LES VÉGÉTAUX MICROSCOPIQUES
f.a germination. — Champignons infiniment petits et infiniment grands.
— Leur nature et les lieux qu'ils habitent. — Champignons multiples. — Les uns sont vénéneux, d'autres comestibles délicats. — l es champignons microscopiques. — Les moisissures. — La plupart des fungoïdes ne sont qu'un simple globule. — Méthode d'examen.
' Cause de détérioration par les moisissures. — Énergie de la multiplication. — Différentes phases de la vie d'un globule. — Les lichens.
— Description et habitat. — Usages industriels.
La vaste classe des champignons présente dans son infinie variété des sujets dignes d'attention, quoiqu'ils soient placés par leur simplicité élémentaire dans les derniers rangs de l'échelle végétale. On est amené à considérer ces étonnantes productions comme des plantes qui ne parviendraient pas à un état de développement parfait, car elles consistent, pour un grand nom-
bre, en un simple conglomérat végétant. Le premier état du champignon a reçu le nom de blanc de champignon, et Ton s'en sert pour produire artificiellement les champignons comestibles. Dans les premiers jours de leur naissance, ils ont une chair ferme et cassante; mais en vieillissant la plupart s'amollissent progressivement et finissent par se dissoudre en une liqueur fétide. Les plus grands ont jusqu'à m ,30 de hauteur, les plus petits sont invisibles à l'œil nu.
On a trouvé en 1858, dans le tunnel de Duncastër (Angleterre), un champignon qui se développait depuis un an, sans paraître avoir atteint sa dernière phase de croissance. Il mesurait 5 mètres de diamètre ; il avait pris naissance sur une pièce de bois. D'autres, au contraire, sont à peine visibles sous les plus forts grossissements du microscope ; et certainement cette catégorie est la plus nombreuse. Les fungoïdes (fungus y champignon ; eï&oç, semblable) sont une des preuves les plus convaincantes de l'inépuisable activité de la végétation. Leur quantité dépasse tout ce que l'imagination peut concevoir, et leur multiplication prend des proportions effrayantes, lorsqu'ils sont dans un milieu propre à leur développement. Ils vivent dans les lieux humides, dans l'eau même, et se nourrissent de substances organiques, au détriment desquelles ils s'assimilent certains principes. Ils se plaisent dans les endroits sombres et humides. Ils viennent de préférence à l'ombre des arbres; ils passent généralement leur existence éphémère dans les endroits cachés, les creux des arbres, sous les herbes, sous les pierres, dans les caves et autres lieux peu fréquentés. Les époques où ils abondent le plus sont le printemps et l'automne, parce que dans ces deux
saisons une humidité constante se joint à une chaleur modérée, qui, formant ainsi une atmosphère molle et tiède, offre des conditions favorables à leur développement.
Parmi les champignons qui naissent sur les plantes, quelques-uns viennent de préférence sur l'écorce des arbres ; ils y adhèrent par des fibres profondes ayant tendance à introduire dans le bois le germe de la décomposition ; lorsqu'ils sont en très-grand nombre, ils en occasionnent la mort.
Il y a des champignons d'été, d'hiver, de printemps et d'automne. Celui qui prendra naissance dans la mousse ne
viendra pas sur les feuilles des plantes aériennes. Telle espèce croît sur le tronc d'un arbre, telle autre ne pourra y vivre. Les uns vivent solitairement, tandis que les autres se plaisent à se rassembler en grand nombre, et alors ils se réunissent tantôt en groupes, tantôt en lignes. Cha- Kg. 157. — confcrves umceique espèce a, pour ainsi dire, sa Xe*™^ manière d'être, ses mœurs, ses habitudes ; aussi ce sont là, aux yeux du botaniste, des caractères importants pour l'aider dans la recherche des différents genres.
La culture des champignons est un commerce étendu à Paris ; on voit chez les marchands de comestibles des champignons très-volumineux dont la chair est délicate et inoffensive. Voici comment on peut les obtenir : On prend, avec un pinceau humide, les sporules du cham-
pignon ordinaire, et on les étend sur une lame de verre mouillée, qui peut être placée comme le porte-objet
sous le microscope , de telle sorte qu'on a toute facilité d'observer les modifications que subissent les sporules pendant leur germination. Ces petits corpuscules se développent en produisant un mycélium , qui n'est Fig. 158. — Sporuies autre que du blanc de champignon
en chapelet x 300. , «
en préparation , matière iacilement transportable et contenant sous la forme de filaments blanchâtres les éléments d'un champignon. Lorsque ces sporules présentent les conditions convenables, on les place dans le terreau. Là le développement continue, et, après avoir choisi le blanc le plus beau, on le pose sur le sol d'une cave, et on le recouvre d'une couche de sable de m ,25 d'épaisseur, sur laquelle on place une autre couche de plâtre de démolition de ra ,15. On arrose le tout avec de l'eau renfermant en dissolution quelques grammes d'azotate de potasse. Au bout de cinq ou six jours, il pousse des champignons très-volumineux groupés ensemble, d'une excellente qualité, d'un arôme exquis, ne laissant rien à désirer au goût le plus difficile.
Les champignons ainsi obtenus par la culture sont comestibles, mais beaucoup sont vénéneux parmi ceux qui croissent spontanément. On reconnaît généralement les premiers au parfum agréable, à la chair tendre et fragile ; cependant il ne faut pas toujours se fier à ces caractères généraux. Les vénéneux se dénoncent eux-mêmes par une odeur désagréable, une chair molle, spongieuse et parfois gluante, devenant rouges, bruns.
ou noirs lorsqu'on les entame; on les trouve généralement dans les endroits humides et cachés ou dans les accumulations végétales en décomposition. Une remarque importante à faire, c'est que les bons se dessèchent en vieillissant, tandis que les vénéneux se fondent en une eau fétide. Les mauvais donnent lieu à des faiblesses, des défaillances, des nausées, et provoquent un état d'anéantissement excessif; on sent une impression de brûlure à la gorge et souvent, trop souvent par malheur, des convulsions affreuses conduisent à la mort. Dernièrement M. F. Gérard prouva au Comité de salubrité publique qu'on pouvait rendre inoffensifs tous les champignons vénéneux en les faisant mariner dans du vinaigre. Selon ses expériences, pour un poids de 500 grammes de champignons coupés en morceaux, il faut un litre d'eau acidulée par deux ou trois cuillerées de vinaigre ou deux cuillerées de sel gris. On les laisse macérer pendant deux heures entières, puis on les lave à grande eau ; bouillis ensuite à l'eau pure, relavés et essuyés, ils peuvent être apprêtés comme tout autre aliment. Néanmoins il est prudent de n'essayer qu'avec beaucoup de circonspection ceux sur le compte desquels on n'est pas parfaitement fixé.
Ces gros champignons rentrent peu dans le domaine de la micrographie; car, si on les examine, on n'y voit qu'une masse de cellules remplies de liquide, n'ayant aucun de ces caractères si intéressants que nous avons étudiés dans les phanérogames; ils n'offrent pas un sujet de recherches suivies dans leurs organes de reproduction, comme les mousses et les fougères; ils n'ont rien de perceptible ni d'attrayant dans leurs séminules ou les filaments du mycélium; corps d'une organisa-
tion tellement simple que toutes leurs parties sont identiques, ils n'exciteront pas la curiosité du chercheur autant que les champignons infiniment petits, les fungoïdes visibles seulement sous le microscope. Les formes sous lesquelles ces plantes se présenteront le plus ordinairement sont globulaires, allongées, filamenteuses, gélatineuses*, soyeuses, lichénoïdes. Chez un grand nombre, la structure change pendant le développement : elles passent par des états successifs selon chaque période et offrent des différences telles, qu'on peut se méprendre et accepter un sujet parfait pour celui qui n'est arrivé qu'à une certaine période de croissance. Ainsi, sur un tubercule voisin de la décomposition, nous avons observé une vingtaine de sortes de fongosités, et il était impossible de discerner si les unes étaient des sujets arrivés à maturité, ou si les autres constituaient des fungoïdes complets.
Chez les champignons d'une certaine dimension, on discerne des organes reproducteurs indéfinis, le mycélium pour certains, ou des sporules dans de petites cavités ou conceptacles, comme ceux qui sont dans la masse charnue de la truffe \ mais les fungoïdes semblent se propager d'eux-mêmes directement : il est assez difficile de découvrir s^il y a des corpuscules reproducteurs chez ceux qui n'ont qu'une seule cellule.
Les mucors ou moisissures qui couvrent de leurs filaments entre-croisés les matières végétales en décomposition, les matières vertes qui existent dans les parties humides des murs et à la surface des débris organiques, etc., sont des agglomérations de petites vésicules unicellulées, isolées ou groupées; pour s'en convaincre, il n'y a qu'à racler avec le porte-objet en
verre du microscope quelques parties vertes et Ton verra de suite les petits globules.
Suivant le choix plus ou moins heureux que l'on aura fait, on pourra se convaincre que la diversité des formes n'est pas moindre chez les cryptogames microscopiques que chez ceux de grande taille. Ainsi la simple classe des Aspergillus renferme des espèces nombreuses ; un groupe d'aspergillus se compose de filaments, ou fibres capillaires, agglomérés régulièrement, dont l'aspect rappelle assez celui d'un champ de roseaux. A l'époque de la fructification, chaque petite tige se couvre d'un capitule floconneux, qui se hérisse et se transforme en une multitude de sporules reproductrices, tellement nombreuses qu'on peut les supputer par centaines de mille. Le Stilbum tomentosum est une sorte de moisissure, ayant l'apparence d'une petite boule à peine adhérente par un point au sol et de laquelle sort un filament, venant lancer des sporules au moment de la maturité. VArcyria punicea a la forme d'oeufs montés sur un pédicelle ; ils se rompent à un moment donné pour émettre la poussière reproductrice.
Les fungoïdes globulaires qu'on rencontre en si grande quantité dans tous les lieux humides, ont reçu beaucoup de noms, variables suivant les observateurs, qui, ne voyant dans ces petites sphères aucun caractère particulier, n'ont pu les distinguer les uns des autres. Ils ont été successivement appelés : Byssus botryoides Turpin, Oscillariaparietina Turp., Vauch., Oscillaria muralis, Agardh, Vaucheria muralis Bory. Ils appartiennent tous à cette catégorie de fungoïdes exempts de mycélium, ayant certains points de ressemblance avec la chlorophylle des végétaux phanérogames. Turpin ne
les regardait pas comme une production spontanée, assertion que l'on était porté à admettre à cette époque, car il avait déjà remarqué que ces globules (globulina) lançaient au dehors une vésicule pollinique, qu'il nomme : aura seminalis.
Pour peu que Ton ait examiné les moisissures, on sera convaincu que le microscope a ouvert aux yeux émerveillés de l'observateur un monde végétal nouveau dont il ne soupçonnait pas l'immense étendue. Ces mucosités qui tapissent les objets déposés dans les endroits humides méritent plus d'attention que ne leur en accorde généralement le spectateur profane non initié aux révélations inattendues du microscope. Mettez dans une cave ou dans un local affectionné par les moisissures la lamelle porte-objet, de sorte qu'elle en soit entourée ; au bout de peu de temps, quelque sporule y aura été déposée, un sujet sera né et trahira sa présence par un petit flocon imperceptible ; c'est le moment convenable pour en faire l'examen : il n'est pas détérioré par la préparation qu'on aura voulu lui donner, il est naturel, rien n'a été déformé, tous ses organes sont intacts et parfaitement distincts, il suffit de le . mettre sur la platine de l'instrument. En le laissant pousser ainsi, on aura évité toute cause d'altération; faisant alors l'observation, on verra une forêt en miniature, dont les proportions deviendront rapidement assez fortes pour couvrir toute la surface du porteobjet.
Ce qui fait la joie du naturaliste fait la désolation de ceux qui ne voient dans les moisissures qu'une malpropreté. On sait en effet combien ces champs de mousse couvrant les murs de leurs taches noirâtres ou vertes
et les végétàtions diverses qui répandent l'odeur particulière du « moisi », produisent de dégâts fâcheux et difficiles à combattre. Dans les locaux situés au rez-dechaussée, ils pénètrent dans les armoires, où ils amènent la décomposition rapide des provisions, du linge, des papiers et autres objets.
Leur action putréfiante provient de ce qu'ils interceptent l'air en engendrant l'humidité, et de ce que la plupart, enfonçant des fibres profondes, tendent à introduire d'autres germes dans les interstices où ils se sont propagés. Les fungoïdes contiennent beaucoup d'humidité; un liquide incolore, résultat d'une élaboration spéciale, contenu dans leurs petits granules, se répand sur les corps auxquels ils adhèrent, et joint son action décomposante aux causes précédentes. L'odeur sui generis provoquée par les moisissures, quand elles sont abondantes, résulte de cette élaboration.
Malgré les savantes théories sur l'énergique vitalité des végétaux microscopiques, on n'est pas arrivé à donner des explications suffisantes sur la faculté productrice qui la détermine. Dans cette classe, la reproduction est de la plus grande simplicité, puisqu'une cellule émet des sporules ou cellules plus petites, qui jouissent de la faculté de se multiplier dans un espace de temps relativement très-court. Cette multiplication est tellement rapide et abondante, que les fungoïdes se reproduisent souvent en dépit d'obstacles insurmontables qui détruiraient les plantes de grandes dimensions. Quelle n'est pas l'intensité de la vie des spores de YHœmatococcus sanguineus, qui couvrent les cimes neigeuses des montagnes sur plusieurs kilomètres carrés !
L'air est le véhicule disséminateur des germes embryonnaires; il en transporte des quantités énormes, dont la majeure partie est perdue, faute de tomber dans un endroit réunissant toutes les conditions nécessaires à sou existence. Il suffit d'un BÎmple grain de poussière fécondante de quelques centièmes de millimètre de diamètre pour couvrir de moisissures de grandes surfaces en très-peu de temps.
Ces atomes de végétaux ont cependant une vie propre, aussi complète que celle des phanérogames ; ils germent, vivent, se reproduisent et meurent. Les patientes investigations microscopiques ont prouvé que ces ma-
Fig. 1S9. — Éluti successifs de la germimtion du sporules.
tières germinatîves passent par différents états successifs. Ainsi dans la figure \ 59 nous voyons en a des corpuscules, qui s'entourent bientôt d'un certain mucilage par effet d'élaboration végétale b. Pendant cette période, ils se développent à l'état parfaite; au bout de quelque temps, il apparaît dans chaque corpuscule un autre petit atome d, qui se nourrit au détriment de la cellule-mère, comme cela se passe dans l'œuf chez les animaux; en e, il devient beaucoup plus prononcé et finit par se détacher en f. Un globule de quelques centièmes de fraction de millimètre de diamètre, accomplit
ainsi toute une existence rudimentaire et a donné naissance à plusieurs autres. La multiplication chez ces végétaux suit une proportion géométrique.
Quoique les champignons microscopiques soient en général d'une extrême simplicité, ils revêtent exceptionnellement des formes plus compliquées. On remarque fréquemment de larges plaques crustacées grises, jaunes ou brunes, incrustées sur les rochers, les vieux murs, l'écorce des arbres. Ce sont là de véritables végétaux d'une organisation particulière. Le nom de lichens, qu'on lui a donné, vient du grec, lichen, dartre; il exprime bien l'apparence de la plupart d'entre eux ; les uns végètent sur le sol et ont de nombreuses ramifications ; d'autres sont suspendus aux branches des arbres sous forme de longs filaments ; quelques lichens ressemblent à une poussière grise et verdâtre, ou plutôt tous se présentent sous cet aspect dans les premiers temps de leur développement. Cet état rudimentaire leur a valu le nom de lèpre ou de lepralia ; on l'observe fréquemment sur les statues ou les marbres.
Arrivés à leur état parfait, les lichens ne se composent que d'un tissu cellulaire, mais leur aspect n'en est pas moins variable. On en distingue deux sortes principales : les crustacés et les foliacés. Ces derniers sont plus compliqués que les autres. Ils se composent de frondes ou espèces de feuilles imbriquées, se recouvrant comme les tuiles d'un toit et dont l'ensemble ne manque pas d'une certaine élégance. Cette fronde, constituant elle-même les organes de la nutrition, porte aussi ceux qui servent à la reproduction ; ils sont de deux sortes : les uns bombés, les autres en godets; on a donné aux premiers le nom de tubercules et aux seconds
m LES PLANTES ETUDIEES AU MICROSCOPE.
celui de scuteUes {scuteUum). Ils comprennent deux parties : l'une extérieure plus ou moins fermée ou évasée; l'autre intérieure, renfermant les sporules. On y trouve encore quelquefois de petits amas de matière pulvérulente, auxquels on a donné le nom de sorédies.
Fig. 160. — Utlieii foliacé X 10. Tlialle avec petites coupes.
Bien qu'on rencontre souvent des lichens sur les végétaux vivants, on ne doit pourtant pas les considérer comme de vrais parasites. Simplement posés à la sur-
Fig. 161. — Lichen crus ta cé X 10. Thalle formant des croûtes ladepen-
face des corps où ils cherchent un appui, sans y adhérer ni enfoncer leurs suçoirs, ils ne vivent pas à leurs dépens, mais entretiennent une humidité préjudiciable
aux corps où ils adhèrent. Dès que ceUerci vient à leur manquer, leur végétation ^arrête, pour reprendre et continuer lorsque les circonstances deviennent plus favorables. On cite l'exemple de lichens parfaitement secs et conservés en herbier depuis un an, qui se sont remis à végéter dès qu'ils ont été soumis de nouveau à l'action de l'humidité. Toutefois l'air, la chaleur, la lumière leur sont indispensables ; ils ne se développent pas dans l'obsçurité complète, comme cela a lieu pour certains champignons.
Les lichens sont répandus dans toutes les régions du globe et les climats les plus extrêmes ne sont pas un obstacle à leur croissance. Dans les régions polaires, ils constituent en quelque sorte le fond de la végétation ; sur les hautes montagnes, au voisinage des neiges perpétuelles, ils représentent le dernier terme de la vie organique, et forment par l'abondance de quelques-unes de leurs espèces une région botanique propre. Cette circonstance a fait penser que ces cryptogames étaient plus nombreux en espèces aux pôles qu'à Téquateur ; il n'en est rien, mais sous les zones tropicales ils sontmoins remarqués par l'observateur, dont l'attention se porte naturellement sur une riche végétation arborescente.
La forme, la texture, la consistance de ces cryptogames varient suivant les climats. Les espèces foliacées se trouvent surtout dans les pays chauds et tempérés; au contraire à mesure qu'on s'approche des pôles ou du sommet des montagnes, on remarque la prédominance des espèces crustacées. Si quelques lichens ont une aire circonscrite, une véritable patrie, d'autres sont essentiellement cosmopolites et se rencontrent indifféremment du pôle à l'équateur.
Les lichens reçoivent plusieurs applications importantes. Leurs propriétés nutritives sont misés à contribution dans les régions glacées du Nord, pour devenir la base de l'alimentation des classes pauvres. Le lichen d'Islande est lavé, séché au four et mélangé au pain. Olafson regarde sa valeur nutritive comme deux fois plus forte que celle du blé ; il a néanmoins une saveur amère très-prononcée. Le genre Lobaria renferme plusieurs espèces alimentaires, dont la principale est la pulmonaire du chêne, nommée thé des Vosges. En Tartarie, le Lecanora esculenta est un aliment assez répandu; son développement est si rapide qu'on le regarde comme une manne tombée du ciel. Le genre Cladonia forme en Laponie l'unique nourriture des rennes, qui pendant l'hiver sont obligés de le chercher sous la neige. Les propriétés médicinales, contenues dans le principe mucilagineux des lichens, existent à peu près dans toutes les espèces foliacées, dont la composition présente une telle analogie, qu'on peut presque les employer Tune pour l'autre. Celui qui vient d'Islande est le plus recherché dans la pharmacie, où il est employé comme sudorifique. Le Lichen des rennes sert dans la parfumerie pour faire des sachets odoriférants. Mais c'est surtout pour la teinture qu'on en tire un bon parti ; il produit les matières colorantes connues sous le nom d'orseille; de tournesol en pain. L'orseille est fournie par plusieurs genres de Rocella des Açores; celle de Madagascar (Rocella montagnei) est une des plus estimées.
Les infiniment petits sont infiniment répandus dans la nature. — Le charbon, la carie, la rouille des céréales. — Proportions incommensurables. — La rouille provient de l'Épine-vinette. — Faits à l'appui et expériences. — Les parasites vénéneux et inoffensifs. — Maladie des pommes de terre. — Ses causes. — L'oïdium de la vigne : description. — Opinions diverses sur son origine. — Déduction logique de la mi- « orographie. — Parasites sur les animaux. — Un champignon dans l'oreille d'un homme»
Les végétaux microscopiques sont répandus avec une abondance telle dans la nature, qu'ils sont capables d'exercer la plus grande influence sur les végétaux de grande taille ; invisibles sans le secours du microscope, ils occasionnent des effets qui s'étendent à des régions tout entières. La vie végétale semble même avoir une action bien plus énergique dans le domaine de l'inGniment petit. Les cryptogames imperceptibles s'attaquent aux plantes utiles à l'alimentation, détruisent les récoltes, s'introduisent même au sein de l'économie animale, et y produisent d'affreux ravàges. L'ennemi n'en est pas moins à craindre, parce qu'il échappe à la vue. Nous voyons à chaque instant de grands effets déterminés
par do petites causes, dont il nous faut chercher l'origine le microscope à la main.
On sait que les plantes céréales, le froment surtout, sont sujettes à plusieurs maladies, au premier rang desquelles on place la carie, le charbon et la rouille. La carie n'affecte jamais que l'ovaire des graminées. A l'époque de la floraison, les épis attaqués se distinguent
Fi a . i64- - Spores de la maladie du blé (Jïtteiia caria. Tùl ) X 500. ,. Filaments de mycélium enveloppant les spores, v. Vaisseau de mycélium grossi plus fortement.
par une couleur verte ; les grains, d'abord plus gros, deviennent ensuite plus petits ; ils sont ridés, marqués de deux ou trots sillons, et leur couleur est d'un gris tirant sur le brun. Quand on les brise, on les trouve remplis d'une poussière noire, exhalant une odeur rappelant le poisson en décomposition. Soumise au microscope, cette matière pulvérulente ressemble a de petits globules ; ce sont autant de champignons microscopiques, qui se sont logés dans l'ovaire et y ont végété
aux dépens de la plante, en puisant tous les sucs que celle-ci élaborait pour son propre compte.
La rouille donne d'abord une teinte jaunâtre à la partie du sujet qui en est affectée ; puis Tépiderme se fend longitudinalcment, et il 6ort une poussière jaune orangé dont les doigts sont vivement colorés. La rouille se manifeste principalement aux époques où les blés sont dans leur plus grande force de végétation.
Le charbon attaque concurremment le blé, l'orge et l'avoine. Dès que les épis, sont sortis, les grains sont noirs, rapprochés, et au moindre contact ils se réduisent en une substance pulvérulente. Il suffit de passer la main sur un épi pour la retirer aussi noire que si on l'avait mise dans du charbon ; de là le nom. Ce sont encore de petits cryptogames sphériques qui émettent un mycélium. Le grain est de suite épuisé, anéanti par cette invasion ; il devient noir ; l'intérieur ne renferme phis de gluten : le fungoïde s'en est nourri étant parvenu à maturité en même temps que le grain. Si quelque heureuse circonstance accidentelle ne le fait pas périr, il étendra ses dommages avec plus de vigueur Tannée qui suivra.
Ainsi un petit cryptogame ayant à peine j~ de millimètre, se répand tellement dans les céréales, qu'un champ qui en est infesté paraît tout noir quand on î'exa. mine d'un sommet voisin. Combien donc y a-t-il de ces corpuscules dans un hectare? L'imagination se refuse à toute évaluation, quand on sait que dans un seul épi il existe plusieurs centaines de mille de ces champignons ; Ustilago segetum, Carbo maydis, Teredo linearis, Rubigo, Puccinia graminis.
Gomment se produisent et se développent ces crypto-
garaes ? On ignore les moyens de propagation, mais il y a tout lieu de supposer que les germes ont été apportés par l'air ou avec les graines semées. Cependant la cause originelle de la rouille a été étudiée, et il a été démontré que la croyance populaire, considérée comme un préjugé, était assez exacte ; depuis un temps immémorial, les cultivateurs prétendaient que la rouille des céréales était due au voisinage d'un arbuste connu de tout le monde, l'épine-vinette. En 1869, M. de Taste observa, dans la commune de Chambray, que, dans les champs atteints de cette maladie pendant plusieurs années consécutives, les propriétaires se .mirent un jour à détruire les épines-vinettes dont leur propriété était en partie entourée. Depuis cette époque, trois récoltes se firent successivement dans les conditions normales. La Compagnie du chemin de fer de Lyon avait planté une haie d'épine-vinette pour servir de clôture à la voie ferrée, sur le territoire de la commune de Qenlis (Côted'Or), dans une longueur de plusieurs kilomètres. De* puis cette plantation les champs du voisinage, ensemencés en céréales, ont été attaqués par la rouille avec intensité. La Compagnie a fait une enquête de laquelle il résulta que partout où il y avait de l'épine-vinette, les céréales ont été attaquées, et que là où il n'y en avait jamais eu, elles étaient en bon état. Enfin il a suffi, pour faire apparaître cette maladie dans un champ où elle ne s'était jamais manifestée, d'y planter un seul brin d'épine-vinette. Ceci du reste avait été attesté déjà par M. Brongniart, qui avait reconnu YJEcidium Berberidis.
La rouille se présente sous deux états, car, selon M. Tulasne, certains Fungoïdes ont deux modes de
fructification. Œrstedt, de Copenhague, a observé que les spores du Podisoma juniperi, qui se développent sur le Juniperus Sabina, donnent lieu en tombant sur le poirier à un champignon, XJEcidium cancellatum % qui à son tour reproduit sur le Sabiana le Podisoma juniperi. L'expérience, reprise par M. Decaisne aij Jardin des Plantes, sur des pieds de Sabiana attaqués du Podisoma, près des plantations de poiriers, a donné la certitude que ces arbres, qui n'avaient jamais été atteints de XJEcidium cancellatum, en ont été envahis l'annéQ suivante, et que la maladie a disparu dès que les pieds de Sabina ont été enlevés.
Ces fungoïdes mélangés avec le blé, employé plus tard dans l'alimentation, ne sont pas nuisibles, pour la majeure partie. Une quantité notable est enlevée par les préparations et le nettoyage préalables. Il paraît à peu près démontré que la rouille et le charbon ne possèdent pas de propriétés malfaisantes pour l'homme. Ainsi Imhoff et Cordier ont pu prendre, sans en être incommodés, tous les jours et pendant une semaine, l gr ,25 d'Ustilago maydis, et le dernier 2 gramm.es d'Ustilago segetum. Les animaux auxquels on a fait prendre ces divers champignons, n'ont jamais ressenti aucun inconvénient. Il est aussi certain que les batteurs en grange n'éprouvent qu'une toux peu opiniâtre, après avoir opéré sur des grains tellement charbonnés ou cariés, que la poussière remplit l'atmosphère et qu'elle pénètre dans les yeux et les voies respiratoires en quantité notable. Il n'en est pas de même de l'ergot du seigle (Sclerotium clavus, DC), sorte de gale qui se propage par voie d'hérédité et de contagion, et attribuée par certains botanistes à la piqûre d'un in-
secte. Son usage, à dose même faible, peut donner lieu à des accidents toxiques graves. Le choix de la semence et le chaulage de la terre sont les meilleurs remèdes à appliquer.
Les tubercules enterrés sont aussi sujets à. des invasions de parasites; les fungoïdes poussent encore mieux quand ils sont ainsi soustraits aux causes funestes, pour eux de l'air et des agents atmosphériques. La pomme de terre, si précieuse pour l'alimentation des populations des campagnes, est atteinte presque depuis son importation d'une maladie héréditaire qu* a fait subir des pertes énormes à la culture. En 1786, Parmentier avait déjà signalé une cause mal déterminée de dégénérescence. Plus tard on reconnut, au moyen du microscope, que la maladie provient d'un fungoïde perçant directement les parois des cellules épidermiques, sans se laisser arrêter par le cuticule, même s'il est épais. Le Pernospora infestans naît extérieurement, mais il produit de longs filaments germinatifs, doués d'une propension spéciale à s'introduire dans le tubercule même, à s'y alimenter à ses dépens et à y exercer enfin une action destructive telle qu'il amène la décomposition. En effet, les pommes de terre malades ont la chair noirâtre, nauséabonde; mais, selon M. Leroy-Mabille, on devrait attribuer la maladie au défaut de maturité des tubercules, défaut transmis de génération en génération, et aggravé parle temps. Dans cet état de faiblesse, l'invasion du parasitisme serait bien plus aisée, et la destruction exercée par les filaments de mycélium ne serait due qu'à l'état anormal du tubercule.
Les avis sont très-partagés sur les causes qui ont amené cette maladie. Certains observateurs pensent que
les conditions atmosphériques y jouent un certain rôle. D est du reste une remarque à faire : c'est que presque toujours les grandes pluies font apparaître la maladie avec une intensité plus sensible. Si la cause principale était dans l'air, cette influence aurait été augmentée du diminuée par l'introduction des espèces de provenance étrangère, fait constaté, mais pas suffisamment pour autoriser à s'en prévaloir. Les cultivateurs signalent parmi les causes qui favorisent la maladie : l'humidité du terrain, la plantation et le buttage tardifs, l'emploi de la mauvaise semence, la germination prématurée et épuisante avant la plantation, l'emploi du fumier frais, c'està-dire non décomposé.
La maladie qui atteint la vigne, Y oïdium, provient d'un parasite microscopique offrant des caractères complexes. Si l'on examine la pellicule d'un grain de raisin, sans endommager par le plus léger contact l'efflorcscence blanchâtre qui le recouvre, on observe, avec un grossissement moyen, des champignons sortant de l'épiderme, sous forme de verticilles élancés, ayant de un millimètre à un millimètre et demi de hauteur. Dans d'autres endroits, on voit de petites boules d'un à (Jeux centièmes de millimètre de diamètre (lig. 164); tantôt elles sont enveloppées de mycélium, tantôt elles sont isolées ; on peut fréquemment en rencontrer quelquesunes d'où il sort de longs filaments, sorte d'émission comme celle du pollen des phanérogames qu'on a mis dans l'eau. Au-dessous des feuilles on rencontre de petites masses floconneuses, résultat d'une agglomération de filaments, de sporules, d'excroissances cryptogamiques de différente nature. Mais les observations sur l'oïdium ont été presque aussi différentes qu'il y a eu
m , LES PLANTES ÉTUDIÉES AU MICROSCOPE.
d'observateurs, ce qui les a lait réunir sous une dénomination générique; les effets malheureusement sont toujours les mêmes, et, quels que soient les caractères des champignons, la plante succombe sous l'attaque des uns aussi bien que sous celle des autres.
M. XI Chàtel regarde V oïdium comme une sorte de
Fig. 163. — Spores de l'OUim (maladie de la ïigne) x 500. e,e, eorpusmlM. C, corpnioile émetlanl une matière filamenteuse; f, f filaments et mjct- Uum gfiJiliiieui.
gale microscopique, qui se développe sur les jeunes feuilles et se propage par contagion. 11 résulte des expériences faites pendant quinze ans qu'elle se montre sur le dessous des feuilles de deuxième et de troisième formation ; comme ces feuilles apparaissent en mai et en juin, on explique par ce fait la raison pour laquelle l'oïdium n'a jamais été observé avant cette époque ; de la face inférieure des feuilles, où commence son apparition, il tombe sur les autres feuilles. M. Chàtel attri-
• LES CAUSES DES MALADIES DES PLAKTf S.
bue cette maladie à l'insuffisance des sels alcalins ; la séve privée de cet élément n'a plus la force de défendre la plante contre l'attaque des parasites végétaux ou animaux qui s'établissent sur elle. Il conseille comme remède de répandre de la cendre au pied. M. Ducommun, sans nier l'existence du cryptogame fungoïde qui produit la maladie, croit qu'il est le résultat d'une blessure primitivement laite par ifh animalcule microscopique qu'il désigne sous le nom de Sphalérie. La coïncidence des maladies intenses avec les hivers peu rigoureux permet de supposer que, si ceux-ci se produisaient consécutivement pendant quelques années, la végétation serait délivrée de l'oïdium.
La maladie végétale est aussi accompagnée d'un parasitisme animal. L'invasion d'un petit insecte, le Phylloxéra vastatrix y a beaucoup occupé les viticulteurs dans le midi de la France ; elle prend depuis quelques années des proportions inquiétantes. Ce fléau, né dans le bassin du Rhône, a gagné le Bordelais, le Maçonnais, et prend des proportions encore plus inquiétantes que l'oïdium.
Quelques naturalistes fantaisistes regardent les champignons, les clavaires, les lichens, comme autant d'exutoircs par lesquels la terre transforme et rejette les produits morbifiques qui ne tarderaient pas à empoisonner son sein, si le Créateur prévoyant n'avait ménagé ce moyen purificateur, comme au corps humain la transpiration cutanée. L'idée est originale, mais cependant elle conduit à admettre que l'abondance des champignons et autres mucédinées préserve d'autant les produits de la végétation. Le sol assaini ainsi par des exsudations abondantes qui repoussent au dehors tous les germes empoi-
sonneurs, n'offre plus aux racines des arbres qu'un aliment sain et réparateur, capable d'entretenir la force de végétation dans toute sa vigueur.
M. E. Guérin-Ménevillc a soutenu que les maladies des végétaux, telles que l'oïdium et autres semblables, avaient pour cause principale un phénomène météorologique, cause d'une modification du sommeil hivernal des végétaux. Une suite consécutive d'hivers peu rigoureux, les excitant à contre-époque, a produit «sur eux un commencement d'incubation, quand ils devaient rester inactifs et engourdis, comme les marmottes sous la neige. Les végétaux se seraient émus en plein hiver par le déplacement fortuit des saisons, ce qui serait cause de diverses maladies.
D'autres enfin, moins amateurs de théories avancées, y voient simplement une dissémination de germes, constituant une sorte d'épidémie sur les plantes, comme il y en a pour les animaux, effet provenant de causée multiples, difficile à déduire selon des règles bien déterminées, mais qu'il faut admettre absolument, par suite de l'observation des faits. Le micrographe se plaît à étudier l'origine de ces ravages; mieux que ceux qui ne considèrent que leurs résultats désastreux, il comprend avec plus d'indépendance la difficulté d'arrêter une idée èt d'émettre une opinion. Pour lui, il admire les merveilles qui se présentent à chaque pas de ses investigations; cela lui suffit.
Les champignons ne se contentent pas d'étreindre les végétaux supérieurs sous le développement abondant de leurs filaments pernicieux, ils s'attaquent aux animaux de toute taille; là où tombe la sporule, elle s'y fixe et s'y nourrit aux dépens du corps qui la porte. On
a cité des coléoptères que des entomologistes ont vus promener avec eux de longs filaments de mycélium comme un appendice naturel. La maladie qui atteint les vers à soie et ruine des magnaneries entières, est un parasitisme cryptogamique ; les corpuscules que Ton trouve dans les graines, les vers, les chrysalides ou les papillons, sont un indice certain de maladie. Pour être sur d'avoir de la bonne graine, il faut, le microscope à la main, se mettre en quête des corpuscules et sacrifier la graine attaquée, afin qu'elle n'infecte pas le reste par son contact. M. Pasteur, qui fut envoyé en mission dans le Midi, étudia cette épidémie et proposa comme remède unique le choix des graines au microscope avant la récolte.
Sur les animaux de grande taille, nous voyons le parasitisme, se développer encore plus abondamment ; la gale, le favus, certaines épidémies ne sont que le résultat d'un parasitisme interne. Nous avons des végétations dans les intestins, comme le Sarcinaventriculi ; des fungoïdes plus grands poussent dans certaines cavités, telles que les fosses nasales, les oreilles. Le docteur Robert Weden cite la végétation d'un Aspergillus dans l'oreille d'un de ses malades, ce qui constituait une maladie opiniâtre. Pendant plus de trois mois les végétations se renouvelèrent malgré l'emploi des meilleurs parnsiticides. Le local dans lequel habitait le malade, qui en était affecté fut soigneusement inspecté ; on finit par découvrir que le plafond, les coins, étaient couverts d'une couche de moisissures de Pénicillium glaucutn dans les endroits badigeonnés à la chaux, tandis que tous les murs peints à l'huile étaient tapissés d'une moisissure blanche et noire qui présentait le
- même Aspergillus nigricans que celui de l'oreille du malade. Le lavage des murs avec une solution d'hypo* chlorite de chaux, ainsi que son emploi dans le traitement du malade, mit fin à ce développement de para* sitisme.
Le résultat de la corruption et de la décomposition dans les infusions . végétales. — Les germes. — Discussion sur leur origine. — Historique des générations spontanées. — Les expériences non convaincantes. — Réserve sur la question. — Ferments nuisibles aux vins. — La levure de la bière. — Végétations microscopiques dans le pain du siège de Paris. — Causes de la fièvre paludéenne. — Expériences sur la propagation des germes.
Il est reconnu par tout le monde que le premier signe de décomposition est l'apparition de moisissures plus ou moins prononcées; pour le micrographe, les symptômes sont plus nombreux : il observe des bac* téries, des filaments, des microphytes, des infusoires et toute une légion fourmillante de végétaux et d'anitnaul, plus étonnants les uns que les autres. Provoquez une décomposition végétale en laissant pourrir des fragments de plantes ; si l'humidité est faible, il poussera à la surface une foule de moisissures ; si, au contraire, ces plantes sont immergées dans un liquide, il appa* raîtra tout un monde d'infusoires. Pour que, dans une infusion végétale, il y ait production d'animalcules, il
faut qu'il y ait corruption préalable, accomplie dans des circonstances très-variables de chaleur, d'humidité et par suite de fermentation. Deux faits distincts se produisent, et, quoique distincts, ils sont intimement liés l'un à l'autre : corruption d'une part, génération de l'autre. Dans une infusion fétide, il se passe des merveilles de transformation et de manifestation de vitalité. L'étudiant qui aime avoir sous la main des sujets d'observation variée n'aura qu'à conserver dans un vase, loin des susceptibilités de son odorat, une infusion assez ancienne, recueillie dans de bonnes conditions au bord d'un fossé d'eau stagnante. Il y verra pendant plusieurs semaines, plusieurs mois, naître et vivre une quantité de fungoïdes étranges, d'infusoires, de vibrions, de conferves, sujets d'études et de récréations microscopiques.
D'où sont venus les germes qui donnent naissance à tout ce monde de végétaux et d'animaux, petits il est vrai, mais doués d'une réelle vitalité? L'opinion qu'un être vivant quelconque peut surgir sans l'existence préalable d'un procréateur, sans qu'il y ait eu émission d'un germe, a été débattue de tout temps par les scrutateurs acharnés des lois de la nature. Après de longues discussions, souvent passionnées, on n'est arrivé à aucune solution satisfaisante ; émettant théories sur théories, élevant expériences contre expériences, les lutteur* scientifiques sapaient les idées de la veille, pour replonger le lendemain la question dans les ténèbres de l'inconnu.
On a prétendu que des êtres vivants pouvaient se reproduire d'eux-mêmes, par leur propre fait et sans l'intervention d'une mère. Proies sine maire creata m
On a pris ensuite ce mot dans un sens moins absolu et Ton a rangé dans la catégorie des générations dites spontanées la naissance de tout être vivant, animal ou végétal, tirant son origine d'un être non semblable à lui. Dans ce cas, la naissance spontanée suppose une création antérieure dont elle dérive, bien que l'enfant soit différent de la mère. La question n'est pas nouvelle, car on fait remonter à Leucippe et aux épicuriens la doctrine des générations spontanées; à toutes les époques, elle eut pour défenseurs les hommes les plus illustres. Pline en faisait un des trois modes de reproduction des végétaux : « Les arbres que nous devons à la nature, dit-il, naissent de trois façons : ou spontanément, ou par graine, ou par bouture. » Virgile, au quatrième livre des Géorgiques, a chanté les générations spontanées aussi bien que Lucrèce. Plu J arque dit que la première génération a été entièrement produite par la terre. Aristote n'acceptait les générations spontanées que pour les insectes, les mollusques et quelques poisspns, dont il ignorait le mode de reproduction. Dans son livre de la Cité de Dieu, saint Augustin s'occupe de la question de savoir comment les îles après le déluge ont pu recevoir de nouveaux animaux. Le célèbre naturaliste Lamarck a admis comme Buffon les générations spontanées, et avec lui, Burdach, Bérard et d'autres physiologistes.
Les expériences semblent prouver d'un côté ce qu'elles désavouent de l'autre, de sorte que les théories se détruisent réciproquement, car il est toujours admissible que les sujets soumis à la méthode expérimentale aient apporté avec eux des germes ayant résisté aux préparations
auxquelles on a pu les soumettre pour les détruire. Ceux
quiontéiudiéles productions microscopiques paraissant naître spontanément, ont eu l'occasion de voir souvent des phénomènes si singuliers,que leur conviction a dû être ébranlée tantôt dans l'affirmation, tantôt dans lanégation.
Dans toute macération, lorsque les cellules sont désagrégées et qu'elles deviennent libres, leur vitalité persiste, et si elles se trouvent danscertaines conditions d'humidité, de température et d'électricité favorables, elles prennent de l'accroissement, se multiplient même et donnent lieu à des infusoires, si le phénomène se passe dans l'eau, ou à des productions phytoïdes, telles que les Aspergillus et toute l'Océanie de la cryptogamie microscopique, s'il a lieu dans un air convenablement disposé, humide, stagnant, etc. Dans certains cas de maladie, ces éléments sont détournés de leur voie ordinaire, de leur mouvement ; plus ou moins isolés, ils vivent plus ou moins de leur vie individuelle et donnent lieu aux fausses membranes, aux autres productions pathologiques qu'on a appelées Botrytes, Oïdium, etc. Dans beaucoup de circonstances, ces .cellules élémentaires isolées peuvent agir à la manière du ferment, qui se multiplie quand il est placé dans un milieu convenable, comme M. Pasteur l'a démontré avec succès. Les nouveaux êtres ainsi formés donnent lieu à ces sortes de productions protéiformes, à ces infusoires si variés, multipliés sous diverses formes, à ces phytoïdes, pour produire enfin des organismes semblables à ceux dont ils sont sortis. Cette persistance de la vitalité dans les cellules élémentaires s'explique aussi parce que, desséchées, elles volent partout, restent inertes pendant un certain laps de temps comme les infusoires ressuscitants, et reprennent la vie dans des circonstances
LES PRODUITS DE LA FERMENTATION VÉGÉTALE. 21 i
données, pour affecter diverses formes, suivant le milieu dans lequel elles ont été transportées.
La question, si palpitante d'intérêt, delà génération spontanée ne saurait être abordée qu'avec de grandes précautions, sous peine de voir des récriminations s'élever dans l'un ou l'autre camp, car avec des expériences faites dans les mêmes conditions on arrive à des résultats différents. La génération spontanée est aujourd'hui en physiologie ce que les problèmes de l'alchimie étaient au moyen âge. Si l'on veut procéder par déduction logique, il faut admettre que, dans le monde des infiniment petits, les choses doivent se passer comme dans celui qui tous les jours frappe nos yeux : tout végétal ou animal a un procréateur, dans quelque acception que ce mot soit pris ; il doit en être de même dans le domaine mystérieux et étrange dont nous ne pouvons entrevoir que certains aspects, au moyen des instruments qui donnent de l'extension à nos facultés visuelles.
Quoi qu'il en soit, examinons, sans nous égarer sur le terrain trop glissant de l'origine des faits, les productions végétales auxquelles donnent lieu certaines fermentations, et où l'on découvre des phénomènes de paternité et de maternité aux plus bas degrés de l'échelle végétale. Le pain, le vin, la bière, sont sujets à une fermentation procréatrice de fungoïdes microscopiques.
Les altérations spontanées ou maladies des vins proviennent fréquemment de petits végétaux microscopiques informes, dont les germes latents se développent selon certaines conditions de température, de variations atmosphériques, d'exposition à l'air, permettant leur introduction ou leur évolution dans les vins, Prenez
quelques gouttes du dépôt d'un vin devenu acide, mettez-les sur le porte-objet du microscope, vous verrez une quantité innombrable de petits corpuscules unicellulaires ; c'est le Mycoderma aceti. Ses articles sont réunis en chapelets qui, malgré la dislocation qu'amène la prise d'essai, ont souvent des longueurs atteignant vingt, trente, quarante fois la longueur d'un article. Un vin quelconque ne se conserve pas dans un tonneau- en partie vide, sans que toute la surface du vin soit recouverte de ce mycoderme. Les vins rouges communs ne portent que le Mycoderma vint, parce que ce végétal se multiplie avec d'autant plus de facilité, que les vins sont plus chargés de matières azotées et extractives. Le ferment qui détermine la maladie connue sous le nom de goût de vieux offre des filaments noueux, branchus, très-contournés, dont le diamètre atteint quelquefois quatre centièmes de millimètre; ils sont fréquemment associés à une foule de petits grains bruns, sphériques, curieux végétaux dont la proportion varie avec l'amertume du vin. Pour les vins tournés, ce sont des filaments très-ténus, extrêmement légers, flottant dans le vin et le troublant. On a l'habitude de regarder le trouble du vin comme le produit de la lie remontée dans le liquide. Le trouble n'est dû qu'à ce ferment propagé insensiblement dans sa masse. Les vins de Champagne prennent le goût de piqué par l'effet de la présence de ce végétal microscopique. Éviter les maladies des vins serait facile à quiconque prendrait soin de les examiner au microscope ; dès que l'on reconnaîtrait dans une goutte quelques filaments, il faudrait les aérer par. le soutirage, qui le plus souvent suffit pour opérer la précipitation de tous ces filaments
dans l'espace de quelques jours, ou avoir recours au chauffage, dont le but est de détruire tous les germes.
La bière présente aussi le phénomène de la production de fungoïdes au moment de la fermentation.
fs des spores de la leiùre de la Mère
iiDules reproductrices; d, ramificalions des cellules développées.
Jusque dans ces derniers temps, on admettait que la fermentation alcoolique consistait en un simple dédoublement du sucre, dû à l'action catalylique exercée sur lui par une matière organique azotée en décomposition. M. Pasteur a démontré que, loin d'être un phénomène de contact, dû à une matière morte, la fermentation du sucre est un acte corrélatif de la vie d'un végétal microscopique composé de globules groupés en chapelet; pour se développer il a besoin de rencontrer des éléments de matières albuminées et minérales, qui avec la cellulose entrent dans sa constitution. Si ces matières existent dans le liquide sucré, comme dans le jus du raisin ou dans le moût de la bière, la levûre se développe et la fermentation se produit (fîg. 164). Si elles n'existent pas, comme dans l'eau sucrée par exemple, il n'y a ni développement de la levûre, ni fermentation. Le développement organique consiste en globules qui
sont de petits végétaux doués de vie; avant d'être mis en présence du sucre, ils se trouvent dans un état inerte, comme les graines sèches gardées pendant l'hiver. Aussitôt que le sucre leur est donné, immergés dans un milieu fermentescible, ils recommencent à vivre et projettent des bourgeons, qui s'assimilent le sucre pour se former, et absorbent aussi la substance soluble des globules mères; c'est l'explication de l'énorme quantité de mousse au moment de la fermentation. Cette mousse est une forêt touffue de petits végétaux, qui ont leur vie, leurs phases d'existence, leur reproduction , etc.
La levure, entrant pour une certaine quantité dans la fabrication du pain, amène-t-elle avec elle des germes nuisibles? Le pain se moisit comme toute substance organique entrant en fermentation sous des influences d'humidité et de chaleur. Le pain de froment pur contient différents ferments très-variables, mais le pain de munition est affecté d'un champignon particulier, Y Oïdium aurantiacum, révélé pour la première fois en 1843, dans les grandes chaleurs de l'été. La moindre parcelle de pain attaquée de V oïdium suffit pour le semer sur le pain frais et l'y reproduire en quantité indéfinie. Il consiste en petites taches rouge orangé, répandant une odeur prononcée de moisi. Nous l'avons remarqué spécialement sur le pain du siège de Paris, composé de farines de légumineuses de mauvaise qualité, particulièrement aptes à la décomposition. Le microscope montrait de petites ramules, sur lesquelles étaient groupées une multitude de spores. En immergeant quelques parcelles de la mie de ce pain, il s'en dégageait par suite de la fermentation une quantité de
fungoïdes de toute nature. VOïdium aurantiacum existe aussi dans le fromage de Roquefort, dans la fabrication duquel on fait entrer le pain moisi. Suivant certains observateurs, il serait nuisible quand il est ingéré dans l'estomac ; selon d'autres, il serait inoffensif.
Les émanations de tout amas de substances végétales en fermentation sont nuisibles à la santé et peuvent même y porter de graves préjudices ; car les cryptogames invisibles sont tenus en suspension dans l'air que nous respirons ; ils s'introduisent dans nos organes, s'y reproduisent avec une rapidité effrayante et y apportent des perturbations dont la mort peut être la conséquence. D'après des preuves évidentes, certaines maladies épidémiques n'ont pas d'autre cause. M. Balestra, en examinant au microscope les eaux des marais Pontins, celles de Maccarebe et d'Ostie, les a vues remplies de fungoïdes et d'infusoires de différentes espèces ; le plus remarquable est un microphyte granulé de l'espèce des algues, toujours mêlé à une quantité considérable de petites spores d'un millième de millimètre de diamètre.
Le principe miasmatique des lieux paludéens réside dans ces spores elles-mêmes ou dans quelques principes vénéneux qu'elles renferment. L'algue qui les produit n'existe pas dans les temps de sécheresse; mais elle peut se développer à la suite d'une faible pluie, tombée dans les temps chauds, ou même par les fortes rosées et les épais brouillards qui s'élèvent de la mer et des étangs, et à la suite desquels peut se produire le détachement, puis la migration des spores. On explique ainsi l'invasion de la fièvre intermittente la malaria^
qui acquiert auprès de Rome une grande intensité pendant les mois d'août et de septembre. La plupart des fièvres paludéennes proviennent de la même cause. Les antiseptiques, les aromatiques, et surtout les sels de quinine, détruisant rapidement ces spores, sont les remèdes les plus employés contre les miasmes des marécages. !
Pour expérimenter les rapports intimes qui existent entre la cause de la fièvre intermittente et les cryptogames développés sur les sols humides, après leur dessiccation, un expérimentateur a rempli des caisses d'étain avec la terre de la surface d'une prairie marécageuse, reconnue miasmatique et entièrement couverte de PaZmellœ. Des tranches de cette surface furent placées avec soin dans les boîtes, de manière à ne pas altérer ces végétations. Elles furent ensuite portées dans un pays élevé et montagneux, distant de dix kilomètres de toute localité miasmatique et où il ne s'était jamais développé le moindre cas de fièvre. Cet endroit était à plus de cent mètres au-dessus des bas-fonds. Les boîtes contenant les cryptogames furent placées, sans rien déranger, sur la fenêtre d'un appartement ; au bout de quatre jours, on suspendit une lame de verre au-dessus des boîtes, et on la trouva couverte de spores de Palmellœ. Douze jours après, un des habitants éprouva un accès de fièvre intermittente très-nettement caractérisée ; le quatorzième jour, un autre eut les mêmes symptômes. Dans les deux cas, le type était la fièvre tierce. Les moyens appropriés en firent promptement justice et l'expérience répétée confirma que le transport de ces cryptogames dans un lieu sain était la seule cause déterminante de la maladie.
Distribution des algues dans les mers. — Les laminaires. — Les algues microscopiques parasites. — Observation sur leur organisation. — Mode étonnant de reproduction. — Reproduction simple. — Coloration de la mer par les algues infiniment petites. — Rapport de différents navigateurs sur ce phénomène. — Immensité de la végétation microscopique dans la mer. — Coloration des marais salants de la Méditerranée.
Les eaux ont leurs habitants et leurs végétaux comme la terre. Quoique la flore océanique se rattache presque uniquement à la classe des algues, elle n'en est pas moins variée et abondante. Linné n'en avait mentionné que cinquante espèces, tandis qu'aujourd'hui on en connaît plus de mille cinq cent neuf à deux mille. Elles se localisent par contrée : telle espèce est particulière à certains parages, telle autre ne vit que dans d'autres lieux. On a ainsi établi des cartes de leur distribution dans les mers du globe. Les unes sont sédentaires, adhérant aux rochers par des pseudo-racines, ou organes de fixation ; les autres se détachent du rivage qui leur a donné naissance, et se laissent entraîner au gré des courants, sans compromettre leur existence. Les courants
218 LES PLANTES ÉTUDIÉES Atî MICROSCOPE.
ont ainsi formé des amas considérables ; au centre du grand circuit du courant de l' Atlantique nord, on ren- % contre un espace couvert d'herbes marines, la mer des Sargassès,vue pour la première fois par Christophe Colomb. Ce sont des varechs sans racines, végétantavec activité et portant même des fruits. La couleur de ces herbes est brune et jaunâtre; elles ont l'aspect étiolé, ce que l'on attribue au défaut du renouvellement de l'eau autour de la plante; tantôt elles sont agglomérées et compactes, tantôt elles se montrent par bandes parrallèles et s'alignent toujours dans la direction du vent régnant ou du courant. La principale espèce dans cette prairie flottante est le Fucus giganteus^ qui s'allonge comme un ruban jusqu'à cent vingt mètres ! Certains naturalistes pensent qu'il atteint même de trois àquatre cents mètres. Ces tiges sont faibles, mais admirablement disposées pour flotterdans leliquide; elles portent même d'autres plantes et animaux parasites; les molluques y cherchent un point d'appui.
Les côtes de l'Océan sont parsemées d'algues variées, abandonnées sur les plages à marée basse : les Fucus , les Zostères, les mousses, sont en telle quantité, que l'industrie les recueille pour extraire la soude ; elle les enlève comme engrais, ou les fait sécher pour divers usages. Parmi ces masses de goémons ouvarechs échoués sur la plage, on rencontre inévitablement des Laminaires, grands rubans d'une texture résistante, longs de plusieurs mètres, sans distinction de sommet ou de racine. Préparons-en une coupe pour voir au microscope quelle est sa constitution (fig. 165). Deux caractères y sont tout de suite observés : premièrement, un tissu cellulaire analogue à celui des phanérogames, mais com-
pacte, résistant, avec une bande médiane de tissu coriace, réunion d'éléments disposée par la nature en vue de produire cette consistance caractéristique des Laminaire». Secondement, on voit des cavités ressemblant beaucoup à des vaisseaux ; elles semblent remplir la fonction de canaux aériens, destinés à contenir de l'air .élaboré par la plante elle-même pour la faire flotter.
Quand on parcourt les côtes en suivant la laisse de
tig. 16S. - Coupe d'Algue laminaire (Wva laliisima) X «t. E. Épiderme . A. Bande médiane de tissu cellulaire épais. C, C, Canaux aériens longiludi-
basse mer dans les grandes marées d'équinoxe, ou que l'on herborise dans le creux des rochers, dont l'eau reste toute la journée échauffée parle soleil et protégée naturellement contre le choc des grandes vagues du large, on rencontre une foule d'algues très-petites, non moins intéressantes à examiner au microscope que les végétaux aériens. Elles s'accrochent aux corps durs par des crampons très-solides, quand leur nature implique un séjour dans les eaux agitées, tandis que celles qui sont destinées à vivre dans les lagunes tranquilles d'eau salée n'ont aucun organe fixateur. Quoique trèsr délicates, elles finissent par former d'épaisses tapisseries sur les rochers, les murs des quais, les bois immergés ; les coques de navires longtemps à la mer sans avoir été nettoyées se couvrent d'herbes marines de cette nature,
qui finissent par s'accumuler au point d'amoindrir le glissement dans l'eau et la rapidité de la marche; quand le navire est asséché dans le bassin, on trouve à ses flancs une flore maritime très-variée, rapportée des différentes mers où il a navigué.
Les régions tempérées sont les plus propices au développement des algues, car c'est sur leurs côtes qu'on
Fig. 168. - Algue wntsrtoide. Tig. 167. - Poljpier X 10,
Pilota élégant x 10.
rencontre les espèces les plus nombreuses; partout où elles sont dans des conditions physiques favorables à leur croissance, elles envahissent les plages. Les frondes de ces petits végétaux offrent une immense variété; déterminer les caractères de classification a été une tâche très-ardue pour les patients algologues qui, comme Kutzing et autres, leur ont assigné des places selon
leur organisation. On les a aussi divisées d'après leurs teintes spéciales en trois grandes sections: les brunes ou noires (mélanospermées), les vertes (chtorospermées), et les rouges (rhodospermées) . Les vertes se tiennent près de la surface ; les rouges existent principalement sur les rochers des côtes ; mais les brunes vivent à de plus grandes profondeurs. Ces teintes seraient dues, selon quelques observateurs, à l'influence exercée par la lumière. Les frondes des algues microscopiques
Kg, 108. — Frondas membraneuses do Plocamium uulgar* x 10.
offrent une grande diversité de texture, de forme et d'organisation intérieure. Les ramules sont composées d'anneaux soudés les uns aux autres et formés d'un principe fibreux. Ainsi les Plocamiums (fïg. 108), qui sont si abondants sur toutes les plages des côtes françaises de l'Océan, ont leurs frondes délicates dentelées d'une façon très-curieuse ; coriaces comme du cuir, elles résistent aux chocs des vagues impétueuses contre les rochers. Pour certaines algues microscopiques, les ramules sont composées d'articles ou cellules allongées,
m LES PIASTBS ÉTUDIÉES AU MICROSCOPE,
reliées entre elles par une pellicule membraneuse solide et transparente, constituant un ensemble d'organisation très-simple en même temps que très-résistant.
Les algues méritent de fixer l'attention à cause des phénomènes de leur reproduction, encore enveloppée dans l'obscurité. Comme les végétaux aériens, elles se propagent par graines, ou spores, et aussi par fragmen-
Fig. m. — Détail des articles da l'Algue : CalUantkaaium leiragonam X 150.
Fig. 170. - Algue : Polyiplvmu faëtigiala X 30. Eiemple da ramilles flbrauïei.
lation ; une ramule peut donner naissance à une autre ramule, et ainsi indéfiniment : sorte de séparation autogène plus particulière aux conferves microscopiques, qui leur permet de croître et de jouir d'une nouvelle vie, semblable à celle du procréateur. Certaines conferves ont la propriété de se dissoudre en une infinité de globules doués de reproduction.
Dillennius est le premier botaniste qui s'en soit occupé; Linné ne les regardait que comme des subtances simples, sans leur assigner une fructification ; Jussieu les.plaça parmi les plantes de reproduction ioconnue. Ce n'est que dans ces dernières années que
M. Thuret découvrit le mystère de ta reproduction du Fucus vesiculosus au moyen des anthérozoïdes, petits corps motiles analogues à ceux des mousses et autres cryptogames, qui existent conjointement avec les spores. Une coupe de la fronde laisse voir (fig. 171), sous un fort grossissement, deux sortes de cavités ou conceptacles, nommées, faute d'autres termes plus spéciaux, lesunes'mâles, les autres femelles, garnies toutes deux
Fig. 171. — Coup* d'une fronde de Fucut veticuloius x 60. C. ColieenUcle garni de poils renfermant dei spores.
de poils celluleux ou parapkyses. Des sporanges viennent se fixer entre ces poils sur un court pédicelle, puis un organe, que l'on pourrait appeler anthéridie, laisse échapper des anthérozoïdes, qui s'attachent en grand nombre à la surface des sporanges et leur impriment même un mouvement de rotation, probablement nécessaire à la fécondation ; alors ils se détachent et Vostiole ou ouverture du conceptacle s'agrandit, afin de faciliter l'émission du nouvel élément reproducteur.
Le mouvement spontané d'animalcules dans les algues a été constaté la première fois par Vaucher ; il interpréta les faits qui s'étaient passés sous ses yeux comme une indication de l'existence d'êtres jouissant de l'étonnante faculté d'être tantôt végétaux, tantôt animalcules. 11 semble seulement, d'après l'examen de ce
m LES PLANTES ÉTUDIÉES AU MICROSCOPE.
phénomène, que le mouvement des anthérozoïdes n'est du qu'à un effet en quelque sorte mécanique, résultant d'une évolution nécessaire dans l'opération de la reproduction ; car cette vitalité microscopique est de courte durée et cesse dès que les spores sont devenues aptes à une nouvelle croissance.
La reproduction se fait sans intermédiaires aussi compliqués, tantôt par des spores immobiles, tantôt par des zoospores; elle semble due, dans les deux cas, à une
Fig. «Î. - Aigus marins : Lamentant claveltota x M. A, A. Frondas dans lesquelles les spores sont incrustées. S. Spore détachée X 80.
Fig. 173. — Articles de Pilota tUgant X 1*0. A. Bétail l'article formé île musses réunie*. B. Détail d'articles ramillét. S, S, S'. Spores.
transformation de la matière végétale en corps reproducteurs distincts qui se lisent sur les frondes. On voit, par exemple, dans la Làmentaria clavellosa (fig. 172) les frondes parsemées d'une infinité do petits granules foncés incrustés dans l'épaisseur même du tissu ; si on les regarde sous un fort grossissement, ils apparaîtront doués d'une organisation propre et fendus en trois. On verra aussi dans quelques algues une matière colorée, répandue en forme de taches sur les frondes ; c'est Yendockrome, substance considérée comme étant elle-même
un organe reproducteur. Kutzing, qui a suivi le développement de l'endochrome, rapporte que, d'abord tout à fait fluide, il passe à l'état granuleux et s'attache aux ramules ; alors commence un singulier mouvement de fourmillement : la membrane extérieure se gonfle, un petit mamelon se produit, et il y paraît ensuite une ouverture par laquelle s'échappent les granules métamorphosés en zoospores munis d'un appendice, une sorte de queue, tant qu'ils sont en mouvement dans la cellule ; ils se rassemblent enfin en masses innombrables, s' attachant à un corps quelconque et germent en développant des filaments. Ces amas de matières gélatineuses qui accompagnent fréquemment les petites algues avaient déjà été vus par Réaumur; il avait observé de petits globules arrondis, passant selon lui à l'état d'individus parfaits. Quoique, en signalant cette découverte accidentelle, Réaumur eût commis une erreur, c'était néanmoins à cette époque une idée confuse sur la reproduction des algues.
Le résultat de l'extension du monde des infiniment petits dans la vie aquatique dépasse tout ce que l'imagination peut concevoir ; les algues purement microscopiques, celles par exemple qui ne sont composées que d'un seul filament, ont une énergie encore bien plus prononcée que les Fucus gigantesques ; la taille manque, mais la multiplicité la remplace. Les algues unicelluiaires sont répandues avec une telle profusion, qu'elles colorent certains endroits de la mer, plus grands qu'un pays de plusieurs millions d'habitants, avec une intensité remarquable, et cependant, vues au microcospe, ce ne sont que de petites brindilles longues d'un ou deux millimètres, et même moins. « Ces faits, dit Bory, apprendront
aux hommes judicieux quelle est l'importance des petites choses dans l'histoire de la nature. »
La couleur de la mer Rouge a été depuis longtemps l'objet d'un grand nombre de recherches. Ehrenberg a vu le premier que la cause était due à la présence d'une petite algue, ou d'un de ces êtres qui tiennent le milieu entre les animaux infimes et les végétaux inférieurs il le nomma Trichodesmium ehrenbergii. Péron, dans son Voyage aux terres australes, rapporte avoir vu sur la mer « une espèce de poussière grisâtre couvrant une étendue de plus de 20 lieues à l'ouest et à l'est. » Déjà
Fig. 174. — Trichodesmium x 60. Conferve fasciculée qui produit la
coloration delà mer Rouge.
ce phénomène avait été observé par Banks et Solander dans les parages de la Nouvelle-Guinée ; ces deux illustres voyageurs rapportent « que les matelots anglais comparaient cette poussière à de la sciure de bois (sea saw dust). Il y a en effet une ressemblance grossière entre les deux objets dont il s'agit; mais, en soumettant cette prétendue poussière au microscope, on reconnaît dans chacun des atomes qui fa composent une conformation si régulière et si constante, qu'on ne doit pas hésiter à les regarder comme autant de petits corps organiques... » Darwin vit également le phénomène de coloration de l'océan Atlantique à peu de distance des
îles Abrolhos : a Mon attention, dit-il, fut éveillée par une coloration insolite de la mer. Toute la surface était couverte dp petits corps, qu'une faible lentille me montra semblables à du foin haché, dont les brins tronqués étaient comme rongés ou dentelés à leurs extrémités. Un de ces brins les plus volumineux ayant été mesuré fut trouvé long de ~ de pouce. Examinés avec plus de soin, je reconnus que chacun d'eux était formé par la réunion de 20 à 60 filaments cylindriques obtus aux deux bouts, et partagés à des intervalles réguliers par des cloisons transversales entre lesquelles était renfermée une matière floconneuse d'un vert brunâtre... J'ignore à quelle famille ces corps peuvent appartenir, mais ils offrent dans leur structure [une grande et parfaite ressemblance avec les conferves qui végètent dans les fossés. Le vaisseau en traversa plusieurs bandes, dont l'une pouvait avoir environ dix verges de largeur et, à en juger par la couleur limoneuse de l'eau, près de deux milles et demi de longueur. » Dans la zoologie du Voyage de la Coquille, entrepris sous la direction de Duperrey, on trouve une pareille citation: « Un phénomène qui paraît se reproduire avec assez de fréquence sur les côtes du Pérou est celui de la coloration de la mer en rouge vif... Les naturalistes ont reconnu que cette coloration était due à des animalcules. »
Freycinet adressait en 1845 à l'Académie le récit d'un fait circonstancié de coloration de l'Atlantique sur les côtes de Portugal, vers le cape Rocca. « On signala à l'avant du bâtiment une coloration insolite des eaux de la mer ; elles étaient en effet d'un rouge foncé qui variait d'intensité et de nuance entre le rouge
brique et le rouge de sang. Aussi loin que la vue pouvait s'étendre, la mer conservait cette couleur. Cependant celle-ci n'était point uniforme partout ; elle subissait ça et là des dégradations de ton. Les endroits où l'eau était plus foncée formaient de nouveaux bancs au milieu de la teinte générale. Leur étendue dans la direction du N. au S. pouvait être évaluée à 150 mètres... C'est en passant près d'une de ces bandes les plus colorées que l'on puisa de l'eau au moyen d'un seau. Sous un faible volume, la coloration de cette eau avait considérablement diminué d'intensité ; on y voyait par transparence une multitude innombrable de corpuscules en suspension. Ces corpuscules étaient doués d'une si grande ténuité, qu'il fut impossible de les retenir dans un linge. Il fallut employer un filtre en papier pour en réunir un certain nombre. On obtint par ce moyen une poussière rouge brique qui, à peine exposée à l'air en couche mince, devint promptement d'un vert tendre, et laissa exhaler une odeur très-prononcée de varech. »
Les nombreux rapports des navigateurs concordent tous, dans le résultat des observations, sur la coloration de la mer ; le principe est toujours une algue élémentaire de la famille indéterminée des Pratococcus, simple cellule ou filament qui n'a qu'un ou deux centièmes de millimètre. Si Ton considère que, pour couvrir une surface d'un millimètre carré, il ne faut pas moins de 40,000 individus de cette algue microscopique mis à côté les uns des autres, on restera pénétré d'admiration en comparant entre eux l'immensité d'un tel phénomène et l'exiguïté de la plante à laquelle il doit son origine ! Il est à remarquer que la coloration est un
phénomène tout à fait distinct de la phosphorescence ; la première ne se voit que le jour, la seconde la nuit. La phosphorescence est due à un infusoire, dont les proportions sont en rapport avec les algues de la série des Protococcus et qui donne des preuves d'organisation animale; il s'étend également par bancs, non moins immenses ; l'observation de ce phénomène est un des plus beaux spectacles auxquels on puisse assister pendant une traversée.
Ces végétaux d'organisation simple et des animalcules invisibles à l'œil nu sont les causes générales auxquelles il faut attribuer la rubéfaction des eaux. Tous les ans, les marais salants de la Méditerranée prennent une teinte rouge de sang sous l'influence des Monas dunalii, végétaux ou animalcules qui exercent une action oxygénante sur l'eau dans laquelle ils vivent. Bien plus, la quantité d'oxygène varie suivant les moments de la journée ; la chaleur est probablement le motif de ce dégagement. Lorsque le temps est beau et que le soleil brille, ils montent à la surface de l'eau et lui donnent cetle teinte lie de vin si étrange. Souvent même ils y forment des espèces de plaques ou amas irréguliers, plus fortement colorés que le reste de la superficie. Quand il pleut ou que la température est basse, ils se précipitent vers le fond.
Les merveilles cachées. — Caractères des végétations microscopiques de l'eau. — Description des conferves. — Elles sont répandues dans toutes les eaux en profusion. — Difficulté d'établir une classification.
— Curieuse observation sur les Spirogyra. — Propriété qu'ils ont de se souder entre eux. — Ils encombrent les eaux. — Forêts submergées en miniature. — Les conferves noires. — L'élaboration du chara.
— Transformation chimique de l'eau par la végétation.
Il n'est pas de promeneur attentif qui n'ait remarqué dans les prairies, dans les marécages , des fossés d'eau stagnante couverts de végétations spéciales. On passe à côté avec indifférence, ou plutôt, on fuit ces lieux humides , ces amas de mousses repoussantes à la vue, ayant bien garde de s'y engager, soupçonnant des fondrières pernicieuses, ou craignant de respirer un mauvais air. Du reste, ces nappes d'eau n'ont rien d'attrayant, comparativement aux beaux paysages qui souvent les entourent ; elles semblent être entrées en décomposition, les animaux mêmes ne voudraient pas s'y abreuver , leur instinct les en éloigne. Mais pour le naturaliste armé de son microscope, la scène change
d'aspect; il sait qu'elles renferment tout un monde d'infiniment petits ; végétaux et animaux y sont réunis à certaines époques avec une profusion et une diversité étonnantes; nouvel explorateur, lui aussi découvrira un monde réellement contenu dans une goutte d'eau, grâce au pouvoir magique de son instrument.
Munissez- vous, pour les excursions dans les marais, de quelques flacons ; choisissez dans les mucosités qui tapissent la surface des eaux des fossés divers spécimens, introduisez-les délicatement avec un peu d'eau dans votre flacon; ne craignez pas de multiplier les échantillons; cueillez même au fond ou sur les berges quelques-unes de ces plantes qu'on y voit si ténues, mais si nombreuses qu'on peut être toujours sûr d'en saisir quelques-unes. Quand vous serez de retour et que le microscope aura été convenablement installé, prenez avec des pinces quelques petites « mèches » de ces matières informes , pour les déposer soigneusement sur le porte- objet; évitez surtout la trop grande quantité, c'est le défaut général dans lequel on tombe de prime abord. Vous verrez une foule d'êtres et de végétations aussi étranges les uns que les autres ! Ici, ce sont de longs filaments sur lesquels se trouvent groupées de petites ponctuations vertes très-régulièrement espacées ; là ce sont des ramules épanouies aux plus délicates couleurs, plus loin de petits corps géométriquement disposés. Au milieu de tous ces représentants du monde végétal microscopique, des légions d'infusoires tourbillonnent avec une rapidité vertigineuse, des monades s'agitent en masses considérables ; puis tout à coup, quelque gros infusoire passera en se traînant dans le champ de l'instrument,
produisant une répulsion instinctive... Un si repoussant animal, si près de l'œil! C'est un spectacle qui tient du domaine de la féerie, si l'on a réussi dans le choix de l'eau croupissante que l'on a rapportée des marais. Pour ne pas avoir ta peine d'en aller chercher d'autres pour de futures observations, mettez-la dans un verre; le monde invisible des marécages s'y développera tout à son aise, sous les yeux de l'observateur, qui pourra à chaque instantpuiser dans ce laboratoire de
Fig. 115. — Conferves Je différentes sortes dans une goutte u"eau stagnants x SU.
la vie végétale et animale. Les métamorphoses les plus étranges s'accompliront près de lui.
Décrivons les principales plantes microscopiques qui peuvent se trouver dans cette eau.
Il semblerait que les végétaux infiniment petits habitent les eaux de préférence à l'air, réservé aux plantes de taille supérieure ; leurs organes si fragiles ont besoin d'un milieu plus calme que les régions tourmentées par les convulsions de l'atmosphère. Chaque plante choisit les eaux qui lui sont propres : celles-ci habiteront
les eaux vives et courantes, celles-là les fossés d'eau tranquille exposés aux rayons du soleil. La plupart vivent en parasites ; trop faibles pour se soutenir ellesmêmes, elles se fixent, par un organe d'adhérence, pris souvent à tort pour une racine, sur les autres végétaux plus forts, leurs voisins d'à côté, dans le même fossé qui les a vues naîlre de génération en génération. Au besoin elles se cramponnent aux corps inertes, tels que les pierres, les morceaux de bois ; tout ce qui est susceptible de leur fournir un point d'appui, est mis à profit. Les unes poussent de haut en bas, les autres pendent en longs chapelets suspendus aux corps flottants de la surface; soulevez, par exemple, une de ces petites lentilles d'eau ; regardez les filaments imperceptibles qui s'y trouvent suspendus , vous en verrez une multitude. Si le nombre est tellement grand sur un point relativement si petit, combien doit-il donc y en avoir dans unie pièce d'eau de quelque étendue !
Ces plantes aquatiques appartiennent en majeure partie à la vaste classe des Conferves, la dernière dans l'échelle de la grande famille des Algues; mais elle est aussi la plus intéressante par la merveilleuse organisation des nombreux sujets qu'elle renferme. Les conferves ne sont réellement bien connues que dëpuis le perfectionnement des instruments micrographiques. Réaumur avait traité de leur reproduction, sans donner de conclusions satisfaisantes; Lamouroux (1813) jeta les fondements d'une classification : Yaucher, quoique antérieur (1803), avaitdéjà publié à Genève une Histoire des confemes. Linné les avait uniquement regardées comme des substances simples ; Mùller est le premier botaniste qui ait observé leur reproduction dans la
Confervajugalis. Depuis ces premiers pas, la science a été enrichie des nombreux travaux de Kutzing, Smith, Pringsheim, Montagne, du Bary, Thuret, de Brébisson, etc. Les Conferves sont généralement capillaires, fréquemment vertes; les cellules sont solitaires ou réunies en filaments ; elles affectent des formes globuleuses, elliptiques, cylindriques, ou ramifiées, c'est-àdire qu'on y constate tous les aspects généraux sous lesquels se présente la végétation. Leur organisation rudimentaire consiste en tubes membraneux transpa-
Fig. 176. — Conferva glomerata x 100.
rents et élastiques, remplis quelquefois d'une matière pulvérulente, ou noyés dans une substance mucilagineuse et gélatineuse. Leur reproduction se fait au moyen de spores que développent les cellules.
Les conferves d'eau douce ne sont pas moins abondantes que celles de la mer; elles colorent aussi les eaux des étangs où elles croissent, possédant une certaine faculté de réfraction de la lumière, par un mode indéterminé, mais constaté sous le nom de phycochrome (couleur d'algue). Les marais du Schleswig sont teintés
LES VÉGÉTATIONS DE L'EAU CftOtJPISSAÎïTE. 235
en rouge par VHœmatococcus Noltii. D'après le docteur Druhnond, le lac de Glaslough doit sa teinte verte à VOscillatoriaœrugens. L'eau du grand canal de Dublin est d'un vert foncé produit par une sorte de Sphœrosira (Trichormus). L'eau de la Seine et celle du canal de l'Ourcq contiennent, à certaines époques de Tannée, une substance organique brune, due à la décomposition de végétaux microscopiques.
Les conferves peuvent vivre dans les températures extrêmes : YAmaba thermalis se plaît dans les sources
Fig. 177. — Détail d'articles de Batrachospermum glomeratum Vuuch. (Chara batrachospermum Weis) x 40.
minérales dont l'eau est à 70 degrés au-dessus de zéro. Les eaux sulfureuses contiennent des conferves spéciales : les Sulfuraires. Mougeot, ce savant et infatigable cryptogamiste, signala dans les eaux minérales de Plombières, d'Aix et de Dax une conferve qui a gardé son nom, Mougeotia. « On l'y trouve nageant à la surface, où elle forme d'abord des toiles de la plus grande ténuité,
d'un vert pomme passant au bleu, et semblable pour la consistance à des toiles d'araignées; dans cet état, elle enveloppe tous les corps étrangers du voisinage et s'épaissit bientôt à l'entour. D'autres fois elle tapisse le fond des bains, en rampant contre les parois, pour y tisser un tapis muqueux, toujours mince, et d'une couleur charmante. Les rosettes qu'elle forme atteignent jusqu'à m ,15 de diamètre. Quand ces conferves subissent des métamorphoses, elles remontent à la surface ; il apparaît alors au milieu de la rosette une tache couleur de sang, très-éclatante, de consistance muqueuse et qui s'étend... Cette tache passe ensuite au violet sur les bords, et se fond par ceux-ci avec une auréole du plus beau bleu, développée au pourtour de la rosette. » Ce n'est pas toujours aux corpuscules végétaux tenus en suspension que l'eau doit sa coloration; ils tapissent quelquefois le fond d'une façon assez abondante pour que l'eau s'imprègne d'une teinte générale donnant un reflet de la nature du fond.
Suivant certains observateurs, il n'est pas admissible de regarder les conferves comme constituant une famille unique ; les différents auteurs qui les ont étudiées, dans le but d'en tirer des caractères à l'aide desquels ils pourraient établir un système de classification, sont loin de s'accorder sur les bases à adopter ; car, à chaque instant, de nouvelles découvertes viennent apporter des modifications dans les travaux précédents. Vaucher en est le premier classificateur; il admet six divisions : Ectospermées, Conjuguées, Polysperrnées, Hydrodictyées, Batrachospermées et Prolifères. Mougeot prit un autre système, et Endlichcr les classa suivant leurs formes en 66 genres, 386 espèces, divisées en 7 sections. Ces
LES YÉGÉTATlOaS DE L'EAU CROUPISSANTE. 337 déterminations sont souvent des expressions impliquant une contradiction formelle, car plusieurs conferves ont reçu des noms différents par les algologues. h II ne peut y avoir de système dans la nature, dit Gœthc ; elle est vivante et renferme la vie, elle passe par des modifications insensibles d'un centre comme à nne circonférence qu'on ne saurait atteindre; les études sur la nature sont sans limite, soit qu'on analyse les détails, soit qu'on veuille, en poursuivant un phénomène dans toutes les directions, arriver à une idée de l'ensemble. »
Fïg. 178. — Spirogyra X 150. Cri- Fig. 179.- IKfférentsinodesdBrepor Iules cylindriques entourées d'un litiun de l'endochrome. ruban de g m nu les d'endachromB,
Prenons les sujets les plus saillants qui vont apparaître dans le champ du microscope. Ces grands paquets de mousses vcrdàtres gluantes ne sont autres que des amas d'innombrables filaments de Spirogyra (lig. 178). Ce nom, qui leur a été donné par les algologues, provient de l'observation même de leur forme extérieure. En effet, on voit sur ces filaments, dont on trouve difficilement l'un des bouts, une quantité de petits granules verts ou ponctuations, réparties en spires sur leur tube
cylindrique, avec une parfaite régularité. Cette étude produit un joli effet quand on a réussi dans le choix des Spirogyra ; ces tubes enrubanués de guirlandes d'un beau vert sont Tort élégants.
U est à remarquer qu'ils sont soudés les uns aux autres par les bouts, sans jamais changer de diamètre; ils s'emboîtent ainsi à la suite, par l'effet de leur mode de croissance très-rapide, ce qui explique la longueur fort
¥ig. 180. — Différents modes de répirlilion de l'endochrome et de la conjugaison sur les Spirogyra x 50.
étendue qu'on constate, sans avoir besoin du microscope. En comparant la proportion d'une tubulure séparée avec la dimension sous laquelle on trouve ces couïerves dans les fossés, on peut dire sans exagération qu'il y a plusieurs centaines, si ce n'est plus, d'articles ainsi soudés les uns aux autres dans chacun des milliers de filaments composant le petit paquet de mousse qu'on peut prendre entre le pouce et l'index.
Cette matière verte a reçu le nom d'endochrome {lv,
sur; xpû(j.<z, couleur). Elle paraît être une graine reproductrice et affecte toujours une répartition symétrique soit en paquets, soit en files longitudinales ou transversales; elle est rarement disposée irrégulièrement.
Examinons les différents états sous lesquels se présentent les Spirogyra. La figure 180 montre en A, F et C les granules alignés en hélice, cas qui est le plus fréquent; en B et en D l'hélice s'est transformée en un cordon plus compacte ; et en SS la masse d'endochrome occupe toute la partie médiane du tube ; en CS, elle est disposée en croissant.
Cette classe de conferves a été aussi nommée Zygnémées ou Conjuguées, à cause de la particularité remarquable qui les distingue : les cellules tubuleuses et cloisonnées se soudent à une autre cellule voisine au moyen d une excroissance ou saillie latérale, qui se l'incorpore intimement. Il en résulte que deux filaments parallèles se réunissent en formant une échelle. On a voulu considérer la conjugaison de ces conferves comme une opération reproductrice, mais l'examen attentif au microscope a démontré que ce n'était qu'un cas physiologique, provenant directement de la croissance même. Dans la figure 180, nous pouvons suivre cette formation : il commence par se produire sur l'axe transversal de la cellule une petite protubérance ou cornicule H, CS, qui s'avance comme si elle proposait pareille action à sa voisine ; il arrive souvent que cette expansion se trouve ainsi isolée, mais généralement, comme dans les filaments A et C, il naît en même temps sur son correspondant un appendice semblable, très-exactement disposé. Peu à peu les deux extrémités se soudent, et comme cela se passe pour toute la longueur, en même temps et
MO LES PLANTES ÉTUDIÉES Ali MICROSCOPE.
avec une remarquable symétrie correspondante, il en
résulte une sorte d'échelle.
Ainsi les conferves s'allongent successivement, mécaniquement, en ajoutant de petits tubes à la suite les uns des autres ; elles se réunissent spontanément en se conju-
Fig. 18t. — Détail des articles du Ratrackotpermum moniiiformit X SO.
guant et se propagent par l'émission de milliers de graines imperceptibles contenues dans les taches vertes ou brunes qu'on voit à' la surface. Un de ces granules, qui n'a qu'un ou deus centièmes de millimètre, peut
Fig. 18Î. — Fragment de nmn\t At Batrachotpermum y 10.
procréer en quelques jours un filament semblable à celui qui l'a produit. Il n'est donc pas étonnant que. malgré cette infinie petitesse, ils viennent envahir les pièces d'eau et les encombrent; qui pourrait éva-
LES VÉGÉTATIONS DE L'EAU CROUPISSANTE. 541 luer la multitude de petites conferves de cette espèce! C'est évidemment une des manifestations les plus énergiques de la force silencieuse dans la vie végétale.
Pour peu qu'on veuille bien encore observer attentivement les plantes microscopiques d'un fossé, on y
Fig. 183. - Détail d articles de i'Hydro dictyon utricutatum X ISO.
trouvera de vraies plantations submergées, dont les tiges et le feuillage sont mollement étendus dans l'eau. La vie animale y est aussi active ; des milliers d'infusoires tourbillonnent à travers ces lianes inextricables, à peine visibles. C'est un monde à part, vivant dans
Fig. 181. — Sçdularia tpinigera x 1Î0.
un monde plus élevé. C'est au sein des eaux que la nature opère ses plus grands prodiges de multiplication et de fécondité. Le microscope nous montrera les Hydrodiclyëes avec leur taille réticulée comme un filet fail avec la précision de la machine; les Nodulariées, petits serpents végétants renflés sur toute leur lon- 1G
gueur; les Rivulariées, couvertes d'un bel endochrome vert; les Siphonées, qui ne sont qu'une agglomération dendriforrae de cellules ovoïdes, indépendantes, mais
Fig. 185. i- Confene : Riwlaria lobata X 150.
constituant cependant un petit arbre bien régulier; ces cellules sont réunies, comme les cristaux se groupent, suivant des lois toujours les mêmes et toujours géométriques. La nature changeant ainsi les proportions de ses productions les varie autant que dans le
Fig. 189. — Fragment de Zijgacma cruciatvm x ISO,
monde supérieur ; elle attache plus de soin à leur perfection dans ces limites extrêmes de ('infiniment petit. Ce monde n'est pas fait pour les êtres d'organisation supérieure; il semble n'exister que pour donner une preuve de plus de la puissance de la création. Les eaux changent d'aspect quand elles contiennent
LES VÉGÉTATIONS DE L'EAU CROUPISSASTE. 2i3 lie petites cQnferves imperceptibles ; ainsi certains fossés sont en apparence remplis d'une eau pure et transparente, sans aucune matière végétale en suspension; ils paraissent fonces comme si le fond était dallé de marbre noir. Cet effet est dû particulièrement aux Batrachospermes; sortes de conferves dont les ramules
Fig. 188. — Chara. Bamula, gran- Fig. 187. — Batrachoipermum deur naturelle. C. Ilamiils x 30,
atram X 40. montrant lej organe» de fructiGca-
lion. S, S' Sporanges, a. Anthéridie.
s'étendent jusqu'à ia ,0i). Le Batmcho&permun alrum (fig. 187) est composé d'une tige sur laquelle des séries d'articles viennent se ramifier; elle est complètement noire, ton exceptionnel dans la végétation, dû peut-être à une décomposition de l'eau par la plante elle-même.
Une des plus curieuses plantes qui croissent dans les eaux stagnantes, c'est le Chara, devenu célèbre par les
Ï14 LES TLiNTES ÉTUDIÉES AU MICttOSCOrE.
expériences auxquelles il a servi pour l'étude du phénomène de la circulation de la seve. Le Chara possède la propriété singulière d'incruster ses ramules de carbonate de chaux. 11 décompose les sulfates de l'eau et transforme le soufre en hydrogène sulfuré, ce qui a lieu souvent dans les eaux minérales sulfureuses.
En examinant au microscope l'extrémité d'une ramule, on constate de petites agglomérations de cristaux amorphes; "ïiiSSXÎS l'élaboration est plus ou moins d uno tige de chara x 50. sensible, selon que le sujet est placé dans des conditions de vigueur, d'exposition et de nature d'eau favorables. Nous en avons remarqué dans les entailles des tourbières des amas si considérables, qu'il aurait fallu plusieurs tombereaux pour les enlever.
Les végétaux aériens ont la propriété de transformer en partie l'air qui sert à leurs fonctions vitales ; il en est de même pour les plantes aquatiques : elles modifient très-sensiblement l'eau dans laquelle elles vivent. La transformation est assez complexe, puisqu'il y a une quantité d'éléments confondus, surtout des détritus, cause permanente dé corruption. L'eau stagnante est toujours malsaine, non-seulement parce qu'elle tient en suspension des infusoires, des spores, des conferves, des principes morbides, mais aussi parce qu'elle est désoxygénée par la végétation, l.a foule desanimalculcs de toute nature se co'iiporlc comme les végétaux, ils
exhalent aussi de l'oxygène sous l'influence de la lumière solaire : preuve de l'étroite analogie qui unit les deux règnes de la création ; harmonies admirables !
Certaines conferves trop oubliées ne peuvent exister que dans des eaux spéciales. D'autres ne vivent que dans les eaux exposées en plein soleil, d'autres dans les lieux abrités. Dans l'eau privée d'air, telle que celle des citernes fermées, la végétation est nulle, malgré les germes introduits. On rencontre des conferves dans les eaux très-chaudes des sources thermales des Pyrénées, mais jamais dans les endroits fermés. La nature a horreur de l'absence d'air et de soleil.
Qu'est-ce que les diatomées? — Quelle place leur assigner dans l'histoire naturelle ? — Leur croissance parasite. — Nature et constitution organique. — Les diatomées 'sont composées de silice. — Merveilles de régularité. — Elles donnent la solution de problèmes de tracé géométrique. — Curieux effets des ondulations. — Développement, croissance, multiplication. — Dépôts géologiques considérables; nombreux exemples. — La microgéologie. — Les lests pour la micrographie supérieure. — Preuves données par la photographie. — Les Desmidiacées.
En observant les conferves des eaux stagnantes, on remarque presque inévitablement de petits corps géométriques, soit ronds, soit en forme de rectangle, tachés de jaune. Quelques-uns sont de longues aiguilles, d'autres s'étendent en rubans striés. Souvent on les rencontre attachés à des végétations aquatiques comme des appendices. Ces petits corps réguliers sont des Diatomées, désignation qui leur a été donnée à cause des lignes tracées sur leur surface (cta, à travers; Tép.vu>, je coupe). Ce nom est peu fréquemment prononcé, même par les botanistes ; les micrographes, au contraire, reconnaissent les Diatomées comme faisant
LES ALGUES GEOMETRIQUES : LES DIATOMÉES. Sfl partie de leur domaine el en font l'objet d'une étude spéciale très-attrayante. Elles se rencontrent toujours mélangées avec des chevelures de conferves filamenteuses, des légions d'infusoires, et surtout des matières étrangères, telles que de la vase ou des grains de sable. Sï l'on veut les examiner avec tout le soin que mérite leur délicate structure, il est nécessaire de les débar-
fig- 190. — Diatomées marines récoltées dans les marais salants. — 1. SurirdLt gemma. S. Surirella constricta. 5. Haoicala tubtilisiima. i. Sitschia lïnearis.'j. Grammatopkora marina. 6. Mendion circulare. 7. Ccconeit tcatellam. 8. Tabellaria feneslrata. 9. Pleurosigma ballicum, 10. Pleuroiigma aaguiutum. 11 Pleurosigma guodrolum. 12. Amphora ventricosa. 13. Biddulphia Balidjk. H, Odantium Harrinonii. 15. Fragilaria cireiceru. 16. Navicula venata. 17. Navitmla rhamboidet. 18. Epithemia turgida. 19. Dialoma grande. 30. Ilumanlidiant majut.
rasser de tous les corps étrangers qui les entourent. On y parvient en faisant bouillir le tout dans une solution acidulée, que l'on met chauffer dans une capsule en porcelaine sur la lampe à alcool. Les diatomées étant plus lourdes tombent au fond sans être désagrégées par l'acide, et de plus sont débarrassées de ces taches jaunes d'endoehrome et de matières étrangères. Après plusieurs lavages, elles peuvent être disposées sur une
lamelle porte-objet, fixées au baume de Canada et finalement recouvertes d'un mince verre protecteur. C'est une préparation des moins compliquées.
Au commencement, on est tenté de les regarder comme des cristaux, a cause de leur régularité rcmar-
Fig. 191. — Confcne lui ramilles de laquelle (a) se
quable. Mais on laisse bientôt de côté cette idée, en réfléchissant sur leur structure anatomïque et leur groupement sur d'autres plantes. D'autre part, on a été tenté, lors des premières observations, de leur assigner une place parmi les infusoires, à cause de quelques mouvements spontanés. Le célèbre micrographe Ehrenberg les classa dans les infusoires ; le professeur Quekett, qui a relevé la micrographie en Angleterre, penchait également pour cette détermination. Mais depuis, les diatomistes — car il j a un certain
nombre de spécialistes — leur font prendre place parmi les algues, après les conferves. Elles occupent par leur petitesse le dernier échelon de la grande famille des plantes aquatiques; mais l'intérêt particulier attaché à leur merveilleuse organisation leur assigne une place importante dans les travaux micrographiques. On y voit les sujets les plus compliqués, comme les plus
Fig. 192. — Ramilles d'une conferve auxquelles adhèrent des diatomées (d X 20 : Pleurodesmium Brebissonii. D. diatomées x 60.
simples; elles sont parfaitement adaptées aux observations qui ont pour objet le vrai monde des infiniment petits. Ici encore plus qu'ailleurs, les bases de détermination n'ont pas été choisies d'un commun accord entre tous les diatomistes ; une des classifications les.plus usi-
tées est celle de Kutzing, dont les trots divisions principales sont : les Striées, les Vittatées, les Aréolées. Ces petits sujets, regardés dans les premiers temps
Fig. 193. — Confertes portant des diatomées x 20. T, lige de la couferte. d, diatomées. D, diatomées plus amplitiées x 80.
comme des «jeux delà nature », constituent une branche de science toute spéciale, sous le rapport de leur existence, de leur multiplication et de leur structure organique. Dépourvues do tiges, de racines, les diatomées sont
obligées de rechercher appui et protection dans les buissons de conferves avec lesquelles elles existent. La nature les a douées d'une propriété qui fait qu'elles adhè-
rentaux ramules de conferves ou aux corps quelconques immergés dans l'eau, au moyen d'une membrane trèspetite, à peine visible même au microscope, et cependant assez résistante pour ne pas se laisser entraîner par
le courant, et les causes accidentelles de déplacement de l'eau. Nous avons cherché à dtnner dans la figure 194 une idée de la façon suivant laquelle elles sont groupées, attachées, enchevêtrées dans les conferves ; c'est à peu près ainsi qu'elles s'offrent à la vue dans les observations directes, quand on n'a eu recours à d'autre préparation que le soin de déposer sur le porte-objet une petite touffe de conferves, prise au hasard dans le flacon où elles ont été recueillies. Il peut y avoir autant de variétés de dispositions qu'il y a d'observations faites. La tige de roseau du centre de la gravure est la base do toutes ces plantes confervoïdes, des globules ou algues unicellulaircs, des filaments divers, et des diatomées répandues dans ce chevelu.
Les diatomées n'ont aucune ressemblance avec les autres végétaux ; elles se rapprochent beaucoup des conferves, quoique douées d'une organisation toute spéciale. Smith les définit ainsi : « Plantes d'une frustrule, consistant en une cellule uniloculaire , investie d'un épiderme bivalve et siliceux; la reproduction se fait par conjugaison et formation de sporanges. » Leur nature silico-gélatineuse est démontrée par la résistance qu'elles offrent aux réactifs; les conferves, bouillies dans l'acide, seraient complètement désagrégées; il n'en resterait plus rien. Les professeurs Frankland et Smith ont trouvé par l'analyse une certaine quantité de fer à l'état de silicate ou de protoxyde dans leurs cellules siliceuses , « d'où vient probablement la couleur jaune ou brune de ces organismes, » sous l'efTet de la teinture d'iode : ce qui amènerait à supposer qu'il y aurait dans ces végétaux une substance ternaire, semblable à celle qui forme une des bases du tissu
végétal. Les diatomées affectent les formes les plus diverses sans sortir du caractère géométrique, évidemment leur principe de construction. Le microscope traduit, pour certains sujets, les reliefs par l'impossibilité de mettre exactement au point les détails superficiels; les forts grossissements qu'elles exigent concordent difficilement avec certaines protubérances. Quelques-uns de ces diatomistes consciencieux, admirateurs passionnés de l'œuvre de la végétation, ont poussé la patience jusqu'à faire des modèles en plâtre des principales diatomées.
La régularité est le principal caractère auquel on les reconnaît. Les figures géométriques qu'elles décrivent sont parfaites; les Discoïdes, par exemple, ont toujours un cercle exact; celles qui sont granulées ont leurs protubérances ou ponctuations invariablement alignées selon des directions symétriques. La précision des détails est leur caractère essentiel ; elle est surtout frappante dans les diatomées marines, plus belles, plus grandes que celles d'eau douce, où les milliers de cellules de leur valve sont toutes disposées avec autant d'exactitude qu'aurait pu le faire avec soin un dessinateur scrupuleux. Parmi les vingt ou trente mille cellules d'un centième de millimètre au plus, sur un sujet qui, à l'œil nu, n'est pas plus visible qu'une piqûre d'épingle sur le papier, il n'y en a pas une seule située hors de sa place mathématique! Ainsi telle espèce de discoïde comportant une quantité de rayons invariables, le nombre des cellules intermédiaires restera constamment le même chez les généra- N tions subséquentes. Les cellules hexagonales, comme dans les gâteaux de cire des abeilles, sont réparties avec
une méthode digne d'exciter une haute admiration par leur tracé : dans les Tricerattuma triangulaires, rectilignes ou triangulaires sphériques, on trouve la solution d'un problème de tracé géométrique fort embarrassant, pour ceux-mèmes qui sont bien familiarisés avec les difficultés du Irait. Afin d'atténuer la différence produite inévitablement sur une surface gauchie entre la position de la cellule centrale et celle de la périphérie, tou* tes devant conserver leur projection normale, la nature a fait, avec une précision digne de remarque, un réseau
Fig. 193. — Diilomée discoïde : Fig. 196. — Diilonrée : Coiciuodi-
Aclinocyclui. ton x 80.
compensateur dans lequel toutes les cellules intermédiaires sont modifiées, diminuées, proportionnées, sans que l'apparence générale en soit nullement troublée. Cette précision même est telle, que, dans quelques endroits où' l'hexagone ne pourrait se raccorder à cause de l'irrégularité de la dégradation, il est remplacé par un pentagone compensateur.
Certaines diatomées sont, en quelque sorte, une leçon de géométrie descriptive, une épure de tracé, un problème de projections : leur surface ondulée ne permettant pas de mettre au point avec Une égale précision les différents plans qu'elle offre dans un même ensemble, il en résulte des pseudo-dégradations par le
manque de netteté, cas fréquent dans les Tories amplifications nécessaires à cette étude. Ainsi les Amphi-
Fig. 197. — Diatomée discoïde régu- ï%. 138.— Dialomée ondulée : Aulière : Btltopella X EO. lacodiicm Brigmilii x ISO.
theatras, les Heliopelta (fig. 197), les Campylodiscus (fig. 200) ne donnent qu'un plan net : les autres sont tellement confus, qu'il est. difficile de les débrouiller
Fig. 199. — Diatomée : Hydra- Fig. SX). — Diatomées du genre Campj/lotera triqiietra X KM), >uo ditetu X 100. A. C. cottalut. B. C. tpiradans lesdeui projection). lia. C, C. clypeus.
par un seul examen ; ce n'est que successivement, en étudiant chaque détail séparément, qu'on arrive à se former une idée de la structure de l'ensemble. Ceci donne lieu à des effets singuliers ; un beau Discoïde,
YAulacodiscus (fig. 198), présente huit ondulations symétriques par rapport au centre, comme un rond de carton qu'on aurait fait gauchir régulièrement par l'humidité. En mettant au point le plan supérieur, on obtient une croix confuse avec des intermédiaires de ponctuations groupées selon un certain axe ; en mettant au point sur le plan inférieur, l'effet est alterné et la physionomie intervertie.
Ces algues étranges ont de nombreux points de ressemblance avec celles que nous avons vues précédemment. Le mode de multiplication est d'accord avec le procédé employé par ces dernières, c'est-à-dire « la division de la cellule interne, provenant probablement du dédoublement de la cloison membraneuse, et par conséquence la séparation de l'endochrome. » (Thwaites.) Les cellules se trouvent chez quelques-unes adhérentes côte à côte ou par un angle ; une membrane imperceptible les réunit avec solidité. Au premier aspect, quand on voit tous ces étranges petits corps suspendus aux ramules des conferves, on serait tenté de les prendre pour un fruit ou un produit quelconque émanant d'un arbre en miniature. Ces conferves diatomifères n'ont aucun rapport avec les parasites qui ont choisi leurs ramules pour s'y suspendre ; ce n'est que l'effet du hasard, ou mieux un sentiment instinctif inné dans les diatomées, comme dans les végétaux supérieurs, qui les porte à choisir les endroits les plus propices à leur développement.
Les moyens mis à la disposition des chercheurs dans le monde des infiniment petits ne permettent pas de discerner organiquement quelle est la véritable composition de l'endochrome, matière prolifère supposée. Il
estcependantun fait certain : c'est celui de la dispersion à maturité ; les granules imperceptibles devenus libres s'échappent dans l'eau, jusqu'à ce qu'ils soient fixés dans un lieu convenable à leur développement. On constate
ainsi la multiplication d'abord par une graine, représentée par les granules d'endochrome, comme dans le reste du règne végétal; en second lieu, multiplication par fragmentation ou propagation d'un sujet par un autre sujet
directement, règle également en vigueur dans les plantes émettant des racines adventices. Ces caractères rapprochent les plus infimes végétaux de ceux de l'ordre le plus élevé. Pendant leur période d'existence, les diatomées se multiplient en quantité considérable ; le détachement est continuellement répété, les deux frustulcs se subdivisent chatune en deux autres, et ainsi de suite. Thwaitcs a eu la curiosité et la patience de déterminer
le temps demandé par un simple acte de subdivision ; il l'estime à vingt-quatre heures, ce qui, par la multiplication d'une frustule unique, donne environ un million par mois, calcul qui explique l'accroissement en apparence subit dans certaines circonstances. Combien y en a-t-il au fond d'un fossé où la moindre parcelle de détritus recueillie en contient une grande quantité ?
La nature siliceuse de la carapace des diatomées leur a permis de se eonserver intactes dans les couches géologiques inondées au moment de leur formation. Aussi on retrouve des preuves évidentes du séjour des eaux
dans des dépôts recouverts aujourd'hui d'épaisses couches de terre. Berlin repose sur une tourbe argileuse de 7 à 20 mètres de hauteur, composée de débris de diatomées. Le lit inférieur de l'Elbe, jusqu'au-dessus de Hambourg, est encombré de vases auxquelles sont mélangées des dépouilles organiques microscopiques.' À Wismar (Mecklembourg-Schwérin), il se dépose par an 640 mètres cubes de corps siliceux analogues aux diatomées. En 1839, on a retiré du bassin du port de Swinmunde, à l'embouchure de l'Oder, 90,000 mètres cubes de vase, dont le tiers se composait d'organismes microscopiques. Ces êtres vivent sous tous les climats ; les limons des fleuves en charrient des milliards ; les vases de la mer Noire et du Bosphore contiennent jusqu'à 45 espèces déterminées par le micrographe Ehrenberg. On en a trouvé dans les eaux qui avoisinent les glaces du pôle antarctique ; les rizières et les marais salants de tous les pays en sont remplis. Dans la Géorgie, dans la Floride, des vases diatomileres forment des bancs d'une étendue considérable. Des organismes microscopiques ont aussi été découverts dans le sens vertical, résultat probable du séjour des eaux à des époques préhistoriques. On signale les diatomées par couches prodigieuses : la ville de Richemond (Virginie) est bâtie sur un lit de leurs débris, qui a 6 mètres d'épaisseur (Smith). Dans l'île de Mull (Ecosse), le lac Boa, dont le fond desséché appartient à la période jurassique, a fourni au professeur Gregory 130 pièces nouvelles.
Le tripoli, connu depuis bien longtemps dans les arts par son emploi sous forme de poudre pour le polissage des métaux, est formé d'un amas de diatomées. On en a extrait, entre autres dépôts, à Bilin, en Bohême,
où une seule couche s'étend sur une large surface de plus de 40 mètres d'épaisseur : ce dépôt n'est qu'une accumulation incommensurable de corpuscules siliceux de navieules ! Les innombrables angles aigus des carapaces siliceuses, en râpant les surfaces métalliques, leur donnent le poli.
Les dépôts fossiles de Bohème et de Planitz (Saxe) pro-
Fig. «S. - Niifcuies du tripoli.
viennent de l'eau douce ; mais dans le tripoli d'autres contrées, dans celui de l'Ile de France, par exemple, les espèces sont marines et toutes appartiennent aux formations de l'époque tertiaire. Ainsi, au moyen de la détermination de la faune des fossiles microscopiques que l'on rencontre, on peut préciser la nature des alluvions et en tirer des déductions importantes pour la stratigraphie.
On a aussi découvert que le guano renferme une grande quantité d'espèces remarquables et très-élégantes de formes; cela ne prouverait-il pas que les oiseaux, ou autres animaux marins à qui sont dus ces amas d'engrais, se nourrissaient d'herbes marines sur
lesquelles ces délicates diatomées étaient fixées? Leur nature siliceuse les a protégées contre toute détérioration ; enfouies dans ces amas ammoniacaux depuis les temps géologiques, elles ressortent aujourd'hui à nos yeux dans un état de conservation parfaite.
La micrographie s'attache avec une certaine prédilection aux diatomées ; elles sont un genre d'étude trèsintéressant par le rôle important qui leur est attribué dans la micrographie supérieure. Les diatomophiles peuvent y admirer leur infinie délicatesse, où se manifeste l'organisation des êtres les plus infimes. Comme elles offrent des graduations d'obstacles divers à la perception nette avec des objectifs très-forts, certaines d'entre elles sont devenues des types choisis pour l'essai et l'expérimentation des plus puissantes combinaisons lenticulaires. Les diatomées ainsi choisies à titre d'essai ont reçu le nom de tests (épreuves), dénomination anglaise qui leur a été conservée. Les unes ont, dans leur régularité symétrique, des arêtes et des proéminences striées que ne peuvent rendre visibles nettement que de très-bons objectifs; d'autres même ont des stries qui n'ont pu encore être appréciées qu'approximativement. La texture des frustules offre des reliefs assez forts pour que plusieurs plans paraissent confus, à cause de leur transparence capricieuse et de l'irisation de quelques-unes.
Quelques sujets sont choisis particulièrement comme tests courants par les opticiens-constructeurs, qui essayent quotidiennement leurs objectifs sur les plus parfaites, sur celles dont les cellules, les stries ou les protubérances sont les plus régulières et la valve plus plane. Les Pleurosigma sont fréquemment usités,
(P. angulatum^P. quadratum, P. attenuatum, P. hippocampus, P. décorum, etc.). Chacun d'eux, où les micrographes habiles et exigeants s'étudient à découvrir les protubérances ou les stries, nè représente pas à l'œil nu la plus légère pointe d'aiguille ; les objectifs dont on fait usage pour la recherche de leurs caractères ont une lentille frontale dont le diamètre n'excède pas le quart d'un demi-millimètre. Certes, s'il y a du mérite pour l'observateur à découvrir des subtilités, le constructeur a aussi sa part dans les éloges dus aux observations et à la résolution des tests.
Voir distinctement ces diatomées merveilleusement organisées ne serait pas suffisant pour fixer une étude de telle précision ; on demande alors à la photographie son irréfutable authenticité dans cette constatation légale. Elle accuse alors ce que le dessinateur le plus habile ne saurait faire; elle donne une représentation des moindres caractères de la structure organique. On pousse de la sorte les expériences jusque dans leurs limites extrêmes, au prix d'installations compliquées, de patientes investigations. Les sujets totalement invisibles sans microscope se photographient ainsi avec des grossissements de mille diamètres et plus; ils atteignent alors des dimensions de 5, 10, 15 centimètres, suivant leurs proportions respectives. On comprendra sans difficulté quelle excellence, quel soin il est nécessaire d'apporter dans l'appareil optique, pour ces expériences de micrographie pure ! Ainsi des discussions se sont élevées au sujet des stries garnissant' la surface des valves ; les uns prétendaient qu'elles ressemblaient purement à des côtes, qu'elles n'étaient que de simples saillies; les autres soutenaient qu'elles
étaient composées de files de petites perles, invisibles même avec les plus puissants objectifs. On avait ainsi mis en cause la Surirella gemma; elle présente des lignes rayonnant de la nervure médiane à la périphérie. M. le docteur Woodward, de Washington (D. S.), en fît une merveilleuse épreuve photographique au moyen d'un grossissement de 4500 diamètres, un des plus
Flg. 304. - Duloœée discoïde : Arachnoiducui x 100.
forts obtenus, avec lequel on discernait très-nettement ces rangées de perles contestées. Avec le secours de la photographie, on acquiert une conviction intime de la forme des diatomées et de leur structure; on discerne facilement leurs cellules, on peut en compter plus de 50 000 sur un Arachnoidiscus, plus de 100 000 sur d'autres Discoïdes compliqués ; et cela par un simple calcul de surface.
Maintenant que ces végétaux d'une extrême petitesse sont connus, il faut placer à côté les Desmidiacées,
classe non moins curieuse, ayant une grande analogie avec les diatomées, auxquelles elles empruntent leur régularité caractéristique. A cause de leur ressemblance encore plus prononcée avec les protophytes, elles avaient aussi été classées comme animalcules infusoires ; mais on en a ensuite fait une classe spéciale, prenant rang immédiatement près des diatomées. Comme toutes les plantes confervoïdes, elles vivent aux dépens des éléments inorganiques, et se reproduisent comme elles : « La reproduction des desmidiacées, dit M. deBrébisson, a lieu au moyen d'un sporange arrondi, lisse ou épineux, formé par la centralisation de Tendochrome, résultant de la conjugaison de deux individus. Cette action s'opère au point de soudure des hémi-stomates géminés ; elle a la plus grande analogie avec celle des Zygnémées, qui, comme les Desmidiacées, n'admettent point de zoospores. » Suivant l'auteur précité, elles se reproduisent aussi par déduplication; au point d'écartement*« reparaît de chaque côté un appendicè qui, par son accroissement progressif, prend la forme de l'hémistomate auquel il est accolé, de sorte que deux individus complets résultent de cette division ; il y a alors réduplication. Dans les individus filamenteux, les corpuscules ne s'isolent point, mais la réduplication ayant lieu également, le filament s'allonge en raison des hémistomates nouvellement développés. » On retrouve là encore ces longues files de chapelets d'individus suspendus à la suite les uns des autres. Les deux frustules restent aussi jointes, comme dans le Micrasterias denticulata.
Ce mode de multiplication par scission naturelle n'est pas particulier à quelques conferves. La lentille d'eau
LES ALGUES GÉOMÉTRIQUES : LES DIATOMÉES. 2(15 {lemna), selon les études faites par M. Coste, se reproduit rarement par graine; ces petites folioles qui recouvrent les pièces d'eau d'un si beau tapis vert se dédoublent dans l'espace de vingt-quatre heures, et chaque plante nouvelle peut à son tour se partager en deux, de
Fig. »S. — Desmidiacea avec paliles Fig. Î06.- - DL-smidiacée : Micraitc-
ma«e$ ri'endochrome dans les Ml- rint deniiculata X 300, lur la-
lulas ( Pedioatrum eïiipf tcwn) x quelle l'endochromo etl réparli