C AL AMO DEN DRÉES
Ce tableau montre que l'on ne peut considérer les Equisetum actuels comme les descendants de l!un quelconque des trois autres genres, puisqu'ils existaient déjà à l'époque houillère, en compagnie de ceux-ci et avec leurs caractères propres.
Les tiges calamitoïdes dont nous venons d'esquisser rapidement les caractères ne sont pas les seules qui ont vécu aux époques anciennes, mais les exemples que nous avons choisis sont suffisants pour montrer qu'il y avait alors une variété beaucoup plus grande que de nos jours, dans les individus et dans les genres qui composaient la classe des Calamariées.
Cette forme de tige si répandue dans les terrains primaires paraît avoir appartenu non seulement à des plantes dont les organes de fructifications ont des caractères franchement cryptogamiques, en rapport avec ceux fournis par les organes végétatifs, mais aussi à des végétaux plus élevés en organisation qui sont bien voisins, s'ils n'en font partie, de ceux que nous rangeons parmi les phanérogames. Dans les pages suivantes nous allons nous occuper de ces plantes intéressantes à plus d'un titre.
n. Famille des Calamodendrées.
La famille des Calamodendrées comprend les trois genres suivants :
Renault. 14
2 I O CALAMODENDRÉES
G. Bornia, G. Arthropitus et G. Calamodendron.
Les caractères généraux de la famille sont les suivants :
Plantes arborescentes, tiges droites, cylindriques, articulées, à écorce lisse, rameaux plus ou moins nombreux naissant en verticille, soit sur des articulations successives rapprochées (Calamités cruciatus), soit sur des articulations distinctes et séparées par des articles non ramifères; l'articulation non munie de rameaux, qui suit celle qui en porte, est généralement plus courte que les suivantes .qui en sont également dépourvues. Les rameaux sont articulés, portent soit des ramules, soit des feuilles verticillées, les feuilles sont linéaires, simples ou dichotomes. Il n'existe pas de gaines.
Les racines naissent le plus souvent en verticille, quelquefois d'une manière irrégulière ; elles ne sont pas articulées.
La tige comprend une moelle relativement volumineuse, souvent cloisonnée, entourée d'ua cylindre formé de coins ligneux plus ou moins séparés et distincts, munis ou non d'une lacune à leur extrémité interne; ils sont composés de trachéides rayées, réticulées ou ponctuées, disposées en séries rayonnantes, séparées par des rayons cellulaires dont le$ éléments sont toujours plus hauts que larges ; il n'y a pas de bois centripète, dans les tiges et les rameaux.
CALAMODENDRÉES 2 I I
L'écorce est généralement peu épaisse, quelquefois lacuneuse, entièrement cellulaire ou quelquefois munie de bandes hypoderniiques.
Les racines présentent généralement une moelle centrale, un cylindre ligneux formé d'un nombre variable' de faisceaux centripètes, plus ou moins engagés dans le bois secondaire rayonnant, extérieur, qui prend un développement considérable; les éléments de ce dernier bois sont les mêmes que ceux des tiges dont les racines dépendent. Il n'y a jamais de lacunes dans le bois des racines.
L'écorce des racines est épaisse et presque toujours creusée de lacunes disposées régulièrement en cercle. Les radicelles qui en portent ne sont pas disposées en verticilles.
Les fructifications mâles des Calamodendrées sont spiciformes, elles rappellent les fructifications des Annularia. Tantôt les verticilles fertiles mâles sont seuls, tantôt ils sont accompagnés de verticilles stériles qui alternent avec eux, les verticilles fertiles portent 4 sacs poUiniques.
Les fructifications femelles sont encore imparfaitement connues.
Ces végétaux sont plus communs que l'on ne le suppose généralement. Beaucoup d'empreintes rapportées aux Calamités ne sont en eifet que des moules de la partie médullaire de Calamodendrées débarrassés de la couche de houille très notable qui les recouvrait.
2 I 2 CâLAMODENDRÉES
Tantôt les tiges se terminaient en s'atténuant dans la partie plongée dans le sol en restant droite; tantôt elles se recourbaient en s'amincissant, lorsqu'elles partaient d'un rhizome souterrain, articulé comme les tiges aériennes et se propageant à la manière des Prêles.
La famille des Calamodendrées, extrêmement importante, a des représentants répartis dans toutes les couches du terrain houiller, depuis le Culm jusque dans le Permien.
Genre Bornia. E. Roemer.
Le genre Bornia (fig. 17, c), est caractérisé :
i"* Par la non-alternance aux articulations de la plupart des côtes ;
2° Par l'absence complète de gaines sur les tiges et les rameaux ;
3° Par la présence aux nœuds sur les jeunes tiges de 'feuilles libres hnéaires, lancéolées, et, sur ceux des rameaux, d'autres feuilles plus longues, linéaires, plusieurs fois dichotomes.
Bornia radiata. Brongt (fig. lé).
Feuilles libres, courtes, linéaires sur les jeunes tiges, longues, plusieurs fois dichotomes sur les rameaux ou les ramules.
Cette espèce est caractéristique du terrain houiller
GENRF. BORNU li;
inférieur, elle se rencontre dans la Grauwache supérieure de Thann, de Sîlésie en Saxe, <3ans les étages du Culm en Moravie, dans le calcaire houiller de Petrowskaja (Russie), dans les dépôts houillers inférieurs des Etats-Unis, à Saint-Romain, au nordouest d'Autun.
Fig, l6, — Fragment de tige de Bornin radiais ponant un venicitlc
BoTtiia laticostata. Ettingsh,
Côtes convexes et sillons très larges rayés longitudinalement.
2 I 4 CALAMODENDRÉES
Dans les ardoises du Culm, près de Meltsch, en Moravie.
Borniaesnostù B. R.
Cette espèce est connue par sa structure interne.
Sur une coupe transversale d'un fragment de Bornia, le cylindre ligneux, assez développé, mesure 2 centimètres 3 et entoure une moelle volumineuse ; le diamètre de la tige dépourvue d'écorce devait atteindre 5 à 6 centimètres. Le cylindre ligneux est continu, formé de lames rayonnantes de trachéides, de une à quatre files juxtaposées en épaisseur.
Les coins de bois sont munis, vers leur extrémité médullaire, d'une lacune aérienne, mais ne sont pas séparés ici par des lames cellulaires épaisses ou fibreuses, comme dans les Arthropitus et les Calamodendron ; à chaque articulation, ils forment un léger relief saillant du côté de la moelle.
Les lacunes aériennes sont distantes les unes des autres de 5"™, les coins de bois sont arrondis à leur extrémité et l'empreinte qu'ils auraient produite serait assez analogue à celle du Bornia laticostata.
Les trachéides portent sur les faces latérales de fines ponctuations aréolées, disposées en files verticales sur un à trois rangs, et en alternance. Le pore est elliptique, et son grand axe est incliné de
GENRE BORNIA 21$
45° environ sur celui de la trachéide. Les files de trachéides sont séparées par des rayons médul- . laîres, composés de une à vingt-trois cellules en hauteur et une rangée, quelquefois deux, en épaisseur.
Ces cellules peuvent atteindre o""", 22 de long et 0""™, 06 de large, caractère essentiel des cellules des rayons qui, chez les Calamodendrées, sont plus hautes que larges.
Au contact des trachéides, elles sont marquées de ponctuations larges, irrégulières, disposées quelquefois en réseau. Leurs parois supérieure et inférieure sont également ponctuées, mais plus finement et d'une façon plus régulière.
Les racines naissent en verticille aux articulations, se divisent parfois en deux branches presque égales, qui simulent une sorte de dichotomie.
Les faisceaux de bois primaire centripète, dans une racine dépourvue de son écorce et mesurant jmm jç diamètre, sont nombreux, moins enclavés dans le bois secondaire que cela se présente dans les racines d^Arthropitus.
Dans les racines ayant les dimensions que nous venons d'indiquer, les faisceaux centripètes n'atteignent pas le centre de l'organe; ils sont formés de trachéides rayées à la périphérie, mais ponctuées du côté de l'axe.
Le bois secondaire est très développé, sans lacune aérienne, composé de trachéides ponctuées comme
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Fig. 17.
C, Bornia restauré, les rameaux disposés en vertidlles portent des feuilles également verticillées deux ou plusieurs fois bifurquées. — A, rameau fructifère terminés par deux épis de Bornia. — B, fragment d'épi grossi montrant les bractées portant quatre sacs dont quelques-uns contiennent quelques fructifications.
GENRE BORNIA 219
celles de la tige, mais plus courtes, marquées de ponctuations aréolées à pore elliptique oblique, et disposées sur une ou plusieurs files, suivant la largeur de la paroi latérale de la trachéide; les rayons médullaires sont également formés de cellules plus hautes que larges, sur un ou deux rangs en épaisseur.
Loc. Gisements silicifiés d'Enost au nord-ouest d'Autun appartenant au Culm.
Frtictifications du Bornia radiata.
Nous donnons, fig. 17 A. B., en même temps que le port d'un Bornia restauré, le dessin des fructifications mâles qu'ils ont portées.
Ces fiructifications sont en forme d'épis, terminant les rameaux ou les ramules, longs de 15™"" à 13 centimètres, larges de 5 à 12™", tantôt simples et courts, tantôt longs et interrompus dans leur longueur par des verticilles de feuilles qui rendent, pour ainsi dire, l'épi lui-même articulé. Certains épis recueillis dans les couches anthracifères de la Vendée, et encore attachés à des ramules de bornia radiata, présentent les caractères suivants :
La longueur est de 13 à 15™"*, et leur diamètre de 5""* environ ; l'axe mesure i"^°*,2 en largeur.
Il n'y a aucune trace de verticille stérile entre les verticilles fertiles ; ceux-ci sont distants les uns des autres de o"^°*,9.
2 20 CALAMODENDRÉES
Les bractées, toutes fertiles, sont cylindriques, linéaires, rigides, insérées perpendiculairemeiit à l*axe de Tépi, au nombre de 8 à lo par verticille, dilatées en un faible disque peltoïde, ombiliqué au centre; sous le disque se trouvent quatre sacs allongés, adhérents en partie à la portion horizontale de la bractée. Leur' longueur est de i™™ et leur hauteur de o™",3S. Leur enveloppe présente un aspect réticulé, analogue à celui de la membrane des sacs des Calamodendrées.
La protection de ces sacs était assurée par la rigidité des bractées et par la juxtaposition des bords de leur partie discoïde, l'épi avait extérieurement l'aspect d'un prisme à six ou à huit faces, le nombre dépendant de celui des bractées insérées à chaque verticille, marqué à la surface de figures polyédriques ombUiquées dues à la face périphérique des bractées fertiles se touchant par leurs bords.
Dans l'intérieur de quelques-uns des sacs, dont la membrane est rompue, on remarque des granulations, mais dont il est impossible, à cause de l'état charbonneux où elles se trouvent, de reconnaître l'organisation.
Genre Arthropitus. Goeppert ».
Les plantes qui constituent ce genre ont le
I . De apOpov, article, et tcituç, sapin, conifère articulée.
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port des Bornia, mais ont atteint des dimensions bien plus considérables. La tige et les rameaux étaient articulés, la distance des articulations variait beaucoup avec les espèces depuis o"°*,oi (A, approximatus) jusqu'à o°*"»,i5 à o"*°*,20 {A, major). Les rameaux, les feuilles, souvent même les racines étaient disposés en verticilles. Les rameaux partent, soit d'articulations isolées, soit d'articulations successives rapprochées, rappelant la disposition raméale des Calamodendrons. L'articulation non ramifère qui suit une articulation portant des rameaux est placée à une distance moins grande de celle-ci que les articulations non ramifères ne le sont entre elles ; il semble que, pendant l'émission d'un verticille de rameaux, l'élongation de la tige ait été moins rapide. Les articulations reprennent ensuite leur allure habituelle jusqu'à une nouvelle émission de rameaux.
La tige était lisse à Textérieur ; le moulage de l'écorce ne présente donc pas de cannelures longitudinales. Au contraire, le moulage du cylindre ligneux offre des côtes et des sillons, extrêmement accusés dans certaines espèces (A, gigasy A, major). Le moule de l'étui médullaire est toujours de forme calamitoïde, les sillons et les côtes sont très nets (fig. i8), beaucoup plus marqués que dans les moules de la moelle des Calamités ou des Equîsetum. Lorsque la houille produite par le cylindre ligneux n'est pas détachée, elle forme une