‹ Les plantes alpinesChapitre 17 sur 111 · Bullet. Soc. Lotan. franc., 1868, p · texte numérisé non relu

Bullet. Soc. Lotan. franc., 1868, p

Dans le Cirque même de Gavarnie, on trouvera, soit dans les rochers, soit dans leurs débris un peu herbeux ou dans les graviers, soit dans le voisinage de la grande Cascade, ES

Geranium cinereum, Leontopodium alpinum, Crepis pygmeæa, Saxifraga umbrosa, Saxifraga ajugifolia, Buplevrum pyrenaicum, Carduus carlinoides, Asperula hirsuta, Salix reticulata, Aronicum scorpioides,

— relusa, Agrostis alpina,

— pyrenaica, Avena montan«, Veronica Pone, Trisetum agrostideum, Carex capillaris, Polypodium Dryopteris, Poa alpina, Polystichum Lonchitis, Aquileqia alpine, Scrofularia alpestris, Lepidium alpinum . Senecio Tourneforti,

PIC DE BELLEDONES

Notre point de départ pour le pic de Belledone, qui appartient à la chaîne granitique des montagnes de lIsere, dont il est le point le plus élevé, sera Grenoble, le lieu important qui en est le plus rapproché. On ne peut faire cette herborisation d’une manière fructueuse qu’en lui consacrant près de trois jours et en l’effectuant vers la fin de juillet ou dans la première quinzaine d’août, au plus tard.

Nous aurons à explorer successivement de splendides bois de sapins, des rochers arides qui leur succèdent et qui sont tantôt exposés au soleil le plus ardent et aux vents les plus violents, tantôt au nord, et partout, dans ce cas, plus ou moins ombragés, mais toujours frais ou humides, et couverts

d’un épais tapis de Mousses et de plantes variées; puis, des débris mouvants de rochers ; les bords fangeux de quelques lacs ; des gazons courts et peu serrés, couverts de neige pen— dant environ huit mois de l’année, et enfin des rochers dénudés, presque taillés à pic, et s’élevant jusqu'à environ 2,800 mètres.

Le premier jour, nous quitterons Grenoble vers trois heures du soir, par les voitures publiques de Domène, village le plus rapproché de Revel, que nous devons atfeindre après une heure de marche environ, et où nous coucherons, non pourtant sans avoir été à la recherche du Carpestum cernuum, qui croît çà et là dans les lieux boisés, aux environs du village.

Le second jour, nous nous mettrons en marche le plus tôt possible, etnousirons jusqu’à /a Pra, où nous passerons la nuit dans les deux misérables chalets de ce nom, si nous voulons tenter l'ascension de Belledone, ce que nous ne pourrions faire dans la même journée, Si cette ascension n'avait aucun attrait, on pourrait arrêter la course aux lacs de Doménon, revenir à Revel, pour y passer une seconde nuit, et enfin se rendre à Grenoble le lendemain matin. Nous supposons la course com plète, c’est-à-dire celle du pic de Belledone. Il sera bon de nous munir de vivres, comme aussi de vêtements chauds, à cause de l'intensité du froid, Un guide, au besoin, pourra être fort utile.

Le parcours de Revel aux Granges des Replats n'offre, à cause du peu daltitude, aucune espèce véritablement alpine ; cependant, nous devons remarquer la présence, dans les en-virons de ces granges, du Jasione montana, Si Commun dans les terrains siliceux de nos plaines.

A une faible distance des Granges, et un peu avant d'arriver aux Sapins, on trouve, dans les gazons et parmi les bruyeres, un certain nombre d'espèces vivaces on arbustives des régions

alpines, et dont la présence à une si faible altitude ne peut qu'étonner. Ce sont, entre autres, les :

Gentiana Kochian«, Juniperus nan«,

Alnus viridis, Allosurus crispus.

La forêt de Sapins que nous atteignons bientôt est formée en parties à peu près égales par les Pinus Abies où Sapin de Normandie, et P, Picea ow Épicéa. L'exploration de la première partie de cette forêt procure aux botanistes les :

Homogyne alpina, Galium rotundifolium, Monotropa Hypopitys, Luzula flavescens.

Pirola secunda, Goodyera repens.

Souvent, sous lépais ombrage de ces arbres , le Lycopodium clavatum prend de grandes dimensions et arrive parfois, comme le ZLycopodium juniperinum qu'on rencontre aussi, mais moins communément, a s’enrouler autour de leurs troncs jusqu’à environ 60 centimetres de hauteur, surtout lorsqu'ils croissent dans quelques touffes d’arbustes : Vaccinium Myrtillus et Juniperus nana, qui leur servent de premier support. L’Airelle Myrtille abonde sous les Sapins de Revel, et ses fruits, qui sont cueillis par les pâtres ou les enfants, arrivent en orande quantité jusque sur le marché de Greroble. Ici déja nous voyons apparaître communément sur les rameaux plus ou moins vieux des Sapins, ces curieuses Üsnées dont nous avons déjà parlé, et qui produisent par leur nombre, leur aspect singulier, un effet des plus étranges.

Plus haut, au lieu dit Pré-Rémond, qui se trouve situé à peu près en face d’une dépression profonde, assez boisée pourtant malgré ses pentes rapides, et qui porte le nom de Combe de la Lance, on trouve les Gentiana campestris, Alchimilla alpina, et, chose curieuse! le Nardus stricta des terrains siliceux de nos plaines.

Arrivé ici, deux combinaisons se présentent: ou on se dirige au milieu des Sapins et par un petit chemin situé à

gauche, au chalet dit Pierre-Péquay; où on fait, pendant un quart d'heure environ, ascension du Colon, en prenant ensuite, a gauche, un petit sentier bien frayé à travers la forêt. Ce dernier itinéraire est le plus court et le plus commode; il est bien connu des pätres et des personnes qui vont au lac du Crouzet et à la Pra; cependant nous lui préférons le premier, parce qu’il peut nous procurer de plus abondantes récoltes.

Du Pré-Rémond au chalet Péguay, on peut faire une ample moisson. La petite course que ce trajet nécessite se fait dans des lieux frais et ombragés. Ca et la, des Épicéas gigantesques et des Sapins proprement dits, flanqués isolément sur les bords abruptes, laissent souvent ramper leurs volumineuses racines à la surface même du sol en partie arrosé par les eaux qui descendent du lac du Crouzet, ou encore sur d'énormes débris de rochers; quelques Bouleaux communs et un petit nombre d'individus de Sorbus aucuparia constituent pour ainsi dire le bilan des espèces de haute taille qui croissent dans ces lieux sauvages et grandioses; des arbrisseaux d’un âge souvent très-avancé, mais qui ne dépassent pas cependant deux mètres de hauteur, sont abrités par eux; à ce nombre ppartiennent les Lonicera nigra, L. cœrulea, L. Xyloateum, et L. Alpigæna, le Ribes petrœum, le Rosa alpina, etc. Ce sont aussi les lieux de prédilection du Framboisier, dont les fruits, cueillis par les bergers, approvisionnent le marché de Grenoble. Sous ces arbrisseaux ou à leurs côtés, partout où les débris de rochers ne couvrent pas complétement le sol, qui est toujours saturé d’une grande humidité, on trouve de magnifiques exemplaires de plantes némorales qui acquièrent là un luxe étonnant de végétation; ce sont entre autres: le Ranunculus platanifolius, si remarquable par la blancheur de ses fleurs, le Zhalictrum aquilegifolium, le Ptarmica macrophylla, le Luzula nivea, V Aconitum Lycoctonum, le Rumex ari-

folius, toutes plantes enfin dépassant un metre de hauteur ; et, mêlés à elles et excédant encore leurs dimensions, deux gigantesques Composées à fleurs bleues ou roses, les Mulgedium alpinum et Adenostyles albifrons. Mais tout à côté croissent aussi quelques espèces plus humbles et non moins élégantes; ce sont, entre les débris rocailleux, les Polystichum spinulosum, Calamintha grandiflora, Astrantia minor, Phleum alpin, Polypodium Phegopteris; et, sur les rochers moussus où dans les lieux les plus rapprochés des ruisseaux, souvent même dans leurs eaux, les Surifraga cuneifolia et S. stellaris, les Sedum Anacampseros et alpestre, YEpilobium alpinum, Ve Veronica bellidioides, le Viola biflora, la Cardamine silvatica, ete. L’Euphrasia minima croit aussi dans ces lieux, mais dans les en droits les plus secs.

Arrivé au torrent qui descend directement du lac supérieur, et après l’avoir franchi, on n’est qu'à une faible distance du chalet Pierre-Péguay et, dans son voisinage, le botaniste peut recueillir, soit dans les lieux boisés, soit surtout sur les débris de rochers ou dans leurs intervalles :

Rumex alpinus, Sibbaldia procumbens, Peucedanum Ostruthium, Primula viscosa, Lonicera cœruleu, Agrostis alpin, Hieracium alpinum, Leontodon pyrenaicus, Silene rupestris, Veronica saxatilis,

Viola arenariu, Phyteuma betonicæfolium È Sempervicum mont, Potentilla grandiflora, Phyteuma hemisphæricum, Aspidium Lonchitis,

et la belle Gentiana puhctata, top largement exploitée depuis quelques années pour la fabrication de Palcool.

En s’avançant dans la direction de l’est, on atteint un petit col qu'on doit traverser, pour gagner le chalet dit Jasse Vieille. Dans le voisinage de celui-ci, le sol est partout recouvert de débris granitiques qui se sont sans doute détachés des imposants rochers situés en face, au midi. |

Nous sommes 1ci dans des lieux découverts et arides ; la végétation, beaucoup moins luxuriante que celle des parties inférieures, nous fourmra cependant un certain nombre d’espèces qui nous obligeront à faire une petite halte pour les cueillir. Ce sont les :

Gnaphalium norvegicum, Linaria alpina (fig. 26), Artemisia Mutellina, Alsine Cherleri, Selaginella spinulos«, Biscutella lævigata, Luzula lutea,

Solidago minuta, Seutellarix alpin, Avena montant,

Senecio inCAnus,

— Doronicum,

Scabiosa lucidu, Fig, 26. — Linaria alpina.

Linum alpirum, etenfinle Gentiana lutea, que nous ne citons ici qu'à cause de sa grande rareté dans les lieux à sol granitique, et que les pâtres déracinent sans pitié, comme ils le font aussi pour sa voisine, la G. punctala, que nous trouvons si abondante partout autour de nous.

C'est sur un tertre formé de gros blocs plus où moins herbeux, et qui se trouve à une faible distance de Jasse-Vieille, qu'on pourra récolter le Lycopodium alpirum, qui passe, à bon droit, pour lune des raretés de la course, Près des sources d’eau provenant de la fonte des neiges, et souvent même dans ces eaux courantes et très-froides, on observera les Saxifraga aizoides, S. stellaris et lEpilobium alsinefolium; les rochers humides et les parties rocailleuses fournissent les :

Vaccinium uliginosum, Veronica alpuna, Gentiana Kochian«a, Ranuneulus Grenieriunus,

Allosorus crispus, Carex ferruginea, Oxyria digyna, — atrata, Aronicum scorpioides, Calamagrostis tenelle

Quittons ces lieux découverts, qui ne sauraient enrichir nos récoltes que par un examen trop attentif, ce que nous ne pouvons faire, et gagnons au plus vite les lieux boisés que nous distinguons à droite. Là, nous retrouverons sous l’ombrage d’arbustes déjà connus, à peu près les mêmes espèces herbacées qui peuplaient l’endroit où nous sommes arrivés un peu après avoir quitté le Pré-Rémond. Cependant 1l semble que les plantes y sont plus belles encore et plus vigoureuses. L’Adenostyles albifrons, entre autres, y prend des proportions relativement exagérées. C’est dans ces bois, ou plus souvent encore dans les lieux humides et ombragés des rochers, qu'on doit chercher le rare Streptopus amplexifolius, curieuse Mélanthacée, croissant pour ainsi dire dans l’eau, et que nous arrivons cependant à maintenir dans nos cultures, dans un sol entretenu seulement dans un constant état de fraicheur.

Cette dernière planterecueillie, on revient sur ses pas pour explorer, à gauche, la base des grands rochers taillés à pic situés au nord-ouest. On y trouve successivement, dans les fissures mêmes, le trèes-rare Saussurea discolor, le Buplevrum stellatum, le Potentilla nivalis, le Phaca alpina et V Artemisia Villarsii, dont la station, souvent inabordable, augmente la difficulté de la récolte; puis, dans des endroits plus accessibles, les Scrofularia juratensis, Aquileqia alpina, Silene bryoides, Armeria alpina, etc. |

Arrivé à peu près à la hauteur du plateau situé en face du lac du Crouzet, on doit abandonner les rochers, et, dans les pierres, sur les débris de rochers herbeux qui forment ce plateau, comme aussi dans les éndroits avoisinant les nombreuses sources qui serpentent de toutes parts, il sera

facile de faire d’abondantes récoltes; on y trouvera, entre autres :

Loiseleuria procumbens, Leontodon pyrenaicus, Buplevrum stellatum, Juncus trifidus, Agrostis alpina, … Hieracium piliferum,

— . rupesires, — glanduliferum, Avena Scheuchzert, Gnaphalium supinum, Trifolium alpinum, Chœrophyllum hirsutum, Aster alpinus, Cirsium Spinosissimum, Salix retus«, Hutchinsia alpina,

— reticulata, Epilobium alsinefolium.

Sur les bords du lac du Crouzet, aux eaux limpides et à teinte d’un beau bleu azuré, témoignages d’une grande profondeur, profondeur qui n’a pas été, croyons-nous, jusqu'ici mesurée, ainsi que dans les débris gramtiques qui le bordent à gauche, seul passage possible en cet endroit, le côté de droite étant formé d'énormes rochers perpendiculaires dont la base même plonge dans le lac, on rencontrera quelques plantes intéressantes, et dont nous allons donner à peu près la liste

complète.

Sur les bords mêmes du lac, le Juncus filifornus et le Carex

canescens ; à Sa partie supérieure, et dans les lieux submergés qui le précédent : le Callitriche hamulata, var. minima; dans les débris arides qui le longent, à droite, les :

Hieracium incisum, Gaya simplex,

— alpinum, Avena montana, Hypericum androsæmifolium, Pedicularis tuberosa, Erigeron alpinus, Allosurus crispus,

et de splendides exemplaires de l’élégant et incultivable Adenostyles leucophylla.

Au delà du lac de Crouzet, on suit un sentier étroit et peu apparent, à travers des débris de rochers, et qui mène au fond de la vallée de la Combe-de-la-Lance.

Dans ces débris de moins en moins herbeux, de nouvelles

y8 LES PLANTES ALPINES

plantes apparaissent; cueillons, chemin faisant, les sui-

vantes :

Atragene alpinu, Galium helveticum, Trifolium glareosum, Athamantha cretensis,var. viridis, Thlaspi rotundifolium, Leucanthemum alpinum, Cardamine resedifolia, Pou distichophyllz.

Abandonnons, mais seulement pendant une demi-heure, notre sentier et allons explorer la base des grands rochers situés à l’est du lac du Crouzet, nous y trouverons trèsvraisemblablement, dans leurs étroites et très-rares fissures, quelques plantes microscopiques que recommande la rareté. De ce nombre sont les Androsace imbricata, Woodsia hyperborea, Draba tomentosa, et, dans des lieux où la faible couche de terre suffira à son développement, le Brassica inontan«.

C'est ici le moment de faire remarquer, si on ne l’a fait déjà pour les espèces citées, l’absence dans les montagnes granitiques de ces magnifiques et plantureuses prairies qui caractérisent, à altitude égale, la végétation des montagnes calcaires dont le Viso et le mont Cenis fournissent de si bons exemples.

C’est aussi le cas de rappeler la présence, sur ces montagnes élevées, de plantes qui croissent dans nos plaines siliceuses :

Jasione montan«, Viola arenarta, Lycopodium clavatum, Pinguicula vulgaris, Vaccinium Myrtillus, Viola palustris.

Nardus stricta,

Revenu au sentier que nous avions laissé, nous rencontrerons, en continuant l’ascension des rochers un peu herbeux et des lieux humides, sur les premiers :

Phaca australis, Cerastium trigynum, Festuca pumila, Poa supina, — var, Veronica tenella,

et dans les seconds, qui sont tout à fait baignés par les eaux, d'intéressantes Cypéracées, dont voici les principales :

Eriophorum Scheuchzeri, Carex frigida, Scirpus C@Spitosus, — echinatu.

Quittant ensuite la vailée, et gravissant à gauche les débris de rochers, puis les maigres pelouses où pâturages qui leur succèdent, pour atteindre le sommet de la Grande- Lance, on récoltera :

Androsace carne«, Betonica hirsutu, Aster alpinus (fig. 27), Sisymbrium pinnatifidum, Gentiana alpina, Polygonum viviparum, Cardamine alpina, Carex fœtidu,

— hiJr«a, Anemone vernulis, Alsine verna, Luzula Spicata,

— pediformis, Sibbaldia procumbens, Antennarit carpatic«,

Pedicularis incarnata, Sagina glabra, ds Thesium alpinum. Fig. 27. — Aster alpinus.

La partie supérieure de la Grande-Lance (2,813 metres d'altitude environ), surtout les débris provenant de la crête des rochers, nous présenteront, au midi, le petit nombre d’especes caractérisant la végétation des régions les plus élevées. Ce seront les : Eritrichium nanum aux fleurs azurées, Sarifraga muscoides, S. androsacea, Ptarmica nana, Vun des Génépys les plus recherchés, et le très-joli Ranunculus glacialis, toutes plantes enfin d’une difficile culture.

Quittant ce sommet nuageux, presque glacé, et où règne

toujours un vent violent, et longeant les rochers escarpés situés à gauche, nous aurons sans doute le plaisir d'ajouter une nouvelle richesse à nos récoltes, celle du Cerastium alpinum.

Nous arrivons enfin, apres une descente rapide et des plus fatigantes, opérée en grande partie dans des débris mouvants, à la base de la Grande-Lance. De là, nous dirigeant à l’est, sur les lacs de Doménon, en suivant autant que possible le fond de la vallée, nous récolterons, contre les rochers exposés au midi, dans les pelouses et les lieux humides, les :

Centaurea nervosa, Empetrum nigrum, Arnica montana, Cerastium trigynum, Pedicularis rostrata, — pedunculatum,

et le joli Paradisia Liliastrum qui, dans les prairies des montagnes calcaires, en est un des plus beaux ornements.

Le Gentiana brachyphylla, dont on ne saurait trop admirer l'élégance, croît en fortes touffes dans les lieux quelque peu herbeux qui avoisinent le lac de Doménon, et les Arenaria biflora et Paronychia polygonifolia forment, dans les sables qui les bordent, des tapis d’une dimension remarquable.

Il faut, des lacs de Doménon, revenir sur ses pas, longer le torrent qu'alimentent leurs eaux, et l’on arrive bientôt dans la partie élevée de la vallée dite de la Pra, et qui est dirigée de l'est à l’ouest. C’est vers le centre de cette vallée qu’aboutit l'extrémité méridionale de la Combe-de-la-Lance. Sur les rochers herbeux, vers l'endroit où le torrent se bifurque pour verser à droite une partie de ses eaux dans le lac du Crouzet, tandis que l’autre continue son cours dans la vallée de la Pra, on trouve une espèce non encore rencontrée, le Lloydia serotina, maigre Liliacée qui doit opérer en quelques semaines seulement toutes les phases de sa végétation, ainsi que Patteste l’état très-sec de ses capsules ouvertes et dépourvues de graines.

En continuant l'exploration de la vallée de la Pra, on trouvera bientôt, à droite et adossés contre les rochers au midi, deux misérables chalets qui servent d’abris aux bergers. C’est là que nous devons passer la nuit. Qu'on ne s’attende pas à avoir toutes ses aises, car c’est à peine si nous trouverons, non pas de la paille, mais une planche pour dormir et un peu de bois pour nous chauffer la nuit. Nous sommes à une altitude dépassant à peine 2,200 metres, et cependant nous avons depuis longtemps déjà perdu toute trace de végétation arborescente. Le peu de bois qui nous sera offert ne se com— posera que de quelques chétifs débris de tiges ou de racines de Sapins récoltés et amenés souvent à grand'peine par les pâtres. Mais le botaniste est peu difficile, et le plaisir seul de la récolte absorbe tout entier.

Le lendemain, nous sommes, et pour cause, sur pied longtemps avant le lever du soleil. Si, avant d'entreprendre l'ascension du pic de Belledone, nous explorons les rochers les plus rapprochés des chalets, nous trouverons quelques beaux pieds d’Artemisia Mutellina, d'Herniaria alpina et d'Hypericum androsæmifolium ; si, aussi, nous parcourons les bords du torrent qui fait face aux chalets, nous verrons, dans les sables humides, outre un grand nombre d’espèces déja citées, l’Arabis bellidifolia, et, dans les pâturages avoismants, la plupart des espèces qui caractérisent en général la végétation de ces lieux. Si nous remontons le petit sentier mal frayé conduisant aux rochers qui s’élévent au sud et qui traverse le col de la Grande-Vaudaine, nous trouverons sur ces rochers mêmes les Elyna spicata et Carex curvula.

Revenons aux Chalets pour y déposer nos récoltes, et reprenons, jusqu'aux lacs de Doménon où nous nous trouvions la veille, le chemin que nous avions suivi pour gagner notre gite.

A partir des lacs, où nous arrivons après deux heures de

marche, deux ou trois heures au moins nous seront encore nécessaires pour atteindre le sommet de Belledone, dont le point culminant a une altitude de 2,981 mètres.

Le chemin ou plutôt les sentiers à parcourir pour y arriver sont assez rocailleux et souvent couverts de neige. Le sol, formé de débris de rochers assez fortement inclinés pour en rendre la pratique tres-difficile, n'offre, comme leurs abords, qu'une végétation pauvre et chétive. Partout aussi autour de nous se trouvent des rochers plus ou moins abruptes, en partie dénudés et se présentant parfois en blocs si énormes que chacun deux pourrait, à la rigueur, former une véritable montagne. De loin en loin apparaissent cependant des témoins de la végétation vraiment alpine.

Ici plus d’arbrisseaux, même herbacés, si on peut employer cette expression; les plus petits, en effet, sont déjà bien au-dessous de nous. Ce fait tient évidemment moins à l'altitude qu'a la nature du sol de ces montagnes. Les plantes que nous observons sont en général des espèces traçantes ou gazonnantes.

Parmi celles qui se montrent dans leur plus beau développement, nous rappellerons surtout les S/ene bryoides et Ptarmica nana, dont les larges touffes émaillées de fleurs roses dans la premiere, blanches dans la seconde, représentent pour ainsi dire isolément de véritables parterres. C’est aussi sous cette forme que se montrent le Cherleria sedoides aux petites fleurs verdâtres, et quelques Graminées, notam-— ment le Poa distichophylla. De loin en loin aussi on aperçoit, mais le plus, souvent dans des lieux inaccessibles, de belles touffes du vrai Génépy des Alpes, l’Artemisia Villarsu; mais il faut le pied sûr et lejarret solide des pâtres pour les atteindre. La récolte de cette plante est l’une des grandes occupations des bergers.

Nous nous rappelons avoir vu un jour, sur la erète même d'un des énormes rochers situés à droite de l’endroit où nous nous trouvons, un pâtre se livrant avec ardeur à cette récolte. Le rejoignant, non sans difficulté, j’ai pu faire, dans le sac qui contenait le produit encore peu abondant de ses récoltes, et pour quelques sous seulement, une provision d'échantillons mal arrachés, 1l est vrai, pour être replantés, mais dans un état assez satisfaisant pour prendre plac: dans un herbier, de cette intéressante plante qui tend de plus en plus à disparaître par suite des recherches dont elle est l'objet.

Nous arrivons insensiblement au but de notre course. Plus nous nous élevons, plus l'herbe devient rare, et nous ne trouvons, en dehors des espèces recueillies la veille un peu avant d'arriver aux lacs de Doménon, qu'un petit nombre à citer et, parmi elles, les : Potentilla frigida, Geum reptans et Draba tomentosa, var. frigida.

Après avoir fait ces récoltes et comtemplé le magnifique coup d’œil réservé aux voyageurs qui peuvent atteindre le sommet de Belledone, il nous faut gagner au plus vite, par le chemin de l'aller, les chalets de la Pra, d’où, après quelques minutes de repos, nous nous dirigerons sur le fond de cette vallée.

Nous rencontrerons successivement quatre lacs dont les bords nourrissent plusieurs espèces intéressantes. Dans le lac Merlat, le premier de tous, croît le Sparganium affine, et, sur ses bords, le Fiola palustris est abondant.

Au- dessous de ceslacs se succèdent des rochers et des débris de rochers qui n’offrent aucune plante que nous n’ayons déja rencontrée ; bientôt on arrive dans une vallée étroite et ombragée par laquelle s’écoulent les eaux qui descendent du lac Robert. C’est là que, dans les débris peu herbeux, croît la plus gigantesque Composée de nos Alpes, le très-rare Rhapon

ticum scariosum que sa taille élevée, la grande dimension des calathides et l'ampleur du feuillage font facilement reconnaître, même de loin.

Sur les bords du torrent, près de la passerelle qui conduit au lac Robert, on trouve, dans les lieux boisés, l’Aconitum paniculatum, qui ne déparerait pas nos jardins.On suit alors un sentier bien tracé à travers la forêt de Sapins, et on arrive bientôt à la magnifique cascade de l’Orciere, dontles eaux mugissantes se précipitent avec fracas sur des rochers couverts en général d’une végétation luxuriante, et qui nous fourmira à peu près les mêmes espèces que nous avons rencontrées au voisinage du chalet Pierre-Peguay.

En rejoignant, par un chemin à pente souvent rapide, la lisiere des Sapins, on pourra trouver, soit sur les rochers herbeux et humides, soit le long même du chemin, les Mulgedium Plumieri, Tozzia -alpina et Pinquicula vulgaris. Arrivé à la région inférieure de la forêt, on suivra un chemin qui longe le torrent, et on le quittera plus bas pour en prendre un à droite qui conduit directement à Revel, é’est-à-dire à notre point de départ.

Pendant le trajet, on recueillera, entre les pierres qui bordent des chemins toujours caillouteux, les Epilobium collinum, E. roseum et Arenaria leptoclados; et, dans les champs, les Galeopsis intermedia et Verloti, ce dernier toujours à fleurs blanches.

De Revel à Domeéne, il faudra prendre, sur les blocs de rochers qui longent le chemin ou plutôt l'étroit sentier, une Composée des plus curieuses et en même temps des plus élésantes, le Leuzea conifera, qui abonde surtout dans les montagnes du midi de la France, et qui ne dépasse pas, au nord, les lieux les plus insolés des côteaux calcaires avoisinant Grenoble.

Il n’est guëre possible, au botaniste où à lamateur de plantes alpines qui se trouve à Grenoble, de ne pas aller à la Grande-Chartreuse pour admirer les grandes et magnifiques forêts dominées par les rochers abruptes, mais plantureux cependant, qui l’environnent, ainsi que son vaste et sombre Désert. Cette course, ou plutôt cette promenade, nécessite, pour la faire aussi complétement que possible au point de vue des récoltes, l'emploi de trois journées. Dans le premier, on se rendra au monastère même en passant par Voiron et Saimt- Laurent-du-Pont; le second sera consacré à l’ascension du Grand-Som, et le troisième au retour, qu'on pourra effectuer soit par lechemin de l'aller, soit par le Sappey, Montfleury et la Tronche. C'est ce dernier itinéraire que nous nous proposons de suivre.

Il faut quitter Grenoble par le premier train du matin et s'arrêter à Voiron ; là, prendre les voitures publiques jusqu'à Saint-Laurent-du-Pont. La route que nous suivrons est des plus pittoresques. Nous ne voyons cependant encore autour de nous que des montagnes peu élevées, mais l'irrégœularité ou la dentelure de leurs arètes, leurs escarpements, les blocs énormes qui s’en sont détachés en se précipitant jusque dans le fond de la vallée, nous saisissent d’admiration. Les rochers qui longent la route avant d'arriver à Saint-Laurentdu-Pont nous offrent quelques bonnes espèces, ainsi: 1e Potentilla petiolulata, Gaud., curieuse forme de la Potentille caulescente, et qu’on retrouve dans le vallon de J.-J. Rousseau, au dessus de Parizet, près Grenoble, et les Æieracium pulmonarioides et Saponaria ocimoides.

Nous atteignons Sant-Laurent si connu des touristes, et qui fut presque entierement incendié en 1854. Les Chartreux ont contribué pour une large part aux dépenses nécessitées par la reconstruction du village.

Peu de temps après avoir quitté Saint-Laurent, la vallée du Guiers que nous remontons devient étroite; la gorge se resserre de plus en plus en certains points, et le site est tout à fait imposant. Le Guiers coule parfois bruyamment, bondit et précipite son cours en formant des cascades écumantes; la route arrive bientôt à le border tout à fait ; au delà, le torrent devient plus tumultueux encore. Arrachons-nous à ce spectacle et cueillons partout autour de nous les Digitalis grandiflora, Chœrophyllum Cicutaria, ete.

Bientôt nous atteignons l’entrée du Désert de la Grande- Chartreuse, lieu imposant et grandiose. Franchissons la porte de Fourvoirie, ce lieu auquel se rattachent tant de souvenirs, et remarquons au-dessus d'elle le globe surmonté d’une croix entourée de sept étoiles avec cette devise Stat crux dum volvitur orbis. Ce sont les armes de l’ordre des Chartreux. Admirons, avant de nous livrer aux plaisirs de la récolte, et la sinuosité de la route qui serpente le long du torrent, et les bouquets d'Épicéas qui couronnent irrégulièérement les escarpements ou la crête ciselée des monts voisins, et encore les sombres forêts qui nous environnent et qui sont formées en partie d’Épicéas et de Hêtres. On rencontre rarement d'aussi beaux rideaux de verdure que ceux qui revêtent les parois de cette vallée rocheuse, accidentée et constamment humide.

Dans les parties les plus ombreuses de cette forêt, l'œil le moins exercé pourra découvrir l’?mpatiens noli-tangere, plante curieuse, appartenant à un genre ayant un très-petit nombre de représentants, croissant surtout dans les Indes- Orientales, mais qui ont aussi leurs congénères dans les régions froides du Nouveau-Monde; puis les Dentaria digitata, superbe:

Crucifere à fleurs lilas, Rubus glandulosus, Hieracium nemorense, Androsæmum officinale, Luzula maxima, Knautia dipsacifolia, Adenostyles alpina, Prenanthes purpurea et sa forme à feuilles étroites, le P. tenuifolia, etc.

Les rochers ou les débris de rochers nous fourniront :

Arabis muralis, Circæa intermediu, Moœhringia muscosa, — lutetian«, Valeriana tripteris, Saxifraga Aïz00n, Hieracium saxatile, Galium myrianthum, Calamintha grandiflora, Euphrasia salisburgensis, Asplenium Haileri, Gentiana angustifolia, Chrysosplenium alternifolium, Hieracium Jacquinr.

Le Trollius europœus, Yun des ornements des prairies alpines, commence à croître dans ces lieux, relativement peu élevés. Si notre voyage se fait au printemps, nous ren— controns presque partout, sous ces forêts, le curieux Lis Martagon.

Nous voici un peu plus qu'à moitié chemin du monastère et au point où la nouvelle route abandonne la rive gauche du Guiers, que nous franchissons sur un pont hardi d'une seule arche : c’est le pont de Saint-Bruno.

Iez.. les Épicéas constituent encore l'essence dominante de la forêt, et, très-rapprochés les uns des autres, leurs troncs s’élancent verticalement à une grande hauteur. Dans certains endroits, le chemin longe tout à fait le torrent, qui coule au fond avec un bruit sourd.

On remarque bientôt, à droite, un gigantesque rocher en forme d’aiguille: c’est le rocher de l'Œillette, énorme bloc qui appartient au néocomien supérieur et qui se dresse entre la route et le torrent. Une croix, formée de deux branches d'Épicéa, est placée à son sommet pointu qu'on ne peut atteindre sans danger. C'est ici que se trouvait anciennement la deuxième porte du Désert.

De jolies plantes croissent autour de nous; c'est la flore silvicole qui nous offre ici les plus belles espèces; ouvrons nos boîtes et mettons-y :

Petasites albus, Stachys alpina,

Festuca silsatica, Carduus Personata, Senecio Fuchsüi, Hesperis matronalis, Epilobium roseum, Thalictrum aquilegifolium, Lunaria rediviva, Carex sempervirens, Aconitum Anthora, Spiræa Aruncus, Campanula latifolia, Actæa spicata,

Vicia dumetorum, Ribes alpinum.

La pente devient de plus en plus rapide; une courte mais pénible montée dans la forêt, le long d’un ruisseau formé par le trop plein du vivier des Chartreux, nous conduit bientôt au chemin qui longe le mur du couvent, et où nous pouvons récolter le Cephalaria alpina, gigantesque Dipsacée à fleurs jaunâtres et parfois aussi, échappé sans doute de la cour du monastère, où il y en a plusieurs pieds, le Myrrhus odorata, robuste Ombellifère qu'on rencontre pour ainsi dire auprès de tous les couvents qui sont ou qui ont été sous la dépendance des Chartreux dans le Dauphiné. Le suc de cette plante possède un arome agréable assez semblable à celui de la liqueur si connue sous le nom de Chartreuse, ce qui semblerait indiquer que le Myrrhis odorata entre pour une large part dans la composition de cette liqueur, dont les Chartreux seuls possedent toujours le secret.

Nous pénétrons enfin dans le couvent (fig. 28), où nous pouvons toujours compter sur la plus large hospitalité.

Le lendemain, nous devons nous mettre en marche de très-bonne heure. Prévenons-en le frère-portier. L'ascension du Grand-Som est, on s’en souvient, le but de notre course. Jetons un coup-d'œil rapide sur les montagnes qui nous environnent. Le couvent est dominé au sud par une partie de la chaine de Charmanson, au nord par de belles forêts d'Épicéas

et de Hêtres, et, à l’est, par les escarpements du Grand- Som, point que nous devons atteindre dans deux ou trois heures.

Si nous pénétrons dans la belle prairie située au-dessus du couvent, à droite du chemin, nous y verrons une réunion de plantes plus ou moins élégantes, et, si nous cherchons à composer un bouquet avec les plus jolies, nous aurons : l'Astrantia major, aux grandes collerettes étoilées blanc rosé,

: hi cp

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