‹ Les plantes fourragèresChapitre 63 sur 115 · TRIPLE INCARNAT · texte numérisé non relu

TRIPLE INCARNAT

graine avec la certitude d'obtenir une abondante production herbacée au printemps suivant.

G. FsRTJUT^. Mais si le trèfle IncarDat donne parfois de beaux résultats sur des sols sains et légers, on ne doit point en conclure qu'il poisse réussir sur des terres ingrates quant h leur fertilité. Pour que cette plaiite couvre la couche arable vers la ûn d'avril ou les premiers jours de mai d'une abondante production herbacée, il faut que sa semence soit con* fiée à des sols existants depuis plusieurs années dans la période fourragère ou sur le point d'arriver dans la période céréale.. C'est que la rapidité avec laquelle elle ombrage la couche arable, son élévation qui dépasse parfois O^^so^ ses tiges et ses feuilles nombreuses, exigent que la terre soit fertile ou qu'elle ait été bien fumée pour les récoltes précédentes.

Les marnages et les ciiaulages assurent la réussite du trèfle incarnat sur les terres argileuses et siliceuses non cal* caires.

Bfi». — A. Époqus. — Les semis doimt être ftits de la

première quinzaine d'août à la première quinzaine de septembre.

Il y a avantage à ne pas retarder l'époque des ensemenoementSy car les semailles hfttives sont celles qui donnent toujours les meilleurs résultats. Donc, toutes les fois que la nature du sol et l'état de l'atmosphère le permettront, on choisira le mois d'août, comme époque des ensemencements, afin que les plantes puissent mieux se développer avant les premières gelées d'automne et principalement celles de Thi** ver. J ai (lit que le trèfle incarnat était plus sensible aux froids que le trèfle ordinaire.

J'igouterai qu'il «ciste des localités où les conditions climatériques obligent le cultivateur k pratiquer les semis encore plus tôt. Ainsi , dans les départements de l'Isère , des

Uigiiizeo by LiOOgle

408 LBS PLANTES FOURRAGÈRES.

Hautcs-Pyrc^nées et de la Haute-Garonne , les semailles sont ordinairement faites du 15 juillet au 20 août.

Les semis les plas tardifs sont ceux que Ton exécute en Provence et dans le département du Gard : ils ont lieu vers ia lin de septembre.

B. GoNDinoNS DE RÉUSSITE. — Quelle que soit 1 époque déterminée pour exécuter les semis» il est nécessaire de répandre la semence quand le temps est disposé à la pluie ou après une pluie récente. Alors la germination est plus assu* r^'e et plus prompte, à cause de l'humidité que la terre tient à la disposition de la force vitale des graines.

Dans quelques parties du Midi, dans le RoussiUon, par exemple, on est souvent obligé, à cause des sécheresses d'août, de rafraîchir la terre par des irrigations ou d'allendre le mois de septembre et quelquefois mémo le mois d'octobre pour pouvoir répandre la graine soit sur les chaumes de céréales, soit sur les terres occupées par la culture du mais.

C. QuANTrrÉ d£ graines. — La semence du farouch se répand ordinairement dépouillée de son env* loppe, c'est-àdire mondée i mais on peut aussi la semer revêtue du calice, c'est-à-dire en boum,

La graine nouvelle a une couleur jaune clair; âgée d'un an à deux, elle est plus ou moins rougeâtre. Les graines de deux ans ne lèvent pas toujours très-bien.

Lorsquin emploie de la graine mondée il faut en répandre de SO à S5 kilogr. par hectare. Les semailles épaisses sont regardées avec juste raison comme les meilleures. On a dit que 15 kilogr. étaient suffisants. Cette quantité est trop laible pour que les plantes se pressent en automne les unes contre les autres. Plus les plantes sont nombreuses, moins les tiges sont fortes et plus la production est élevée et abondante au printeaips. On ne doit pas oublier que si le trèfle incarnat

TRftrtB mCABNAT.

talle en automne, et s'il prend durant cotte saison une vigueur remarquable, un certain nombre de jeunes plantes disparaissent toujours pendant Hiiver, sous l'influence des gelées et des dégels.

La graine en boiirrp sn répand dans des proportions assez variables. Suivant M. Vilmorin, il faut en employer 8 hectolitres ou 45 à 50 kilogr. par hectare. Dans le département de l'Aude on en répand de 6 à 7 hectolitres; dans celui des Hautes- Pyrénées» de 11 à 12 hectolitres. Dans leDauphiné on en emploie 100 kilogr. ou 13 à 15 hectolitres. Ces différences résultent évidemment de la plus ou moins grande propreté de la graine.

I). Exécution. — La ;;i airic dépouillét; de son enveloppe se répand aussi facilement que les semences de luzerne ou de trèfle. 11 n*en est pas de même de celle qui est encore en bourre, on la sème assez difficilement. Ainsi, k cause de sa manière d'être et de sâ légèreté, elle s'agglomère daifs la main du semeur et se répartit très-mal sur le champ, surtout si le vent est un peu sensible De là la nécessité de ne la répandre que par petites poignées, de diviser entre les doigts les gousses agglomérées, et de choisir de préférence le matin ou le soir pour exécuter le semis.

Recouvremenc des ipraine*. — Quand on répand ia graine en bourre, on doit l'enterrer au moyen d'un hersage léger. Un roulage suffit pour couvrir les semences qui ont été dépouillées de leur calice. H est même des cultivateurs qui se bornent à les répandre sui les chaumes qui ont été hersés ou labourés très-légèrement. Cette manière d'agir, en usage dans quelques localités du midi, n'est réellement favorable que s'il doit pleuvoir après la semaille. Toutefois, quand on projette les graines dans le lupin, le maïs, etc., on est forcé de les abandonner à elles-mêmes à la surface de la terre,

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attendu Vimpossibilité de les recouvrir avec la herse ou le rouleau.

fieradMStoa. — La graine de trèfle incarnat lève au&si promptement que celle de lupuline. Après quioie jours de

végétation, les jeunes plantes développent une' feuille trifo* foliée porté*' par un pétiole très-pubescent.

Cette légumineuse se distingue très-facilement dos autres plantes fourragères appartenant à la même famille. En germant, elle produit des cotylédons ovales, semi-elliptiques et assez épais. La larf?cur de ces feuilles séminales varie entre 6 et 8 millimètres et leur longueur égale le plus ordinairement 1 centimètre; elles se rapprochent beaucoup plus des feuilles cotylédotiaires du sainfoin que celles du trèfle rouge, de la lupuline et de la luzerne.

La première feuille apparaît aussi repliée sur elle-même dans le sens de la direction du pétiole ; elle est réniforme, pubescente sur les faces et sur les bords, H sa largeur dé-> passe rarement 1 centimètre. Le pétiole présente aussi des poils très- apparents sur toute son étendue.

AmocIaU*» ém UufmmU à d'autres pUatoti, — Le trèfle

jncamat n*est pas toi^ours cultivé seul, fin Bretagne, je l'ai associé avec succès au ray*grass et à Tavoine d'hiver; en Nor»

niaiidie, M. Golombel le cultive avec un peu de vesce d'hiver. Dans le Lot-et-Garonne on lui associe ordinairement du seigle et des navets. Ces racines sont enlevées à la main vers la fin de l'automne et pendant l'hiver. Les navets qui ont échappé à la cueillette montent en fleurs au printemps et forment avec le seigle une deuxième récolte.

Les vesces, le ray-grass, Tavoine d'hiver, ont cet immense avantage qu'ils augmentent considérablement les propriétés alimentaires du trèfle incarnat et lui permettent de rester vert pendant plus longtemps.

TRÈFLE INCARKAT.

Mmm 4l*MiiMtlMi. — Le trèfle incarnat exige quelques soins d'entretien pendant sa végétation.

A. Assahossembiit de la couche arable. ^ Il est utile de surveiller pendant rhiver Tétat du sol, lorsque le farouch est cultivé sur des terrains argileux ou argilo-siliceuz à soussol imperméable quand mCriW ces mêmes terres auraient beaucpup de pente, parce que Teau ne doit point y séjourner.

On doit donc pratiquer le plus tôt possible en automne, sur les terres qui ne sont pas très-perméables, des rigoles d'écoulement afin de prévenir la stagnation des eaux pendant les pluies ou après la fonte des neiges.

B. Afpucation d'engrais. — Lorsque lé trèfle incarnat a mal levé, quand il laisse peu d*espoir ou que Ton veut s'as* surer à l'avance d'un produit en vert aussi abondant que possible, on active sa croissance en lui appliquant une fumure en couverture ou en répandant sur la surface du champ des engrais pulvérulents, du noir animal ou du plAtre«

Les Aimures en couverture ne produisent pas toujours de très-bons effets dans les contrées où les hivers sont trèsdoux et pluvieux; elles augmentent l'humidité de la couche arable durant Thiver ou servent d'abri aux insectes et ani<maux nuisibles. H n'en est pas ainsi des engrais pulvérulents; la poudrette, par exemple, seconde puissamment la végétation et le tailement des plantes sans nuire à aucune d'elles.

Toutefois, l'emploi du Aimier ou des engrais pulvérulents ne peut, en aucune manière, déterminer au sein d'une exploitation l'étendue que doit avoir le trèfle incarnat. Si cette plante nécessitait, pour croitre vigoureusement, un supplément de matières organiques, elle perdrait bientôt tous ses avantages et elle ne pourrait plus receVoir la dénomination de plante fourragère peu coûteuse. Pour qu'elle soit réelle-

ment utile, il faut que le reliquat des substances organiques mêlées à la couche arable dans le but de favoriser les productions des cultures précédentes puisse satisfaire^ exigences. Alors le trèfle incarnat est une véritable plante intercalaire qui ne change en rien la succession des cultures et ne modifie pas très^Qsiblement la fertilité de la terre où elle est cultivée.

CL P!LATRA6B. — Le plAtre peut aussi être appliqué sur le trèfle incarnat. Dans les localités où il agit sur cette légu mineuse, il a luio jouissante influence sur son avenir. Kn Touraine, il permet au farouch de donner chaque année des produits (ju'aucune autre plante fourragère légumineuse ne peut égaler au printemps.

iinimaux nuisibles. — Le farouch redoutc la piéscnce des limaces pendant les mois de septembre et d'octobre. Ces animaux sont si nombreux quand leur existence est favorisée par des pluies continues ou des brouillards fréquents, qu'ils détruisent parfois complètement cette légumineuse quand elle commence à végéter, c'est à-dire à développer des feuilles et des rudiments de tiges. (Voir Trèfle rouge, ilnimouff nuUUikt, p. S600

PM««it mm wmn. — On cultive le trèfle incarnat dans le but de faire consommer ses tiges et ses feuilles à l'état vert pendant le printeîiijis.

G*est vers la iin d'avril, mais le plus ordinairement' dans la première quinzaine de mai, qu'on le fauche pour le donner aux animaux domestiques. A cette époque, qui est toujours beaucoup plus tardive dans la région septentrionale que dans les provinces du midii du sud-ouest et de l'ouest, les fleurs du farouch sont en partie épanouies et ont acquis leur brillante couleur cramoisie.

Le trèfle incarnat tardif à fleurs rouges est encore très-vert

TKÉFL£ INCARNAT.

dans le» environs de Paris et de Usieuz dans la première

quinzaine de juin.

Le trèfle incarnat tardif à (leurs blanches succède à cette dernière variété. Qnie fauclie un mois environ après le trèfle incarnat ordinaire.

Le trèfle incarnat, qui ne donne qu'une coupe et disparaît ensuite, doit être récollé prrmalurénienl; on ne doit pas attendre, pour coiimiencer la fauchaison» que toutes les Heurs soient développées et qu'elles aient perdu une partie de leur riche coloration. Coupées après le complet épanouissement des fleurs, les plantes perdent di leur saveur et de leur qualité, et les animaux les consomment plus diflicilenient.

C'est à cause de la dureté que les tiges acquièrent en peu de temps, quand les fleurs sont bien épanouies, de la promptitude avec laquelle les graines apparaissent dans le fond des calices, qu'il est indispensable de commencer la fauchaison de bonne lieure, principalement lorsque l'étendue cultivée est bien supérieure au nombre d'animaux de rente ou de travail existant sur Texploitation.

Fauché avant le développement des épis, il repou^se et fournit une petite seconde coupe s'il végète sur des terres de très-bonne qualité.

Je ferai observer que le trèfle incarnat ne météorise pas les bétes bovines et ovines, quoi qu'en aient dit Pictet et Mathieu de Dombasle. Cette propriété est précieuse eu ce quelle permet de faucher cette légumineûse de très-bonne heure et de laisser au trèfle rouge et à la luzerne le temps d'élaborer plus parfaitement les liquides qu'ils renferment.

Prodaetion séehe. — Un ne convertit pas ordinairement la production verte en foin. Ce dernier est très-gros, dur, sec» peu substantiel et d'une dessiccation assez difficile.

Quand la production verte excède les besoins des animaux

dans les départements du sud-ouest, au lieu de laisser perdre ce qui reste sur le cliamp, on fauche cet excédant, on le laisse en andaios deux ou trois jours, on Téparpille ensuite avec précaution si le temps est beau, et on le roule en corde ou on le met en tas. Ce foin, quoique de qualité secondaire, est mangé par les animaux.

tte»4en«Bt« — Le produit en vert est plus ou moins abondant selon : 1* la nature et l'humidité du sol; 3* la préparation donnée à la terre; 3* la fertilité de la couche arahle; 4" les ravai.(^ occasionnés par les limaces.

Quand les semis ont réussi et qu'ils ont été exécutés sur des terres à froment ne renfermant pas beaucoup de calcaire, on peut espérer un produit en vert de SO à S5 000 kilogr. par hectare. Ces produits sont ceux que j'ai obtenus à Grand-Jouan sur des terres produisant 18 hecloi. de Jroment par hectare.

Gomme le larouch contient 75 p. 100 d'eau quand il commence à épanouir ses fleurs, il en résulte que cette production représenterait 5000 à 6250 kilogr. de foin sec. Suivant M. de Gasparin, on récolte dans les environs de Genève l'équivalenl de 5500 à 5800 kilogr. de foin; dans le Languedoc, M. de Yilièle obtient 4100 kilogr.; les cultivateurs de Vie (Hautes-Pyrénées) récoltent 6800 kilogr. M. de Thiais (Saône-et-Loire) a obtenu 8000 kilogr. par hectare.

En Belgique on a obtenu pendant les années lôôl à 1856 les rendements suivants :

. I¥û9ttic<r«. . Produit vert,

Flandre occidentale. ... 1 ^ '0 kil.

Flandre orientale IbULK)

Haïuaul 19000

liége 17500

Namur " 18000

Brabant 18000

Anvers 'i.'>

Moyeane..*.... 18800 kU.

Digiii^uG L>y Cjoogie

TREFLE INCARHAT. 415

Les chitli es suivants caracténseût if^ diverses récoltes fournies par le trèfle incarnat :

Béoolte très-boonc. . . 40 ,000 kU.

Bonne récolte 30,000

Récolte assez boone.. 2Û,0u0

Récolte médiocre.... 10,000

Mé0«ito dM «niBo*. ^ Les graines mûrissent ordinairement vers la SaintpJean ou dans les premiers jours de juillet

au plus tard. Alors los tiges et les épis sont blanchâtres, et ces derniers sont Ibrteinent inclinés vers la terre.

Les procédés de récolte varient beaucoup. Ici« des femmes et des en&nlB ramassent les épis' à la main et les déposent sur une toile. Là, on eolève les tètes au moyen de cueilloirs. Ailleurs, on procède à rarraihage des tiges comme on opère pour le lin, puis oo forme de petites bottes que l'on place debout sur le sol jusqu'à ce que la dessiccation des tiges soit presque complète. Plus loin, on fouche les tiges quand les graines sont sur le point de terminer leur maturité, on les rapporte à la ferme et on les dépose dans un louai où eiles puissent sécher. Nonobstant ces divers procédés, dès que les graines ont achevé de mûrir^ on procède au battage. Gomme les capsules se détadient facilement de leur support, on doit opérer un battage léger.

Après ces diverses opérations, les gousses soul soumises à l'action des machines qui les égrènent.

Quel que soit le procédé mis en usage, on ne doit point entreprendre la récolte des graines tardivement. Lorsque les semences sont parfaitement mûres au fond des calices, le moindre vent détache ces derniers avec facilité des épis et les transporte à de grandes distances. En fauchant à la rosée on évite en grande partie cet égrenage.

Readement en graines. — Le produit en graines non

mondées s'élève à 85, 40 et même 60 hectolitres par hectare.

416 LES PLAI«Xiù^ FOUilAAG£A£b.

Un hectolitre de graines en bourre pèse de 6 à 7 kilog. et

peut donner de 2 kiiog. 5u0 a a kilog. de graines nues ou

nettoyées.

fin admettant une production de graine non nettoyée de 40 hectolitres par hectare, cette même superûcie produirait

250 kilog. de graines en gousse ou 120 kiiog. de semences déjiouiUées de leur enveloppe.

M, de Yllleneave a constaté qu'on peut obtenir 40 i&ilog. . de graines nues de 100 kilog. de semences enveloppées de leur calice. Selon Pictet, le rendement en graines varierait de 2 à 9 kilog. de graines nettoyées par cliaque 100 kiiog. de fourrage sec que donnerait le farouch.

Wîêm ét riiMtoUM. — La graine de trèfle incarnat bien mûre et bifen nettoyée pèse de 80 à 8% kilog. l'hectolitre.

Valeur nutritive. — Le fuiouch vert convient à tous les animaux domestiques quand il a été coupé avant le complet épanouissement de ses fleurs.

Fauché tardivement, c*est-à-dire lorsque ses fleurs sont entiùremcul dévclupptes, il eist moins uulritif que le trèfle ordinaire*

J'ai reconnu par des expériences faites sur des chevaux et des vaches que sa valeur nutritive pouvait être représentée par le chiffre 420, et que par conséqtient 48 kilog. de ce

fourrage vert pouvaient remplacer io kilog. de bon foin de prairies natui elles.

L'urine des chevaux qui mangent du trèfle incarnat vert a une couleur roiigt très-prononcée.

Les puics coubomment ce louircige avec moms d d\idjlé que le trèfle ordinaire.

BMftoi êm im faille. — La paille que Ton obtient après la récolte des graines ne peut être utUisée que comme substance UUère; elle est trop sèche, trop dure^ trop peu

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