LA CELLULE
plus les cellules le sont également. Les champignons, petits et grands, ont des cellules semblables; coupés dans n'importe quels sens, ils présenteront toujours la même texture élémentaire : molle, spongieuse, sans agrégation; tandis que chez les végétaux supérieurs, comme les arbres, elles sont beaucoup plus compliquées, parce qu'elles sont appelées à un développement et à uue résistance plus prononcés.' L'équilibre est conservé dans les détails comme dans l'ensemble. La variété existe dans l'unité de toutes les formes organiques.
L'architecture botanique. — Formes des cellules. — Leur enveloppe. — Les combinaisons géométriques. — La variété dans l'unité. — Les vaisseaux. — Leur préparation, leur organisation capricieuse et leur classification. — Le système nerveux. — Fonctions des organes du tissu. — Expérience sur la multiplication des cellules. — Coup d'oeil général sur les éléments végétaux.
On peut se convaincre, en pratiquant des coupes de végétaux, qu'à l'exception de quelques cryptogames, il existe un tissu élémentaire différent dans chaque plante, et que ces types ont des caractères distinctifs pour chaque espèce, pour chaque famille. Celles dont nous tirons parti présentent des caractères de texture parfaitement adaptés aux divers besoins humains : les fruits, les légumes, les végétaux alimentaires sont mous, tendres, faciles pour la mastication, tandis que les autres, dont la contexture est rigide, répondent à d'autres exigences. En examinant les premiers au microscope, on remarque un tissu peu résistant, cédant à la pression, parce qu'il est exclusivement composé de cellules flexibles et uniformes ; dans les arbres le tissu est beaucoup plus
CARACTÈRES PRINCIPAUX DO TISSU DES PLANTES. 11 complique : il offre des vaisseaux, des fibres, des cellules compactes, enchevêtrés les uns dans les autres,
Fig. S. — Cellules éloiléoa du pétiole Fig. S. — Tissu cellulaire d'une feuille du Muta emele Drue x 60. ie Rosier x 80. Cellules soudées
entre elles avec méats interstitiel*.
comme les matériaux d'un monument. C'est l'architecture de la nature, œuvre spontanée de la création ; elle
Fïg. 7. — ïaisseaui cloisonnés et pondues
vus en perspective X KO.
le, Tissu cellulaire, vc, Vaijseaui ponctues séparés par des cloisons parallèles.
Fig. 8. — Coupe de tige. Vaisseau! divers x KO.
C. Cellules en chapelet intercalées dans les libre», p. Vais, seaux porcin. S. Vaisseau*
strié). F. Fibres.
est le résultat d'une force occulte qui a produit un arbre immense d'une petite graine imperceptible, tan-
dis que les édifices des constructeurs humains dont on tire tant vanité ne sont qu'un assemblage plus ou moins savant de matériaux recueillis avec discernement, mais non pas une création, puisque ce mot implique l'idée de l'aire sortir une chose du néant. Cet assemblage naturel est combiné avec plus de science encore que les meilleurs spécimens d'architecture. La section
Fig. 9. — Coupes diflïrenMs d'une tige de Roseau X 5. C ° P membraneuse/ des rellules X "iS.^ " " f3 "" S
d'une tige quelconque montre la solution des problèmes de stabilité les plus compliqués; si elle n'était composée que de cellules agglomérées, elle ne pourrait s'élever à une hauteur dépassant plus de cent fois la largeur à sa base. Les libres, les vaisseaux, entremêlés de cellules résistantes deviennent un faisceau difficile à rompre; élastiques dans certaines plantes, ils permettent une flexion prononcée; rigides dans d'au-
très, ils produisent les géants de nos forêts! Tout cet ensemble merveilleux reçoit l'essence vitale , des sucs puisés dans la terre par les racines, au moyen d'un système économique intérieur qui les élabore et se les assimile.
Énumérer toutes les formes connues des cellules Serait un travail capable de rebuter le plus patient des micrographes, et qui ne prouverait qu'une chose, c'est que son auteur serait un vrai bénédictin. On peut les rapporter d'ailleurs à quelques formes principales qu'on retrouve fréquemment dans les végétaux : les cellules
Fig. 10. — Cellules diverses : cellule R. Réticulée. C Ponctuée. S. Striée.
rondes ou ovoïdes, pressées les unes contre les autres comme le serait une masse de pois collés ensemble ; les cellules polyédriques, état provenant fréquemment de la compression qu'ont subie les cellules sphériques ; les cellules étoilées, dans lesquelles chacune d'elles présente latéralement des prolongements géométriques correspondant régulièrement avec les vides laissés par le prolongement des cellules voisines de même forme ; les cellules fongiformes sç prolongeant irrégulièrement. Quelques plantes offrent des particularités nombreuses dans leur structure capricieuse. Dans le jonc (Juncus effususL.), elles sont étoilées; dans l'Aristoloche (Aris-
fera Mai t.), elles sont à parois épaisses,
presque ligneuses ; dans le tégument des cônes d'If,
elles sont lusiformes et spirales.
C'est à tort que l'on croirait que les lignes géométriques sont remplacées dans l'œuvre de la nature par les combinaisons du hasard: une cellule sphérique, par exemple, se modifie dans les différentes périodes de son existence ; les petites boules ne se joignent d'abord que par certains points de contact; elles sont tangentes les
Fig. 11. — Tégument interna d'une Fig. 13. — Cellules épaisses du Pruécsillad'uncéued-lfxiO. Cellules nier x 90.
au péril ciel les offrant des sinuosités longitudinales.
unes aux autres, laissant un peu d'air dans les interstices. Cette observation est rendue facilement sensible si l'on presse, dans une cuvette remplie d'eau, une plante de contexture cellulaire molle ; il en sort une quantité de bulles d'air. La croissance amène la compression de ces sphères végétales limitées par une zone inextensible, telle que l'épiderme ou l'écorce. Les vides interstitiels, ou, pour parler plus scientifiquement, les cavités contenant de l'air, se remplissent par une jux-
taposition plus compacte ; la coupe montre dans ce cas un réseau polygonal régulier ou irrégulier, suivant quelquefois le sens dans lequel elle a été pratiquée. Les végétaux à grandes cellules, par conséquent ceux dont la texture est peu serrée, les ont hexagonales, disposition géométrique fréquente dans le règne végétal ; l'hexagone, en effet, est une des plus simples, prenant le moins de surface inutile et la plus résistante. Il sert de base à plusieurs combinaisons de solides jusqu'au tétradécaèdre. Les cellules ont ainsi des dispositions que la géométrie croyait avoir inventées.
En considérant la cellule proprement dite, on voit quelle se compose primitivement d'une seule membrane, sorte de sac résistant sans ouverture sensible; mais il se dépose, avec le temps, à l'intérieur de ce sac et aux dépens des substances qu'il renferme, une deuxième et parfois un plus grand nombre d'autres membranes qui viennent tapisser la première. Ces membranes secondaires ne s'appliquent pas toujours exactement sur la première ; elles ont généralement des lacunes, des ouvertures dans leur substance. Elles forment alors une couche percée de trous plus ou moins bien accusés. Ceci constitue des cellules ponctuées ou rayées. Dans d'autres circonstances , elles se déposent sous forme d'anneaux ou de petits filets spiraux, comme ^Zi^Tîa— dans YOncidium lancanum. Avec x un grossissement bien proportionné, on peut facilement suivre les spires des fibres eiftourant la membrane cellulaire. Elle est encore plus compliquée
dans VAristolochia dematitia, où elle est couverte d'un réseau de petites fibres, comme si elle était enveloppée dans un filet. Lorsque l'étudiant micrographe veut pénétrer dans cette intimité des secrets des plantes, il doit aborder certaines sortes de préparations assez délicates. Son premier soin est de détacher les cellules qu'il se ' propose d'examiner par un traitement dans un acide dilué; ensuite il choisit celles qui sont dignes d'être conservées. Le liquide le plus avantageux pour obtenir une conservation prolongée est une solution de chlorure de calcium .
Le diamètre des cellules varie presque suivant chaque plante ; le microscope accuse des dimensions de quelques centièmes de millimètre, tandis que pour quelques-unes l'œil n'a pas besoin d'avoir recours à un in-
strument pour les mesurer. Il y a plusieurs exemples de dimensions qui atteignent jusqu'à un, deux et même plusieurs centimètres. Il est rare que cet élément anatomique conserve une régularité suffisante pour que de
prime abord on puisse déterminer catégoriquement la nature du tissu. Lorsqu'il est trop confus pour permettre de porter un jugement, on se contente de dire qu'il est polymorphe. Cependant, quoique la coupe indique une irrégularité apparente, l'œil observateur saurait encore discerner une combinai son reliée à un type quelconque, quoique complexe.
Une des meilleures manières d'étudier un tissu est d'en faire une épreuve photographique, sur laquelle on embrasse l'ensemble de sa constitution ; on peut ainsi compter les cellules contenues dans une surface donnée, un centimètre carré, par exemple. On trace sur le papier un carré dont le côté est proportionnel au grossissement et l'on compte sur deux côtés le nombre de cellules, en les ponctuant pour ne pas commettre de répétition, ni s'embrouiller; la multiplication donne le nombre cherché.
Les organes élémentaires du tissu ne sont pas uniquement composés de cellules ; ou du moins, pour s'exprimer plus correctement, les cellules changent de nom quand elles changent de caractère. En plusieurs circonstances, les cellules longues et étroites ont leurs parois intermédiaires résorbées. Qu'on supprime l'extrémité de la membrane placée au bout de chaque cellule allongée, on aura ainsi de longs tubes ou chapelets forés : c'est ce qu'on nomme des vaisseaux. On peut dans plusieurs cas obtenir la démonstration de cette origine des vaisseaux, en traitant ces organes par une dilution d'acide chlorhydrique ou d'acide nitrique. On verra alors qu'ils se partagent en plusieurs portions et à l'endroit où l'on observait des étranglements. Le nombre de cellules n'a pas augmenté ; seule la forme a subi une modification.
On n'arrive pas toujours facilement à trouver les extrémités des vaisseaux, certaines plantes les ayant trèslongs; ainsi dans les joncs comme dans les bambous, ils s'étendent dans tout l'espace compris entre deux nœuds subséquents, dimensions atteignant plus d'un mètre chez ces derniers. Dans le chaume du blé, l'intérieur tubuléest entouré d'un faisceau de vaisseaux.
Fig. 1S. — VaisseiuK imparfiita i!e la Balsamine ( Battamina Horlentù) x BO.EitrémlLéienpointeappiiquées l'une contre l'autre.
Fig. 16. — Fragment de chaume do Blé coupé transversalement
Lorsqu'une coupe transvarsale a été pratiquée dans un tissu vasculaire, c'est-à-dire uniquement composé de vaisseaux, la section donne de petits trous ronds, bien délimités, tandis que, dans le sens longitudinal, le fil du bois présente une infinité de petites lignes parallèles. Aussi le bois coupé ou scié transversalement n'a jamais, dans les différentes applications aux arts, le poli et l'aspect brillant de celui qui est travaillé dans le sens vertical de croissance et par conséquent celui des vaisseaux.
CARACTÈRES PRINCIPAUX DU TISSU DES PLANTES. M Si le micrographe désire faire paraître les vaisseaux d'une façon nette et ostensible, il a besoin de recourir
ù l'injection. Elle consiste à laisser séjourner le tissu végétal découpé dans une solution colorée, afin qu'imprégnée d'une matière étrangère, les caractères soient mieux mis en évidence; les parties qui ont absorbé le liquide rouge ou bleu, couleurs dont on fait
le plus usage, sont mieux visibles. Cer- fi S . a. - Tiiimai taines injections offrent quelquefois un "? léa ' aspect général à l'œil, quand le sujet traité se prête à ce subterfuge, d'un emploi très-fréquent dans l'étude des tissus des animaux.
Fig. i8- — Vaisseaui ponctués e( alternes Fig. 19- — Vaiaseam ilriéi ds dusapin,aTecgranulationsinterstiliellcs. d'If avec granules.
Les vaisseaux provenant des cellules, on doit observer sur eux tous les dessins qu'on rencontre sur celles-ci. Les botanistes leur donnent cinq dénominations principales : annelés, spiraux, réticulés, ponctués et spiro-
aiinelés. De patients chercheurs ont établi des distinctions entre chacun d'eux. Les anneaux sont disposés comme les nœuds d'un roseau ou d'un bambou microscopique; chacun d'eux établit une solution de continuité. Les vaisseaux spiraux sont aussi appelés trachées, dénomination la plus usuelle, basée sur leur ressemblance avec les tubes respiratoires des insectes. Ils ont autour du cylindre principal une fibre assez résistante pour pouvoir être déroulée. Ce ligament retient encore après la cassure les deux parties d'une tige brisée. L'opération délicate du dévidage se pratique sous le microscope, après macération dans une solution acidulée, en fixant une extrémité de la trachée , et pendant qu'on prend avec une pince fine le bout de fibre désagrégée par l'action de l'acide. Les vaisseaux réticulés ont une structure plus compliquée, étant enveloppés d'une sorte de réseau assez irrégulier de nervures soudées ensemble , présentant des dessins curieux par leur complication.
Lorsque les raies sont d'inégale " longueur et que le vaisseau es 1 .
Fit. it>. — Vnisseiui scsla- . ,. ,
riformea du pterù aqui- prismatique, on le nomme scad-ÛÛ d« «."«"(à*»™"" lari f orme i en forme d'échelle. Ils sont aussi couverts de petits points en relief, quelquefois assez épais. La spirale entrecoupée par les anneaux également distancés, constituant le vaisseau spiro-annelé, n'est pas déroulablc comme dam le cas précité ; elle adhère plus intimement. M existe encore des vaisseaux cribriformes, consistant en tubes
CARACTÈRES PRINCIPAUX DU TISSU DES PLANTES. 37 offrant des espaces plus ou moins circulaires, dans lesquels se voient un grand nombre de petites ouvertures, donnant ainsi à chaque espace la forme d'un tamis. Si l'on voulait épuiser l'étude de toutes les capricieuses
V\g. ÎS. - Ta»a compose. V. Vaisseau) cloisonnés. Coupe diamétrale da Platane (P/o(ohuj accidtntaliê) x ill.
Fig. St. — PoncWations lenticulaires des vaisseaux du Sapin X 300.
Fig. S5. - Tissu da la lige du Maïs.
f. Fibres et .aisseau i traversant la masse cellulaire, f, c. Fibres el »aisse.au i formant un fascicule, c. Cellules sphérinues.
contestures affectées par ces organes, on en découvrirait beaucoup encore en dehors des classifications reconnues.
Les différentes parties de la plante se groupent sous l'action d'une puissance invisible, selon les fonctions
36 LES PUNIES ÉTUDIÉES AU HlCItOSCOl'E.
qu'elles ont à remplir. Si elle n'était composée que de cellules, elle manquerait de fermeté, les vaisseaux seuls ne lui donneraient qu'une rigidité sans liaison, elle ne serait pas capable de se prêter à la moindre flexion sous le souffle du vent. Les fibres remédient à cet inconvénient, en étendant dans toute son économie un système squeletlaire presque aussi admirablement organisé que chez les animaux. Dans la section longitudinale de
Fig. !l. — Coupe transversale de bois de Chine x 60. Tissu insculatre irrégulier cl dense.
presque toutes les plantes phanérogames, on remarque des faisceaux filamenteux se séparant quelquefois au contact de l'eau ; ce sont des fibres, sortes de vaisseaux composés, que certains micrographes ont voulu considérer comme des cellules d'une petitesse extrême. Leur ensemble forme une couche dans le sens longitudinal : c'est le fil du bois ou tissu ligneux, offrant un haut degré de cohésion des molécules. Presque sans consistance dans les humbles plantes comme les graminées,
il devient très-dur dans quelques organisations ; ainsi dans l'ivoire végétal (Phyteiephas maerocarpa), le tissu imperméable aux liquides est composé de fibres serrées, sans apparence de vaisseaux ni de cellules.
Certaines plantes, nous le répétons, croissent avec une si grande rapidité qu'il faut supposer qu'une quantité prodigieuse d'organes élémentaires nouveaux peut être créée dans un espace de temps relativement très-
Fig. S5. — Coupe transversale de bais de Sapin x 60. Ti.-su vssculaire régulier el spongieui.
court. VAchillia proliféra pousse d'une manière trèssensible, puisque en peu de temps, en quelques heures, la graine se transforme en plante parfaite. Les jeunes pousses de Bambou s'élèvent de plusieurs centimètres dans l'espace d'une journée. Comment ce phénomène se produit-il ? Les idées des commentateurs se sont longuement étendues sur celte question. Les corpuscules de la plante ne restent jamais isolés entre eux ; il s'établit une sorte d'harmonie rhythmée dans toutes leurs fonctions. Des cellules nouvelles sont engendrées par celles qui existent déjà, pendant que d'autres semblent naître spontanément au sein du liquide intercellulaire.
Ces éléments sont groupés et maintenus par les lois intransgressables, par un 'procédé d'édification simple et puissant cjui se retrouve partout dans l'œuvre de la création.
Il serait inutile de chercher à surprendre le secret de la multiplication des éléments, en examinant sur le microscope une coupe d'organe compliqué. On fera mieux d'avoir recours à l'étude des éléments isolés. Tout le monde sait que, pendant l'hiver et les temps humides, le bas des murs, lécorce des arbres, les pierres sont
recouverts d'une couche verdàtre de f - c o'^\ moisissures. C'est une plante unicel- •o<5*© ; lulaire, ou plutôt toute une famille de ' plantes moitié terrestres, moitié aqual c ;i/b^c^ tiques, qui jouit de la propriété de se
développer avec une grande rapidité,
¥, ^X^i7lT' q uoi que seulement composées d'une
seule et unique cellule. Qu'on choisisse quelque spécimen de ce Lepra Botryoides, qu'on le mette sur le porte-objet, et on verra, si l'attention est soutenue, la multiplication des cellules s'opérer par division.
En envisageant le tissu végétal dans son ensemble, on y rencontre toutes les propriétés nécessaires à l'entretien de la vie : canalisation pour apporter les sucs nécessaires, circulation des matières nutritives, fonctions séparées concourant à l'ensemble d'un développement dont la formule nous échappe. Tout y est vivant. Mais tout cela peut se ramener à la cellule:molécule des corps inertes et remplacée ici par la cellule douée d'une existence propre , quoique léthargique. La plante ainsi considérée ne meurt jamais. Née de la
graine , elle produit une graine susceptible d'engendrer une semblable plante ayant une même organisation, et c'est toujours la même cellule qui se multiplie, engendrant successivement tous les descendants d'un même végétal.
Le laboratoire de la nature. — Le suc cellulaire. — L'analyse chimique. — Gaz dans les plantes. — Effets de l'émanation. — L'amidon est la plus importante des substances contenues dans les cellules. — Observation au moyen de la lumière polarisée. — Gomme. — Caoutchouc. — Résine. — Gomment s'allument les incendies des forêts. — Multiplicité des matières organiques qui résultent de l'élaboration végétale. — Sels. — Sels polarisants au microscope. — Cristaux. — Glaçons dans l'intérieur des cellules.
L'organisme des plantes, si compliqué quand on le voit au microscope, est entretenu et transformé par une suite de phénomènes chimiques autrement merveilleux que ceux qu'obtiennent nos plus habiles manipulateurs, et qui ont jusqu'ici échappé aux recherches des savants. S'ils ont éclairé plusieurs questions, s'ils ont fait quelques découvertes, ils sont restés le plus souvent dans les nuages des suppositions. La chimie telle que nous la pratiquons n'élucide pas plus les phénomènes vitaux que le système de l'antiquité qui expliquait la formation des mondes par le choc des atomes. L'élaboration si régulière des sucs végétaux est une création chimique et non pas une combinaison. Ainsi
chaque cellule devient un laboratoire en miniature d'une matière particulière à la plante ; dans la pomme de terre la fécule se produit spontanément par absorption de sucs particuliers puisés dans la même terre qui contiendra les principes nécessaires à la formation d'un arbre de grande taille. Ces deux végétaux dissemblables absorberont au moyen de leurs racines, qu'on serait tenté de regarder comme intelligentes, les éléments propres à chacun d'eux. Les cellules deviennent par leur concours simultané les ouvrières manipulatrices inconscientes d'un produit de sécrétion, comme dans une ruche toutes les abeilles viennent apporter leur contingent au gâteau de miel.
Le contenu des cellules acquiert souvent une importance de premier ordre pour l'homme, puisqu'il devient un produit alimentaire ou utilisable par l'industrie , dans un grand nombre d'occasions. Mais le suc de la plupart des végétaux n'est qu'un liquide incolore, n'ayant aucune propriété applicable ; il est habituellement nommé suc cellulaire, nom assez vague qui ne fait rien préjuger de sa nature et de sa composition. On peut en extraire des matières extrêmement diverses, et aussi variées que le nombre des plantes : huiles, gommes, sucres, matières visqueuses, protoplasma tiques, etc. On y trouve en outre des matières solides et inorganiques. Enfin, ce suc dépose une substance à l'intérieur de la membrane cellulaire et augmente ainsi son épaisseur.
La chimie démontre par l'emploi de réactifs que les couches de cellulose (ou ensemble des produits contenus dans les cellules) sont généralement azotées et de composition ternaire. Les expériences conduites par Payen ont démontré les analogies et les différences
entre la fécule et la cellulose, deux principes qui jouent un rôle bien important dans l'organisation végétale, le premier dans les graines et le second dans les tissus. Il s'est servi comme réactif de l'oxyde ammoniacal. Les expériences ont encore laissé à l'état de problème la composition des lames concentriques dont l'ensemble constitue les granulations de l'amidon ; on se demande si elles ne seraient point elles-mêmes formées
de cellulose, ainsi que tendaient à le rendre probable les expériences de Nœgeli, de Munich.
En résumé, on proposerait de confondre ces deux principes sous une seule et même dénomination, ce qui ne résoudrait pas grandchose.
Nous avons vu que le tissu cellulaire avait des méats ou vides interstitiels dus à diverses causes, entre autres l'expansion.
Fig. 27 - Méats dans les cei- Lorsque, sous l'influence du tra-
lules épaisses du Bertholletia. * . , ,
vail de la végétation, les matières contenues dans les cellules dégagent des gaz, ils remplissent ces petites cavités.
Les cellules de l'épiderme, de la moelle et de Fécorce qui sont privées de vie renferment de l'air. Sous le microscope, elles sont incolores, transparentes au milieu. Celles qui contiennent un liquide offrent au contraire une transparence à peu près égale dans toute leur étendue. Suivant Dutrochet, c'est à la présence de l'air dans les cellules qu'il faut attribuer la couleur blanche d'un grand nombre de pétales.
Notre odorat est frappé par les gaz qui se dégagent spontanément des plantes et spécialement des fleurs. Quelques-uns sont agréables, hygiéniques; d'autres pernicieux. Tout le monde àait que le lilas, par exemple, répand de l'acide carbonique en assez grande quantité pour que l'asphyxie s'ensuive , si on en conserve un bouquet dans une chambre où l'on passerait la nuit. Des voyageurs rapportent que, dans les forêts tropicales, les émanations de certains arbres, comme le mancenillier, sont funestes à ceux qui s'endorment sous son ombrage. La parfumerie fait usage des propriétés d'évaporation de certaines fleurs pour imprégner les pommades de ces odeurs, en plaçant des châssis enduits de graisse au-dessus d'une couche de plantes aromatiques. Nous voyons dans l'âtre de la cheminée une preuve évidente de l'emprisonnement de gaz dans le bois de chauffage; sous l'influence de la chaleur, il se dilate et s'échappe en flamme vive , faisant entendre un petit bruit strident. Au nombre des curieuses expériences auxquelles donne lieu l'organisation cellulaire de certaines plantes, on peut citer celle de la Fraxinelle (Dietamus albus L.) ; lorsque, le soir, par un temps chaud et calme, l'odeur de l'huile essentielle contenue dans les poils des fleurs devient intense, l'on approche une bougie allumée, il se produit aussitôt une légère détonation, suivie de l'apparition d'une auréole bleue, qui voltige au-dessus de la plante, comme un feu follet, pendant quelques secondes; malgré cette incandescence, elle reste intacte, le principe gazeux combustible contenu dans les nombreux poils de la surface ayant ici une fonction d'excrétion. Dire la nature des gaz contenus dans les diverses cellules des plantes
gérait long et fastidieux, et, en certains cas, fort difficile ; car, pour beaucoup, l'analyse chimique est jusqu'à ce jour restée muette.
Parmi les substances élaborées par les phénomènes de la végétation, il n'en est aucune qui ait une utilité
comparable à celle de Yamidon ou fécule amylacée, vulgairement appelée fécule. Elle entre pour une part considérable dans l'alimentation végétale de l'homme et des animaux ; elle est tellement répandue, qu'on aurait de la peine à citer une plante où il ne s'en trouve dans l'une ou l'autre de ses parties. Les
Fis. 28. — Différentes cellules i j> «j *
Sefécuie x 150. i.Farinede granules d amidon varient sui-
légumineuse. f. Farine de van t l es plantes auxquelles ils
froment, p. Farine de pomme r
déterre. appartiennent, ce qui permet
à un œil exercé de reconnaître avec le secours du microscope les falsifications nombreuses qui altèrent les substances farineuses. En déchirant une cellule de pomme de terre, on met en liberté les petits grains d'amidon qui étaient fixés à l'intérieur. Chacun offre l'aspect d'un petit corps ovoïde mal délimité, marqué de lignes courbes excentriques ; le centre est accusé par un point nommé hile. L'amidon du blé est un ovoïde beaucoup plus régulier, plat et lenticulaire; celui des légumineuses, comme le haricot, est percé au milieu d'une cavité irrégulière et éclatée.
On reconnaît la présence de l'amidon en immergeant le fragment de pulpe où l'on veut le découvrir
dans une solution d'iode ; si le liquide devient bleuviolet, il s'y trouve de la fécule. Les micrographes reconnaissent beaucoup plus sûrement la présence de l'iode par l'emploi de la lumière polarisée, effet qui s'obtient en faisant traverser la préparation par les rayons lumineux sortant de deux prismes qui décomposent la lumière. Ainsi éclairé, chaque grain d'amidon présente une croix noire ou légèrement colorée, dont les deux branches se coupent toujours dans le hile ; elle désigne les deux sens suivant lesquels la lumière polarisée incidente peut se transmettre à travers chaque grain, sans éprouver de dérangement dans le sens primitif de sa polarisation. Quand cette expérience est bien faite, elle présente des caractères très-curieux. Elle permette mesurer plus facilement le diamètre des grains, dont voici quelques exemples.
Arrow-root = m *AÂ0.
Pomme de terre . . = œm ,t45.
Lentille = 0»»,067.
Haricot = 0°» m ,063.
Blé = 0—.050.
Millet = mM .010.
Une substance sur laquelle on n'a que des connaissances peu étendues et enveloppées d'obscurité, c'est la gomme. La gomme arabique se concrète à la surface de petits arbres spontanés de l'Afrique intertropicale, appartenant au genre Acacia ; la gomme, dite de pays, sort du tronc de nos arbres fruitiers à noyau ; la gomme adragante, qui vient de Bassora, se recueille sur YAstragalus, petit arbuste de la famille des légumineuses-papilionacées. M. Decaisne a démontré que la production coïncide avec l'époque de fermentation de
la partie ligneuse et qu'elle se fait à ses dépens; citons comme exemple le prunier. Selon d'autres observateurs, certaines espèces, telle que la gomme adragante, résulteraient d'une transformation particulière que subissent les parois des cellules de la moelle et des rayons médullaires. Quoi qu'il en soit, le commerce de la gomme est une des branches de commerce les plus importantes d'Afrique, et notamment du Sénégal.
Beaucoup de matières appliquées aujourd'hui aux besoins que s'est créés la civilisation, sont des produits végétaux. Ainsi, le caoutchouc, grâce auquel on peut établir des câbles sous-marins qui transmettent la pensée sous les flots de l'Océan, fournit une gomme laiteuse, un latex qui se concrète à l'air, brunit et devient résistant. On le recueille en pratiquant une entaille dans la tige de l'arbre, à l'ouverture de laquelle on dispose un moule où se dépose le produit du suintement.
La résine se recueille en quantité énorme dans les forêts de sapins ; cette sécrétion s'obtient en saignant les arbres. On donne un coup de hache dans le pied et on introduit dans la fente ainsi pratiquée une petite | feuille de zinc, destinée à faire office de gouttière ; un pot situé au-dessous reçoit la résine. Cette substance, éminemment combustible, a souvent été cause de grands incendies. Un observateur a émis l'opinion que la cause des combustions soi-disant spontanées résidait I dans les gouttelettes de résine qui, agissant comme de petites lentilles, quand le soleil était dirigé dans un certain sens, provoquaient l'inflammation, ainsi qu'on peut la reproduire pratiquement avec une lentille de verre. L'idée est ingénieuse et n'est pas invraisemblable.
11 semble que ceux qui ont prétendu que « tout était
dans tout » peuvent avoir raison alors qu'on envisage l'immense fécondité d'élaboration des plantes et la variété des produits organiques et inorganiques élaborés par leur partie essentiellement constitutive. Souvent ces produits sont trahis par quelque caractère propre bien remarquable : la Glaciale (Mesembryanthemum cristallinum) est une plante herbacée couverte de gouttelettes d'eau en apparence glacée ; ce fait étrange frappe singulièrement le voyageur qui se trouve pour la première fois en présence de feuilles couvertes de cristaux* de glace, sous le beau soleil des tropiques. Il est dû au développement monstrueux de toutes les cellules superficielles remplies d'un liquide aqueux incolore, sécrété par la plante. La manne en larmes usitée dans la médecine comme purgatif se récolte sur le Fraxinus ormus; le mélèze donne la manne de Briançon. Le sucre s'extrait de la canne à sucre (Saccharum officinarum L.), sorte de roseau cultivé dans les pays chauds ; on récolte aussi un sucre de qualité secondaire dans l'Amérique septentrionale sur l'érable à sucre. L'arbre à lait [Galactodèndron utile) donne un précieux aliment aux habitants de la Guyane. L'arbre à beurre (Pentadesma butyracea), qui pousse sur les bords du Niger, contient une substance grasse, épaisse et jaune, en tout semblable à celle que l'on obtient du lait des animaux. Le camphrier (Laurus camphora) donne le camphre que l'on extrait par distillation des feuilles.
L'arbre à cire (Myrica cerifera) possède dans les cellules voisines de l écorce une cire presque analogue à celle des abeilles; elle est l'objet d'un certain commerce aux Indes anglaises, où elle est utilisée aux
mêmes usages que cette dernière. On extrait de la paille une sorte de cire formant un corps solide, blanc, insoluble dans l'eau, aisément soluble dans l'alcool et l'éther; elle se présente en petites paillettes ou écailles nacrées douces au toucher. (M. Radziszewski.)
Dans un autre ordre d'idées, nous trouvons parmi les sucs des végétaux des principes alimentaires agréables,
Fig. Î9. — Coupe transiersale de l'Arbre à cire [Hgrica cerifera) x 80. A. Système cortical. B. Cellule) intermédiaires. C. Cellules contenant la cire élaborée. C. Cellules contenant de la cire à l'élat granuleux.
tels que le thé, le café, le chocolat et beaucoup d'autres.
Parmi ces sucs, élaborés par les cellules, pour toutes et par toutes, qui se constituent ainsi de par la nature en société coopérative, un certain nombre appartiennent au règne inorganique ; par exemple, les sela acides. Comme preuve qu'ils existent dans les plantes, on peut citer l'oxydation qui se manifeste sur la lame d'acier poli avec laquelle on découpe un fruit. Du quinquina on extrait des sels fébrifuges ; de l'oseille, un produit qui détache le linge ; le bois contient l'acide pyroli-
gneux ; la noix de galle, l'acide gallique ; le bois de Panama, un principe alcalin qui sert à enlever les taches.
On emploie certains sels végétaux en micrographie pour faire de jolies expériences sur la polarisation ; au moyen d'une combinaison de prismes, on produit de brillants effets de coloration, variables suivant la manière dont on les dispose. La salicine est un de ceux qui donnent les tons les plus variés, lorsque le degré de concentration est rencontré à propos ; on voit des rosaces multicolores remplies de paillettes brillantes, .diaprées de tous les tons du spectre solaire ; les cristaux s'harmonisent entre eux d'une façon féerique. Cet acide s'obtient par distillation du saule. L'asparagine, qui se tire de même de l'asperge, donne un réseau compliqué de roses cruciformes mêlées à un tissu de granulations réfléchissant la lumière comme des perles. L'acide camphorique présente de beaux nuages rouges. L'acide gallique offre des aiguilles blanchâtres qui, très-multipliées, donnent un caractère fantastique à la préparation par leur enchevêtrement. On en citerait un grand nombre d'autres usités en polarisation microscopique, recherchés pour la production de ce curieux et intéressant phénomène.
Il est facile de comprendre que si les cellules renferment des sels, il peut s'y produire spontanément des cristaux, résultats immédiats de la présence de ceux-ci sous l'influence directe de la chaleur ou d'autres causes concomitantes. Les sels les plus répandus sont : en première ligne, l'oxalatede chaux, et ensuite le carbonate, le tartratc, le sulfate de chaux. Certaines plantes contiennent une telle quantité de sel, qu'elle
surpasse en poids celui même de la plante : ainsi le Chara, qui couvre les eaux douces stagnantes, en sécrète une quantité considérable. LePUocereus sanilis, plante grasse, garnie de longs poils, a en sel huit fois le poids des poils où il est contenu. Le suc cellulaire subit ainsi une modification et durcit le tissu dont il est l'élément.
Pig. 30. — Cristal polyédrique Fig. 31. — Cristaux en aiguilles dans
X ihto (Balsamine.) une cellule de Vigne-vierge (Cissus
quinquefolia) X 300.
Les cristaux nommés Raphides par A. de Candolle diffèrent de composition et de forme, suivant les plantes et les sels qui constituent leur base. L'oxalate de chaux a la propriété de former des cristaux en aiguilles effilées réunies en faisceaux, entièrement libres et indépendantes dans l'intérieur de la cellule ; ils ont la forme d'une pyramide allongée à quatre faces terminant en pointe. La vigne vierge (Cissus quinquefolia) contient souvent des faisceaux de ces aiguilles. Il est à remarquer que, sortis partiellement, ils laissent leur extrémité aiguë se produire à l'extérieur à travers une cavité. Aussi existent-ils plus communément près des lacunes situées dans l'intérieur du tissu cellulaire, comme dans le Colocasia odora. Ils se présentent aussi fréquemment sous la forme de parallélipipède, comme dans la pelure de
MATIÈRES REHFEHÎ1ÉES DANS LES CELLULES. 53 l'oignon commun ; ils sont logés sans régularité entre deux membranes épidcrmiques. On les rencontre aussi dans l'intérieur des cellules du Cactus ; un seul par cellule, rarement deux. Les cristaux se trouvent abondamment dans les Balsamines, les Rubiacées, les Onagrariées, et beaucoup d'autres Monocotylédones. Le carbonate de chaux existe aussi cristallisé, mais à l'état
Plg. St. — C, C, C. Cellules renfermai!! Fig. 53. - Ctistaui de l'epidarma <le* eritUm répartii amour d une la- de l'Oignon x 300, logé* entra cune interne du Colacaaia adora les feuilles de la pelure. Brogn. x 30.
amorphe, sur l'épiderme des prèles (Equisetum), des bambous, où il se dépose en couches résistantes. La surface des roseaux, des rotins, doit son brillant à ces dépôts naturels. Outre les cristaux proprement dits, possédant des caractères géométriques, il existe des corps particuliers amorphes dans les orties, dans les feuilles du caoutchouc, danslehois fossile et plusieurs autres plantes.
Les cellules contiennent aussi, à certains moments du printemps ou de l'automne, de petits glaçons provenant du saisissement du froid au moment de la pleine végétation. La formation, au milieu de tissus vivants, de lacunes où se déposent les amas de glace, ne cause pas d'ordi-
M LES PLANTES ÉTUDIÉES AU MCnOSCOPB.
naire de dommages notables aux plantes. On trouve des lacunes très-grandes et très nombreuses dans les espèces qui résistent à la gelée. « Quand on examine, dit M. Prilleux, les parties encore tendres et succulentes
Fis. 34. — C. Crjsuui couleniis dons les cellule* du Cactus. V.
VibMMX spiram X 150.
Fig. 35. — Bois fossile x B9. Cri*lil- ILsaiion du suc cellulaire. Tige d'arbre de la famille de> Térébeu- Irdoéw.
des plantes, telles que les pétioles des fleurs, les jeunes pousses et les tiges herbacées qui sont restées exposées à un froid d'au moins deux ou trois degrés au-dessous de zéro, on y reconnaît facilement la présence de gros glaçons, situés au milieu du tissu cellulaire, le plus souvent près de la surface, parfois plus profondément dans le parenchyme cortical, très-souvent aussi dans la moelle. Si l'on examine par la gelée un pétiole de violette, de consoude ou de chélïdoine, on remarque qu'il est gonflé d'une façon inaccoutumée ; si l'on enlève l'épidémie, on voit qu'aux gonflements correspondent de grandes masses de glace et que ce sont elles qui font saillie en soulevant l'épidémie. »
La palette de la végétation. — La chlorophylle. — Mouvement des grains de chlorophylle. — Pas de couleur sans lumière. — La chimie en explique le motif. — Une exception en faveur d'un rosier. — Discussion du fait. — Mouchetures et panachures. — Médication des plantes. — On peut changer la variété de leurs nuances. — Le blanc des fleurs. — Suc blanc dans les feuilles vertes.
Qui peut être insensible à toutes les beautés des végétaux, à la majesté de leurs formes, à la richesse de leur coloris, à 1 harmonie de leurs tons? Ce ne serait pas sans exactitude qu'on affirmerait que toutes les couleurs du spectre, toute la gamme des teintes données par le rayon de soleil qui traverse le prisme, existent dans les innombrables plantes dont la terre est si gracieusement parée. Combien d'emprunts ont été faits par les arts industriels aux gracieuses couleurs des fleurs ! L'artiste s'inspire des tons chatoyants des fleurs et des feuillages délicats, pour donner tout leur éclat aux étoffes des plus élégantes toilettes. L'iris emprunte à l'arc-en-ciel son nom et ses couleurs ; la rose est le décor le plus . charmant de nos parterres ; les fuchsias aux clochettes
écarlates forment des massifs resplendissants; les orchidées prodiguent leurs fleurs multicolores dans les vastes solitudes où la végétation tropicale déploie son caractère grandiose. Le séduisant tableau qu'offrent les jardins aux premiers effluves printaniers est dominé par le vert, teinte répandue à profusion dans
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Fig. 36. — Chlorophylle x 400.