‹ Les plantes fossilesChapitre 32 sur 68 · II. Hypothèse de la formation de la houille par le · texte numérisé non relu

II. Hypothèse de la formation de la houille par le

PASSAGE successif DES VÉGÉTAUX A l'ÉTAT DE TOURBE, LIGNITE, HOUILLE, ANTHRACITE.

La place occupée dans les terrains sédimentaires par les tourbes, les lignites, la houille et l'anthracite, la structure organique que l'on trouve de moins en moins distincte, à mesure que l'on passe de l'un de ces combustibles au plus ancien, ont fait émettre l'opinion rappelée plus haut,

savoir, que la matière végétale, éprouvant sous l'action prolongée de la chaleur et de Thumidité une altération de plus en plus grande, passait successivement par ces divers états, dont la composition est indiquée dans le tableau suivant.

Amidon Cellulose. .

Vasculose. •.

Tourbe . .

Lignite . .

A. Ulmique.

Ulmine. . .

Houille . .

Anthracite .

A\* coite cendres densité

En comparant cts chiffres entre eux, on voit que la quantité d'hydrogène diminue dans des proportions assez notables, que le poids du carbone augmente au contraire assez rapidement, tandis que celui de l'oxygène diminue.

On en a conclu que dans les premières transformations des matières organiques végétales, c'était d'abord de l'hydrogène protocarboné qui

* Uazote, le phosphore que l'on trouve toujours dans les houilles proviennent vraisemblablement du protoplasma, des spores, du pollen, des graines que Ton reconnaît en abondance dans la houille.

se dégageait, et puis plus tard de Tacide carbonique.

Non seulement il est impossible d'indiquer actuellement par quelles opérations ces transformations se sont effectuées, et de les représenter par des formules chimiques, mais le problème restera peutêtre encore longtemps insoluble; en effet, la houille est un produit essentiellement complexe qui provient de l'altération des tissus divers, appartenant aux plantes les plus variées ; il est impossible que la dissemblance d'origine n'ait pas amené, même dans des conditions identiques de milieu et de traitement, des différences physiques et chimiques dans les produits définitifs ; certains procédés que nous avons indiqués plus haut pour la préparation des plantes houillifîées montrent, en effet, qu'un même orgagne, une feuille, par exemple, renferme de la houille à divers états, bien que cette feuille ait été soumise dans toutes ses parties aux mêmes causes d'altération ; nous reviendrons, du reste, sur cette question.

De l'impossibilité où l'on est maintenant de traduire par des formules chimiques les réactions qui auraient fait passer la cellulose à l'état d'anthracite, en devenant successivement lignite et Bouille, on ne peut conclure que ces états intermédiaires n'ont pas été franchis par les matières végétales en voie de transformation; les analyses que nous avons rappelées plus haut ne représentent

en effet que des moyennes de composition, se rapportant à une transformation en bloc d'organes divers, de plantes variées, et il serait bien extraordinaire que ces moyennes pussent s'accorder avec les transformations subies par un produit bien défini comme la cellulose.

Du reste, la présence constante et notable de l'azote, celle du phosphore, dans les lignites, la houille et l'anthracite montrent que des produits nombreux autres que le squelette organique des plantes ont dû concourir à la formation de la houille.

Pour résoudre une partie du problème et soumettre l'hypothèse de ces transformations successives à une sorte de vérification chimique, il faudrait faire porter l'analyse sur le bois d'une même plante prise aux différentes phases indiquées ; malheureusement il n'existe pas de plante actuellement vivante remontant à l'âge de la houille et pouvant se trouver à ces divers états ; cependant, si l'on remarque que le bois homogène sans conduits résineux de certaines conifères varie assez peu dans sa composition, qu'il se rencontre dans les tourbières, qu'il se trouve à l'état de lignite, et que certaines plantes houillères, comme les.Cordaïtes dont on voit les troncs nombreux isolés dans la houille ou dans les schistes, permettent de continuer l'investigation, il semble que le problème pourrait être abordé et en partie résolu par les chimistes.

Toutefois, en attendant ces recherches intéressantes, nous ferons les remarques suivantes : L'anthracite ne se rencontre pas uniquement dans le terrain houiller inférieur, mais on en trouve dans le terrain houiller moyen et supérieur; la houille elle-même se rencontre assez abondamment dans les terrains secondaires ; de plus, il semble résulter des observations suivantes que les matières végétales une fois transformées en lignite, houille, etc., si elles sont garanties contre l'action de l'air et celle d'eaux minérales par des couches de terrain assez épaisses et assez imperméables, conservent la composition chimique qu'elles avaient atteintes avant leur enfouissement.

On sait que les terrains houillers de Commentry, de Bézenet, de Swansca, de Montchanin, renferment dans des bancs de grès, ou de grès argileux, souvent même dans les couches du combustible, une assez grande quantité de gravier de houille.

Quelquefois les fragments présentent une cassure analogue à celle de la houille ordinaire, avec des angles encore vifs indiquant qu'ils n'ont pas été roulés ; le grès ou l'argile en a pris exactement les détails de surface, que l'on retrouve en creux dans la gangue; d'autres fois, ces fragments présentent l'aspect de véritables galets ou de cailloux roulés.

Ces cailloux de houille n'ont pas été déformés

SOUS la pression des grès environnants, ils n'ont pas subi de retrait depuis leur enfouissement et la solidification de la gangue, car leur surface est en contact avec la surface interne de leur moule ; tout porte à croire qu'ils ont été arrachés de bancs houillers préexistants et déposés, possédant déjà leur dureté et leur volume définitifs, en même temps que les argiles et les sables dans lesquels ils sont enclavés.

Il était intéressant de rechercher l'âge auquel on ► pouvait rapporter la houillification des plantes contenues dans ces fragments, évidemment plus anciens que ceux égalements isolés, auxquels nous avons fait allusion plus haut et qui, représentant des troncs presque complets de végétaux, n'ont pu être transportés tels, à cause de leurs dimensions et de la fragilité de la houille /a/Ve.

Par quelques-unes de leurs propriétés physiques, les cailloux de houille diffèrent de ces fragments isolés plus récents, et de la houille ordinaire du gisement de Commentry. Ils sont moins compacts, leur densité est plus faible, une mince couche d'eau déposée à la surface est promptement absorbée, ce qui indique une plus grande porosité ; leur cassure est mate, ils sont rayés par la houille brillante et se laissent couper plus facilement avec le rasoir.

Sur une cassure fraîche on reconnaît à la loupe, ou au microscope, qu'ils sont formés les uns de

houille ordinaire, c'est-à-dire, composés de lames d'épaisseur variable, brillantes et ternes, avec ou sans traces extérieures d'organisation; les autres, de morceaux de bois divers à structure conservée. Réduits en lames minces et transparentes, ces derniers nous ont offert l'organisation des bois àiArthropitus, de Cordaïtes, de Calamodendron et de branches à'Aulacopteris, c'est-à-dire, de plantes ligneuses et arborescentes, que l'on rencontre communément dans le terrain houiller de Commentry à l'état d'empreinte ou de charbon.

Dans un grand nombre d'échantillons, la diminution de volume des trachéides est moins grande que celle que nous avons observée sur les mêmes organes des genres correspondants, mais non remaniés. La quantité d'hydrogène et d'oxygène qu'ils renferment est plus grande et les rapproche un peu des lignites.

On ne peut attribuer ces différences à la nature des plantes transformées en houille, puisque nous venons de voir que ce sont les mêmes qui se trouvent de part et d'autre.

Le temps n'y est pour rien non plus, puisque, d'après les idées reçues, ayant été enfouis plus longtemps, la houillification devrait être plus complète, et c'est le contraire qui a lieu. La gangue ne peut pas davantage avoir eu quelque influence, puisque c'est la même de part et d'autre.

Si l'on admet : i° que les débris végétaux s' al-

tèrent de plus en plus par la macération dans l'eau ordinaire, dans certaines eaux minérales et en présence d'organismes microscopiques qui vivent à leurs dépens ;

2° Qu'à partir de leur enfouissement dans des couches d'argiles et de sables suffisamment épaisses, leur composition chimique ne varie pas sensiblement ;

3° Que les changements importants qui se produisent à partir de ce moment ne portent guère que sur les propriétés physiques, à la suite du départ de l'eau d'hydratation et de la compression dans un milieu absorbant, on arrive à se rendre compte assez facilement de ce qui s'est passé.

En effet, lorsque, par suite de l'altération indiquée, la matière végétale eut été amenée, sans grand changement de volume d'ailleurs, à présenter la composition chimique que nous constatons dans la houille moins avancée des galets, elle fut une première fois recouverte de sables ou d'argile et protégée contre une destruction plus profonde ; peu à peu, perdant son eau d'hydratation et diminuant de volume sous la pression, elle acquit les propriétés physiques que nous lui reconnaissons.

Plus tard, cette première région du bassin de Commentry ayant été ravinée, la houille fut arrachée par fragments de son gisement primitif, ceux-ci furent roulés pendant quelque temps, par-

fois brisés, de nouveau recouverts, et cela en même temps que les plantes plus avancées en décomposition (en raison d'une macération plus prolongée), que nous rencontrons au même niveau ; protégés comme ces dernières contre une altération ultérieure, nous les retrouvons actuellement moins avancés en houillification, malgré leur origine plus ancienne, que les autres débris transformés en houille après eux, mais plus profondément altérés lors de leur enfouissement.

Il est encore quelques conséquences importantes qui découlent de l'existence de ces galets de houille.

1° Un même bassin houiller peut renfermer dans une même couche de la houille ou des fragments de houille d'âges différents.

2° Son contour a pu se modifier beaucoup, grâce aux ravinements produits par les cours d'eau qui transportaient les parties' anciennes dans les régions plus basses en voie de formation.

3° Enfin, puisque les grès et les schistes plus récents d'un même bassin peuvent contenir de la houille plus ancienne, mais formée par les mêmes espèces de plantes que l'on trouve à ce niveau plus récent, il faut admettre que la transformation en houille des tissus végétaux a été relativement rapide et loin d'exiger un temps énorme, comme on est porté généralement à le croire.

Si donc les lignites ne sont pas devenus et ne deviennent pas de la houille, si la houille ne s'est

pas transformée en anthracite, ce ne serait pas le temps qui aurait fait défaut, mais les conditions çlimatériques et le milieu.

Il ne faudrait pas cependant conclure, de ce que les plantes à l'état de lignite ont conservé ce dernier état, qu'à l'époque où la houille se formait, la production des lignites était impossible ; nous nous sommes déjà expliqué ailleurs à ce sujet, mais nous ajouterons ici quelques remarques.

Nous croyons que les gisements silicifiés ou carbonates qui offrent une certaine étendue et une épaisseur suffisante nous ont conservé l'état à peu près fidèle du fond des lacs ou des lagunes où s'effectuait la houillification.

Certaines de ces lagunes, situées dans le voisinage de phénomènes géologiques provoquant l'apparition de sources siliceuses ou carbonatées, ont été envahies par ces eaux minérales qui ont pétrifié, recouvert et conservé les débris qui s'y trouvaient dans l'état même d'altération qu'ils avaient atteint.

On ne peut nier, en effet, qu'un même fragment de silice renferme des débris de bois et d'écorce, des firagments de racines et de feuilles, etc., inégalement conservés, qu'il ne se trouve des tissus ligneux intacts, .à côté d'autres tissus qui sont comprimés, à peine déterminables ; qu'il y a des organes extrêmement délicats, dont les parties ont conservé leur position primitive, juxtaposés à d'autres qui sont écrasés ; ces déformations, ces

ruptures sont évidemment antérieures à la pétrification, et la silice ou le carbonate de chaux nous ont transmis fidèlement l'ensemble des débris végétaux, tels que ces substances les ont trouvées et minéralisées.

Il n'y a pas de raison pour supposer que la composition chimique des tissus moulés par la silice ait pu varier dans les couches suflisamment éloignées de la surface; en effet, dans les échantillons trouvés sur le sol, exposés à l'air depuis longtemps, une couche de quelques centimètres seulement se montre altérée, plus intérieurement la silice a conservé sa couleur noirâtre produite par la matière organique.

Les fragments détachés de la couche même, ou enfouis sous le sol à une certaine profondeur, ne paraissent pas altérés.

Or, en traitant à froid par un mélange d'acide sulfurique et de chlorate de potasse pulvérisé des fragments siliceux, on remarque que la matière organique disparaît plus rapidement dans certains fragments de bois silicifiés , que, dans d'autres, la houillification était donc inégalement avancée. La combustion se fait beaucoup plus vite dans les bois dont la structure rappelle par le plissement le froissement des éléments, ceux du bois transformé en lignite desséché, que dans d'autres bois qui ne présentent pas cet aspect particulier. Les échantillons silicifiés du culm d'Autun et du Roannais résistent

TOURBE, LIGNITE, ETC. l^J

davantage à raction oxydante des réactifs, rappelant ainsi l'altération plus profonde que les végétaux transformés en anthracite ont subie.

Il résulte de ces remarques que les gisements silicifiés à une certaine distance de leur surface ont dû conserver les débris végétaux dans l'état physique et chimique auquel ces débris se trouvaient, quand ils ont été surpris par la minéralisation, et qu'ils ont pu être conservés, soit à l'état de houille plus ou moins avancée, soit sous celui de fusain ou de lignite.

Entre les différents fragments de plantes silicifiés à structure reconnaissable, on voit très souvent dans les préparations une sorte de poussière végétale sans apparence aucune de structure; la proportion en est variable suivant les échantillons, de sorte que, si l'on supposait un instant que la siUce ne fût pas venue minéraliser l'ensemble de ces débris divers houillifiés, ces derniers, soumis à une pression lente au milieu d'une matière perméable comme des* sables ou des argiles faisant l'office de filtre, auraient perdu leur eau d'hydratation, seraient devenus compacts et brillants par place et présenteraient l'aspect de la houille ordinaire^.

I . On connaît les changements profonds qui se produisent dans le volume, Taspect, la cassure d'un fragment de bois à Tétat de lignite sous Tinfluence seule de la dessiccation àl'air libre.

Nous croyons donc que les échantillons silicifiés nous présentent rét;it des plantes arrivées à des états variés d'altération chimique, dès lors, qui n'ont subi que la première phase de leur transformation. Pour devenir des lignites, de la houille, de l'anthracite, tels que nous connaissons ces substances, il leur manque une compression qui, exécutée dans les conditions que nous avons indiquées, leur communiquerait les propriétés physiques qui caractérisent chacune d'elles.

Nous l'avons dit plus haut, la plupart des analyses d'échantillons de houille ont porté jusqu'ici sur des fragments choisis de manière à donner la composition moyenne de la masse; rarement on s'est préoccupé de choisir des morceaux de bois ou d'écorce d'une même plante déterminée d'avance au moyen de coupes minces et transparentes, afin de renseigner le chimiste sur l'origine unique et sur la pureté absolue de la houille soumise à son analyse. Cette lacune commence à se combler et nous donnons dans le tableau suivant les résultats d'analyses faites sur des portions diverses de plantes préalablement déterminées.

Carbone Hydrogène Oxygène J^oie

(5 échant.) 82,95 4,78 11,39 0,48 (4 — ) 82,84 4,88 11,84 0,44

No I Calamodendron No 2 Cordaïte. . .

No 3 Lepidodendron No 4 Psaronius. .

No 5 Ptychopterîs.

No 6 Megaphyton).

(3 — ) 83,28 4,88 ii,4S 0,39

(M. Carnet).

On le voit par ce tableau, la composition élémentaire des divers échantillons est à peu près la même, et pourtant on avait choisi des plantes très éloignées dans l'échelle botanique ou des parties de plantes très différentes.

Pour les n°^ i et 2, l'analyse a porté uniquement sur le bois; pour le n° 3, seulement sur la partie prosenchymateuse et subérifiée de l'écorce ; on remarque une légère augmentation de carbone, ce qui doit être, vu la richesse en carbone un peu plus grande de la matière organique qui s'est houillifiée.

Pour le n° 4, l'analyse a porté sur les racines et le tissu parenchymateux dans lequel elles descendent le long de la tige. Enfin, pour le n° 6, sur la région de l'écorce formée d'hypoderme et de petites racines qui la traverse, on remarque là encore une légère augmentation du carbone, ce qui était à prévoir.

La composition élémentaire trouvée correspond à peu de chose près à celle de la houille prise dans la grande couche de Commentry.

Carbone

Hydrogène Oxygène et a^pie

Regnault. . .

M. Carnot. . .

5,57 ii>22

Si la composition est presque la même', la manière dont la houille des divers fragments de végétaux se conduit à la distillation est assez différente.

En effet, les plantes déjà citées fournissent les résultats suivants :

Matières Résidu ^ j^

volatiles fixe ,

Calamodendron 3 5 j5 64,7 bien aggloméré

Cordaïte 42,1 57,8 assez boursouflé

Lepidodendron 34>7 $5>3 bien aggloméré

Psaronius 29,4 60,5 un peu boursouflé

Ptychopteris 39,4 60,$ —

Mégaphyton 35,5 64,5 bien aggloméré

Houille de la grande couche. 40,5 59,5 un peu boursouflé

Ces différences dans les proportions de substances volatiles, de résidus fixes et de densité dans le coke obtenu, sont en rapport avec la nature organique primitive des tissus houillifiés. On sait, en effet, que le bois des Calamodendrons est composé de bandes rayonnantes alternativement formées de tissu ligneux et de tissu prosenchymateux à parois résistantes et épaissies, tandis que le bois de Cordaïte, beaucoup moins dense, rappelle celui de certaines conifères actuelles (Araucariées).

Nous avons fait remarquer plus haut que les portions de Lepidodendron analysées appartenaient à la portion subéreuse de l'écorce fortement épaissie et lignifiée.

De même, la région du Mégaphyton soumise à la distillation a été la partie extérieure de Técorce dure formée de fibres hypodermiques et traversée par de petites racines.

Les psaronius, au contraire, étaient représentés

par le mélange de racines et de tissu cellulaire parenchymateux, dans lequel elles descendent, comme on sait, le long de la tige.

Il résulte de ces remarques que Ton peut admettre que les parties d'un végétal originairement dures, compactes, lignifiées profondément, ont fourni un coke aggloméré et relativement moins de matières volatiles, tandis que les tissus plus faiblement lignifiés ou parenchymateux ont donné un coke buUeux, plus ou moins boursouflé et une plus grande quantité de gaz.

L'influence du mode de groupement des éléments dans les tissus primitifs se retrouve donc, même après la houillification, et se manifeste par les différences notables dans les quantités et les propriétés physiques des produits de la distillation.

La composition chimique élémentaire, qui est sensiblement la même pour les échantillons choisis, isolés dans les grès argileux et pour ceux pris au sein même de la grande couche, démontre que la différence de composition du milieu servant de gangue n'a pas eu grande influence sur l'état définitif de la houille, conclusion à laquelle nous étions déjà arrivé en examinant la structure et les propriétés des galets de houille.

On peut se rendre compte de la composition à peu près semblable de la houille produite par des plantes ou des parties de plantes très différentes.

en remarquant que les cellules, les fibres et les vaisseaux, etc., étant formés de cellulose et de quelques-uns de ses isomères, sont arrivés plus ou moins rapidement à une sorte d'état définitif. La différence de composition porte surtout sur le contenu des cellules, canaux gommeux, etc., tels que protoplasma, huiles, résines, amidon, gomme, sucres, acides variés, incrustations diverses.

Après l'action prolongée d'eaux plus ou moins minéralisées et celle d'organismes multiples, les matières solubles ou rendues solubles par la macération ont été enlevées complètement et le squelette organique des diverses plantes amené à une composition centésinale à peu près semblable, représentant les dérivés houillifiés de la cellulose, et de ses isomères ; les débris végétaux ainsi transformés, mais encore résistants et souples, ont été les uns pétrifiés dans les eaux minérales, ou recouverts isolément par les sables et les argiles, les autres entraînés à une certaine distance dans les parties plus profondes du bassin et réunis, ainsi que les détritus qui s'en détachaient, en masses plus ou moins considérables, puis recouverts par les sables et les argiles.

Sous l'influence d'une pression graduelle et d'une dessiccation lente amenée par cette pression même au milieu de couches poreuses et par l'exhaussement du sol, les parois ' des éléments organiques sont arrivées presque au contact, et

peu à peu les propriétés physiques de la houille ont apparu, sans l'intervention du métamorphisme ^

Les végétaux, à ces époques reculées, renfermaient des appareils sécréteurs de gomme et de résine extrêmement nombreux. L'étude anatomique des pétioles de Myéloptéris et de la plupart des autres fougères, dont un grand nombre appartiennent à la famille des Marattiées, chez lesquelles les tissus sont encore actuellement gorgés de substances gommeuses, a montré une abondance remarquable d'organes de sécrétions.

Les tiges et les pétioles des Poroxylées, des Cycadoxylées, des Colpoxylon sont également extrêmement riches en organes de cette nature.

Les Sigillaires elles-mêmes, si nombreuses et si répandues dans toutes les couches du terrain houiller, ont dû sécréter des quantités notables de prioduits résinoïdes.

On connaît, en effet, les deux arcs latéraux qui comprennent sur les cicatrices foliaires des Sigillaires, comme dans une sorte de parenthèse, le faisceau foliaire central.

Dans le Sigillaria spinulosa, ces arcs ont à peine jmra 2 de hauteur et o™™ 5 de largeur sur les

I. Les troncs isolés dans les grès ou les argiles qui leur servent de gangues sont parfaitement houillifiés, et la gangue ne présente aucune trace de métamorphisme.

jeunes tiges. Mais, en vieillissant, Técorce de la plupart des Sigillaires atteignait des dimensions considérables dans tous les sens, les cicatrices laissées par la chute des feuilles disparaissaient, ainsi que la cicatricule du faisceau foliaire; toutefois, les deux arcs latéraux, non seulement ne subissaient pas le même sort, mais prenaient un développement en rapport avec celui de Técorce dans laquelle ils étaient plongés.

L'écorce des Sigillaires prenait alors l'aspect bien connu des écorces désignées- sous le nom de Syringodendron.

Dans cet accroissement, les arcs en question atteignaient une section 300 à 400 fois plus grande, en continuant à s'étendre dans toute l'épaisseur de la partie subéreuse de l'écorce.

Suivant leur longueur, ces organes sont parcourus par de nombreux canaux dirigés parallèlement les uns aux autres..

Ces canaux sont formés d'une gaine de cellules à sections rectangulaires limitant un cylindre qui lui-même est composé de cellules plus petites contenant un résidu brun. Souvent, les cellules de l'axe du cylindre ont été détruites ou résorbées ; il en résulte une sorte de tube continu. Ce sont les orifices ou les extrémités de ces canaux qui produisent les dépressions ponctiformes que l'on remarque à la surface des cicatrices.

On ne peut guère assigner à ces appareils, d'après

leur organisation, d'autre fonction que celle de sécréter, soit des matières gommeuses ou résineuses, soit du tannin, etc.; ce sont donc des appareils sécréteurs importants.

Nous n'avons aucune idée sur l'abondance des produits sécrétés, mais le nombre des appareils répartis sur l'écorce d'une seule Sigillaire étant énorme, on peut légitimement conclure que la quantité devait en être considérable.

On pourrait facilement citer d'autres exemples montrant que la plupart des plantes de la période houillère, favorisées par des conditions spéciales de température et d'humidité, étaient munies de nombreux appareils sécrétant des produits dont les uns venaient au dehors et dont les autres restaient confinés dans les tissus.

Les eaux provenant du lessivage prolongé dé semblables végétaux, chargées de tous les principes solubles ou rendus solubles, gommes, gommes-résines, protoplasma, sucres, etc., etc., ont laissé, après une macération convenable, déposer ces résidus eux-mêmes houillifiés, devenus insolubles, et former çà et là des masses combustibles oflfrant une composition différente de celle résultant du squelette même des plantes, telles que le Cannel'Coal, le Pich-coal, le Boghead, etc.

Des coupes minces faites dans le Cannel-coal de Commentry montrent que cette matière est composée d'une masse amorphe, jaune brun,

tenant épars en suspension des organes de plantes très divers, tels que fragments de feuilles, de Cordaïtes et de Fougères, des microspores, macrospores et grains de pollen, des radicelles, etc., exactement comme l'aurait fait une masse gélatineuse qui, en se coagulant dans un liquide, aurait entraîné avec elle tous les corps solides tombés ou entraînés accidentellement et qui se trouvent en suspension.

Nous donnons fig. 7 (gros. 200/1) une coupe de Cannel-coal de Commentry.

f'g- 7- — Coupe de cannel-coal de Commentry.

En m on distingue nettement une macrospore, en p' un frigmeot d'enveloppe d'une macrospore, en m' une auire macrospore possédant suivant son Equateur une sorte de bourrelet, en / on reconnaît une coupe transversale d'un faisceau vaîculaire, en t" une coupe longitudinale d'une radicelle par-

courue en son centre par un faisceau vasculaire extrêmement grêle, en r un faisceau vasculaire bi-centre presque complet, enfin en/> quelques grains de pollen, rappelant par leur forme et leur dimension ceux que Ton rencontre dans les graines silicifiées de Saint-Etienne.

Le Cannel-coal se montre donc formé d'une sorte de gangue brun foncé d'aspect résinoïde, quand on le voit sous une faible épaisseur tenant en suspension des débris indéterminables noirs organiques et inorganiques, au milieu desquels on trouve un nombre plus ou moins considérable de débris d'organes végétaux faciles à reconnaître.

Il est évident (comme nous l'avons vérifié) que d'autres Cannel-coal peuvent présenter des organes de plantes différentes ou même n'en pas contenir, leur présence paraissant accidentelle. La composition elle-même du Cannel-coal doit être liée dans notre hypothèse à la nature chimique des matières d'où il dérive, dissoutes primitivement et devenues insolubles par la houillîfication.

Plusieurs préparations faites dans du Boghead d'Australie (Nouvelles -Galles du Sud), d'Autun montrent cette subtance comme formée d'une multitude de masses lenticulaires différentes de forme et de grandeur, beaucoup plus transparentes que les bandes qui les séparent, b fig. 8.

Dans l'intérieur de ces masses lenticulaires d on distingue des linéaments c très grêles rayonnant de quelques centres se dichotomisant plu-

sieurs fois de suite ; les ramifications viennent se perdre à la périphérie, au milieu de fines granulations qui ressemblent à des spores extrêmement grêles; on dirait avoir affaire à de nombreux mycéliums moulés dans une résine peu colorée.

Fig. s. — Coupe de Boghead.

Des préparations faites dans des Boghead de diverses localités ont présenté sensiblement le même aspect.

L'anthracite offre assez rarement des traces discernables d'organisation, car des préparations exécutées dans des fragments de ce combustible de Sablé, de Lamure, n'ont pu être réduites h une minceur suffisante pour devenir transparentes ; la masse est restée très opaque et les parties un peu plus claires n'ont présenté que des granulations irrégulières amorphes.

Cependant des fragments d'Anthracite provenant de Pensylvanie ont fourni, au milieu d'une masse dominante jaune-brun foncé sans structure, quelques débris organisés de végétaux, tels que fragments de faisceau vasculaire à éléments rayés, macrospores et grains de pollen.

Il paraît donc résulter dé ce qui précède que dans l'anthracite les végétaux se trouvent dans un état de conservation beaucoup moins appréciable que dans la houille ordinaire et dans le Cannelcoal, et que ce n'est que rarement et par place qu'on peut y découvrir quelques débris reconnaissables, la houille y est plus voisine du carbone amorphe.

Si nous résumons en quelques lignes les conséquences qui découlent des faits que nous venons d'exposer, nous voyons que :

1° L'hypothèse d'éruption de bitume pour expliquer l'existence des immenses amas de houille doit être complètement rejetée.

2° Que la houille renfermant un nombre considérable de débris végétaux avec structure conservée et présentant sensiblement la même composition, il est plus naturel d'admettre que ce sont ces plantes et leurs produits qui par une altération spéciale ont formé les différentes variétés de ce combustible.

3° Qu'à l'époque de la formation du terrain carbonifère les altérations des matières végétales

ne les faisaient pas immédiatement passer à l'état de houille ; puisque les galets de houille et les roches siliceuses nous ont conservé ces matières à des degrés divers d'altération.

4'' Que cependant à cette époque plus qu'à toute autre, la macération et les organismes amenaient assez rapidement cette transformation, puisqu'un même bassin houiller de petite étendue pouvait contenir dans certaines parties, de la houille toute formée, tandis que dans d'autres elle était seulement en train de se déposer.

5° Que la houillification semble comprendre deux opérations, la première purement chimique, dans laquelle les tissus végétaux ou leurs produits offrent une composition variable de moins en moins riche en hydrogène et oxygène et de plus en plus riche en carbone; la seconde, purement mécanique, qui en desséchant et comprimant les produits houillifiés dans un milieu perméable lui fait acquérir les propriétés physiques que nous lui connaissons.

6° Que les propriétés chimiques et physiques de la houille dépendent de la nature chimique et physique des tissus végétaux d'où elle dérive, puisque nous avons vu des tissus végétaux dissemblables donner des houilles présentant dans leur composition de légers écarts et se conduire différemment à la distillation.

7° Que d'après l'étude anatomique des tissus

d'un très grand nombre de plantes houillères, ce sont les assises subéreuses et prosenchymateuses des écorces qui prennent surtout un développement considérable capable de fournir abondamment de la houille, et d'autre part que des appareils sécréteurs d« gomme, de résines, etc., etc., y sont extrêmement nombreux et ont forn^é des produits dont la houillification a pu donner naissance soit à la houille amorphe, soit à celle que l'on désigne plus particulièrement sous les noms de Cannel-coal, Boghead, etc.

8° Que si la production de la houille s'est ralentie, puis a cessé dans les étages plus récents, cela tient d'une part à ce que la Flore a changé presque complètement, que les végétaux ont vécu moins nombreux sur le globe et que les conditions de milieu sont devenues de moins en moins favorables à la houillification de leurs tissus.

Page 1