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ARMI les végétaux de nos climats tempérés, il ya un petit groupe de plantes qui a toujours plus vivement attiré l'attention des amateurs; nous voulons parler des plantes alpines. Réservées d’abord exclusivement
à l’herbier du botaniste, dont
elles ne sont pas un des moins instructifs ornements, 14 sin-
gularité de leurs formes, qui contraste d’une manière si grande
avec celles des plantes qui nous entourent, les élégants et vifs
coloris d’un grand nombre, peut-être un peu aussi la difficulté de leur culture, les insuccès des premiers essais encore mal raisonnés, et qu’on a tenu à dominer, par cette tendance toute naturelle de l’esprit humain à lutter contre les difficultés, tous ces motifs ont fait que peu à peu la culture des plantes alpines est entrée dans nos jardins, et que sous la double influence d’une facilité plus grande des communications et d’une meilleure entente des procédés de culture, des collections se sont formées de plus en plus importantes; une nouvelle branche a été ainsi ajoutée à l’art du jardinage.
C’est le goût de ces plantes que nous voulons faire partager à nos lecteurs, parce qu'ils y trouveront une source de jouissances qui a bien sa valeur, ne fût-ce que pour se délasser des plaisirs du monde, et se soustraire un instant à la fièvre de la politique.
Qu'est-ce donc que ces plantes alpines dont nous venons aujourd'hui offrir au public un bouquet composé des plus élégantes espèces ? C’est ce que nous allons essayer de dire; mais avant de chercher à délimiter d’une manière aussi nette que possible ce qu’on doit entendre sous ce nom, quelques indications générales seront nécessaires, et, pour les trouver plus claires et plus précises, nous prierons le lecteur de vouloir bien nous suivre un instant. Il s’agit d'aller à la recherche de nos amies, de les saisir là où la main du Tout-Puissant les a placées, dans leur station et leur parure native. Le voyage est rude jusqu'aux sommets de ces montagnes qui se profilent sur l'horizon (fig. 3), mais nous avons la vigueur du corps et l'appétit du savoir ; nous arriverons rapidement à notre but.
Quittons bien vite la région des plaines, couverte de cultures et constamment modifiée par la main de l’homme: c'est à peine si de rares marécages, se rétrécissant chaque jour davantage, et les parties boisées nous fourniront quelques espèces intéressantes. Ne nous arrêtons pas plus longtemps
aux coteaux qui les sillonnent ou les dominent, et dont la végétation repète celle de la plaine en lui ajoutant un petit nombre d'espèces propres aux lieux secs ou aux rochers brûlés par le soleil (fig. 4): la Vigne, le Noyer, le Châtaignier que nous
Fig. 3. — Montagnes qui se profilent..
apercevons ne s’accommoderaient pas des conditions où nous trouverons nos plantes.
Mais le paysage s’est accidenté et a pris un caractère plus grandiose. Au fond de la vallée court un torrent aux grèves étendues, témoignage de ses fureurs. Sur ces grèves
' apparaissent quelques espèces qui vont être les premières sentinelles, sentinelles perdues, de la végétation des montagnes.
Ce sont les Myricaria germanica, Oxrytropis pilosa, Hieracium florentinum, Linaria alpina, Ononis cenisia, Trifolium
Fig. 4. — Rochers brûlés par le soleil.
thymiflorum, Herniaria alpina, Epilobium rosmarinifolium et Fleischeri, toutes plantes qui ne sont là qu’à l’état accidentel et qui, amenées par les eaux, disparaîtront sous la première crue du torrent.
Quelques cultures s’étendent encore sur ses bords, mal
Fig. 5. — Des Cascades s'échappent de toutes parts...
garanties souvent contre ses invasions. Nous les voyons aussi s’étager sur les pentes rapides qui s’élancent à de grandes hauteurs aux deux côtés de la vallée; mais on sent que la lutte de l’homme et de la nature devient plus rude et plus âpre.
Là où l'inclinaison du sol s’est exagérée, ou bien quand le roc ne permet plus de cultures, des bois se montrent plus ou moins denses, entrecoupés de pâturages et de rochers. C’est là que nous allons rencontrer, lorsque nous serons arrivés à ces altitudes où le Chêne a disparu, ces admirables forêts de Sapins (Abies excelsa et pectinata) auxquels se mêlent encore le Hêtre (Faqus silvatica) et le Bouleau (Betula alba). Par suite de la prédominance des conifères, la forêt prend, dans le lointain, une teinte plus sombre et presque noire, qui ne fait q:e mieux ressortir le vert clair des prairies. Des sources, des cascades s’échappent de toutes parts (fig. 5), et viennent animer et égayer le paysage imposant sur lequel se repose notre vue. +
Déjà de nombreuses plantes intéressantes que nous n'avions pas encore rencontrées s’offrent à notre vue. Généralement de taille élevée, la plupart ne dépareraient pas nos jardins, où plusieurs ont du reste fait leurs preuves de beauté et de rusticité. Citons, dans le nombre, les Trollius europæus aux grandes fleurs jaune orangé, Geranium lividum, G. phæum et G. silvaticum, Spiræa Aruncus aux innombrables petites fleurs blanches dont la réunion forme une immense panicule gracieusement inclinée; Asérantia major, Digitalis grandiflora, Bellidiastrum Michelii, Pirola secunda, P. minor et P. chlorantha, Veronica urticæfolia, Luzula nivea, Valeriana tripteris. Ajoutons encore, à cause de leur beauté, le Lis orangé (Lilium croceum), le Lilium Martagon, et le Melampyrum nemorosum, dont le parasitisme à peu près prouvé ne peut permettre lin troduction dans les jardins ; ce fait est d'autant plus regrettable
qu'on à affaire ici à une plante véritablement élégante par ses
fleurs violet purpur.n mélangé de jaune.
Fig. 6. — Son labeur, attesté par des troupeaux...
Mais le temps nous presse, continuons notre route sous la voûte sombre formée par les arbres séculaires de la forêt, ‘sans nous arrêter pour cueillir quelques-uns de ces bizarres lichens: Usnea, Alectoria, Chlorea, dont les longues ramifica-
tions de couleur allant du brun au vert et au blanchätre, se balancent à l’extrémité des rameaux desséchés de l’Epicea, du Sapin et du Mélèze. Baissons-nous cependant pour prendre trois Orchidées, le Goodyera repens, le rare et singulier Corallorrhiza Halleri et l'Epipactis cordata.
Nous voici arrivés à la limite où la forêt perd sa mâle grandeur ; les ârbres deviennent peu à peu plus trapus et plus rabougris ; des taillis herbeux, des prairies se montrent à leur place, entrecoupés de loin en loin, aux endroits les mieux exposés, de quelques maigres champs de seigle, d’avoine ou de pommes de terre, derniers témoins de la lutte de l’homme contre les hostilités des climats; à défaut des travaux de la terre, son labeur ne va plus nous être attesté que par les nombreux troupeaux (fig. 6), désespoir du botaniste, que nous allons rencontrer paissant et vivant sans abri, partout jusqu'aux régions les plus élevées où la richesse d’une herbe parfumée le permet.
Aux limites de la forêt on trouve encore un certain nombre d'espèces caractéristiques et qui se recommandent au botaniste ou à l’amateur par leur beauté. Citons entre autres les Ranunculus aconitifolius et platanifolius, tous deux à fleurs argentées, et dont la premiere a fourni une variété à fleurs pleines très-répandue dans nos jardins sous le nom de Bouton d'argent ; les Viola scaphila et alpestris, Saxifraqa rotundifolia, Senecio Fuchsu, Carduus Personata et C. carlinæfolius, Campanula rhomboidalis, Stellaria nemorum, Calamintha alpina et C. grandiflora, et, parmi les Fougères, les Polypodium alpestre et Asplenium viride.
Les Mélèzes, les Pins Cembro (fig. 7) etles Pins oncinés, qui seuls nous ont suivis jusqu’ici, ne se montrent plus qu'a l’état isolé et ne tarderont pas à disparaître complétement.
Quelques Chévrefeuilles, notamment les Lonicera alpigena et cærulea, Y Alnus viridis, le Sorbus Mougeoti, Y Aria Cha-
mæmespilus, plusieurs Rosiers, principalement les Rosa alpina et pomifera, des Saules (Salix cæsia, myrsinites et grandifolia);
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