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S II. — TRANSPORT ET EXPÉDITION DES PLANTES

A. TRANSPORT. — Une course dans les montagnes n’est pas, en général, limitée à une seule journée; le plus souvent, surtout quand elle a pour but la récolte des plantes qu'on destine à être cultivées, et dont l'arrachage prend un temps plus long que s'il s'agissait de recueillir des échantillons d'herbiers, elle nécessite l'emploi de plusieurs journées. Quoi qu'il en soit de la durée de la course, une règle qui ne devra jamais être perdue de vue, c’est de chercher à réduire le plus possible l’espace de temps compris entre l’arrachage et l’expédton, et entre celle-ci et la plantation.

Si la course exigeait plusieurs journées, le mieux serait,

au point de vue de l'abondance des récoltes et de la facilité de les soigner, de chercher dans le voisinage de la localité à explorer, sinon un village ou une maison, du moins, comme cela se rencontre parfois dans nos montagnes du Dauphiné et des Pyrénées, où vont pour quelque temps s'établir chaque année les pâtres, un chalet dont on ferait son quartier général.

Par ce moyen, les récoltes auraient toutes les chances d'être des plus fructueuses ; car, partant de bon matin avecune orande boîte, un fort piochon et quelques provisions de bouche, on pourrait ne revenir que le soir, et cela toujours possesseur d'un lourd mais précieux fardeau, Il suffirait aussi, en employant ce moyen, de trois ou quatre jours seulement pour recueillir, sinon toutes, au moins la plus grande généralité des espèces croissant dans le voisinage, comme aussi celles qui hantent les régions environnantes les plus élevées. Il ya, à notre connaissance, parmi les montagnes que nous avons eu le plaisir d'explorer, trois localités qui, réunissant au plus haut point les avantages suivants : nombre et rareté des espèces qui les peuplent et possibilité de séjour, c'està-dire d’explorations successives, fourniront aux amateurs de plantes alpines toutes les conditions requises. Ce sont le Lautaret et le mont Viso dans les Hautes-Alpes, et le mont Cenis en Savoie. C'est pour ces diverses raisons que nous avons cru devoir, dans le chapitre précédent, nous étendre sur elles, un peu trop longuement peut-être.

Quoi qu'il en soit, les plantes seront mises dans la boîte au fur et à mesure de leur récolte, en ayant soin, comme nous l’avons déjà fait remarquer, de placer les racines autant que possible dans le même sens et toujours du côté le plus incliné de la boîte.

Si les tiges sont trop grandes, il n’y a aucun inconvénient à les supprimer à quelques centimètres au-dessus de

leur naissance; si les feuilles sont trop abondantes, on pourrait de même les supprimer en partie, mais seulement les plus extérieures d'entre elles; si enfin les racines offraient de trop grandes dimensions, 1l n'y aurait pas d’inconvénient grave à les réduire en partie avec le sécateur ou la serpette, surtout s’il s'agit d'espèces à souches rameuses et pouvant émettre facilement des racines.

Un point sur lequel nous n'avons rien dit encore et qui ne doit pas être passé sous silence, est celui-ci. Doit-on, quand on arrache une plante, laisser autour des racines une certaine quantité de terre? Nous nous sommes toujours bien trouvés d'enlever la terre qui entoure la racine des plantes arrachées. Il ne faut pas cependant pousser ceci à l'extrême, mais ne laisser que peu de terre quand les racimes sont abondantes et plus où moins développées ; c'est évidemment un procédé à recommander. Les Orchidées elles-mêmes, contrairement à ce qu'on fait, réussissent infiniment -mieux quand leurs tubercules entiers sont à nu que lorsqu'ils sont replantés entourés de terre.

Il n’y a là, du reste, rien qui étonne, puisque, quoi qu'il arrive, il ne nous est pas possible de faire prospérer ces plan— tes dans nos jardins, si nous leur donnons un terrain à peu près semblable à celui où elles viennent naturellement. On sait, sous ce rapport, que la terre de bruyere, ou celles qui s’en rapprochent par leur composition, sont seules employées avec succès pour la culture de la généralité des plantes alpines.

Une bourriche, où mieux un panier à anse, sera en quelque sorte préférable à la boîte d'herborisation ; le placement des plantes arrachées s'y fera plus facilement ; mais on comprend que son emploi ne saurait avoir des avantages sur les boîtes qu'autant que le cercle d’herborisation serait trèslimité. On se trouverait, par exemple, à l'hospice du mont Cenis et du Lautaret, ou encore au Chalet-de-Ruines, dans le

massif du Viso, où on n'a, pour ainsi dire, qu'à se baisser pour recueillir des plantes, qu'un panier serait plus commode que la boîte ; mais celle-ci devient tout à fait indispensable quand on a à s'éloigner du lieu où l'on a établi son quartier général, en traversant parfois des passages d'acces difficile et où on à besoin de toute la liberté de ses mouvements. Rien dans ce cas ne peut remplacer la boîte.

Les graines seront, comme nous l'avons dit, recueillies dans des sachets. Quant aux bulbes, aux rosettes de Joubarbes, aux Sédums et aux petites espèces qui pourraïent se perdre facilement au milieu des plus grosses, on leur réserve le petit compartiment de la boîte.

Au retour de la course, le mieux serait d'emballer et d'expédier immédiatement ses plantes. Mais, surtout si l'excursion devait se prolonger plusieurs jours, et pour ne pas trop multiplier ses envois, on pourra se dispenser de ces expéditions journalières, et attendre qu'on ait réuni le produit de deux ou trois récoltes successives. Dans ce cas, il faut, chaque jour, en revenant d'herboriser, déposer les plantes dans une cave. Pour être bien fait, ce travail demande quelques soins. Ainsi on ne doit pas empiler les plantes les unes sur les autres, mais les étaler avec ordre dans la cave, c'est-à-dire les placer toujours dans le même sens, les racines en bas etles tiges en haut, et cela en laissant entre elles un peu d'espace pour empêcher la pourriture de se produire. Ce placement terminé, on répand sur les plantes un peu de mousse fraiche, ou, à son défaut, quelques œouttes d'eau. On procède de même le lendemain et le jour suivant, jusqu'enfin au jour fixé pour l'expédition et qu'on ne devra dans aucun cas ajourner plus longtemps, si on ne veut compromettre la bonne reprise ou même la vie des plantes.

Mais il peut arriver qu'il n’y ait pas de cave dans le lieu

où l’on se trouve. Dans se cas, on cherche un endroit ombragé dans un jardin ou autour de la maison, et l'on y met les plantes en jauge. Enjauger une plante est une chose des plus simples et des plus faciles. Cette opération consiste à faire dans le sol une tranchée un peu inclinée et dont la profondeur est proportionnée aux dimensions des racines, et à placer les plantes comme il a été dit tout à l'heure, en veillant surtout à ce que leur collet soit situé juste au niveau du sol. Quand une rangée se trouve garnie, on rabat avec soin la terre sur les racines, en ayant la précaution de n’en point mettre sur les tiges ou les feuilles, notamment sur celles des espèces rosulantes, ce qui les tacherait ou amenerait leur pourriture; on recommence une seconde rangée, puis une troisième, et ainsi de suite. Il sera prudent de bassiner un peu les plantes nouvellement enjaugées, comme aussi de les garantir contre l’action desséchante de l’air, au moyen d'une toile légère, un peu de mousse ou de quelques brins de paille.

B. EMBALLAGE ET EXPÉDITION. — Autant l'emballage et l'expédition des plantes vivantes exotiques nécessitent, à cause de la longueur du trajet, des soins minutieux et l'emploi de caisses spéciales, autant ces soins sont faciles pour les plantes vivaces de nos montagnes. Une bourriche, un panier, une caisse même remplissent parfaitement le but; une toile cirée, de la paille ou du foin bien sec ét un peu long, dont on forme un ballot, rendront aussi, dans maintes circonstances, . les mêmes services.

Un bon emballage ne peut se faire sans mousse, ce qui n’est pas difficile à se procurer dans les pays de montagnes; celle-ci ne devra jamais être employée si elle ne remplit pas les conditions de siccité désirables. Une mousse trop humide aurait pour inconvénient, surtout si le trajet devait durer plusieurs jours, de faire moisir ou même pourrir les plantes.

Le moment arrivé de procéder à l'emballage, on place d’abord un lit de mousse dans le fond de la caisse ou de la bourriche, puis une rangée de plantes, en commençant par celles qui présentent les plus grosses touffes; ce serait une bonne chose si on pouvait envelopper chacune d’elles avec une feuille de papier, journal ou papier gris; cela a l'avantage d'empêcher le salissement des plantes et de rendre plus facile leur emballage; un second lit de mousse les recouvre et reçoit à son tour une nouvelle rangée de plantes, et ainsi de suite jusqu’à la fin. Si c’est une bourriche, le dernier lit de plantes est recouvert par une couche un peu plus épaisse de mousse, en s’arrangeant de façon à boucher aussi bien que possible les intervalles des mottes pour empêcher le cahotement, puis on répand sur elle une faible épaisseur de paille qui servira de couvercle et qu'on fixe solidement, sans cependant trop serrer, au moyen de ficelle ou de tout autre lien. Si c’est une caisse, on procédera de même et on ne la recouvrira qu'après s'être assuré avec la main que tout cahotement est impossible. Les caisses sont peut-être préférables aux bourriches pour le transport des plantes alpines; cependant ces dernières vaudraient mieux pour les transports à longue distance, la clôture hermétique des caisses amenant assez souvent l’'échauffement, et par suite l'endommagement des plantes. On peut cependant prévenir ces accidents en facilitant l'évaporation par des petits trous percés aux deux côtés et sur le couvercle de la caisse.

Les récoltes de la dernière journée pourront être laissées dans la boîte d'herborisation, à moins que le retour définitifne doive se faire que plusieurs jours après.

C. PLANTATION.— Aussitôt que les envois sont arrivés, le premier soin qu'on doit avoir c’est d'ouvrir la bourriche ou la caisse et d'en retirer successivement les plantes qu’elle contient, puis de les étaler sur une table abritée du vent ou du

soleil. On les couvre ensuite de mousse fraîche ou on les bassine légèrement, surtout si leur plantation ne devait se faire que le lendemain. Mieux vaudrait, si celle-ci pouvait s'effectuer le jour même de l’arrivée du colis, ne pas retirer en totalité les plantes qu’il contient, mais le faire au fur et à mesure qu'on les planterait. Ces soins, du reste, peuvent être plus ou moins nécessaires, selon l’état des plantes à leur arrivée. Si elles sont restées longtemps en route, et qu'elles se soient un peu échauffées, il faut bien vite les retirer de la caisse et les étaler comme nous l’avons dit plus haut; si au contraire elles arrivent dans un bon état de conservation, il vaut mieux ne les sortir que selon les besoins de la plantation.

Quelques-unes d’entre elles, les plus vigoureuses, surtout parmi les espèces némorales, ou celles qui croissent au bord des ruisseaux, pourront être plantées directement en pleine terre, mais dans un sol un peu substantiel, meuble et reposant toujours sur un drainage épais. En général, cepen— dant, presque toutes devront être plantées en pots et en terre de bruyère grossièrement concassée. On les débarrasse le plus possible de Ia terre qui entoure les racines, et on extirpe avec soin les espèces étrangères à celle qu'on a arrachée, et qui arriveraient parfois bien vite à envahir toute la potée à son détriment, On plantera autant que possible toutes les espèces dans des pots de même dimension. Ceux dits pots à semis, pourront, à peu d’exceptions près, être choisis de préférence. On se servira de terrines pour les espèces cespiteuses ou traçantes dont on aurait fait une ample provision.

La plantation de ces plantes exige les mêmes soins que ceux que nous avons indiqués dans le chapitre premier. Cependant, il y a à ajouter de plus qu'on devra supprimer avec sévérité les tiges inutiles, les feuilles mortes comme aussiles parties endommagées des racines; et retrancher aussi l'extrémité de celles trop longues ou trop nombreuses, même quand elles

n'auraient pas souffert. On divise ‘par petits fascicules les espèces gazonnantes qu'on plante séparément, et on fragmente les sortes traçcantes ou radicantes qu'on plante de même.

La plantation terminée, on doit mettre une étiquette en bois à chaque espèce, puis transporter tous les pots sous châssis en les plaçant bien d'aplomb; on bassine avec un arrosoir à pomme très-finement percée et on laisse le chässis fermé pendant quelques jours pour faciliter l'émission de nouvelles racines. La reprise, et partant la conservation ultérieure de ces plantes, ne pourra être assurée qu'a cette condition. Il sera bon aussi de combattre les effets du soleil en ombrant les panneaux, soit à l’a‘de d’une claie de roseaux à mailles écartées, soit tout simplement par un badigeon à l’eau de chaux. On aëre au bout de ce temps; on maintient le sol des pots un peu frais, et enfin on retranche avec une serpette ou des ciseaux les tiges et les feuilles mortes. Pendant l'hiver ces plantes ne reçoivent pas d’autres soins que celles existant déjà dans les collections. Au printemps on pourra planter la plupart d’entre elles dans les parties du jardin où elles auront le plus de chance de prospérer; mais dans aucun cas on ne livrera à la pleine terre toutes les potées d’une même espèce : il sera prudent, pour ne pas les perdre, d'en conserver au moins une- ou deux auxquelles on applique les soins qu'exigent ces plantes dans nos cultures.

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