S IL. — PRINCIPES GENERAUX
UELLE que soit la région à laquelle appartiennent les plantes alpines, depuis les neiges perpétuelles jusqu'aux forêts épaisses de Conifères qui succèdent plus bas aux prairies, l’horticulteur ou l'amateur qui voudra se
livrer à la culture si attrayante de ces plantes, se trouvera en présence d’un certain nombre de faits, propres à chacune
d'elles, pouvant servir à caractériser leur tempérament, et dont nous croyons utile d'examiner et d'apprécier successivement la valeur. Ce sont : la durée de la plante et son mode de végétation, sa station, la nature du sol, exposition et laltitude où elle croît spontanément.
À. DURÉE ET MODE DE VÉGÉTATION DES PLANTES AL- PINES. — Sous le rapport de la durée, nous avons dit qua part quelques exceptions, les plantes alpines sont presque toutes herbacées et vivaces, ou suffrutescentes. C’est à peine si nous trouvons à citer quelques espèces telles que: Koniga islandica, Androsace septentrionalis, Thlaspi virgatum, Iberis aurosica et Bubani, Campanula thyrsoides et spicata, qui périssent après avoir muri leurs fruits ; encore est-il à noter que la plupart appartiennent incontestablement au groupe des plantes bisannuelles.
S'il s’agit de plantes herbacées vivaces, le mode de végétation, nous l’avons vu aussi, présente des différences importantes. Tantôt dans les Gentiana lutea, G. Burseri, G.purpurea ei espèces analogues, on a affaire à une racine volumineuse, presque simple et pivotante, terminée à son sommet par un ou plusieurs bourgeons sessiles qui émettent, au printemps, ces larges feuilles ovales et plissées que tout le monde a re-marquées. Les Monocotylédones vivaces les plus robustes, comme par exemple les Asphodeéles, dont une espece, PA. subalpinus, s'élève jusqu’à la limite supérieure des prairies alpines, et les Veratrum album et oiride, Lilium Martagon, Paradisia Liliastrum, etc., qui poussent dans les mêmes lieux, présentent aussi, sous une forme un peu différente cependant, le même mode de végétation. Tantôt, au contraire, et c’est le cas le plus fréquent, la racine donne naissance à des tiges plus ou moins nombreuses, plus ou moins allongées, qui présentent des caractères divers; parfois ces tiges sont tres-
PRINCIPES GÉNÉRAUX 25 courtes et se terminent rapidement par une rosette de feuilles. Exemples : Saxifraga florulenta, S.mutata, S. longifolia (fig. 17), et autres Saxifrages à feuillage cartilagineux:; Ramondia pyrenaica, ete.; ou par de courtes tiges feuillées, comme dans les Silene acaulis et erscapa, Saponaria cæspitosa, Androsace glacialis, Dianthus neglectus, etc.; où bien ces tiges s’allongent et rampent sur le sol, s’enracinant souvent avec une grande facilité, comme les Saxifrages du groupe de l’exrarata.
Du reste, entre ces formes si différentes, les intermédiaires se présentent à tous les degrés, et nous ne notons ,icl que les types les plus extrêmes.
Quant à la végétation des plantes suffrutescentes, elle ne differe que peu, en général, de celle des espèces arbustivesempruntées à d’autres
régions. Toutefois, faisons remarquer que le
Fig. 17. — Saxifraga longifolia.
plus grand nombre d’en-
tre elles : Loiseleuria procumbens, Empetrumnigrum, Vaccinnun vitis-idæa et uliginosum, Arctostaphylos uva-ursi, Salix reticulata, sericea, retusa, herbacea et autres, Rhododendon ferrugineum et hirsutum, etc., peuvent aussi, comme dans les plantes herbacées, produire des racines sur presque toute leur étendue : c’est ce qu’il n’est pas rare de constater dans le Rosage des Alpes, si communément déplacé par les avalanches ou les éboulis.
B. STATIONS DES PLANTES ALPINES. — La station des plantes alpines, c’est-à-dire l’ensemble des conditions spéciales des lieux qu’elles occupent spontanément, est, pour la p2rsonne qui veut se livrer intelligemment à cette culture, l’un des guides les plus précieux. En effet, selon que les plantes croîtront dans des prairies plus ou moins plantureuses, dans les bois secs ou frais, dans les lieux humides ou marécaweux, sur les pentes ou les rochers herbeux ou arides, dans leurs fissures étroites ou dans les débris mouvants, on aura affaire à des espèces de constitution et d’aptitudes différentes, réclamant aussi des soins particuliers qu’il n’est guère possible d'indiquer que sous forme de données générales.
On peut dire d’une manière à peu près absolue que ce sont les plantes des lieux plus ou moins frais ou humides, qui réussissent le mieux dans nos cultures. Plus, au contraire, la station naturelle est sèche, comme cela arrive quand les plantes croissent dans les fentes de rochers escarpés ou dans un sol pierreux à la fois et compacte, et plus elles semblent rebelles à nos moyens d'action.
C. NATURE DU SOL. — Si la distinction des montagnes en montagnes calcaires et en montagnes granitiques peut offrir un certain intérêt aux botanistes pour rechercher des espèces qu'on sait végéter de préférence dans telle ou telle nature de sol, elle n’a pour le jardinier qu'une importance secondaire. La raison en serait peut-être assez difficile à donner. Mais dans la question spéciale qui nous occupe, ce qui est essentiel, c’est de connaître le fait et d’en tenir compte. Nous cultivons les plantes alpines dans des conditions climatologiques entièrement différentes de celles où la nature les a placées. Or, dans ces conditions, les qualités chimiques du sol semblent à peu près absolument dépourvues d'importance. Toutes nos cultures devront être faites dans une terre spé-