C. FBRmrni. — La luzerne n'exige pas des sols très-rî
■ches. Cultivée sur des /(■;•/ a jjiojn ts, profo)u!cs, pcrnuables , 110)1 acides et de fertUiU moyeimCj elle persiste pendant six à huit années en donnant annuellement de bons produits.
Je ferai observer que les chaul âges et les marnages exécutés avant la création des luzernières, alors que le sol est ar^zilosiliceux, siliceux, scliisteux ou granitique, et qu'il contient peu ou pas de parties calcaires, contribuent à les rendre plus productives et h prolonger leur existence.
On peut remplacer ces substances calcaires par du falun , du merle, de la tangue ou des coquillages. ,
Q«Mtlié 4'cagrftis A ^ppUqmmr, — On a souvent dit que V. 16
celte plante était exigeante, et qu'il Idllait lui fournir d'abondants engrais. M. de Gaspariu fume les terres qu il lui consacre, et qui ont une richesse naturelle équivalente à 41 000 kilog. de fumier normal, à raison de 103000 Icilog. à l'hectare. Peu de cultivateurs sont à même d'appliquer une aussi forte quantité d'engrais.
Dans les environs de Paris, la quantité de fumier qu*on répand par hectare est de 30 000 kilog. Cette fumure est entièrement semblable à celle que la luzerne trouve dans les terres de Grignon lorsqu'elle commence à végéter. . Quoi qu'il en soit, cette iégumineuse résiste parfaitement aux plus fortes fumures , et toujours ses produits annuels sont en raison directe de la profondeur, de la perméabilité , de la richesse du sol et de la fraîcheur qu'il conserve pendant l'été.
Si ses produits sont considérables quand la fertilité des terres où elle est. cultiyée est élevée; et si la quantité d'azote
que renferment ses j)rfxliiits excède de beaucoup celle du ' fumier appliqué, cela tient h cv qu elle puise dans l'atmosphère par ses nombreuses feuiiies, et dans le sous-sol pai* ses longues racines, une somme importante de parties ali- . mentaires. ( Voir t. viii, Assoli: ment, Statique agricole. ) SemU. — A. Époque. — La luzerne se sème à deux épo-. ques bien distinctes, selon qu'on la cultive dans les provinces du Midi ou dans les contrées du Nord.
- Dans les premières localités, les semis se font souvent en . automne, c'est-à-dire a l'époque des pluies de septembre, afin que ies plantes soient assez fortes pour résister aux froids de l'hiver ou du printemps, et que la coupe de l'année précédente soit bonne.
Dans les secondes, on répand toujours la praine en mars ou en avril , lorsque la primvère o/fiânaic .ou coucou ( Pai*
MULA OFFiciNALis, Jacq.)» oti le cerimr, sont en pleine fleur, c'est-à-dire lorsque la température moyenne de l'atmosphère a atteint + 8 à + 9«. On doit éviter de semer avant le 15 mars et même le!*' avril , si Von redoute des gelées tardives après l'apparition des cotylédons.
Au temps de Ck)lumeUe on la semait en avril.
B. A LA YOLÉfi ET EN UGNBS. — Les sémîs se fontordinairement à la volée,, afln que le sol soit bien garni de plantes. -
11 y a un siècle, en France et en Angleterre, on les pratiquait souvent en lignes espacées les unes des autres de '0'",25. On a en partie abandonné ai^ourd'hui ce mode de culture, à cause des binages annuels qu'il fallait donner au sol pour détruire les mauvaises herbes qui apparaissaient dans les . intervalles des rayons, r.elle méthode est surtout avantageuse lorsque la luzerne occupe une petite surface.
Nonobstant, la culture en lignes est celle qui permet à cette légumîneuse dé v<^géter le phis vigoureusement et de donner
les produits les plus élevés.
J'ai vu en Provence et en Angleterre des semis faits en lignes qui avaient très-bien réussi.
Il y a un siècle , aux environs de Rennes, on semait la lu-
zerne en rayons.
C. Sur sol ombragé ou sur terre nue. — Le plus ordinairement on répand les graines de luzerne sur les terres consacrées à la culture des céréales, alors que ces plantes commencent à les couvrir par leurs feuilles, ou que leurs semences y ont été enfoncés. Ainsi semée, cette plante est abritée pendant sa jeunesse, par les tiges et les feuilles de la céréale avec laquelle elle végète, des hftles ou des rayons trop ardents du soleil.
îiCS céréales (pie l'on clioisit de préférence- coainie plantes protectrices soutravoine,.le froment et l'orge 4e printemps.
2(l4 LES PLANTES FOURRAGÈBES.
On sème rarement dans les blés d'hiver, parce que ces plantes sont plus garnies de feuilles et plus élevées, qu'elles étoufTent les jeunes luzernes , et que les cultures d'entretien, tels que hersages ) ploutrages ou roulages, quelles exigent au i)i inlemps, sont insuffisantes pour ameublir et nettoyer complètement la couche arable de manière à ce que celle-ci présente aux graines un milieu aussi favorable à leur germi- «.nation que celui qu'elles trouvent dans les terres préparées pour les céréales de mars.
On peut aussi répandre les graines sur des terres qui ont été ensemencées en mai ou en juin, en sarrasin, chanvre, lin, vesce ou pois gris de printemps.
Dans les provinces du Midi, on sf'^me souvent la graine sur des sols nus, aj)rès les avoir deluncés et ameublis avec la charrue ou la bêche. Les semis se font alors en septembre ou octobre , en mars ou avril. G*est par exception qu'on les exécute en juillet. Cette méthode de semer la luzerne donne ordinnirement de très-bons résult;its : sa vigueur est toujours plus grande que si sa graine avait été ré[)andue dans une céréale d'hiver ou de printemps, puisqu'elle n'a été gênée dans son développement par aucune plante, et que le sol a été parfaitement ameubli avant lasemaille.
D. ExKcuTioN. — La graine de luzerne, à cause de sa petitesse, doit être semée par une main exercée, et projetée avec beaucoup de régularité. C'est parfois de l'uniformité du jet de la semence sur le sol, alors surtout que celui-ci est déjà occupé par une céréale en végétation, que dépend la réussite de cette légumineuse. Képandue par un vent violent^par un semeur inexpérimenté, la graine peut être trop épaisse sur un point , trop claire sur un autre.
On ne saurait donc apporter trop d'attention dans la dissémination des graines. Chacun sait quels sont les résultats
d un ciiamp de luzerne sur lequel la graine a été mal répartie.
E. QtrAnrrré de graines. — La quantité de graines que Ton répand par hectare est à peu de chose près la même partout.
Cette quantité varie t'iitre 20 et 25 kilog.
C'est cl tort que l'on a indiqué qu'il fallait en semer 35 et même 40 l^ilog.» ou seulement 15 et même 12 kilog. La pratique n'a jamais employé par hectare des quantités de grai- ' nés aussi considérables ou aussi faibles.
Quoi qu'il en soit , il y a avantage h semer dru. Lorsque les pieds garnissent mal le terrain, les plantes nuisibles envahissent plus facilement les luzernes , au détriment de leurs produits et de leur avenir.
Semences. — A. (ÎAKACXEHES. — La graine de la luzerne est aplatie, allongée et présente ù sa partie médiane une courbure et une échancrure semblables à celles que Ton remarque dans la semence du haricot de Soissons. Lorsqu'elle est nouvelle, elle est un peu luisante et sa eouleui est jaune verdâlre. Kn vieilli9i»ant, elle devient terne et prend une teinte jaune rougeâtre plus ou moins foncée.
B. Qualités. — Les graines de luzerne les plus belles sont celles que l'on récolte dans les provinces méridionales et que Ton désigne dans le commerce sous le nom de graines de Provence, Ces semences sont bien nourries et remarquables ' par leur couleur uniforme. Les graines de qualité secondaire sont confines sous le nom de. graines du Poilou ou du j'(i\i>i; elles sont toujours plus petites , plus maigres. Les semences mal nourries ou retraites ont presque toujours une couleur un peu brune.
Lorsqu'on doute de la qualité des graines , il faut en semer
une quantité donnée dans un pot ou en pleine terre. Si cet essai a iieu à l'air libre > et si on a le soin de maintenir la
terre toujours Iraîche, il sera facile, au bout de quelques jours, de savoir si la graine est bonne ou mauvaise et de déterminer, comme le disait Gilbert, la proportion dans laquelle la mauvaise graine se trouvera mêlée avec la bonne. Semée à l'air libre et sous une température moyenne de rj- lâ", la graine germe au bout de 60 iieures environ, et elle commence à lever le quatrième jour. On peut aussi jeter un certain nombre de semences dans un verre rempli d*eau . placé dans une chanibrt' on la température varie entre 16 et 18** ; après 30 à 36. lieures, les germes des bonnes semences sont très-apparents y le tégument de la graine ayant été rompu par le fait de l'accroissement du volume de l'embryon.
C. Altération. — Lorsque la jrraine est déjà ancienne, • et que, néanmoins, elle doit être livrée au commerce, pour qu'elle possède la teinte luisante qui est le propre des semences nouvelles , on la couvre d'une couche légère et transparente d'huile blanche ou d'oeillette. Voici comment on pro»cède à ccttp fraude :
On huile légèrement et intérieurement un -sac très-long et très-étroit dans lequel on introduit 85 à 30 kilog. de graines de luzerne; alors deux hommes saisissant chacun- Tune des exlK'inités du sac, l'alfilent, le secouent de manière que toutes les semences puissent être Ugèremint huir lies. An bout de six à huit minutes , on vide le sac et on y introduit une nouvelle quantité de graines. Il importe, potw que cetlti opciaiion donne des résultats satisfaisants, que la semence ait été préalahleaient débarrassée de la poussière qui la recouvrait et des graines chétives , mal nourries, desséchées qu'elle contenait. On réalise ces conditions en faisant passer la graine au tarare, ou en la uellojant au moyen d'un crible.
Ljisquo la ^aine n'est pas très -ancienne, qu'elle offre ' encore une nuance un peu claire, que ces diverses opérations ont été exécutées avec soin et que les semences ainsi préparées ont été mêlées à des graines nouvelles; l'œil lé plus exercé distingue difBcîlement la vieille semence de la nouvelle. On comprend quels avantages présente pour le commerce spéculateur ce moyen de fraude, et combien il lui est facile d'offrir aux.agrjci4teurs des semences de 3 à 4 ans comme possédant toutes leurs facultés reproductives, puisque les graines ainsi préparées ont un aspect plus brillant et une teinte plus claire.
La graine de luzerne est parfois mélangée à des /rutis de cu5cii(e. Ces fhiits sont capsulaires , ternes, arrondis et aussi gros què les semences de fa luzerne; chacune de leurs deux loges renferme une ou plusieurs graines très-petites. Pour séparer ces fruits des semences de luzerne , il faut frotter ces graines et les nettoyer ensuite à l'aide d'un tarare ou d*un crible. Par ce frottement , on brise les capsules de cu«cute et on rend libres les petites graines qu'elles renferment. On peut aussi exécuter cette séparation en jetant Jes graines de luzerne dans un vase rempli d'eau , puisque le fruit de la cuscute seul surnagera et qu*on pourra d^ lors facUement • les enlever; mais ce moyen ne doit être mis en usage que dans des circonstances particulières, car il oblige à retirer promptement les graines de luzerne du fond du vase et à les foire ensuite sécher à l'air pour empêcher leur germination.
RecoiiYrement de graines. — Aussitôt que les semences ont été répandues, soit qu'elles aient été projetées sur une terre nouvellement ensemencée, soit qu'elles aient été disséminées parmi une céréale levée , on s'occupe de les
couvrir.
Dans le premier cas, un roulage suffit si le sol est sec et disposé à plat. Par Ict pluie, cette opération est vicieuse, la terre et les. graines s'attachent au rouleau, et ce dernier peut désensemencer le champ. C'est pour cette dernière raison qu'il est préférable y dans les saisons pluvieuses , dans les local iK'S où rutniosphLTe est brumeuse, de laisser la semence sur le sol sans la couvrir.
Dans les contrées où le sol est labouré en petits billons, on recouvre ordinairement la graine au moyen d'un râtelage, quand on ne peut })as, h cause de la séclieiesse, l'abaudonner à elle-môiue à la surface du sol.
Quand la terre est très-meuble, que la semaille a été exécutée sur des champs encore nus, on enterre les graines par un hersage, ou, ce qui vaul mieux, au moyen d'un fagot d'épines. La légèreté de la herse d'épines permet de la faire trainer par un jeune homme, et même par un enfant. Lors^ qu'on emploie la herse ordinaire sur des sols fortement ameublis par des façons préalables, les pieds des animaux ' massifs pénètrent profondément dans le sol, enfoncent une certaine quantité de semonce, et détruisent d'un autre côté le nivellement de la surface au détriment de la réussite de la luzerne.
Nonobstant, la graine de cette légumineuse ne doit pas étru profondément enterrée. C'est pourquoi un roulage suflit ordinairement pour couvrir la semence, quand celle-ci a été répandue sur des champs abrités par une céréale en végétation, sur des terres ameublies par un hersage ou sur des terres couvertes de motu s de moyenne grosseur. Si l'on donnait un hersage sur des terres très-meubles ou légères, cette opération, quelque faible qu'elle fût, placerait une certaine quantité de graines à une profondeur de plus de C'.Ol h 0'",02. Sclïwerz a constaté que les semences de trèfle couvertes de
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1 à 3ccntimètres d e terre donnent les plants les plus forts ; que les graines non couvertes donnent le^ plants les moins forts, et que les semences placées à une profondeur de 0*»,06 don-, nent toujours des plantes très-faibles, parvenant à sortir ck et là par les crevasses du sol. Aiiusi, plus le sol est dur, plus le hersage après le semis doit être énergique^ plus il faut augmenter la proportion de semence à répandre par hectare.
CeraiiMiioB. — La graine de luzerne germe Avec promptitude, si après le semis la tuuipL rature se liiaiiilient entre -f 12^ et -f- 15^ et si le sol ou latmosphère est suKisammeut humide. On peut donc, en examinant avec soin la surface d'un champ ensemencé, s'assurer promptement si la graine était de bonne qualité et reconnaître si les plantes sont assez nombreuses.
Mais il ne suffit pas de pouvoir distinguer^ au bout de quelques jours, les jeunes plantes légumineuses des plantes indigènes qui apparaissent en même temps qu'elles; il importe souvent de constater si la légumineuse qui couvre la terre est bien une luzerne, une lupuline ou un trèfle.
Les graines de luzerne, comme celles de la lupuline ou du trèfle, se divisent en deux parties égales, recouvertes ou enveloppées par iHK» mcnilirane transparente (jui e>t le tégument propre de la semence. Lorsqu'on conlie à la tei re une graine de luzerne, de trèfle, etc., elle se gonfle sous l'influence de rhumidité, le tégument se déchire, le corps radiculaîre s'enfonce en terre et au 1 ou t de six à l iai jours les deux cotylédons se montrant étalés à la surface du sol.
Les cotylédons de la luzerne sont différents de ceux du trèfle, de la lupuline, avec lesquels ils'ont beaucoup plus de rapports qu'avec ceux du sainfoin. Ils sont ovales, et leur largeur est égale, quand ils s'étalent à la surlace de la lei re, à celle des cotylédons du trèfle; ceux de la lupuline soqt ellip-
tiques, c'est-à-dire plus larges. Lo diain<''trp est de O'".O02, el Ja largeur dépasse ra^emeat 0'",003. La couleur est trèscaractéristique. Alors que les cotylédons de la luzerne sont vert glauque sombre au-dessus, et vert légèrement teinté de rouge en dessous, ceux du trèlle présentent une belle couleur verte sur les deux surfaces.
Les tigelles de la luzerne et du trèfle sont beaucoup plus allongées que celles du sainfoin, qui sont pour ainsi dire nulles. Helles de la luzerne et de la lupuline sont rougeAlres au sommet, et blanciies à la base, c'est-à-dire au point d'insertion des corps cotylédonaires; celles du trèfle sont entièrement blanc verdAtre; les jeunes trèfles, offrant des tigelles teintées d*un peu de rouge à leur sommet, sont* en très-petit nombre.
Les feuilles proprement dites apparaissent ordinairement douze à quinze jours après les cotylédons. Lorsqu'elles se montrent, elles sont toujours repliées sur elles-mêmes. Chaque pied ne présente qu'une feuille. Çelle de la htzemc est presque cordiforme, el elle présente au sommet une ét hancrure au milieu de laquelle est quelquefois une très-petite dent. Celle de la ktpuUne est comme tronquée à 'sa base, son sommet présente aussi une échancrure ; mais au milieu de celle-ci, on remarque toujours une dent très-apparente. Celle du trèfle est rotondi forme, pubescente en dessus et en dessous, ainsi que le pétiole qui la supporte; ses bords sont ciliés, c'est-à-dire offrent des poils très-apparents.
La première feuille de la luzerne et du irèflc présente toujours une teinte verte uniforme; les nervures de la feuille primordiale de la iupuline sont rougefttres.
La tigetle et les cotylédons du sainfoin sont aussi de couleur verte comme ceux du trèlle; mais on dislin{j;ue aisément cette légumineuse des autres en ce que les feuille^ cotylé-
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LUZBRNE. 951
donaires sont plus épaisses, plus larges, cl que le pétiole de la première feuille est pubesœnt et très-allongé.
AssmIaIIm de ta tasfirae et ém tréflv vovgn» — Dftns plu-
sieurs localités, on mêle des graines de trèfle aux semences de luzerne. Cette association est elle utile et nécessaire? ËUe n'offre aucun avantage. . 11 est vrai qu'on obtient par ce mélange une première coupe plus fournie, plus abondante ; mais si l'on considère les lacunes que le trèfle laisse sur le champ lorsqu'il disparaît ù la seconde ou à la troisième année» vides que les mauvaises herbes envaiiissent rapidement, on reconnaîtra qu'il est toujours préférable de semer la luzerne seule ou de l'associer, si cela est nécessaire à cause de l'ingratitude du sol, non pas avec une plante l)isannuelle, mais bien avec le sainfoin, dont la durée d'existence dépasse souvent six et huit années.
J*observerai aussi qiie le trèfle végète plus vigoureusement que la luzerne pendant la première année, et qu'il nuit toujours à cette légumineuse en la gênant dans suu développement.
En général cette association n'est utile que lorsqu'on limite à quatre ou cinq ans la durée des luzernes. Alors on sème
8 à 10 kilog. de graines de luzerne et 2 hectolitres de semences de sainfoin.
Le produit fourni par un tel mélange est plus considérable que lé rendement que la luzerne aurait donné si elle avait été semée seule.
^Qinn d entretien. — La luzerne exige chaque année, quel que soit le climat sotis lequel elle végète, divers soins d'en* tretien.
A. Épifrrf.ment. — Pendant l'hiver qui muI le semis, on doit faire enlever sur les sols pierreux toutes les pierres qui existent à leur surface, et qui généraient, par leur volume,
252 LDS .PLANTES FOURRAGÈRES.
l'action de la [aux lors du fauchage des coupes. Ct'tto opt'ratioii est ordinairement coaûénk des femmes ou des enfants; elle doit être faite par un l^eau temps. Les pierres sont déposées en tas sur les cheintres ou à Tintérieur des champs. On profite des temps dç gelées pour les enlever au moyen de brouettes ou de tombereaux.
Quand les luzernes doivent être hersées au printemps, on n*exécute cet épierrement qu'après cette opération, aûn de ne pas le répéter sur le même champ, puisque la herse ramène toujours h la surface du sol des pierres en plus ou moins grande quantité.
On évite d'épierrer la première année en faisant rouler les terres aprrs (qu'elles ont été ensemencées en luzerne. On sait que le rouleau enfonce facilement les pierres dans les terres ameublies par la charrue et id lierse.
B. .Hersâgss. Ordinairement on herse énergiquement les luzemières en février ou mars, selon la contrée que Von habite. Cette opération est faite dans le but : !*• d'ameublir le sol et de faciliter le développement des bourgeons qui existent sur le collet des plantes; 2° de déraciner les plantes nuisibles à racines vivaces et traçantes. On l'exécute par un beau temps et lorsqu'on ne craint plus de fortes gelées à glace On doit éviter de liersi'r quand le soi est huuiide, ou lorsque le temps est pluvieux, car les dents de la herse arrachent plus drlTicilement les plantes nuisibles et celles-ci sont 'moins exposées à périr. Souvent, pour que cette opération soit aussi jjarlaite que possible, on herse le champ d abord eu long et ensuite en travers.
On peut herser les luzernières plusieurs fois par an. Dans le Languedoc, on les herse souvent après chaque coupe. Ces opérations maintiennent le sol toujours meub!e et propre, et elles augmentent la vigueur des plantes.
LU2BRNË. 253
Les luzertiières d'un an sont ordinaire^ment trop faibles ou trop peu garnies de mauvaises plantes pour qu'il soit nécessaire et utile de les herser Tannée qui suit leur création.
La luzerne bien enracinée ne souffre jamais de Taction des dents de la herse.
G. Labouks. — Dans le Midi, on herse aussi les luzernes dans le but de les rendre plus productives et de prolonger leur existence; mais souvent on remplace cette opération par un léger labour exécuté à la fin de Thiver, avec l'araire ou un scarificateur. Cette tuilure d'entrelien ne nuit nullement à la végétation de ces légumineuses, puiscjiie leur collet est toujours situé à 0*", 04, ()'»,06 et même 0'»,lO audessous de la surface du sol. Il est utile , afin de bien ameublir le sol et de déraciner aussi complètement que possible les mauvaises plantes, de faire suivre ce labour par un hersage ordinaire.
Pline a recommandé diè labourer les luzernières qui ont été envahies par les mauvaises herbes.
1). Application d'engrais minéraux. — I^s luzernes qui végètent sur des sols non calcaires sont souvent plâtrées au printemps, lorsque leurs pousses ont de 0"*,10 à 0"*,15 de hauteur et lorsqu'on n'a plus à craindre de fortes gelées blanches. Le pkitre excite leur \ f'';,^éUition et les rend plus productives. {V t. ii, plaire ou gypse.)
Dans la Picardie, on remplace souvent le plâtre par des cendres pyriieuses ou vUrioliques, Ces cendres, appliquées comme le plâtre en temps opportun et dans une proportion convenable, rendent toujours les luzernes plus vigoureuses et plus touffues. (K. t. ii, cendres pyriieuses,)
En Flandre j au lieu de plAtre , on répand souvent 30 hectolitres de cendres de tourbe; 15 hectolitres à l'automne » 15 hectolitres au printemps. (K. t. u, cendres de tourbe,)
Les luzernières ('Hahlics sur des sols non calcaires et qui. fournissent des coupes peu abondantes . peuvent être marnées. La marne agissant sur les luzernes par le carbonate de chaux ctu'elle renferme , accroît toujours leur vigueur et les rend plus productives. C'est j)emlant l'hiver, alors que le sol a été durci par la gelée., que la conduite de la marne doit être faite. ( F. t. ii, marne,)
On peut remplacer les marnes par des faluiu ou de la lan^^*
E. PuMURE EN COUVERTURE. — On applique quelquefois du ^fumier en couverture sur les vieilles ou les jeunes luzernes soit pour les r^eunir, soit pour activer leur végétation. Ces fumures doivent être faites de bonne heure, en décembre ou en janvier, avec du ftimier h demi décomposé. Appliqué trop tardivement , le fumier pailleux s'attache mal à la couche arable etse môl à la production de la première coupe.
On remplace parfois les iiimures par dés composts formés de fumier, de vase d'étangs ou de curures de routes.
P. Irrigations. — Dans les contrées du Midi où les irrigations des prairies artificielles sont possibles, on arrose les luzernières après chaque coupe. Quand ces arrosements sont bien faits, la luzerne fournit cinq coupes qui donnent en moyenne chacune 3000kilog., soit 15000 kilog, par hectare, r.e lirouuil cuii>i(lt' rallie est dù à la fraîciii ui* jjresque coutinuelle que les irrigations maintiennent dans le sol. Les terres non arrosées et sujettes à se dessécher pendant Tété , ne permettent pas à la luzerue de.donner autant de coupes et un rendement total aussi élevé.
pimntes nniKibies. — La luzerne redoute, pendant sa croissance , plusieurs plantes adventices et parasites.
A. Plantes AnvEirriCES. — Au nombre des plantes qui en^ vahissent les luzernières et qui abrègent leur existence, on doit citer ïayrostis traçanlc (aorostis vulgaris, VVith.)«
Vdyrû.stis stolonifere (aghotis sTOLONiFfc:HA, I..) ot le chii'iulrnl (TKITICUM REPENs, L.), quî cst vivacc et à racines rampantes comme les précédentes graminées; Vavcint à chapelet (atbka BULBOSA, Wild.) , plante vivace très-rustiquè« qui présente à sa base di^ bulbes nombreux superposés au moyen desquels elle se multiplie; le viUpin des champs (alopecurus agr^STIS, L.); enûn, la crépidt à feuilles de pisserUit (barkausia taraxa<ciFouA, Thuil.); ces deux dernières plantes se propagent par leurs graines : la première est aunuelle, la seconde est bisannuelle.
Les luzerntères dans le Midi sont soavent envahies par le brome ttérUe (bromus tbrilis, L.), la tépidU à fteurs bkmches
(LEPiDirm DRABA) et Vérodie (erodium ciconium), plantes d'une destruction assez diflicile.
C'est pour détruire, ces diverses plantes qu'on herse ou laboure les luzemières chaque année vers la Gn de l'hiver. Les difOcultés que présente leur destruction doivent engager les culti valeurs à ne créer ces (irairies artiiiciclles que sur des terres qui ont été nettoyées par la jachère ou la cullûre des plantes sarclées.
Quant aux plantes annuelles, on prévient leur réapparition en fauchant la première coupe de (rrs-bonni' heure.
B. VÉGÉTAUX PARASITES.— Les dcux végélaux parasites qui nuisent aux luzâ'nes et les font périr, sont :
1* La cuseuiê ou teigne (cuscuta europjBa, L.) a des tiges filiformes, capillaires, rameuses » rouge;\lres, qui rampent sur le sol, s'étendent lurt loin, s'enlacent, s'enroulent et s'attachent par leurs suçoirs ou crampons autour des plantes, en les serrant étroitement. Cette plante produit de nombreuses fleurs sessiles blanchâtres, légèrement rosées et réunies en masse globuUforme; chaque fleur donne naissaiice à une capsule à deux loges s ouvrant circulairement en travers
et qui contient des graines jaunâtres très-petites. Quant à la
racine, elle est Irès-gnMc et meurt aussitôt que la cuscute a pu s'attacher à une autre plante. Kuiia, cette plante se propage facilement et même rapidement par fragments de ses liges, et elle a la propriété de persister pendant l'iiiver aux pieds des plantes qu'elle a atlarpiées. C'est pourquoi, bien qu'elle soit annuelle, oti doit la regarder cumnie une plante vivace.
Jusqu'à ce jour, on a expérimenté mille procédés pour fa détruire ou arrêter sa marche envahissante. Les moyens qui ont donné les meilleurs résultats sont:
a. De couper fréquemment à rez terre la luzerne attaquée par cette plante, en ayant la précaution <i'rnlever avec ioin t<m Us fiiaments de tiges qui existent sur la terre. C'est en juin, juillet et août que ce fauchage réitéré doit être fait; il n'est nécessaire de l'exécuter (pie pendant une année.
6. De faucher aussi bien que possible les parties envahies, delescouvrir d'une coucliede paille deO^'ylO à 0'",20 d'épaisseur et d'y msurs U feu. Par ce moyen, on détruit la plupart, sinon la totalité des filaments et des capsules de la parasite. Si la cuscute reiinraissait, il faudrait répéter cette opération; qui, jusqu'à ce jour, a donné d'excellents résultats.
c. b'écobuer les parties infectées et d*incmérer les gaz<MS aussitôt qu'ils sont secs, en ayant soin de placer au centre du fo.urneau tous les fragments de liges que \\m remarque sur le sol, puisque ceux qui n'auront pas été détruits reproduiront la cuscute dans l'espace de quelques jours.
Dans ces trois opérations, il faut agir un peu au delà de J'espace que la cuscute a envahi.
Un doit éviter de labourer ou piocher les endroits atlaqués , atin de ne pas enterrer les graines qui conservent longtemps en terre leur faculté germinative.
d* De faire dissoudre 5 à 10 kilog. de sullate de fer ou cou-
verte xians 100 litres d'eau , et d'arroser avec celte dissolution les places envahies par la cuscute , après avoir enlevé à la faax et au râteau le plus gros de la luzerne et de la cuscute. Si Topération est faite par un temps clair, ce qui tiAle Toxydalion du sulfate de fer, trois jours suflisent pour faire disparaître la plante parasite ; il ne reste plus qu'à enlever, au moyen d*un coup de faux , tout ce qui pourrait encore rester dans l'endroit attaqué.
On doit ce mode de destruction à M. Ponsard.
e. M. JoUre à Montbazens (Ave^ron)^ emploie du lizierou du purin.
2* lie rhiEoctOM de la luzenu (RHizocToiitA hedicagzn is , Lam.) est un cryptogame d*une belle couleur violette qui se
développe sur les racines et vit à leurs dépens; ses tubercules sont ovoïdes, irréguliers, et donnent naissance à des ûlets beaucoup plus longs, plus grêles et ramitiés. .
Les premiers se développent ordinairement sous la bifurcation des grosses racines; les seconds, qui ont beaucoup de rapport avec des lilets de byssus, s'appliquent le long des racines ou des radicules, qu'ils tapissent d'une croûte violacée.
Ce parasite est commun dans le Languedoc, le Poitou, la
Loniiiit', les environs de Genève, etc. lise développe principalement sur les racines de luzerne qui végètent dans les lieux humides , et c'est dans les années pluvieuses qu'il est plus redoutable.
On ne connaît pas jusqu'à ce jour de moyen pour arrêter ses ravages. C'est en vainque Mathieu de Dombasle fit creuser un fossé de û'^ySOde profondeur autour des plantes attaquées. Quand les parties infestées sont étendues, il iaut défricher la luzerne et attendre huit à dix années avant de la cultiver de nouveau sur le même terrain.
Lorsque le rhizoctone attaque une luzemière, on voit, comme l'observe de Candole, sans cause extérieure apparente» des pieds de luzerne se flétrir et périr, et des places Tides, ordinairement arrondies, se former dans cette prai* rie artificielle.
lasecies naiaibies. — La lozeme souflre de l'existence de quatre insectes.
1* Le cercopis écwneux (cbrcopis spuuaiua, Fab. , cicada SPUMARU, L.) , de l*ordre des hémiptères, est très-petit et de couleur gris verdiUre ou gris brun. Sa larve est blanche verdâtre et vit aux dépens de la séve de la luzerne; ne pouvant supporter l'action des rayons solaires, elle se tient pendant le Jour sur les tiges et sur les feuilles, enveloppées de bulles écumeuses semblables à de la salive; elle apparaît au printemps au moment où le coucou se fait entendre. Elle a pour ennemi. un ichneumon qui la saisit au milieu de la masse blanchâtre qui l*enveloppe et s'envole avec elle.
Le cercopis hiverne à l'état d'Insecte parfait et se multiplie plusieurs fois depuis le printemps jusqu'en automne. Les œufs que les femelles pondent en automne se conservent tacts jusqu'au printemps sur les parties herbacées où ils ont été déposés.
Cet ini>ecte nuit lieaucoup à la végétation de la luzerne quand ses larves sont abondantes. On détruit celle-ci en luichant et fanant les luzemières qu'elles attaquent avant le complet épanouissement des fleurs.
2" Ucumolpe obscur (eumolpus obscura, Fab., colaspis ATRA, Oliv.), appelé dans le Languedoc nègril et dans la Provence iHiboUe ou 6ar6aro<ie, appartient à l'ordre des coléoptères. A Tétat d'insecte parfait, il est ovale, noir brunâtre,
pubescentj avic des antennes fauves, et petit comme une graine de vesce ijig* 27).
. LUZBRNE.
Sa larve {fig, 29), qui tombe au moindre mouvement^ et apparaît quand la température moyenne s'élève à+ H*à + 15*, est un petit ver noir luisant» muni de six pattes et
long de 7 à 8 millimètres; clic éclôt au printemps, quelques semaines avant la floraison de la luzerne, époque où elle s'attaque aux feuilles et aux jeunes pousses de cette légumineuse. En juillet, elle se transforme en nymphe, et bientôt en insecte parfait. Le venlre très-dévelo[)pé de la femelle {/itj. 28) démontre bien quelle prodigieuse quantité d'œufs elle doit déposer sur la luzerne. Ces œufs sont
BUHOLPB.
Fig. 27. Mâle. Fig. J8. Femelle. F. 29. Larve.
Croui 4 foi^ G. a fois et damie. G. 2 fois.
oblongs, luisants, jaune foncé et réunis en groupe de plus de 200.
Ce redoutable insecte s'attaque aux secondes pousses. Ses ravages sont par lois si considérables que la seconde coupe est souvent nulle, ainsi que je Tai plusieurs fois observé. 11 a pour ennemi la larve du calosonte ou carabe tycophante
(CALOSOHACA ou CARAHUS SYCOPHANTA, L.).
M. Bouscaren a proposé, pour le détruire ou amoindrir ses dég&ts, de répandre sur les luzernières, quand les fe^ melles sont sur le point de pondre, et au moment le plus chaud de la journée, de la chaux en poudre. — M. Tondiy a
insisté pour qu'on relarde la première coupe jusqu'à Tappa*
260 LES PLANT£S FOURRAGÈafiS.
rition des larves , afin de forcer les myriades d'insectes qui viennent d'éclore, à abandonner les luzernières faute de nourriture. — M. Auguste de Gasparin , considérant ces deux moyens comme imparfaits, recommande de ouvrir tk paiUe les espaces sur lesquels les larves se trouvent cantonnées au moment de l'éclosion et d'y mviirc le feu. Ce n]oy(?n , exécuté avec modération, lui aurait permis d'anéantir tous les insectes déjà sortis de (erre et d'étouffer ceui qui étaient encore dans la couche arable sans nuire nullement à l'avenir de la luzerne. M. Lefebvre a expérimenté ce moyen sans succès. — M. Pons-Tende propose de hdter la première coupe , afin de pouvoir effectuer la secondé avant le moment où l*insecte est assez développé pour commencer son œuvre de destruction. — Enfin, M. Rivais fait couper quinze jours environ avant l'époque adoptée pour le premier fauchage , une lisière d'un mètre environ de largeur autour de la luzernière. Lorsque l'époque de la foucbaison est arrivée, il achève de couper la luzerne; les larves trouvent alors nn refuge dans la zone coupée la première; des fciumes les font tomber dans des vases contenant de l'eau , et peuvent, en agissant ainsi, en détruire des quantités considérables dans une journée.
3* La camharide marginée (lttta harginata , Fab.) , de l'ordre des coléoptères, est noire; elle est assez comninne dans les parties méridionales de l'Europe, où elle mange les Jeunes pousses de la luzerne. On est parvenu à préserver les luzemières qu'elle attaquait en les fauchant avant le développement des fleurs.
Le chtirançon pyri forme (curculîo acridulus, L.) est presque globuleux et noir; il nuit souvent aux luzernes des contrées du Midi. On amoindrit ses ravages en laucbant en* core la luzerne avant la floraison.
Reeoiie. — A. Épos^uE. — On fauche chaque année la lu-
sei
zerne à des époques qui varient suivant le nombre de coupes qu'elle fournit. Ainsi, on la récolte: l*en mai et en juin S* en juillet et août; 3" en septembre et octobre.
Dans le nord de la France, toutes les fois que la production verle doit être convertie en foin, la faucbaison n'a lieu que quand les fleurs sont épanouies.
Dans les contrées du Uidi et la vallée de la Limagne, on coupe ordinairement la première pousse avant que les fleurs soient développées, afiu que la seconde coupe soit aussi abondante que possible.
Quant aux pousses suivantes, on les fauche quand les sommités florales sont bien fleuries.
La dernière pousse se fauche toujours avant i'appai itiun des fleurs; on l'appelle regain, * Quoi qu'il en soit, quand on fauche la première pousse trop tôt, les tiges éprouvent beaucoup de dédiet lorsqu'on les convertit en foin; et lorsqu'on les coupe trop tardivement, elles sont dures et le foin qu'elles forment est de qualité trèssecondaire.
B. Nombre de coupes. J*ai fait voir, page 237, comment on pouvait connaître approximativement le nombre de coupes que la luzerne donnait sous une latitude déterminée; je crois utile d'inscrire ici le nombre de coupes réelles qu'elle fournit.
Dans les fmnfinrss du Midi, elle est fauchée ordinairement
4 a b fois chaque année. Voici les époc^ues auxquelles ont lieu les coupes :
La première, de la fin d'avril à la mi-mai avant la fleur.
La seconde, dans la deuxième quinzaine de juin.
l.a troisième, dans la première quinzaine d'août.
La quatrième» vers le 20 septembre.
La cinquième, de la fin d'octobre à la mi-novembre.
262 LES PLANTES FOUHRAGÈRES.
Ainsi, les coupes ont lien pendant cinq à six mois tous les
30 jours ou de 4w jours en kO jours.
Dans les contrées du Nord, on ne fauche la luzerne que trois fois :
La première coupe se hïi dans la première quinzaine de
juin.
La seconde a lieu vers le 15 août.
La troisième de la fin de septembre à la miHKtobre.
Ainsi, dans cette partie de la France, on faucha la luzerne
tous les GO jours en ri ron.
H. Fauchage. — On fauciie toujours la luzerne en dehors. Cette opération exige, à cause de la dureté des tiges de cette plante, que l'angle formé par la faux soit plus fermé que lorsqu'il est question de faucher des praiiit's iialurelles. Il est aussi utile que cet instrument soit conduit aussi près de terre que possible pour que les éteules soient à peine apparentes après le fauchage.
Lorsque la faux est mal dirigée et qu'elle coupe les tiges à 0'",06 ou O'^.Od au-dessus du sol, on éprouve plus de difficulté pour couper la pousse suivante» à cause de la dureté que présente les parties de tiges laissées lors du premier fauchage.
Quand les luzernes sont très-fournies, on profite souvent de la rosée et du moment où les tiges ont été mouillées par une pluie^ pour exécuter la fauchaison, parce que la faux consenre alors plus longtemps son mordant, et qu'elle coupe plus aisément {V. La pratique de t/aguiculture, fauchaison),
La homme fauche de 40 à 60 ares par jour.
On paye, pour faucher un hectare, de 5 à 6 fr. Le 100 de bottes, ou 500 kil. sont payés 1 fr. 60.
D. Fanage. — I^e fanage de la luzerne exige beaucoup d'attention pour qu'elle perde le moins possible de ses feuilles
pendant cette opération. C'est pour cette raison qu'il faut â*ab8tenir de la remuer, quand elleestdéjà sédae, pendant le milieu du jour, alors que ]a chaleur solaire esttrè^-élevée. Il faut aussi ne pas attendre, pour la mettre en meules temporaires, qu'elle ait perdu toute sou humidité.
La luzerne est suyette à s*échauffer et à moisir. 11 est donc utile d'attendre, soit pour la mettre en meule dans les champs» soit pour la rentrer à la ferme, qu'elle ait perdu les 8/10 de son eau de végétation .
Dans le Midi, deux jours suffisent ordinairement pour la dessécher. Dans le Nord, où la chaleur est moins forte, où les pluies sont plus fréquentes et plus redoutables, la fenaison dure souvent quatre jours.
Nonobstant, on laisse souvent la luzerne en andains, pendant plusieurs jours sans y toucher, afin qu'elle perde ainsi une partie de son humidité, et qu*on ne soit pas obligé de la retourner aussi souvent et aussi longtemps (K. t. m. Fenaison).
Le fanage exige une femme par 35 ares. Cette opération se fait souvent h la journée. Lorsqu'elle a lieu à la tAche, on paye s fr. 10 par chaque 500 kilogr*
de foin.
E. BoTTELAGE. — La luzcme perdant très-facilement ses feuiUes après avoir été fanée, est ordinairement bottelée avant sa rentrée, dans les contrées septentrionales. Dans le
Midi, dans l'Est, etc., on ne la bottellepas, et elle est rentrée en vrague à la ferme. Alors on la conserve dans cet état dans les bâtiments ou en meules définitives* Un homme peut botteler par jour 300 à 350 bottes à 3 liens
et 450 à 500 bottes à 1 lien.
Le bottelage à 3 liens se paye de 1 fr. 25 à 1 fr. 50les 100 bottes; celui des bottes à l lien est payé i fr.
D'après un arrêté du préfet de police, les bottes livrées sur
les marchés des environs du Pans doivent peser :
De la récolte au octohrp. ... 6 kil. 50
Du 1" octobre au 1" avril 5 50
Du 1*' avril à la récolte 6 00
Leur poids normal est 5 kilogr., quelle que soit Tépoque de Tannée.
F. Pâturage. — La luzerne ayant son collet sous terre, peut être pâturée par tous les animaux domestiques. Ordinairement, on fait consommer sur place la dernière
pousse, c'est-à-dire le regain, par les bêtes à cornes ou les bétes à laine. On a dit plusieurs fois que cette plante souffrait du piétinement des animaux; c'est une erreur! Le hersage que Ton donne au printemps détruit toujours le tassement
que le bétail a exercé à la suriace du sol penUaiit la durée du
pâturage.
CMMrvAtiMi 4m pM4«it — Le foin de luzéme doit être emmagasiné dans des granges ou des greniers sains. Conservé dans des locaux humides, il moisit et perd sa qua* llté. La conservation en meules bien faites, c'est-à-dire bien tassées et protégées par une couverture de paille quelques semaines après leur confection, est la meilleure de toutes; elle permet à la luzerne de conserver sa couleur, son arôme et ses propriétés nutritives.
-La
luzerne verte perd beaucoup de son poids par le fanage ordinaire. Ainsi, d*après :
Bosc 100 kil. se réduisent à 27 kil. 500
Perrault de JopVemps. — ^ 27 900
LondAt — — 96 590
Moyenne 27 kil. 310
Ce déchet de 73 pour iOO est dù à l'évaporatioii de la*
presque totalité de Teau que contiennent les tiges et les
feuilles et à la chute d'un certain nombre de ces dernières
parties.
Le foin de luzerne nouvellement récolté éprouve toujours un déchet pendant sa conservation. Suivant M. Perrault de
Juptornps, cette perte s'élève à 4 pour 100 environ.
Nonobstant, le foin de. luzerne réputé sec et vendable renferme encore 12 à i5 pour 100 d'eau.
Meademat* — Le produit de la luzerne est toujours -
en raison directe de la profondeur, fraîcheur et fertilité du sol et de la température du climat sous lequel elle est cultivée.
A. Produit en vert.— La quantité de tiges et feuilles vertes que fournit la luzerne est moins connue que le nombre de
kilogr. de foin sec qu'elle donne. U^oi qu'il en soit, en établissant la proportion suivante :