LE LAUTARET
Le botaniste qui veut explorer le Lautaret, ce vrai paradis de la flore des Alpes françaises, comme lappelle M. de Schœænefeld, le bien-aimé secrétaire général de la Société botanique de France, doit se faire transporter de Grenoble au Bourg-d’Oisans ou mieux encore jusqu’à la Grâve, où il couchera, par le courrier de Briançon; le lendemain, s’il n’a pu le faire, il explorera dans la matinée la base des beaux glaciers de la Gräve et ira coucher au Villardd’Arene. Le second jour, il se rendra du Villard-d’Arène au col du Lautaret, en parcourant les prairies; enfin, 1l consacrera le troisième jour à l'ascension du Galibier et reviendra coucher à l’Hospice, ou retournera au Bourg-d’Oisans par le courrier.
Le Lautaret a, par sa position topographique, par la nature de son sol et par les espèces qu’il fournit, une si grande analogie avec le mont Cenis, que nous croyons inutile d’en indiquer la végétation d’une maniere aussi complète que nous le ferons pour celui-ci. Nous nous bornerons, dans cette courte relation, à appeler l'attention sur les espèces les plus remarquables des diverses stations que nous aurons à parcourir.
Si on veut commencer cette herborisation au Bourg-d'Oisans, 1l sera bon de se mettre en marche de bonne heure; car, sans être aussi longue que celle de Saint-Michel à Lans-le- Bourg, la vallée si accidentée et si pittoresque dela Romanche, qu'on doit remonter jusqu'à la Grâve, ne laisse pas que d’avoir encore une certaine étendue.
Ne quittons pas le Bourg-d'Oisans sans aller admirer sa jolie cascade, et surtout sans cueillir sur les rochers qui l’avoisinent le rare Woodsia hyperborea.
Une fois arrivés à l’entrée de la vallée, nous trouverons, sur les rochers qui bordent la route en allant au Freney, les Paronychia serpyllifolia, Potentilla caulescens, Hieracium qlaucum, Sorbus Mougeoti et, peut-être aussi, quelques pieds du Woods hyperborea. Du village du Freney, jusqu'au Pont-du-Dauphin, et même jusqu'a la Grâve, nous verrons apparaitre successivement, sur les rochers schisteux ou dans leurs débris, la cohorte des espèces que nous rencontrerons de Saint-Michel à Lansle-Bourg. Cependant nous signalerons ici les Brassica montana, Phyteuma Charmelii, Vesicaria utriculata, que nous n’y verrons pas, ainsi que les Æchinops sphærocephalus et Lavandula vera, dont la présence ici est due à l'exposition chaude de Ta vallée. L'Ononis cenisia et le Silene vallesia sont très-communs dans les débris schisteux.
En accélérant un peu la marche, on pourrait arriver à la Grâve (alt., environ 1,460 mètres) à une heure encore assez peu avancée pour aller jusqu'aux glaciers. Cette ascension, faite en grande partie à travers des débris schisteux, quelques maigres prairies et des débris mouvants granitiques, nous fournira,
Dans les débris schisteux :
Trifolium pallescens, Hieracium glaucopsis,
Galium tenue, — farinulentum, Silene alpina, Hieraciums corzonerifolium ;
Dans les prairies :
Trifolium Thali, Anemone narcissiflor«,
— badium, Adenostyles leucophyllu, Alsine vernu, Androsace septentrionalis, Leontopodium alpinum, Allium strictum,
Poa distichophyllu, Rosa cortfolia, Centaurea uniflor«, Carduus medius :
Sur les débris de rochers granitiques, entre les prairies et les glaciers :
Greum reptuns, Ranunculus glacialis, Saxifraga bryoides, Hieracium Schraderi, Erigeron glabratus, Ptarmica nana, Juncus trifidus, Gentiana nivalis, Luzula lutea, — tenellu, Agrostis alpina. Allosurus crispus, Hieracium glanduliferum, Bartsia alpina, Betonica hirsutu, Hieracium glaciale, Colchicum alpinum, Pedicularis rostratu, Sazifraga exarata, Alsine striata, Linum alpürum, Androsace carnea.
Les plantes de ces débris correspondent à peu près à celles qu'on trouvera dans les localités presque semblables situées un peu au-dessus des graviers de Ronche, au mont Cenis.
Retour à la Grâve, ou gagner le Villard-d’Arène (alt. environ 1,650 mètres).
Si on est bon et solide marcheur, on pourra se lever de très-bonne heure, traverser la Romanche au-dessous ‘du Villard-d’Arène et gravir à travers des débris schisteux un petit sentier, mal frayé, qui conduit au sommet d’une montagne dénudée, ayant la forme d’un dôme arrondi; trois quarts d’heure suffisent pour l’atteindre. C’est là que croît le rare Ranunculus parnassiæfolius. L’inspection des débris ne nous fournira, en revenant, que des espèces en partie trouvées la veille, et de plus de tres-beaux pieds de élégant Thalictrum fœtidum.
Du Villard, où la pomme de terre, le seigle et quelques autres céréales sont encore cultivées, on suit la nouvelle route jusqu'aux premières prairies du Lautaret; il faut prendre près d’une fontaine, au bord de la route, à gauche, comme aussi le long des petits ruisseaux, à droite, le rare Epilobium gemmascens, et, un peu plus loin, sur les tertres rocalleux, quelques rameaux de Prunus brigantiaca, si commun dans la vallée de Quayras. Les talus fournissent entre autres les Brassica repanda et Isatis Villarsu.
En entrant dans les prairies, d'où le Pelvoux se montre dans toute sa magnificence, et en se dirigeant sur Prime- Messe, jusqu’à la rencontre d’un torrent dont les eaux proviennent des glaciers situés en face de l’hospice, on trouve un orand nombre d'espèces rares, et, parmi elles, les suivantes, dont nous ne constaterons pas la présence dans les belles prairies du mont Genis :
Thalictrum simplex. Artemisia tanacetifoliu, — odoratum, Cirsium autareticum, Drabu incan«, Kœæleria alpicola, Potentilla multifida, Potentilla delphinensis, — nive«, Sempervioum piliferum, Allium strictum, Asphodelus subalpinus.
En continuant à ne relater ici que les espèces que nous
ne verrons pas au mont Cenis, mais qui pourraient S'y
trouver, au moins en partie, nous citerons les suivantes, dans
-les prairies plus humides exposées au nord, à travers lesquelles on chemine après avoir traversé le torrent :
Vicia silvatica, > Brassiea Richeri,
Polygala alpestris, Pedicularis foliosa, Hieracium prenanthoides, Dracocephalum Ruyschiana, Alsine mucronata, Hieracium monticola,
et enfin, près de l’hospice, l’'Orytropis lappomica. La montagne située en face de l’hospice, et qui porte le nom de Haut-Richard, mérite d’être explorée; on y trouvera,
soit dans les prairies, soit dans les débris schisteux qui leur succèdent, soit enfin au pied ou le long des grands rochers :
Lloydia serotina, Phyteuma hemisphæricum, Draba nivalis. Daphne striata,
Festuca Halleri, Artemisia Mutellina, Primula graveolens. — Villars, Potentilla alpestris, Atragene alpina,
Carexz rupestris, Silene cxscapa,
Leontodon pyrenuicus, Potentilla nivalis,
Carex hispidula, Carex ferruginea, Saxifraga retusa, Aronicum scorpioides,
et beaucoup d’autres raretés encore.
La troisième journée est, comme nous l’avons dit, consacrée à la course du Galibier, élevé à environ 2,800 metres audessus du niveau de la mer. Les riches prairies qu’on traverse à l’est de l’hospice, et qui ne cessent que dans le voismage de deux chalets qu’il nous faut atteindre après avoir franchi deux torrents, répètent à peu pres celles qui peuplent toutes les prairies explorées la veille. Nous ne mentionnerons que les plus jolies ou les plus intéressantes, ce seront :
Aretiu Vitaliana, Aria Chamæmespilus, Ranunculus Grenierianus, Thlaspi virgatum, — aconitifolius, Alopeeurus Gerard, Salix glauca, Phaca alpin, — urbuscula, Hicracium lanatum, — CS, — cydonifolium, — hastatu, Hugueninia tanacctifoliu, Arabis bellidifolix, Brassica Richori, Scirpus cœspitosus, Luzula pediformis, Pedicularis tuberosa, Anemone alpina, Nigritella angustifolia, Pedicularis tuberosa, Ranuneulus pyrenæus, — cenisit, Gentiana Kochiana, Sedum Anacampseros, Hieracium Schradert, Paradisia Liliastrum, — glaciale, n Centaurea uniflora, Phyteuma scorzoncrifolium, Artemisia tanacetifolia,
Daphne striatu, Senecio Doronicum.
En partant du chalet le plus élevé, jusqu’au pied du Galibier, dans les lieux humides, sur les débris de rochers et les schistes, on récoltera entre autres bonnes plantes :
Sagina glabra, Paronychia polygonifolia, Cirsium spinosissimum, Carex fœtida,
Sibbaldia procumbens, Omalotheca Ssupina, Festuca Halleri, Epilobium alpirum, Adenostyles leucophyllu, Potentilla minima,
Dans les débris schisteux, en observe :
Geum reptans, Crepis pygmæu, Apargia Taraxact, Campanula cenisia, Saussurea depressa, Aronicum scorpioides,
Cardamine alpina, Androsace carnea,
— obtusifolix, Cherleria sedoides, Juncus triglumis, Gentiana bavarica,
— tenella,
— mivalis, Carexæ curvula, Polygala alpestris.
gravissant le Galibier, on
Cerastium latifolium, Ranunculus glacialis, Gentiana brachyphylla, Anemone baldensis, Arabis cœrulea, Valeriana saliuncu.
Sur le sommet du Galibier, nommé Gypsère, on y rencontre :
Artemisia spicatu, Draba nivalis,
Oxytropis fœtida, Hutchinsia affinis.
Dans les débris granitiques, sur le versant méridional (savoisien) du Galibier, à quelques metres au-dessous du sommet, on trouve le rare Saxifraga biflora.
On voit que les plantes croissant dans les débris schisteux et sur le sommet du Galibier sont à peu pres celles que
nous avons trouvées sur le point culminant du Malrif.