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riante robe estivale. La période de vie et d’animation chez la végétation de ces régions est souvent très-courte. Dans certaines vallées supérieures l'été ne dure que quelques semaines. Il est même, dans les hautes Alpes, plus d’un vallon encaissé qui, par le fait d'une succession de mauvaises années, passe plusieurs étés sous la neige. On comprend dès lors combien les conditions d’existence pour la végétation sont différentes de celles que les plantes rencontrent dans nos plaines. Avant de faire une étude plus particulière de ces conditions, cherchons à nous familiariser un peu aveccettegrande nature alpine ainsi qu'avec la flore qui la caractérise.
Nous sommes à la fin de juin et nous nous trouvons dans la région alpine. Le soleil brille de tout son éclat et l’ardeur de ses rayons a déjà fait disparaître une grande partie de la nappe blanche qui nous environne. Mais combien sont terribles les résistances qu'il a à vaincre pour obtenir le dessus ! Quelle lutte pénible et quelle ténacité de la part de l'élément glacé! Les gels de ces nuits longues et froides qui caractérisent cette époque de l’année sur ces hauteurs durcissent la surface de la neige au point que le soleil pourra darder ses rayons pendant plusieurs heures sur cette couche de glace avant de
| — 16 — l’amollir. {l-neige souvent encore et il arrive fréquemment que la couche de neige, diminuée par l'influence de quelques jours de soleil, augmente de nouveau d’une manière plus ou moins sensible.
Cette lutte serait bien plus longue et bien plus terrible encore sans l'existence d’un puissant auxiliaire qui, s’il faisait défaut une seule année, causerait les plus grands malheurs pour tout le pays. C'est le fôhn, le grand bienfaiteur des Alpes et celui de tous nos vents qui est le plus favorable à la végétation. Sous son action la couche de neige s’amollit, fond et disparaît avec une étonnante rapidité. Le fôhn est l’une des conditions les plus essentielles du développement de la vie organique dans les hautes Alpes; il excerce une influence considérable sur la végétation alpine, qu'il active et stimule. Il ne se fait sentir que là où il y a de la neige et seulement lorsqu'il y en a. Son action deviendrait préjudiciable à la végétation s’il se maintenait après la disparition de la grande humidité. Il semble rechercher les endroits où il exerce une heureuse influence; lorsque le soleil a réchauffé le fond des vallées, ce vent bienfaisant se contente de balayer les hauteurs où il y a encore de la neige. Il recherche les lieux glacés et souffle avec plus
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de violence pendant la nuit que pendant le jour, sans doute parce que les couches d’air chaud déplacent avec d'autant plus de rapidité que celles-là sont plus froides les couches d'air avec lesquelles elles sont en contact. Le fôhn est le signe certain du printemps; il commence souvent à souffler en janvier et s'annonce non seulement par le bruit qu'il fait mais aussi par la chaleur de l’atmosphère, la densité de l’air et lacrue rapide des eaux qui deviennent grondantes et boueuses. Pendant trois hivers successifs, j'ai étudié dans la Suisse orientale les effets du fühn sur la végétation et j'ai été frappé de l'importance de son rôle. Son influence se fait sentir en hiver sur le sommet des collines et des montagnes peu élevées et c’est ainsi que dans les environs de Zurich on trouve quelquefois sur l'Utliberg ou les montagnes environnantes, une flore vernale tout épanouie alors que dans les plaines règne le froid le plus intense ou le brouillard le plus épais.
Le fôhn exerce en outre, d’après le Dr Christ, une certaine influence sur la flore de nos Alpes. parmi laquelle il introduit nombre d'espèces d'origine méridionale. L’illustre botaniste a présenté à l'exposition nationale de Zurich, dans la section du Club Alpin, un herbier composé de
EN | quarante espèces dont la présence sur les Alpes est due à ce vent. C'est ce qu'il a nommé « la flore du fôhn ».
Le fühn provoque en outre la formation des avalanches, ces puissants phénomènes qui, s'ils causent parfois des désastres, n’en sont pas moins l’un des plus puissants moyens de déblaiement dans certaines parties de nos Alpes. Ecoutez Tschudi :
« Ce phénomène naturel par lequel les hau- « teurs se déchargent de millions incalculables « de quintaux de neige est une des circonstances
« qui contribuent le plus efficacement à y rendre
« possible la végétation printanière. Si toutes ces « masses, dont il est impossible de calculer le « volume, ne devaient se fondre que lentement, « la durée de ce travail de dissolution s’étendrait « jusque bien avant dans l'été. Il est beaucoup « d'expositions à l'ombre où la neige ne disparaît. « jamais, Des champs de neige et des glaciers « se formeraient et s’accroîtraient sans cesse dans » les endroits mêmes où le montagnard vient « aujourd'hui, grâce aux avalanches, charger « sur ses épaules son lourd fardeau de foin « odoriférant. Si l’avalanche vient à faire des- « cendre un champ de neige d’un pâturage élevé, « l’action du soleil et de la pluie est doublée sur
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« le terrain déblayé; le sol se réchauffe, les. « champs de neige voisins, minés par dessous, « dévorés par la pluie et par le fhn, suivent à « leur tour la même route, ou disparaissent sur « place.» (1)
La neige n’a pas plutôt disparu que le paysage. s'anime, verdoie et s’'émaille des plus vives. couleurs. En un clin d'œil, comme par enchantement, la vie se manifeste de tous les côtés et l'été apparaît sans qu'il y ait, en quelque sorte, de transition ou de printemps. La neige qui fond partout, provoque souvent la formation de terribles catastrophes telles que les éboulements, les glissements de terrain. Le souvenir de l’éboulement d'Elm est encore trop vivant au milieu de nous pour qu'il soit nécessaire d’insister sur le danger de ces chutes de rochers qui
- couvrent de leurs décombres les vallées les plus
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riches et les réduisent d’un moment à l’autre en un champ de désolation. Au point de vue de la végétation, ces effroyables descentes de rochers offrent cette particularité qu'elles transportent dans des régions inférieures des espèces apparte-
nant à une zone plus élevée. C'est ainsi qu'on
trouve dans les débris de l’éboulement des Dia-
() Tschudi : Le Monde des Alpes, pag. 320.
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blerets une certaine quantité de plantes telles que la Saxifraga oppositifolia, \ Androsace Helvetica qui sont descendues des hauteurs lors de la catastrophe.
Puisque nous en sommes à parcourir les Alpes afin de nous initier à leur grande et sauvage nature, il est bon de nous arrêter devant le phénomène le plus important et le plus intéressant de ces hauteurs, c’est-à-dire devant les glaciers. Ces vastes étendues de glace qui alimentent les plus grands fleuves et les plus fortes rivières ont été pendant longtemps la frayeur du pâtre qui n’osait sy aventurer. Au premier abord, le glacier semble être un séjour de mort et de désolation. Aucune vie organique ne s’y présente et, sauf quelques algues et de petits infusoires, les êtres organisés le fuient comme un séjour dangereux. Cette influence négative du glacier se borne cependant au terrain qu'il occupe, car il est, pour la végétation qui l'entoure, une source de vie et de développement. Sur la limite immédiate du glacier et ce que nous pourrions appeler son rivage nous trouvons une foule de plantes intéressantes et prospères. La moraine de chaque glacier est comme un jardin botanique réunissant sur un espace plus ou moins restreint une grande variété de fleurs et d'espèces. C'est un