‹ Les plantes alpinesChapitre 9 sur 111 · CULTURE EN PLEINE TERRE · texte numérisé non relu

CULTURE EN PLEINE TERRE

la nature même du sol que des influences climatologiques. Plus on se rapprochera, en effet, des lieux où la nature a placé ces végétaux, moins seront grandes les difficultés de culture; et si, pour mieux exprimer notre pensée à cet égard, nous nous servions de comparaison, nous dirions que si les plantes alpines exigent à Paris des soins spéciaux, ces soins seront encore plus nombreux et plus indispensables sous l’action desséchante du soleil de nos départements du Midi, et leur effet y sera moins efficace. Si nous nous transportons, au contraire, à Grenoble, à Genève ou à Zurich, c’est-à-dire à une petite distance de leur station naturelle, nous verrons ces soins diwinuer d'importance, et la plus grande partie des espèces, même les plus délicates, y prospérer ; si enfin nous établissons une culture de plantes alpines dans une vallée de montagnes, elles y retrouveront encore davantage leurs conditions naturelles d'existence, et le nombre des insuccès s’amoindrira d'autant.

Si nous examinous quelles seront à Paris, où dans tout autre endroit à climat tempéré, les conditions nécessaires à la culture en pleine terre des plantes alpines, nous en trouverons deux tout-à-fait essentielles: la premiere et la plus importante est relative à la nature du soi, la seconde à l’exposition.

À part quelques rares exceptions, presque toutes les plantes alpestres, même les moins rustiques, peuvent prospérer dans nos jardins si on a le soin de les cultiver dans un lieu un peu incliné, demi-ombragé et situé à l'exposition du levant ou du nord. L'endroit étant choisi, on pourra facilement, si le sol naturel n’offrait pas les qualités désirées, c’est-à-dire la légèreté et la porosité nécessaires, les lui donner par l’adjonction de terre sablonneuse et humeuse. Il serait même utile d’enlever complétement ce sol sur une profondeur de 30 à 40 centimètres si sa composition s’éloignait trop de celle que

nous avons recommandée et de le remplacer par une autre plus appropriée. Les vieilles terres de bruyère provenant des rempotages rempliront parfaitement les conditions désirées sous ce rapport.

Il existe au Muséum d'histoire naturelle de Paris, plantée sur le glacis qui longe au nord le parterre des plantes vivaces d'ornement, une collection composée de plusieurs jolies espèces alpestres où même alpines, et qui s’y développent relativement bien. La, divers Saxifrages appartenant aux nombreuses sections du genre, les Saxrifraqa cœspitosa, hypnoides et geranioides, 'Adonis vernalis, le rare Primula marginata, V Hieracum aurantiacum, le Potentilla alba,le Campanula cœspitosa et beaucoup d’autres prosperent et fleurissent chaque année. Ces plantes plongent, comme nous l'avons dit, leurs racines dans une terre de dépotage.

I] sera utile, pour faciliter l'écoulement des eaux provenant de la pluie ou des arrosages, de placer dans le fond de la tranchée où l’on veut installer une culture de ce genre environ 10 centimètres d’escarbilles ou de gros graviers.

La plantation se fait à l'automne ou au printemps. Les soins à prendre différent naturellement selon le mode de végétation des espèces, et on trouvera, dans l’article consacré à la culture en pots, quelques données générales qu’on pourra de inème utiliser pour la plantation en pleine terre. Sous le titre: de Soins ultérieurs, qui lui fera suite, nous indiquerons ceux auxquels il sera indispensable de recourir pour assurer le succes et la conservation.

B. EN POTS OU EN TERRINES. — La culture en pots ou en terrines est, il faut le reconnaitre, la seule qu’on puisse utiliser avec succès pour les espèces vraiment alpines, qui sont, dans la grande généralité des cas, assez délicates.

Le sol le plus convenable à employer sera toujours, ici

CULTURE EN-POTS D surtout, la terre de bruyère grossièrement concassée ou, à son défaut absolu, l’un de ceux dont nous avons donné la compo-

sition.

Les pots pourront ètre de grandeur variable, mais toujours en rapport avec le volume des racines et la vigueur de la plante. Ceux qui sont le plus souvent employés pour cette culture mesurent de 12 à 15 centimètres de hauteur sur 10 à 12 centimetres de diamètre, etsont connus en horticulture sous le nom de pots à semis.

La plantation nécessite quelques soins qu'il n’est pas inutile de rappeler. Le premier à observer est le drainage. Celui-ci se fait avec des’ débris de poteries minces ou des briques réduites en petits morceaux. On en choisit d’abord un que l'on place à plat sur le trou du fond, en ayant soin que sa convexité soit dirigée en bas. Ce fragment ne doit pas être parfaitement plat, ce qui risquerait de ne pas laisser de passage à l’eau : mais il faut aussi que ce passage soit le plus réduit possible, pour que les lombries, les cloportes et autres ennemis ne s’introduisent pas par là. Tout autour on en dispose un premier lit à plat, puis un deuxième et un troisième. Le tout ne dépasse pas 2a3 centimètres pour un pot de 15 centimètres de hauteur.

Cela fait, on procède à la mise en terre, c’est-à-dire à la plantation même. Celle-ci est d’une importance telle, que nous devons lui consacrer quelques instants pour examiner les différents cas qui peuvent se présenter; car, selon qu’une espèce sera cespiteuse où traçante, où à rameaux étalés ou radicants, la manière de la planter variera.

Hâtons-nous de dire que, dans tous les cas, la plantation devra toujours être faite avec la plus grande attention. On ne doit ni trop fouler le sol ni trop enterrer les racines. Si cellesci sont pivotantes, grèles et allongées, comme cela a lieu dans quelques Gentianes à larges feuilles, dans plusieurs Ombelliferes, etc., et arrivent à dépasser la hauteur du pot, on les con-

tourne délicatement de manière à ne pas les meurtrir et à ce que le collet soit toujours placé au ras ‘du sol. Si on a affaire à une plaute cespiteuse ou gazonnante, émettant facilement des racines sur les nombreuses et courtes tiges qui les constituent, comme dans les Swene acaulis, Saponaria lutea et cæspitosa, Saxifraga muscoïdes, etc., on peut sans crainte les enterrer légérement, mais on doit, pour éviter les effets dé-sastreux de la pourriture, qui se manifesterait certainement si les tiges étaient trop serrées, étaler ces tiges dans le pot, en interposant autant que faire se pourra, entre chacune d'elles, quelques petites mottes de terre de bruyère dans lesquelles des racines adventives ne tarderont pas à se produire. Il est inutile de dire que ces tiges devront toujours déborder le pot de quelques centimètres, selon leur longueur. Un fait curieux à indiquer, c’est que si, dans leur station naturelle, ces plantes arrivent, comme on le sait, à former des tapis d’une grande étendue, elles ne peuvent, chez nous, atteindre à ce développement; et il est indispensable, si on ne veut les voir périr, de les replanter sinon chaque année au moins tous les deux ans. C’est certainement là une des conséquences de la prolongation de leur végétation annuelle dans nos climats. D’autres fois, comme dans certains Primula, l'Androsace qlacialis, le Phyteuma hemisphæricum, le Woodsia hyperborea et beaucoup d’autres espèces rupicoles des hautes régions, qui n'offrent que de très-petites racines, il sera nécessaire de placer celles-ci entre de petites pierrailles, des morceaux d’ardoise pilée, des tessons même, de maniere à combattre le plus possible les effets d’ur séjour dans un sol trop humide. Pour éviter aussi que les courtes tiges de certaines plantes cespiteuses à feuilles plus où moins velues ou pubescentes, ne se salissent par la terre qui jaillit sur elles, à la suite des pluies ou des arrosages, on dissimulera la terre par des tessons posés à plat autour ou entre les plantes de la potée.

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