PRINCIPES GÉNÉRAUX
valeur pour leur culture; du reste, il est peu d’entre elles qui se montrent absolument exclusives sous ce rapport. Le plus grand nombre, si elles préferent uneexposition, se rencontrent cependant aussi à d’autres. Pourtant nous croyons qu’on peut considérer comme plus spéciales à l’exposition du Nord les Berardia subacaulis, Ranunculus alpestris, Aronicum scorpioides, Primula auricula, ete.;et on remarquera que si le premier est incultivable, le dernier est devenu, surtout dans sa descendance directe, un des ornements habituels de nos jardins.
Pour le cultivateur ou le jardinier, deux orientations seulement sont à considérer : le Nord et le Midi. Toujours il devra placer, selon le mode de culture qu’il emploiera, la plus grande partie des espèces à l’exposition du Nord, car c’est là seulement qu’il obtiendra une réussite satisfaisante, Il est vrai, comme nous le ferons remarquer plus loin, qu'une culture de plantes alpines entraine toujours soit la création de constructions nouvelles, soit l’emploi d’endroits qui seront d'autant plus propices dans le cas qui nous occupe, qu’ils seront abrités contre l’action desséchante du soleil; mais un certain nombre d’espèces non-seulement réclament mais exigent même l’exposition du Sud, et à ce nombre appartiennent les Sédums, les Saxifrages à feuillage cartilagineux, les Joubarbes; ete.
E. ALTITUDE. — Si l’altitude, c’est-à-dire la connaissance aussi exacte que possible de la hauteur au-dessus du niveau de la mer, du lieu où croissent les espèces offre beaucoup d'intérêt aux botanistes descripteurs, et surtout à ceux qui s'occupent de géographie botanique, elle n’a pour nous qu'un intérêt secondaire, puisque, quoiqu'il arrive, nous ne pouvons en tenir compte dans la pratique. Mais on peut, d’une manière générale, car il y a des exceptions à cette règle, dire que plus une espèce s’élève, surtout lorsqu’elle croît dans
les fissures des rochers, plus elle est délicate et par conséquent difficile à cultiver, et plus elle devra aussi être l’objet de soins assidus.
Si nous cherchons à nous rendre compte pour quelles causes la conservation, dans nos jardins, des plantes des régions tout à fait élevées, est difficile et parfois impossible, nous croyons qu’il faut les chercher moins dans le manque d'altitude de nos contrées que dans la prolongation de leur végétation dans nos climats tempérés. Soit qu’elles viennent des régions polaires, où elles croissent le plus souvent peu au-dessus du niveau de la mer, soit qu’elles soient apportées des plus hauts sommets de nos montagnes, un fait domine toujours leur existence, c’est la courte période dont elles ont besoin chaque année pour opérer les phases de leur végétation. Trois mois, souvent moins même, suffisent pour que la plante ouvre ses bourgeons, développe ses tiges et ses feuilles nouvelles, épanouisse ses fleurs et mûrisse ses fruits. Puis, sous son manteau de neige, elle attend neuf mois qu'un nouveau printemps revienne pour elle. Combien sont différentes les conditions que nous pouvons lui donner! Obligés de les hiverner sous châssis pour remplacer l’abri naturel que leur fournit une neige qui ne fond qu'aux plus chauds rayons du soleil d'été, leur végétation commence chez nous avant même celle de nos espèces indigènes. Dès le mois de janvier, nous en voyons déjà quelques-unes ouvrir leurs fleurs, le Saxifraqga oppositifolia d’abord, le Soldanella alpina qui le suit de près; et, dans les mois de février et de mars, le plus grand nombre sont sur le point de défieurir. Celles qui fleurissent les dernières sont celles des régions les moins élevées. C’est à ce moment de leur végétation que, dans leur pays natal, Phiver devrait commencer à faire sentir ses premières atteintes pour bientôt les plonger dans leur sommeil annuel. Au lieu de cela, nous les soumettons à une température qui va toujours s’éle-