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sur les détritus laissés par le lichen décomposé. Dans des trous plus grands, plus anciens, on: voit les phanérogames enfoncer leurs racines dans un humus noirâtre et tourbeux et enfin dans les plus grandes cavités, on trouve un terreau riche en substances nourricières et qui entretient la vie d'un grand nombre de plantes, parfois très développées. Si nous visitons quelquefois les mêmes localités nous verrons bientôt augmenter la masse et la quantité de l’humus dans les fentes observées.
C'est là à peu près ce qui se passe dans les. Alpes ; si nous pouvions suivre attentivement le: travail incessant qui se produit dans ces régions et qui y favorise le développement de la végétation , nous assisterions à quelque chose d’admirable. C’est d’abord un bloc de rocher qui se détache et va rejoindre dans la vallée les nombreux débris qui s'y accumulent depuis des siècles. La paroi dont il s’est détaché est absolument nue et immaculée. Il semble impossible que jamais plante puisse venir s’y cramponner et y vivre. Et cependant au bout d’une cinquantaine d'années, si nous pouvions retourner visiter notre rocher, nous le verrions garni de taches de différentes couleurs et ses aspérités recouvertes d’un semblant de verdure. Ce ne sont.
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encore que des lichens dont le vent a transporté les spores en cet endroit et qui, sous l’influence de l'humidité, se sont développés. Mais plus tard ces lichens s’étendront davantage; ils deviendront plus fournis et formeront une couche de terreau qui deviendra de plus en plus épaisse et bientôt se formera un léger terreau. Dans ce sol viendra un jour ou l’autre germer la graine d'un végétal plus complet, amenée dans ces régions par l’une des causes de dispersement des graines énumérées dans un précédent chapitre. La plante grandira. ses feuilles se décomposeront petit à petit, ses graines tomberont autour d'elle et germeront à leur tour et bientôt une nouvelle station de plantes viendra animer ce bloc aride et autrefois sans vie. C’est ainsi que la végétation alpine s'étend et s’installe partout, gràce à la présence des lichens qui sont les précurseurs et les promoteurs de la vie végétale. Les lichens, si nombreux et si variés, dont les spores ténues remplissent l'atmosphère et l'air que nous res-
irons ont donc, comme tout autre détail de la création, leur rôle à remplir dans le grand organisme du monde.
Le terreau de la montagne est noir, spongieux, toujours frais et humide; il est mélangé
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d'une plus ou moins grande quantité de cailloux et de sable. C’est un humus des plus riches qui fournit à la végétation alpine tous les éléments dont elle a besoin. Au point de vue chimique ce sol offre diverses compositions. Il est toujours mélangé d’une certaine proportion de débris minéraux dont la présence exerce sur les plantes une influence plus ou moins sensible. Sa composition, à ce point de vue-là , correspond toujours à la nature de la roche qui prédomine dans la contrée. Les territoires calcaires fournissent un sol imprégné de chaux, tandis que dans les pays schisteux ou granitiques ce sont des débris de ces roches qui se trouvent dans le sol. La végétation est différente suivant Ja nature minérale des contrées; tandis que certaines espèces recherchent le calcaire et que plusieurs d’entre elles ne peuvent vivre ailleurs, d’autres, au contraire, le fuient et préfèrent les schistes ou les granits. Dans nos plaines les alluvions, les bouleversements successifs qui s’y sont succédé ont produit un tel mélange des terrains que des différences chimiques n'existent généralement pas entre eux.
On a donc divisé la flore alpine en flore calcaire et en flore granitique ou siliceuse. Il est probable que l'élément qui joue le plus grand
rôle dans la distribution des plantes c’est læ chaux. La présence ou le manque de calcaire dans un terrain parait être la cause qui détermine l'existence ou l'absence de telle ou telle espèce dans une contrée. La plus grande partie des plantes alpines aiment ou supportent le calcaire, tandis que le nombre est relativement. restreint des espèces qui fuient cette matière et sont franchement granitiques. Un grand nombre d'espèces paraissent avoir été modifiées par la nature chimique du sol et ont donné lieu soit à des variétés, soit à des espèces nouvelles. Les espèces granitiques paraissent, en général, plus difficiles à acclimater que les autres et fleurissent moins facilement dans nos jardins. Il est bon de savoir, lorsqu'on veut se livrer à la culture des plantes alpines, quelles sont les affinités chimiques des diverses espèces. Le D Kerner, qui a réussi d'une manière si merveilleuse à faire descendre la flore des Hautes-Alpes tyroliennes dans le Jardin botanique d’Innsbrück, a observé très soigneusement ces détails et paraît s’en être bien trouvé. 11 donne dans sa « Cultur der Alpenpflanzen » des renseignements fort intéressants à ce sujet et entre autres une liste de noms d'espèces calcaires correspondant aux espèces granitiques et ayant toujours beaucoup:
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RE de rapports les unes avec les autres. Il est bien évident que chez la plupart de ces plantes c’est la composition chimique du sol qui a formé l'espèce. Voici du reste de la liste de Kerner quelques-unes de ces espèces parallèles :
Sol calcaire :
Achillea atrata L.
Alyssum montanum L.
Androsace lactea L.
» Helvetica Gaud.
Anemone alpina L.
Arenaria ciliata L.
Dianthus alpinus L.
Draba aizoides L.
» tomentosa Wahl.
Epilobium Dodonai Vili.
Gentiana angustifolia Vill.
Hutschinsia alpina KR. Br.
: Phyteuma orbiculare L.
Primula Auricula L.
Rhododendron hirsutum.L
Salix retusa L.
Silene alpestris Jacq.
Veronica saxatilis Jacq.
Sol granitique :
Achillea moschata Wuif.
Alyssum Wulfenianum Bernh.
Androsace carnea L.
» glacialis Hoppe.
Anemone sulfurea L.
Arenaria multicaulis L.
Dianthus glacialis Haenk.
Draba Zahlbruckneri
Hort.
Draba frigida Saut.
Epilobium Fleischeri Hochst.
Gentiana excisa Presl.
Hutschinsia brevicaulis Hoppe.
Phyteuma hemisphaericum L.
Primula villosa Jacq.
Rhododendron ferrugineum L.
Salix hastata L.
Silene rupestris L.
Veronica fruticulosa L.
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Quiconque connait un peu les espèces mentionnées ci-dessus n’aura pas de peine à reconnaître une grande analogie entre les espèces : parallèles. Les caractères botaniques qui les distinguent les unes des autres sont souvent bien peu importants, en tous cas peu apparents.
Quelques-uns portent simplement sur la couleur de la corolle ou sur celle de la fleur. En général, les espèces appartenant aux sols calcaires sont plus riches en coloris, leurs fleurs sont plus grandes que chez les espèces granitiques. Généralement aussi les feuilles sont velues ou laineuses, ce qui n’est que rarement le cas dans la flore siliceuse. Le D' Christ parlant de cette influence du sol sur la végétation dit :
1 C’est quanides espèces semblables, liées l’une « à l’autre par une étroite parenté, se compor- « tent tout différemment dans le choix du ter- « rain, que l'influence du sol sur la distribution « des plantes devient la plus évidente. A cet « « égard, l’Anemone alpina est un exemple remar- « quable. Chez nous, la forme à fleur blanche se « trouve exclusivement sur le calcaire (il n’en est « plus ainsi dans les Vosges), tandis que la forme « à fleur jaune soufre (À. alpina f. sulfurea) ne se « trouve que sur le terrain argileux et siliceux. » La limite est si exactement tracée que, dans
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« les stations où les deux terrains se rencontrent « et empiètent l’un sur l’autre, les deux variétés « en suivent fidèlement tous les contours, même « dans les endroits où la transition du calcaire « au sol dénué de carbonate de chaux n'a pas « lieu brusquement , mais par un mélange in- « sensible, la fleur de l’anémone passe par une « série de nuances intermédiaires de la couleur « blanche à la couleur jaune(?). »
J’ai été souvent frappé de la manière dont les deux formes sont distribuées dans les Alpes suivant que le territoire est calcaire ou granitique. Ce phénomène se produit d’une manière toute particulière dans le charmant vallon de Fully, en Valais. Dans les pâturages qui se trouvent sur la rive droite du second lac (le premier en venant depuis Martigny) les fleurs de l’Anémone alpine sont d’un blanc très pur. Si l’on suit cette côte qui longe les lacs, passent au-dessous de la « Frête aux Gorgneules » et s’en va par le « Sex Trembloz » rejoindre le « Col de Fenêtraille, » la couleur de la corolle passe par tous les intermédiaires pour arriver au jaune soufre foncé. Or, on sait que la partie méridionale de ce massif de Fully renferme du calcaire tandis
(:) La flore de la Suisse et ses origines, p. 517.
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que vers le nord, dans le fond du ravin, la roche est schisteuse. Je me souviens avoir trouvé sur le flanc méridional du Chasseron, en 1877, une petite station d'A. sulfurea au milieu d’un champ d'Anémones blanches. Très étonné de la chose, j'examinai le terrain et le trouvai danscet endroitlà seulement argileux et glaiseux. Comme il se trouvait, plus bas, une petite fontaine, il est possible que ce soit le fait d'avoir remué le sol pour y placer des tuyaux qui aura apporté cet argile à la surface et produit la chose. Je signale seulement ce fait sans y ajouter d'importance pour le moment. Je ne sache pas qu'on ait trouvé cette Anémone ailleurs dans le Jura.
Chez le Rhododendron, l’absence ou la présence de calcaire a déterminé la formation de deux espèces parfaitement distinctes dont l’une a les feuilles glabres et l’autre les a ciliées sur les bords. Les fleurs diffèrent en outre d’une manière notable et tandis que le feuillage de l’une est brun en dessous celui de À. hirsutum est absolument de même couleur des deux cotés. Le Rh. hirsutum se rencontre généralement dans les territoires calcaires tandis que le ER. ferrugineum appartient à la flore granitique. On ne peut cependant pas assigner de limites précises à ces espèces car le Rhododendron
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possède une si vaste aréa et se trouve tellement répandu dans les Alpes qu’il lui est bien difficile de rester dans de certains limites. On trouve le RE. hirsutum dans des parties absolument granitiques de nos Alpes tandis que son congénère se rencontre sur certains points du Jura. C’est ainsi qu'on le trouve sur le Reculet où il paraît parfaitement établi, dans les endroits les plus calcaires et les plus rocailleux. Il faut cependant reconnaître que ces cas sont des exceptions et que la couche de terre végétale qui sépare dans ces endroits-là les racines des plantes, du rocher lui-même, est très épaisse et isole en quelque sorte ces racines.
On se demande souvent d’où peuvent provenir les cas d’albinisme qui se présentent parfois dans la flore alpine. Dans les Campanules, les Orchis, les Gentianes, le Rhododendron, les Primevères, les Soldanelles, le Cyclamen, etc., on rencontre fréquemment la fleur blanche alors qu’elle doit être d’une tout autre couleur. Evidemment cela tient à la composition chimique du sol qui est de différentes natures dans les Alpes au lieu que dans la plaine il est généralement partout très mélangé. Cest ce qui expliquerait pourquoi ces <as ne se présentent que rarement dans les plaines et plus rarement encore dans les pays
plats, dénués de montagnes. Il y a sur le Jura des localités entièrement recouvertes de Gentianæ verna à fleurs blanches. Mais ce qu'il y a de frappant c’est qu'entre les touffes de ces gentianes blanches croissent des plantes portant la corolle bleue dans son état naturel. J'ai fouillé partout pour voir s'il ne se trouvait pas de cas où les deux couleurs se trouveraient sur le même pied mais je n’en ai jamais rencontré. Il y a là une question fort intéressante à étudier et tout un champ d'investigations pour les physiologistes. Les pieds de gentianes blanches, replantés dans la rocaille du Jardin botanique, ont refleuri blanc l’année suivante. Le Rhododendron blanc est connu de tous les alpinistes; il est fort beau et maintient très bien sa couleur dans les cultures. [l en est de même des autres plantes à fleurs blanches. Mais je n'ai pas ouï dire que cette couleur se maïintint constante par le semis; c'est une chose à essayer. Il est probable que les cas d’albinisme sont le résultat d'une modification de l'espèce, modification dont la nature chimique du sol doit avoir été la cause.
Je n’en veux pour preuve que ce fait qui s’est. passé sous mes yeux : J’ai reçu en automne 1873 des Pyrénées une collection de plantes contenant douze pieds d’Androsace ciliata. Je les
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plantai dans de la terre de bruyère mélangée de terreau eb de sable calcaire. Cette espèce produisit au printemps 1879 des fleurs blanches, comme c'est son état naturel. Mais quelle ne fut pas ma surprise,au printemps suivant, de voir ces plantes produire des corolles d'un pourpre vif et brillant, d’une couleur si intense que je ne puis la comparer à aucune autre plante alpine! Or, voici ce qui s était passé : les plantes avaient été déménagées du canton de Vaud à Genève; elles avaientsouffert du froid et du sec pendant une partie de l'hiver, on les avait ensuite plantées dans un terreau de feuilles contenant fort peu de terre de bruyère et une certaine quantité de sable granitique. Cela suffit-il pour expliquer ce changement de couleur produit sur les huit pieds qui étaient restés? Je ne sais, mais il est un fait, c'est que cette teinte superbe ne peut avoir été produite que par suite du changement de régime et de terrain.
Il est très important, pour certaines plantes, d'observer leurs affinités chimiques dans les cultures. On répond à ces exigences en mélangeant au terrain dont on se sert une proportion plus ou moins grande de sable calcaire ou de sable granitique. Le premier se rencontre sur le bord de nos lacs et des rivières qui descendent des massifs calcaires ; ainsi tous les sables qui nous
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viennent du Jura ou des montagnes de nos environs sont calcaires. Le sable granitique est celui que nous fournit l’Arve et qui descend du massif du Mont Blanc ; on le trouve au bord des ruisseaux et des rivières des pays non calcaires. Ou peut aussi remplacer le sable granitique par de la terre argileuse et le sable calcaire par le « lôss » lorsqu'on en a,
Les propriétés physiques du sol ont une influence moins grande sur les espèces, mais n’en sont pas moins très importantes au point de vue du développement des plantes. J'ai décrit, à la page 91, la manière dont se forme le terreau de la montagne : il est donc inutile d’en reparler ici. Cependant il est bon d'observer que, dans ce domaine-là encore, il y a toute une série de variations, depuis le terrain tourbeux des prairies humides jusqu’au gravier glacé des plus hautes régions. L'humus, cette matière nutritive du sol qui provient de la décomposition des matières végétales, se trouve répandu en plus ou moins grande quantité dans ces différents terrains. Il est très abondant et presque uniquernent représenté dans le terreau noir et spongieux qui remplit les interstices des rochers, tandis qu'il entre pour une faible part dans la composition des sols sablonneux et caillouteux qui bordent les glaciers
ou les torrents alpins. Il est des corniches élevées sur lesquelles on trouve une végétation phanérogamique croissant dans un terrain qui semble n'être qu'un composé de cailloux et de sable. Une eau glacée entretient continuellement la vie et la fraicheur dans ces détritus de roches et si l’on examine attentivement le sol, on ne tarde pas à y découvrir quelques parcelles d’humus. Quelques espèces telles que l'Androsace glacialis Hoppe, l’Erytrichium ranum Schrad., la Saxifraga biflora All. semblent affectionner ce terrain là d’une manière particulière. On évitera donc, dans les cultures, de leur donner trop de terre et on mélangera son terreau avec une grande quantité de pierres et de sable. Certaines espèces, telles que Linnaea borealis L., Empetrum nigrum L., Pyrola uniflora L., Lycopodium Selago L. etc , ne croissent que dans un sol spongieux, moussu, extrêmement léger et rempli de détritus de bois et de feuilles. Quelques-unes semblent affectionner comme sol, la mousse pure et simple. Les espèces tourbeuses telles que Parnassia palustris L., Swertia perennis L., Gentiana bavarica L., exigent un sol humide, spongieux, fortement imprégné de Sphagnum ou d'une autre espèce de mousse très poreuse. Telle espèce qui réussira dans un sol léger, tourbeux, périclitera dans un
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sol lourd et moins poreux. Telle autre ne supportera pas un terrain léger et s’accommodera d’un sol consistant. Telle autre enfin ne se rencontrera que dans les débris de roches ou d'ardoises, dans les graviers ou les pierriers. J’ai vu en 1880, à Ja Combazellina, dans les Alpes Pennines, un vraichamp de jeunes Rhododendron qui offraient à peine quelques centimètres de haut et pouvaient n'avoir que deux ou trois années d’existence. C'était la première fois qu’il m'était donné de voir une telle pépinière car on sait que les jeunes Rhododendron sont fort rares. Le solétait, en cet endroit, formé d’une couche de sable d’alluvion absolument schisteux et granitique qui s'était répandu sur le terrain quelques années auparavant par suite de la rupture de la « bis ». En arrachant les jeunes plantes, je vis que leurs racines plongeaient uniquement dans ce sable et n'avaient pas encore atteint la couche inférieure formée de terre végétale. Or, ce sable ne m'a pas semblé contenir d'humus ; en tous cas il était fort pauvre en matières organiques Mais attendons : petit à petit le feuillage se décomposera, les racines atteindront le sous-sol et nos plantes porteront fleurs et graines. Je ne pense pas que Kerner ait raison quand il suppose que le Rhododendron ferrugineum L. et l’Azalea procum-
Un cumbens L. puissent vivre dans un sol absolument dénué d’'humus et être considérées comme premières colonisatrices. Les seules plantes qui, d’après mes expériences, puissent vivre dans un sol très pauvre en humus, sont les espèces des hautes régions que j'ai déjà nommées et les graminées. Ces dernières envahissent tous les endroits où se trouve quelque peu de sable et d'humidité; elles peuvent seules être considérées comme premières colonisatrices dans le sol préparé par les eaux et les lichens. Il y a dans le Torembec (vallée de Bagnes) une flore très riche qui vit dans un sable mélangé d’une faible proportion d’humus etil ya là des espèces qu'on ne rencontre généralement que dans le plus riche humus et quicependant, s’accommodent fort bien de ce sable aride. Mais leurs racines sont ici démesurément développées et s’en vont au loin chercher la nourriture et la fraicheur. Elles ne sauraient être considérées comme premières COlonisatrices par le fait qu'elles se rencontrent quelquefois dans des conditions pareilles. Le fait que leurs racines prennent un développement si considérable prouve à lui seul qu'elles ne sont pas dans leur élément. Cependant elles se contentent, au besoin, de ces conditions-là et ne s’en portent pas plus mal, parce qu'elles re-
trouvent une compensation dans le fait que le. sable est continuellement humide et que l’eau transporteici l’humus dont les plantes ont besoin. Il faut se garder de rendre à une plante qu'on rencontre dans de telles conditions le même sol et la même proportion de sable et d'humus. Ce n’est que par une suite d’études et d'expériences qu'on parvient à trouver le terrain qui convient. aux diverses plantes alpines.
En général, elles aiment un sol léger, riche en humus, mélangé de sable et de gravier, même de poussière de coke et si possible d'un peu de Sphagnum. Le terreau de feuilles, lorsqu'il est pur, est à mes yeux préférable à tout autre terreau. La terre de bruyère ou celle de châtaigniers entreront dans une certaine proportion dans le mélange Dans la grande majorité des cas j emploie un sol composé de ?/: de terreau de feuilles, 1/3 de terre de bruyère ou de châtaigniers avec adjonction de sable, de coke, charbon ou sciure de bois, selon la plante. Pour les espèces délicates, je mets !/;; de terre de bruyère, ‘/: terre de châtaignier et !/; terreau de feuilles avec adjonction de sable. Suivant les cas, je mélange des morceaux de pierres calcaires ou granitiques à cette composition. Il est cependant un certain nombre d'espèces alpines qui ne se contentent pas de ce
LEA terreau-là et qui ont d’autres exigences; nous nous en occuperons plus loin. Celles qui jouent dans la nature le rôle de premières colonisatrices sont naturellement les moins délicates dans les cultures. Elles offrent cependant un grand inconvénient, c'est d'envahir très facilement et de prendre trop de développement au préjudice des autres espèces leurs voisines. On remédie à cela en leur donnant un sol très pierreux et aride. Les graminées et certaines composées telles que les Hieracium sont dans ce cas.
ACCLIMATATION ET CULTURE DES PLANTES ALPINES, LEUR MULTIPLICATION ET LEUR REFRODUCTION PAR SEMIS.
Intérêt qu’offrent les cultures. — Causes de non-réussite. — Acclimatation.— Reproduction par semis..— Récolte des graines. — Bouturage et division des touffes. — Culture en rocailles. — Terreau. — Culture en platesbandes — Culture en pots.
Bien des personnes pensent et disent qu'il n'est pas possible d’acclimater et de cultiver chez nous les plantes des Alpes. Notre climat plus chaud et plus sec est généralement considéré comme meurtrier pour elles. On a bien.
essayé quelquefois, mais, n'ayant pas réussi, on a mis de côté la truelle et la boîte à botanique et pris la détermination de ne plus se laisser tenter par les fleurs des Alpes. Ce qui n’empé- Che pas que l’année suivante on recommencera de nouveau ses essais, ne pouvant se résoudre à ne jouir de cette adorable végétation alpine que pendant les quelques jours qu'il est permis de la contempler là haut. Quelquefois, à force de soins, on parvient à faire réussir quelques espèces ; mais combien n'en sacrifie-t-on pas pour arriver à ce résultat! De tous temps les alpinistes ont cherché à acclimater les plantes de montagnes et nous savons maintenant que les premiers Genevois qui se sont illustrés dans la science alpine au siècle passé, Necker-de Saussure, Vaucher, ont déjà tenté des essais de ce genre (‘). Schleicher et Thomas cultivaient des plantes alpines à Bex en 1818 (?). Ce n'est point une affaire de mode, comme on l'entend dire parfois. un goût qui passera. Non, car aussi longtemps qu'on ira sur les Alpes on cherchera à emporter leurs admirables
(*) Bulletin de l'association protectrice des plantes, n° À, page 4.
(?) 2° Rapport de la Société Helvétique des Sciences naturelles 1818.
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plantes dans les jardins de la plaine. Quoi qu’on fasse et quoi qu'on dise, la culture des espèces alpines, est et deviendra toujours plus le passe-temps de tous les alpinistes qui possèdent un coin de jardin ou même un simple balcon avec une caisse de terreau. Mais comment se fait-il qu’on ait tant de peine à acclimater les plantes des Alpes et à les faire fleurir dans nos plaines ? La raison en est bien simple. [rez-vous jamais, en plein été et alors qu’elle est en pleine floraison transplanter une plante quelconque de votre jardin avec l'espoir qu’elle vivra ? C’est cependant ce qui se fait continuellement pour les plantes alpines. On arrache pendant la floraison parce qu'il est difficile pour beaucoup de gens de reconnaître les plantes après ou avant quelles soient en fleurs. Eh! bien, c'est pourtant par là qu'il faut commencer, car on ne réussira à acclimater convenablement une espèce alpine que lorsqu'on l'aura transplantée en temps convenable. Il faut apprendre à les reconnaitre, alors même que leur seul feuillage les distingue des autres plantes. Cette connaissance s’acquiert rapidement.
Lorsqu'il s’agit de transporter d’un climat dans un autre une plante pour la cultiver, il faut qu'elle subisse pendant un certain temps un
traitement spécial, afin de s’acclimater et de s'habituer petit à petit aux nouvelles conditions climatologiques auxquelles elle sera exposée. Ces essais, lorsqu'ils sont faits sans connaissance, arrivent souvent à des résultats purement négafs et causent la perte d’un grand nombre de pieds arrachés bien inutilement de leur lieu d’origine. Mais lorsqu'ils sont faits d’une manière raisonnée. et d’après certaines données, en tenant compte de leurs conditions antérieures d’existence et en les acheminant petit à petit vers de nouvelles conditions, il y a beaucoup plus de chances de réussir. Sur les huit à neuf cents plantes phanérogames qui habitent la chaîne des Alpes, il n’en est peut-être pas un demi-cent qui aient élé jusqu’à présent rebelles à toute culture. [Il va sans dire que pour beaucoup d’entre elles il faut adopter un système particulier et une culture spéciale, ce que chacun n’a pas la possibilité de faire. Mais dans la grande majorité des cas, les plantes alpines sont d'une culture facile et simple et n’exigent que peu de soins. Leur acclimatation seule demande quelques ménagements ; voici du reste quelques détails à ce sujet :
Nous avons déjà observé la manière dont se développe la flore alpine et la rapidité avec
laquelle elle accomplit le cycle de son existence annuelle. C'est à la fin de cette existence, lorsque la plante a fleuri, qu’elle a müûri ses graines et que le mouvement de sève commence à se ralentir, qu'on peut essayer de la transplanter dans la plaine. Pas n’est besoin alors de l’arracher avec sa motte de terre; par contre il faut chercher à obtenir toutes ses racines, qu’on enveloppe dans de la mousse humide. Il n’est pas nécessaire, dans ce cas, d’arracher une grande quantité de pieds pour être sûr d'obtenir un résultat. Tous pourront réussir si l’opération se fait avec soin. Je n'ai, je pense, pas besoin d’insister sur le fait que plus la plante sera jeune mieux elle réussira. j’ai en ce moment de superbes pieds de Æhododendron hirsutum L. qui ont été pris à l’état de jeunes plantons dans les montagnes bernoises et élevés en pots, lesquels ont fleuri abondamment et semblent tout à fait à leur aise sous notre climat. Les jeunes pieds de Dryades qui croissent dans les sables des torrents on entre les cailloux des pierriers sont les plus propres à être acclimatés. C’est, en général dans les sols maigres et sablonneux qu’on trouve les pieds les plus jeunes et les mieux formés ; c'est aussi dans ces conditions qu’on peut obtenir toutes leurs racines avec le plus de facilité.
— C'est là qu'il faut butiner de préférence car, outre l'avantage qu'on en retirera pour soimême, il en résulte un moins grand dommage pour la flore alpine, la vie des plantes dans ces terrains-là étant très éphémère. Les lits de sables et de gravier sont, en effet, exposés à être constamment transformés et emportés par les eaux, leur végétation étant trop pauvre pour les protéger. Les plantes, une fois arrachées et emballées dans de la mousse ou de l'herbe, seront placées dans la boîte à botanique ou dans des caisses bien fermées afin que l’air ne les dessèche pas. Arrivées à destination ou les déballe soigneusement et on les plante à mesure qu’on les sort à l'air. Si on ne peut s'occuper immédiatement de leur plantation il sera nécessaire de les enterrer provisoirement dans un endroit frais et abrité du soleil. On coupe légèrement et avec un canif bien tranchant le bout des racines. Il faut mettre ces plantes dans des pots aussi petits que possible afin qu'ilse produise de nouvelles racines par le contact des anciennes avec le bord réchauffe du pot. Comme terreau on se servira, pour les espèces ordinaires, du composé dont j'ai parlé plus haut, c’est-à-dire de terreau de feuilles, mélangé à de la terre de châtaigniers ou de saules, à de la terre de bruyère et additionné d’une plus
ou moins forte quantité de sable suivant la sécheresse de l'air ou de l'endroit. Plus il faudra arroser et plus la proportion de sable devra être grande afin que la terre laisse passer l’eau rapidement. Il faut alors placer tous ses pots dans une couche bien fermée ou dans un endroit quelconque où ils puissent être « étouffés » suivant l'expression des jardiniers. Il faut arroser abondamment, de façon que l’air soit humide, ce qui empêche les plantes de se flétrir et les maintient en bon état ; il va sans dire qu'on ombrage. Petit à petit on habitue ces plantes à l'air, au scleil et à la chaleur et comme c’est généralement en septembre que cette opération a lieu, l'automne arrive bientôt avec ses jours frais et nébuleux offrant à ces plantes une température plus en rapport avec leurs besoins. A l'entrée de l'hiver on enterre les pots dans de la poussière de coke ou du sable dans un coffre (couche) et aussi près du verre que possible. On arrose peu et on découvre ces plantes toutes les fois que l’air est vifet sec; il faut donner autant d'air que cela se peut dans la froide saison. On doit également éviter l’humidité qui, pendant l'hiver, tue les plantes alpines. Aux premiers beaux jours de février on arrose, et s’il survient des pluies on découvre ses couches afin
de permettre aux plantes alpines de se mouiller complètement et de se mettre en végétation.
Plus tard, lorsque la plante a commencé à se développer, on la met en pleine terre dans la rocaille ou ailleurs. Quant aux espèces délicates, -on leur donne le même traitement, mais on doit varier la composition du terreau d’après leurs diverses exigences. Nous retrouverons cela dans le chapitre des cultures.
Quelques personnes croient bien faire en recouvrant leurs plantes, dans la couche, de feuilles sèches afin d'empêcher les changements.
brusques de température. C'est une faute car ces feuilles provoquent la pourriture des plantes et favorisent le développement de championons nuisibles. Si l'on pouvait se procurer assez de neige pour en recouvrir ces plantes pendant l'hiver, il va sans dire qu'elles ne s’en trouveraient que mieux.
A défaut de couches, qui ne sont pas en la possession de tout le monde, on acclimate les plantes alpines dans un endroit frais et étouffé, peu exposé aux courants d’air et aussi humide que possible. Petit à petit on les habitue à une position plus chaude et plus exposée à l'air ; enfin on peut en octobre-novembre les exposer au levant ou au couchant dans une plate-bande sèche en enterrant
les pots dans de la poussière de coke ou de sable. Là, on les recouvre complétement, par un temps sec et beau, de branches de sapin ou de tel autre conifère qui les garantira contre les brusques changements de température, si fréquents chez nous en hiver. On ne les découvre qu’en février-mars, alors que les pluies et les rayons plus chauds du soleil provoquent le mouvement de la sève et le développement de cette végétation.
Voilà pour la transplantation des pieds arrachés dans les montagnes et leur acclimatation dans nos jardins, Tant qu'il y aura des Alpes et des grimpeurs qui les visiteront, il y aura aussi des amateurs qui essayeront d’'emporter et de faire réussir chez eux les charmantes espèces qui croissent là-haut. Il était bon de traiter ce sujet. Cependant, et j'ai hâte de le dire, il est un moyen bien plus simple d'arriver à obtenir chez nous la flore des Alpes, un moyen infaillible et qui m'a toujours donné les plus brillants résultats. C’est celui qu'emploie la nature pour reproduire et multiplier en aussi grandes quantités les espèces qui recouvrent notre globe. Ce moyen, c’est le semis. On pense généralement qu'il est lent, difficile à poursuivre. C’est une profonde erreur : la chose est simple et chacun peut l’entreprendre, à la condition d'y mettre
quelques soins. J'ai élevé, soit au Jardin botanique de Genève, soit au Jardin alpin, par semis, plus de la moitié des plantes alpines. Pour cela, j'ai suivi les conseils que donne le D' Kerner dans sa « Cultur der Alpenpflanzen » en modifiant et ajoutant d'après ce que m'avait appris ma propre expérience. D’après l’habile cultivateur d’'Innsbrück, la presque totalité des plantes alpines peuvent être élevées par semis. Cette opération doit se faire en automne, aussi tardivement que possible, de manière à ce que les graines ne germent pas avant le printemps, mais se stratifient seulement.Les pots ou terrines qui doivent contenir les graines doivent être remplis jusqu’au bord d’un terreau léger, fin, riche en humus et en sable dans lequel ou mélange du sphagnum tamisé (mousse blanche) et une faible proportion de poussière de coke. On sème sa graine et l’on recouvre celle-ci d’une légère couche de terre; puis les pots sont placés dans une couche sèche ou toute autre place bien aérée où ils puissent être abrités contre la pluie et les rayons du soleil qui re doivent pas les atteindre. On n'’arrose absolument pas, mais si l'on peut avoir de la neige on l’entasse sur les pots, puis on la fait geler en versant,avant les nuits claires et froides, de l’eau sur ce tas de neige qui durcit
et devient bientôt une couche de glace. Par ce moyen, on retarde la germination de ces graines, laquelle se fait alors plus tard au printemps, lorsque les jours sont plus longs.
Cette opération, facile à faire dans un pays où les hivers sont neigeux, l’est moins pour notre patrie. J’ai essayé un autre système qui m'a fort bien réussi: c’est de placer des pots dans une couche sèche recouverte de planches. Les graines, par le fait de l'humidité contenue en hiver dans la couche la plus sèche, se stratifient et se préparent à germer sous l'influence du premier rayon de lumière et de la première goutte d’eau qu’elles recevront. Cependant, les graines qui ont été semées au printemps dans le Jardin alpin ont toutes, ou à peu près toutes, parfaitement réussi. Il faut dire que j'avais un terrain spécialement propice. C'était un composé de terre de châtaignier, de terreau de feuilles, Sphagnum et sable. Le Sphagnum, que les cultivateurs anglais font entrer dans le sol de toutes leurs cultures délicates, est beaucoup trop négligé de la part de nos jardiniers. Grâce à ses propriétés spongieuses, il conserve la terre dans un état hygroscopique régulier, ce qui est très important pour les semis. Lorsqu'il est sec, on le passe au travers d’un tamis avec beaucoup de
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facilité. On se procure le Sphagnum en s'adressant aux personnes qui exploitent la tourbe des marais de montagnes: quelques marchands de de terre de bruyère, à (Cruseilles, peuvent en procurer. Il y en a au marais de Lossy et il est fort abondant dans certains marécages du Jura.
Lorsque les graines ont germé et que les plantes commencent à montrer un peu de consistance, on les repique, c’est-à-dire qu'on les isole en les plantant une à une dans de petits pots ou godets. On suivra alors les indications qui se trouvent plus loin au sujet des cultures en pois.
Certaines espèces alpines ont beaucoup de peine à germer et à croître par semis. Mœæ, célèbre cultivateur de plantes alpines à Christiania, a fait, à ce sujet, des observations et des expériences fort intéressantes. Voici, à propos de: quelques espèces délicates, le procédé qu'il dit avoir suivi avec succès :
Pour les Bruyères, les Lycopodes et les Fougères alpines, il prend des morceaux de tourbe coupés en carrés de deux ou trois pouces de haut sur autant de large. Il frotte les graines ou les spores des espèces précitées contre les parois et à la surface supérieure de ces morceaux de tourbe qu’il place ensuite dans l’eau jusqu'à un