S 1. RÉCOLTE ET TRANSPORT DES PLANTES
À. OBJETS DE RÉCOLTE ET DE TRANSPORT.— Avant d'in diquer la manière dont devront être arrachées les plantes alpines destinées à la culture, il est utile de désigner sommairement les instruments indispensables à leur récolte.
Examinons donc quels sont les plus convenables parmi ceux qu'on peut employer à cet usage. Ce seront :
D'abord une pioche. Il y en a de différentes formes et de diverses grandeurs. Les seules à avoir dans le cas qui nous occupe seront celles qui offriront le plus de résistance. C’est la qualité que devront, ici surtout, réunir les instruments auxquels nous pouvons recourir. Rien n’est plus fâcheux, en effet, dans une excursion en montagne, que la possession d'un instrument d’arrachage ou d’extirpation peu solide, attendu qu'il est presque toujours impossible de porter remède à un accident et que, dans ce cas, le succès des récoltes peut se trouver fortement compromis.
La pioche que représente la fig. 39 est l’une des plus commodes et des plus portatives. C’est celle dont se servent les élèves jardiniers du Muséum pour recueillir dans les herborisations faites aux environs de Paris, sous la direction de M. Decaisne,
les plantes qui manquent à cet établissement. Elle est simple. C'est une palette longue d'environ 15 centimètres, mesurant
Fig. 39. — Pioche.
à sa base 1 centimètre d'épaisseur sur près de 2 de largeur, et allant en s’élargissant et s'amincissant jusqu'à son sommet où sa largeur est de 4 centimètres; sa douille, qui à environ de 4 à 5 centimètres de diamètre, est épaisse et résistante, unie intérieurement où à vis; elle s'adapte à un manche en bois souple et résistant, plus ou moins long, mais sans cependant dépasser 70 à 80 centimètres, et qui offre à sa base, où la palette peut être encore consolidée par une vis, un diamètre un peu plus grand qu'au côté opposé. Toutefois, hâtons-nous de dire que, malgré ses avan tages et malgré aussi toutes les conditions de solidité qu'il pourra présenter, cet instrument n’est pas celui qui a le plus
nos sympathies pour arracher des plantes dans les pays de montagnes.
Nous lui préférons le piochon Cosson à manche court que représente la fig. 40. Cet instrument, que tous les botanistes connaissent maintenant, et dont s’est toujours servi le célébre in-
venteur dans ses fructueuses et pénibles herborisations à travers l'Afrique septentrionale, ressemble fort à un mar-
teau de fumiste. Il se compose, comme lui, d’un morceau de fer massif long
d'environ 21 centimetres, et ayant d’un pie 0 SO côté la forme d’un marteau, de l’autre
celle d'une palette de piochon; celle-ci diminue d'épaisseur à partir du point où cesse le marteau proprement dit, et s'élargit insensiblement en spatule en décrivant une faible incurvation. Les dimensions du marteau, qui fait office de con tre-poids, sont de 8 centimètres de long sur 2 à 3 de largeur et autant de hauteur. Son manche n'excède pas 40 centimetres de long; il doit être en bois résistant, du frêne, par exemple, et de forme déprimée-arrondie. Deux clavettes convexes en fer, longues chacune de 15 à 17 centimètres, l’entourent de chaque côté à sa partie arrondie, et sont reliées au manche par deux vis, ce qui augmente la résistance de cet instrument par excellence etle rend apte à triompher de presque tous les obstacles qui peuvent s'opposer à l’arrachage des plantes même les plus difficiles.
Comme la pioche, la houlette varie de forme et de dimension. On sait que cet outil se compose essentielle ment d'un lame de fer ou d'acier, plate ou concave, et affectant des formes très-variables; elle peut être, ou arrondie, ou presque cordiforme aiguë, où même triangulaire ; mais son
RÉCOLTE ET TRANSPORT 161 extrémité et ses bords devront toujours être assez tranchants ; toutes doivent se terminer par une douille très-résistante à laquelle on adapte aussi solidement que possible un manche en bois dur et flexible, du Cornouiller, du Houx, de l’Épine, du Frène même, etc., et de longueur variable, sans cependant dépasser 1°,30 ; plus il sera court plus il aura de solidité. Une arête se prolongeant de la base de la douille jusqu’à environ le tiers ou la moitié de la lame augmente la force de la houlette. Ajoutons que sa longueur ne doit pas excéder au maximum 15 centimètres, et sa plus grande largeur 10 centimètres. La houlette peut être fixe, mais on doit lui préférer la houlette mobile (fig. 41). Celle-ci peut être, selon les circonstances, adaptée à l'extrémité d'une canne ou d’un bâton, même à celle du bâton traditionnel des touristes, à la condition qu’il soit terminé par un pas de vis. La récolte faite, on retire la houlette qu'on remplace soit par le fer pointu du bâton, soit par un boulon en fer. Quoi qu’il en soit, les houlettes ne sont pas un outil sur lequel on doit porter Fig. 41. son choix pour la récolte des plantes alpines, Hovlette mobile. car, quelque solides qu’elles soient, elles sont toujours un instrument fragile et il est à craindre qu’elles ne se brisent dans le cours de l’herborisation, accident dont nous avons
été souvent témoin, et qui a pour conséquence l'impossibilité presque absolue de continuer les récoltes.
Le couteau-poignard, dont nous avons été, croyons-nous, le premier à donner le dessin dans notre Guide du Botaniste herborisant, est suffisamment représenté par la figure 42 pour que nous n’entrions pas dans de longs détails à son endroit, C’est une forte lame de fer ou d’acier, un peu courbée vers
son sommet, qui est aigu et, comme ses bords, plus ou moins
tranchant. Il est parcouru sur toute sa longueur par une arête qui augmente sa solidité. Le manche est en bois dur, du Houx, du Cornouiller, etc., et de forme à peu près carrée mais à angles arrondis. La longueur totale de ce couteau, y compris la garde, est d'environ 45 centimètres dont 20 pour le manche et 25 pour la lame. Celle-ci offre, dans sa plus orande largeur, près de 5 centimètres.
Ce couteau est très-portatif, peu embarrassant, et la possibilité de le loger
dans un fourreau en cuir suspendu à un ceinturon de même nature en rend l'usage facile.
Enfin une bonne serpette et un sécateur forment à peu près le bilan
Fig. 42. des instruments les plus indispensa- Couteau-Poignard.
bles.
Si maintenant nous cherchons à nous rendre compte des services que chacun de ces outils peut plus spécialement nous rendre, nous verrons que le piochon à long manche sera un bon instrument toutes les fois qu'il s'agira d’arracher des plantes dans un sol perméable, fût-1l même sablonneux, par exemple dans les lits toujours un peu humides des torrents, comme aussi dans les éboulis mouvants et terreux ainsi que sur les pentes peu herbeuses ; que la houlette sera surtout commode quand on aura affaire à des espèces venant sur les talus élevés ou dans les fissures des rochers, qu’un instrument moins long ne pourrait atteindre; que le couteau-poignard peut rendre d’utiles services pour arracher les espèces à racines peu profondes et particulièrement celles qui s’étendent peu en diamètre, comme aussi celles des débris mouvants, terreux ou rocailleux, et des fissures de rochers ; qu'enfin, le
piochon Cosson, aussi bien par sa force, car il n’y a aucun risque de le voir se briser, que par son maniement facile, présente des qualités générales qui font que nous lui donnons la préférence. En effet, nous nous en servirons toujours avec succès, et cela dans toutes les conditions de terrain qui pourront se rencontrer : graviers, rocailles, débris, prairies, rochers, marais, etc. Les arbustes eux-mêmes ne sauraient lui résister, et quand par hasard leurs racines s’enfon— cent très-profondément, on se sert de la serpette ou du sécateur pour les couper à la longueur qu'on croira suffisante pour ne pas nuire à la reprise.de la plante.
Il n'est peut-être pas inutile de faire remarquer que moins un instrument d'arrachage aura le manche long (sans cependant excéder une certaine limite), plus le travail sera rendu facile ; on voit mieux ce que l’on fait, et, comme nous le dirons tout à heure, pour arracher une plante avec soin, il faut absolument se donner un peu de peine, se baisser, la voir de près pendant tout le temps que nécessite son extirpation du sol, afin de diriser l'instrument de telle sorte qu’il blesse le moins possible les racines. Or, emploi d'un outil à long manche ne permet pas, quelque adresse qu’on y mette, de remplir ces conditions.
Mais avant de nous appesantir davantage sur ce qu'il faut faire pour bien arracher une plante destinée à la culture, nous devons indiquer encore un objet qui n’est pas moins indispensable que les instruments de récolte, nous voulons par-ler des boites d’herborisation ‘dans lesquelles nous devons la placer pour la rapporter.
Ces boîtes sont en fer-blanc; leur forme est en général celle d’un cylindre un peu comprimé sur deux côtés opposés, et s'ouvrant sur lun d'eux par un couvercle à charnières. Ce couvercle occupe environ les deux tiers ou même assez souvent les trois quarts de la longueur totale, et est muni d'une ou de plusieurs agrafes en boutonnière qui servent à la fermer.
Une courroie en cuir qu'on passe dans un anneau réservé à chacune des extrémités supérieures de la boîte, permet de la porter en bandouliere.
Les dimensions et la longueur varient ici beaucoup, et depuis les boîtes dites de poche, jusqu'a celles dont on ne se sert qu’exceptionellement et seulement dans les courses lointaines, il y a tous les intermédiaires. Tantôt ces boîtes r’offrent qu'un seul compartiment, tantôt deux, un grand et un petit.
La boîte la plus convenable pour la récolte des plantes destinées à la culture doit toujours offrir de grandes di-
mensions.Celle que reproduit la fig. 43 peut servir de modele dans le cas qui nous occupe ; sa
Fig. 43. — Boîte d'herborisation. longueur est d’environ 795 centimetres, son diamètre de 30, etsa hauteur de 25; sa forme est celle d’un cylindre un peu comprimé. Elle est à deux compartiments, dont un petit qui a, comme l’autre, son couvercle; celui du grand compartiment est à trois charnières, celui du petit à deux qu'on pourra même, vu ses petites dimensions, réduire à une seule. Ces couvercles se ferment chacun par une solide agrafe. Deux, peut-être, seraient nécessaires pour le grand compartiment ; cependant n’oublions pas qu'il faut éviter tout ce qui peut devenir un embarras.
Les plantes sont déposées dans la boîte au fur et à mesure de leur récolte ; on placera toujours les racines d'un même côté, en ayant soin, dans le transport de la boîte, que ce côté
soit autant que possible tenu à un niveau inférieur à l’autre extrémité, pour éviter les glissements et les cahots.
Dans les herborisations des pays montagneux, il est bien rare qu’une seule boîte suffise pour renfermer toutes les plantes qu’on peut cueillir; dans ce cas, on se sert d’un linge ou encore d’une toile cirée dans laquelle on met les plantes que ne pourrait contenir la boîte. Ce paquet supplémentaire est ensuite ficelé et porté jusqu'au lieu où l’on a établi son quartier général.
Si l’herborisation se fait dans un petit rayon et à proximité d'une maison où l’on doit séjourner quelque temps, comme le cas se présente au mont Cenis, au Lautaret et ailleurs, l'emploi d’un grand panier serait préférable à celui de la boîte à herboriser. Dans ce cas, chaque plante est de même placée dans l'ordre que nous avons indiqué, après avoir été enveloppée séparément dans une feuille de papier. |
B. RÉCOLTE PROPREMENT DITE. — Maintenant que nous connaissons les instruments divers qui doivent servir à la récolte des plantes et à leur transport journalier, c’est-à-dire provisoire, il nous faut examiner les soins qui doivent présider à leur extraction du sol ou à leur déplantation, car personne wignore que la première condition du succès de la reprise des plantes est dans les soins mêmes qui auront été apportés à l’arrachage.
Constatons d’abord que les montagnes calcaires ou calcaroschisteuses sont infiniment plus riches en plantes intéressantes que les montagnes granitiques; cependant celles-ci nourrissent un certain nombre d'espèces qu’on chercherait vainement sur les premières. Mais, nous le répétons, les montagnes calcaires Pemportent toujours sur les suivantes, pour le nombre et la variété des plantes. Ce sont donc elles qu’on doit explorer tout d’abord, lorsqu'on veut faire de belles et fructueuses récoltes.
Si nous recherchons quelles sont les staticns qu’il faut visiter de préférence, au point de vue de l’abondance des récoltes, nous verrons que toutes offrent, sinon un égal intérêt, du moins un certain nombre d'espèces qui leur sont propres; et, puisque nous sommes à leur recherche et que nous ne devons revenir qu'avec de riches et lourds fardeaux, rappelons ce que pourront nous présenter chacune des stations que nous
| explorerons, depuis la base
le des montagnes jusqu'a leur
M sommet. Nous avons laissé de
côté, on s’en souvient, les coteaux et les bois taillis qui occupent la région tout à fait inférieure des montagnes, et où nous ne trouverions que des espèces propres aux régions subalpines, maïs dont quelques-unes, et notamment le curieux Cypripedium Calceolus (fig. 44), mériteront ce-
Le pendant toutes nos sympa- PP Te DT
thies.
Fig. 44. — Cypripedium Calceolus. Nos premières localités intéressantes seront les nombreuses vallées qui sillonnent les hautes montagnes, les graviers qui longent les torrents descendant parfois des sommités neigeuses; nous visite rons surtout les tertres herbeux qu'ils auront formés, et où nous rencontrerons souvent des espèces empruntées aux hautes régions. Nous explorerons aussi avec soin les rochers, souvent taillés à pic, ou les débris plus où moins volumineux qui bordent les routes de ces vallées : leur inspection nous vaudra la récolte de plusieurs plantes pareillement descendues des régions supérieures avec les ava-
RÉCOLTE ET TRANSPORT 167 lanches de neiges qui ont entrainé en même temps des arbres plus que séculaires et d'énormes blocs de roches. Nous vagnerons ensuite la région des forêts. Ne nous arrêtons pas longtemps dans leurs parties les plus denses, surtout dans celles qui ne sont formées que de Coniferes, car lhumus qui se trouve à leur base ne nourrit qu'un petit nombre d’especes qui, en raison même de leur station, sont des plus difficiles à conserver ; mais nous scruterons avec soin les éboulis rocailleux et plus ou moins herbeux qui leur succèdent, ou qui se rencontrent dans les clairières mêmes de ces forêts. Mous visiterons avec attention leurs parties les plus fraiches, et qui, d'ordinaire, sont toujours celles plus où moins exposées au nord, ainsi que la végétation des lieux humides, et surtout celle qui peuple les abords des nombreux ruisselets qu'alimentent la fonte des neiges ou les lacs supérieurs. Mais c'est dans les prairies comme aussi dans les pâturages qui leur font suite, que l’amateur devra, à cause de la multiplicité des plantes qui s’offriront partout autour de lui, ne pas se presser, y séjourner, s’il est possible, et, par conséquent, se munir de tous les instruments nécessaires pour faire ses récoltes et emporter ses richesses. Il faudra qu’il parcoure avec soin non-seulement les parties les plus plantureuses de ces prairies, mais encore les bords des lacs ou des ruisseaux qui les sillonnent, ainsi que leurs parties les plus arides. Cette inspection minutieuse devra s'étendre aussi aux monticules herbeux qui succèdent aux prairies. Les débris mouvants que nous trouverons plus haut, et qui sont formés en général par la désagrégation des rochers supérieurs, comme aussi les fissures étroites des rochers, fourniront à l'explorateur une excellente occasion de recueillir non-seulement les espèces qui s’avancent jusqu’à la limite des neiges perpétuelles, mais encore celles des rochers les plus inaccessibles qui, souvent, y sont entraînées par des causes multiples.
A quelle époque de l’année devons-nous faire l’ascension d’une montagne pour y recueillir des plantes -destinées à la culture ? Cela est assez difficile à préciser. La pratique, cependant, démontre qu’il vaut mieux arracher les plantes alors qwelles n’ont pas encore opéré toutes les phases de leur végétation. Au reste, on a peu souvent le choix. Faites trop tôt, ces récoltes seraient rendues sinon infructueuses au moins fort incomplètes par le peu de développement de certaines espèces tardives, qui passeraient inapercues ; faites trop tard, la reprise des plantes dans nos jardins en souffrirait, car il est essentiel que la plupart d’entre elles aient émis quelques racines avant l’hiver, pour qu’on puisse être à peu près assuré de leur conservation ultérieure.
Le mieux serait une époque qui offrit le plus d’especes possible, et cette époque sera celle comprise depuis le 15 juillet jusqu’au 15 septembre.
Nous connaissons maintenant les instruments qui nous seront indispensables, ce seront : la boîte, et pour nous, le piochon Cosson, comme le plus résistant et le plus facile à manier. Nous n’oublierons pas de la ficelle, quelques feuilles de papier et des sachets de papiers destinés à la récolte des graines. Celles-ci devront toujours être recueillies quand elles sont bien mûres, et autant que possible par un temps sec. Cependant, comme on n’a que rarement le choix dans les herborisations de montagnes, il faudra bien le plus souvent les récolter dans l’état où elles se présenteront. Si elles sont, ou mouillées ou humides, on fera bien, au retour de la course, de les vider sur une feuille de papicr, et de les laisser perdre à l'air l'excès d'humidité ; puis on pourra les remettre, sans les fouler, dans les sachets, sur lesquels on devra toujours écrire les noms au crayon, et se contenter alors d’étaler ceux-ci dans un lieu bien sec pour y compléter leur dessiccation.
Le mode à employer pour arracher une plante devant être
replantée dépend avant tout de son mode de végétation. Bien qu’il faille, dans la grande généralité des cas, conserver aux racines leur plus grande intégrité, 1l n’est pourtant pas toujours indispensable de le faire, surtout lorsqu'il s’agit despèces à racines nombreuses et dont les tiges plus ou moims enterrées émettent facilement des racines, comme c’est le cas pour les espèces dites traçantes. La même observation s’applique aux plantes munies d’un piveau unique ou peu ramifié que surmonte un grand nombre de tiges grèles, serrées les unes contre les autres et formant par leur ensemble un tapis d’une étendue variable, comme le font les plantes dites cespiteuses. Mais cela devient nécessaire pour celles dont la racine volumineuse, simple ou napiforme et profondément enfouie dans le sol, ne porte à son collet que quelques courts bourgeons n’arrivant jamais à produire des racines.
A cause deleur mode de végétation, les Monocotylédones sont presque toutes très-faciles à extraire du sol. Elles sont vénéralement peu profondément enterrées, et les racines nombreuses qui partent de l’appareil souterrain principal sont sans grande importance. Tel est le cas pour Ja presque totalité des plantes bulbeuses, dont il suffit que le bulbe lui-même reste intact, pour les Graminées et les Cypéracées cespiteuses, etc. Comme exception, nous citerons les racines fasciculées de l’Asphodelus subalpinus et du Paradisia Liliastrum, qui s’enterrent assez profondément, et qu'il est nécessaire de conserver sans les briser.
Quant aux Dicotylédones, elles présentent des types beaucoup plus variés; mais d’une manière générale on peut dire qu’elles sont d’un arrachage beaucoup plus difficile. Nous allons du reste choisir dans ces deux ordres quelques exemples de récoltes de plantes. Rappelons toutefois, car c’est là un point qu'on devra toujours avoir en vue, qu'il ne s’agit pas tant d'extraire une plante tout entière, que d’en obtenir dans
les meilleures conditions possibles un fragment en état de la reproduire ultérieurement.
Nous voici en présence d’un Lis Martagon aux élégantes fleurs, dont les pétales rouge violet se recourbent vers leur pédoncule. Sa tige est unique. Par quelques coups de pioche, creusons le sol à distance respectueuse autour d'elle, de manière à l’isoler, puis rabattons avec la main le monticule que nous avons ainsi laissé au centre. Renouvelons au besoin jusqu'à ce que nous apercevions le sommet des écailles du bulbe au milieu duquel la tige est implantée. Cela fait, 1l ne nous restera plus qu'a donner à quelques centimètres du bulbe un fort coup avec le piochon, de manière à enfoncer profondément la panne de celui-ci; puis, par un mouvement de bascule en relevant le manche du piochon, nous souleverons une motte plus ou moins volumineuse de laquelle 1l nous sera facile d'extraire le bulbe en parfait état.
Nous avons choisi cet exemple comme type d’une plante a partie souterraine exigeant des ménagements, mais pour laquelle nous saurons facilement où doit s'arrêter notre effort; ce n'est là qu’un cas limité. Si nous avons affaire à l’Asphodéle et au Paradisia que nous citions un peu plus haut, nous devrons savoir, lorsque nous aurons découvert le collet de la souche qui est ici l'équivalent du sommet des écailles du Lis Martagon, que de cette souche partent des racines fasciculées d’une certaine longueur, s’étalant même dans le sens horizontal, et que, pour ne pas les briser, nous devons ménager au centre une masse de terre plus considérable, en même temps que nous devrons creuser plus profondément avant de soulever d'un seul bloc toute cette masse. L'opération faite, il nous restera d’ailleurs à débarrasser les ramifications de cette souche de la grande quantité de terre ou de pierrailles que nous aurons enlevée avec elle.
La difficulté s’exagère encore lorsque nous avons affaire
RÉCOLTE ET TRANSPORT 171 a certaines plantes, telles quel Astragalus aristatus, dont la racine est formée d’un long pivot s’enfonçant perpendiculairement dans le sol et ne se ramifiant que faiblement, et seulement à leur extrémité. La profondeur à laquelle il faut aller chercher ces racines devient si grand’, qu'à moins de circonstances exceptionnellement favorables, telles qu’un talus éboulé, on acquiert apres quelques essais la conviction qu'on a peu de chance d'obtenir un bon résultat. Pour des plantes de cette nature, nous conseillerons de chercher surtout des exemplaires jeunes, dans lesquels les inconvénients dont nous venons de parler n’ont pas eu le temps de s’accentuer. Et en opérant comme nous lindiquons plus haut, on pourra obtenir des plantes encore assez pourvues de racines proportionnées pour reprendre d’une ma-
nière satisfaisante.
Dans bien des cas Fig. 45. — Sedum oppositifolium.
cependant, il n’est pas
nécessaire d'apporter autant de travail dans lextraction des plantes, et les espèces gazonnantes ou radicantes entre autres, peuvent être très-bien enlevées sans que leurs principales racines soient au complet, ainsi les A/sire Bauhinorum, Dianthus neglectus, Silene acaulis et autres Caryophyllées ; Surifraga muscoides et autres Saxifrages à tiges cespiteuses, Sedum (fig. 45), Aretia vitaliana, Androsace villosa, ete. Pour celles-ci, il suffit de quelques tiges anciennes à cause de la facilité avec laquelle elles émetteront des racines nouvelles. Ce sont du reste des plantes commodes à arracher, et il suffirait de quel-
ques coups de pioche pour les enlever dans leur plus grande intégrité. La même remarque peut s'appliquer aux plantes à tiges traçantes ou rampantes, telles que, parmi les herbacées, les : Berardia subacaulis, Viola cenisia et calcarata, Campanula Allioni et cenisia, Silene vallesia, ete., et, parmi les arbustes de très-petite taille, les : ÆEmpetrum nigrum, Lorseleuria procumbens, Arctostaphylos uva-ursi et alpina, Polyqala Chamæbuxus, Dryas octopetala, Vaccinium vitis-idæa et uliginosum, etc. Il sera bon, cependant, pour ces plantes arbustives à tiges couchées et radicantes, de porter son choix sur les rameaux qui offriront le plus de racines à leur extrémité. Enfin, pour les arbrisseaux : Rhododendron ferrugineum, Rosa, Aria Chamæmespilus, Alnus viridis, ete., dont l'extraction complète présente parfois de grandes difficultés, après avoir déchaussé les racines jusqu’à une profondeur suffisante, si on ne peut le faire jusqu’à leur extrémité, on les coupera à la longueur qu’on jugera nécessaire pour assurer leur reprise.