LES ALPES ET LEUR NATURE
Les différentes régions. — Le printemps dans les Alpes. — Le fühn. — Les avalanches. — Les éboulements — Les glaciers. — L'influence de ces différents phénomènes sur la végétation alpine.
La chaîne de montagnes qui traverse la partie méridionale de notre continent, et qu’on appelle les Alpes, est un monde à part, qui possède une vie à lui, une nature qui lui est propre et chez lequel se produisent des phénomènes particuliers que nous ne rencontrons nulle part ailleurs. Cette nature offre un cachet tout-à-fait original et n’a aucun rapport avec celle qui se déroule autour de nos cités. Tandis que, chez nous, la végétation ne se modifie qu’à de grandes distances, sur les hauteurs, au contraire, ces modifications portent sur un espace très restreint. C'est ainsi qu'un voyageur qui gravit les Alpes peut, en quelques heures, passer de la nature italienne et méridionale qui caractérise notre Valais et le Tessin, aux régions glacées des zones supérieures. La Suisse possède presque tous les climats de l’Europe et Haller écrivait déjà en 1768 :
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« L'Helvétie renferme presque toutesles ré- » « gions de l'Europe, telles qu'elles se rencontrent » « des extrémités de la Laponie et du Spitzberg » « jusqu’à l'Espagne. »
En une seule journée un botaniste peut dans certaines contrées de la Suisse, récolter des plantes appartenant aux flores les plus diverses, depuis celles qui renferment le Cactus Opuntia, le Grenadier, l'Amandier, la Rue et l'Hysope, jusqu’à celles des régions arctiques.
On a divisé le monde des Alpes en différentes régions, suivant les modifications qu'offre leur nature. Tandis que certains naturalistes en multiplient le nombre, d’autres, tels que Tschudi, classent le monde alpin en trois zones différentes qui sont:
19 La région montagneuse ou boisée, laquelle s'élève, suivant les contrées, jusqu'à 1000 ou 1500 mètres. Elle comprend toute la base de la chaine alpine, la plupart des collines qui lui servent d'avant-postes et la chaine du Jura jusqu'à la limite supérieure de ses forêts.
2° La région alpine, qui s'élève jusqu’à 2000 à 2500 mètres et qui comprend la grande ceinture de pâturages qui entoure les Alpes de tous côtés et sépare la région des forêts des vastes étendues de rocs qui les dominent.
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3° La région des neiges, qui comprend l’espace situé au-dessus des pâturages. Dans cette dernière zone, la vie organique est pauvrement représentée; là l’effrayant se mêle au sublime, l'horrible au grandiose.
C’est de la flore qui se rencontre dans les deux régions supérieures que nous nous entretiendrons ici, celle des régions boisées s'acclimatant dans le plupart des cas sans aucune difficulté dans. nos cultures et ne demandant pas de traitement spécial. Les espèces qui s’y rencontrent croissent dans des conditions souvent analogues à celles de nos plaines et peuvent être traitées dans nos jardins, comme de simples plantes vivaces.
La vie organique, dans les Alpes, est soumise à des lois qui sont absolument différentes de celles qui régissent la nature qui nous environne. Les conditions d'existence des plantes et des animaux se rapprochent un peu de celles des régions polaires, sans toutefois être identiques à celles-ci. Tandis que, dans nos plaines, la neige commence à disparaître en février et qu'aux premiers jours de mars on peut déjà voir le laboureur dans les champs, les pâturages alpins restent couverts de leur manteau blanc jusqu’en mai, juin, juillet. Les grands sommets ne se découvrent jamais et c'est à peine si, dans la
ESS :, Dr région subalpine; quelques arêtes exposées au midi et balayées par les vents, parviennent à se débarrasser de glace pour quelques semaines pendant lesquelles une végétation cryptogamique opère son développement.
Dans la région montagneuse la neige commence à disparaître au commencement de mai.
C'est à cette époqne seulement que les habitants des grands et riches villages qui peuplent ces régions commencent leurs travaux agricoles.
Ceci nous explique pourquoi, dans ces contrées où l'hiver est fort long, on s'occupe de tant d'industries diverses qui ont amené l’aisance et la prospérité dans ces vallées. Les mois de mai et de juin sont pour la végétation de ces contrées là les plus beaux de l’année. Partout la vie brille, la nature s’anime et se réjouit. La bleue Gentiane étale ses brillants pétales à côté de la Potentille dorée, la Primevère farineuse côtoie les pâles Renoncules à feuilles d'aconit. Tout s’éveille, tout vit et se réjouit; c'est un printemps radieux et lumineux, plein de douces espérances et de chants joyeux. Il n’en est point ainsi dans les régions supérieures, là tout est encore immobile et glacé. Ce n’est guère que six ou huit semaines plus tard que le pâturage apparaîtra, dépourvu de son manteau glacé et revêtu de sa