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CIRQUE DE GAVARNIE

Si la chaîne hérissée de pies plus où moins aigus des Pyrénées est, après celle des Alpes de la Suisse, l’une des plus vastes chaînes qui composent nos montagnes, elle en est aussi l’une des mieux dotées au point de vue des richesses végétales qui s’y trouvent réunies. Occupant à peu pres le milieu de la zone tempérée de l'Europe, elle fournit, par la diversité de température qui régne dans la plupart de ses résions, des plantes appartenant à des climats très-différents. Ses coteaux arides et ses chaudes vallées procurent un bon nombre d'espèces propres à la France méridionale, et on trouve, à peu d'exceptions pres, depuis la limite des forêts jusqu'aux monts élevés où régnent les neiges perpétuelles et les glaciers, la plupart des plantes qui peuplent les stations correspondantes de nos montagnes. Comme les Hautes-Alpes, les Pyrénées ont donc leurs forêts et leurs gorges profondes, leurs prairies plantureuses, leurs frais pâturages, leurs rochers taillés à pic, leurs neiges éternelles et leurs glaciers. Rappelons parmi les points culminants de cette chaîne, le mont Perdu (alt., 3,426 metres environ) si bien exploré par Ramond, et qui peut être considéré comme le mont Blanc des Pyrénées ; puis les pics Poseto et dela Maladetta, plus élevés peut-être que le précédent; puis enfin le port d'Oo, Crabioles, le pic du Midi (fig. 24.),etc., dont l'élévation ne le cède pas à celle des cimes de quelques-unes de nos montagnes de Savoie et du Dauphiné.

Nous n’avons pas, et pour cause, l’intention de rechercher les ‘différences ou les identités qu’il y a entre la flore des Pyrénées et celle des Alpes. Cependant, il nous faut reconnaître que la première possède la plus grande généralité des

plantes qui croissent sur nos hautes montagnes, et que le nom

bre de celles qui leur sont plus spécialement propres dépasse

celui des plantes qui sont toutà faitspéciales à notre flore alpine. Les Pyrénées sont surtout célèbres par la présence de quelques plantes extrêmement rares, et dont on ne trouve des analogues

que dans les contrées les plus lointaines. C’est ainsi, par exemple, que nous rappellerons le Phyllodoce taxifolia, charmante Éricinée arbustive de Scandinavie; et, récemment découvert dans des lieux élevés et très-pierreux où la pioche ne pénètre que difficilement, le Dioscorea pyrenaica, qui fait une exception singulière dans un genre dont les nombreuses espèces habitent les régions chaudes et boisées du Nouveau- Monde et de l’Inde. C’est encore dans le même ordre de faits que nous parlerons d’une plante autrement curieuse, puisqu'elle constitue lunique représentant d’une famille, nous avons nommé le fameux Ramondia pyrenaica.

Cette plante est-elle le seul témoin d’une famille depuis longtemps éteinte, ou est-elle l’extrème d’une série de végétaux dont nous ne trouvons d’analogues que dans des plantes propres à l'Amérique méridionale et à l’Inde? nous ne savons. En tout cas, ses caractères sont assez nettement tranchés pour avoir servi à l’établissement d’une famille spéciale pour cette plante à la fois curieuse et élégante.

Nous pourrons, à la rigueur, opposer à ces quelques espèce le Saussurea discolor de nos montagnes de lIsère et qu'on n’a, croyons-nous, retrouvé nulle part ailleurs. Mais les Pyrénées possèdent une espèce assez voisine de la nôtre; et ces exemples de plantes appartenant à un genre représenté à la fois dans les Pyrenées etles Alpes ne sont pas rares, aussi ne nous y arrêterons-nous pas. Il n’y a là que compensation ou réciprocité, si lon veut. Toutefois, revendiquons pour nos Alpes le Berardia subacaulis, rare Carduacée, dont le port et l’habitus en font une des plantes les plus singulières et les plus caractéristiques.

L’une des courses les plus pittoresques comme aussi les plus productives qu’on puisse faire dans les Pyrénées , est évidemment celle de Gavarnie, site bien connu des promeneurs qui s’y rendent chaque année en grand nombre. Cest

là qu’il faut aller pour prendre une idée de laspect grandiose de ces montagnes, et contempler ce qu’on nomme. quelquefois les belles horreurs de la nature.

Voici, d’après M, Bordère, l’éminent botaniste collecteur de Gèdre, la liste des plantes les plus intéressantes qu’on peut recueillir dans cette course, depuis Saint-Sauveur, point de départ, jusqu'au Cirque de Gavarnie (fig. 25).

Fig. 25. — Cirque de Gavarnie.

Entre Saint-Sauveur et Gedre (distance environ 12 kilomètres), sur les rochers arides qui bordent la route, on trouve les Antirrhinum sempervirens, charmante espèce rupestre à feuilles persistantes, presque arrondies, velues et à fleurs blanchesa gorge purpurime; £rinusalpinus, Hieraciumsaxatile, Helianthemum canum, Saxrifraga Aizoon et, sans contredit, le plus curieux et le plus élégant de ce genre si riche en espèces, le S. longifolia, dont les racines s’enfoncent dans des fissures si étroites que leur extirpation est rendue fort difficile dans bien des cas; c’est là aussi que croît, dans les fentes un peu humides ou plus où moins fraîches des rochers, le Ramondia

pyrenaica, dont les feuilles toutes radicales s'appliquent, ‘comme celles de la Saxifrage précitée, intimement sur la roche. Ces deux plantes sont très-recherchées des amateurs ; leur culture n’offre d’ailleurs aucune sérieuse difficulté. Dans les lieux un peu herbeux ou dans des débris de rochers, on trouvera l’Ononis rotundifolia, Yune de nos plus belles Papilionacées, le Vicia Orobus, puis les :

Cracea Gerardi, Melica nebrodensis, Astragalus depressus, Lathyrus pyrenaicus, — monspessulanus, Digitalis lutea, Ligqusticum pyrenaicum, Hyssopus aristatus, Rosa rubiginosa, Sedum altissimum.

Les environs de Gedre offrent, entre autres, soit dans les rochers ou les éboulis, soit dans les lieux boisés et frais :

Resedu glauca, Cirsium monspessulanum, Arenaria grandiflora, Iieracium neo-cerinthe, Grypsophila repens, — phlomoides, Potentilla splendens, Crepis albida, Nasturtium pyrenaicum, — blattarioides, Viciu pyrenaica, Soyeria paludosa, Telephium Imperati, Sideritis hyssopifoliu, Paronychia serpyllifolia, Teucrium pyrenaicum, Valeriana pyrenaica, Bartsia alpina,

— montana. Uropetalum serotinum, Saxifraga arctioides, Allium fullax,

— Geum, Agrostis pyrendir«, Iieracium sericeum, Avena suleata.

Une distance de quatre kilomètres seulement sépare Gedre de Gavarnie. On pourra recueillir dans le parcours quelques rares espèces, notamment :

Hormünum pyrenaicum, Leontodon pyrenaicus.

Lactuca Plumieri, Cardamine resedifolia, Hieracium ampleæicaule, Saxifraga nervos«.

Carduus carlinæfolius, — intricata, Adenostyles albifrons, Heracleum pyrenaicum,

Meconopsis cambrica, Silene rupestris.

Autour de Gavarnie, soit dans les prairies, soit dans les débris herbeux, on trouvera :

Trifolium alpinum, Pedicularis pyrenaica,

Spiræa Aruncus, Polygonum viviparum,

Geum pyrenaicum, Luzula pediformis,

Hieracium cerinthoiïdes, Careæ sempervirens, — vestitum, l'osu alpine,

Lilèum Martagon, — pyrenaica,

Betonicæ Alopecuros, Cotoneaster vulyaris.

De Gavarnie au Cirque, dans les prairies, les pâturages secs oules graviers, les espèces suivantes se montreront à nos regards :

Merendera Bulbocodium, Galüum pyrenaicum, Viola cornuta, Sedum atratum, Chœrophyllum aureum, Rubus saxatils, Lonicera pyrenuica, Onopodon pyrenaicurn, Astragalus aristatus, Campanula pusillu, Passerina nivalis, Serofularia Hoppüi, Hypericum rummularium, Globularia nana.

Rhamnus punilu, Euphorbia hybernica, Dryas octopetala, Salix retusa, Herniaria pyrenaica, — incana, Sedum micranthum, lris æyphioïdes, Sarifraga moschata,' Pinus uncinatu.

M. Guitteau (1) indique en outre, dans les mêmes localités, les :

Dianthus monspessulanus, Gentiana ciliatu,

Rosa rubrifolia, — cruciata, Aconitum Anthora, Saxifraga muscoides, Trollius europœus, Paronychia sapitata, Primula viscosa, Silene acaulis, Arctostaphylos uva-ursi, Phyteuma hemisphæricum, Arenaria grandiflora, Galium vernum,

Feseda glauca, Hieracium nobile.

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