rempotage varie nécessairement suivant la nature des plantes, et, bien qu'il n’y ait rien de fixe à cet égard, on peut dire cependant qu'on devra choisir de préférence à toute autre celle où les plantes se disposent à se remettre en végétation, où bien quand celle-ci n’est pas encore entièrement terminée. En général, la véritable saison pour rempoter les plantes alpines est celle comprise entre le 15 juillet et le 15 octobre, car de nouvelles racines auront le temps de se former et de se développer avant l’arrêt complet de la végétation, assurant ainsi la conservation des plantes pendant

SOINS ULTERIEURS o1 l'hiver. Mais il n’y a rien d'absolu à cet égard, et, en dehors «le la saison que nous avons indiquée, plusieurs causes, on le

comprend, peuvent rendre nécessaire le rempotage des plantes alpines. Ces causes seront surtout les suivantes :

1° Lorsqu'on se sera assuré que le sol donné ne convient pas aux plantes, ce que fait bien vite remarquer le mauvais état de leurs organes extérieurs ;

2 Lorsque les plantes auront épuisé le sol qui leur était oftert et que leurs racines tapissent plus où moins complétement les parois des pots, ou, en d’autres termes, lorsqu'elles

ont faim ;

»° Lorsque les tiges auront quitté le centre des pots et les déborderont de toutes parts, comme cela a lieu dans les espèces radicantes ;

4 Quand les petites tiges des plantes cespiteuses arrivent à former un gazon trop dense, ce qu'elles ne peuvent faire en général, au moins dans nos cultures, qu'avec un allongement qui les oblige souvent à se déraciner, ou bien lorsque, comme le cas se présente dans les Hiéraciums rupestres ou autres espèces saxicoles, les tiges, plus ou moins épaisses ouligneuses, se seront beaucoup allongées au-dessus du sol et n’y seront plus fixées que par un trop petit nombre de racines, qui rend une végétation toujours maigre et chétive.

Les soins préparatoires qu'il est essentiel d'observer dans le rempotage des plantes sont ceux que nous avons indiqués pour leur plantation même, c'est-à-dire un excellent drainage des pots et l'emploi de terre neuve toujours appropriée à leurs besoins. La plantation nécessite aussi les mêmes soins, et on procédera ainsi que nous l’avons indiqué.

Étant donnée, par exemple, une plante à rempoter, on Ja retire de son pot, ce qui est toujours facile dans le cas qui

nous occupe. Pour cela on le renverse presque tout à fait sur la table à rempoter, en appuyant la main droite sur le sol pour empêcher la motte de se briser, la main gauche tenant le pot par le fond ; on frappe légèrement le pot par l’un de ses bords, puis on l’enlève de la main gauche, et la motte qu'il contenait, restant en général assez entiere, est remise à plat par la main droite. Si on a affaire à une espèce bulbeuse ou à court rhizome, dont rien ne reste apparent au dessus du niveau du sol, on défait avec soin la motte et on met de côté les bulbes ou les tubercules à replanter. Pour cette catégorie de plantes, il est de regle que le rempotage ne soit fait que pendant la période de leur repos complet. Si la plante ne présente qu’un petit nombre de tiges dressées et un chevelu abondant, on enlève les tessons et une certaine quantité de la terre usée qui entoure les racines, et on la replante après avoir coupé ou retranché une partie plus ou moins orande de celles-ci. Il n’y à, à quelques exceptions pres, aucun inconvénient grave de retrancher à une plante rustique où vorace qu'on rempote, la plus grande partie de ses racines, surtout si elle appartient au groupe des sortes cespiteuses ou tracantes qui émettent facilement des racines adventives ; mais on ne devra, dans aucun cas, couper ou réduire, même de quelques centimètres, celles des racines pivotantes qui n’ont en général que peu ou point de chevelu. Si les tiges sont rampantes ou radicantes, on enlève toute la vieille terre, ainsi que les tessons, et on ne conserve, pour être replantées isolément où en petits faisceaux, que les parties les plus vivantes, c’est-à-dire leur extrémité; si espèce est gazonnante, on procède de même à sa séparation du sol ancien, et si les touffes sont trop épaisses pour être replantées en entier, on les divise en petits fragments enracinés, ou, s'ils ne peuvent l'être ainsi, au moins de manière à ce que chacun d’eux présente à sa base une portion, quelque petite qw’elle soit,

de l’ancienne racine. Enfin, siles tiges d’une plante ni traçante, ni cespiteuse ne sont pas trop allongées, on les déterre com— plétement, au moins pour les plus rustiques, et on les plante à nouveau après leur avoir retranché les racines jusqu'à un centimètre ou deux de leur point de naissance, et dans ce cas ces plantes: Hieracium divers, Potentilles caulescentes, Benoites, etc., seront enterrées jusqu'au dessous des rosettes de feuilles.

Ce sont là, en général, les principaux Cas qui peuvent se présenter.

On profite souvent du rempotage, soit, comme nous lavons dit, pour séparer les espèces réunies accidentellement dans une même potée et pour en former autant de potées distinctes, soit pour multiplier par divisions ou éclats celles dont on n’aurait qu'un petit nombre d'exemplaires. La division dune plante est, en général, assez facile, et on la pratiquera de préférence à la main plutôt qu'au couteau, c’est-à-dire par l’éclatage, surtout si l'espèce est cespiteuse ou traçante ; mais elle devient au contraire assez difficile dans les espèces à tiges rares et courtes surmontant un petit nombre de racines et ne présentant à leur collet qu'une quantité limitée de bourseons. Dans ce dernier cas, l'emploi d’un instrument tranchant est nécessaire ; mais on ne devra cependant procéder à la division de ces plantes qu'après s’être assuré de visu si les parties séparées seront suffisamment pourvues de racines pour que leur reprise n’en souffre d’aucune façon.

Comme on a pu le voir, le succès de la culture des plantes alpines, qu’elle soit faite en pots ou en pleine terre, dépend essentiellement de soins qui peuvent se résumer ainsi :

Plantation intelligemment faite ;

Emploi d’un sol convenable, et plus spécialement de Ia terre de bruyère ;

Assainissement du sol par un excellent drainage ;

Arrosements abondants pendant la végétation, et modérés pendant la période de repos;

Sarclages et binages fréquemment renouvelés ;

Rempotages, en général, une fois par an, et enfin

Conservation de la collection, surtout pendant l'été, à une exposition nord.

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