‹ Les plantes fourragèresChapitre 93 sur 115 · FOURRAGES MÉLANGÉS · texte numérisé non relu

FOURRAGES MÉLANGÉS

' J'ai décrit, dans les pages qui préoèdjent, la culture des

plantes fourragères isolées les unes des autres. J'observerai qu'il est souvent utile d'en associer plusieurs. En effet, lorsqu'oa doute de la réussite complète d*une plante fauchable, CD peut la cultiver en concurrence avec d'autres. Ainsi, les vesces de printemps, ou les pois gris, le maïs et le sarrasin réussissent mieux sur les sols secs et dans les années sèches, associés que cultivés isolément.

Ces mélanges sont connus et mis en pratique depuis fort longtemps. Le» Romains les désignaient sous le nom de farrmio. C'est de cette d»'nomination que dériva le mot farrage qu'on employait en France au temps d'Olivier de Serres, c'est-à-dire au seizième siècle, pour désigner les cultures composées de plantes fourragères. Aujourd'hui ces mélarif^es sont connus dans les plaines du Nord sous les ' noms de dragées, dravière, hivemagCf warats, mèlarde; dans les contrées de l'Ouest sous celui de coupage. Dans les plaines de la Provence on les nomme baijdade, vHUade^ pas'

îl est nécessaire pour que ces mélanges soient réellement uUles, de les composer de plantes ayant les unes et les autres la même durée d'existence. On ne doit pas associer une

plante bisann lit :i une plante vivace, une plante annuelle à une plante bisannuelle. Il faut en outre que les plantes appartiennent à des familles différentes. On obtiendrait difficilement un bon résultat si deux ou trois plantes cultivées simultanément aj)pai1enaient au même genre. Plus ces plantes sont dissemblables les unes des autres, plus elles se protègent mutuellement.

Voici quels sont les mélanges que Ton peut former :

]* Vesce ou pois gris ot seigle.

2" Vesce ou pois gris et avoine.

3" Pois Pt vcsco.

4° Trèfle incarnat et avuitje d hiver.

h' Trèfle iocarnat et ray-grass.

6" Vesce de printemps etlentillon.

7" LontiUon et spergole.

8" Févprolp, avoine et vesce.

9" F(^vprole, pois gris et avoine.

10" Maïs et colza.

11* Mais, colza et sarrasin.

12" Pois gris, vesce et larrasin.

1!}" Sarrasin. col/,i ot motitarde blanclie, 14° Moha fie Hongrie et sarrasiû, 15* Mais, moha et pois gris.

16* Moha, vesce et cotza.

Kn général il est utile, sur les sols sujets à soufTrir des grandes chaleufs, d'associer aux plantes qui se développent ' d*abord lentement, comme le moha, le maïs, le pois gris, etc. , un ou plusieurs fourrages qui couvrent promptement le sol , comme par exemple : lo sarrasin, le colza, la moutarde, etc. Ces plantes, par la rapidité de leur première végétation, ombragent la couche arable, s'opposent à l^'évaporation de rhumidité qu'elle contient et contribuent puissamment à assurer la réussite des plantes fourragères au^fuelles elles ont été associées.

Ainsi, lorsqu'on sème sur un cbamp , au mois de juin, du maïs, des pois gris et du sarrasin, c*est ce dernier qui lève

FOURRAGES BIÉLAMGÉS. 525

'le premier et que l'on remarque d*aborcl sur le sol. Plus

tard on voit apparaîlio les cotylédons des pois gris; enfin vingt jours environ ;\\)vcs le semis, on observe que le mais montre ses premières feuilles.

Dans les circonstances ordinaires le sarrasin ^ar/itt d'abord végéter au diMi iiiiciit du mais ut des pois j^^ris; niais il arrive bientôt urie époque où la bisaille et le mais dominent le blé noir. Ce dernier continuera à végéter, mais son développement ne sera jamais assez considérable pour arrêter la croissance des deux autres plantes. Un tel mélange fournit toujours un Iburrage vert très-abondant et aussi alimentaire que possible. On observe les mêmes faits lorsqu'on associe le maïs, le colza et le sarrasin.

Ces mélanges que l'on a considérés .bien li tort dans ces derniers temps comme une découverte moderne, méritent d*être pratiqués. Les agriculteurs qui les ont exécutés après les avoir bien étudiési se sont toujours loués de les avoir adoptés.

Pour qu'un mélange soit réellement utile, il faut qu'il soit formé de plantes essentielles et d'une ou deux plantes accessoires.

J'appelle plantes essentielles toutes celles qui se distin- - guenl par l'abondance et la qualité du fourrage qu'elles fournissent; je nomme fiantes accessoires, les végétaux que l'on associe aux plantes essentielles, dans le but de rendre leur végétation plus rapide et plus active. Ces plantes sont celles qui germent promptement et possèdent des feuilles larges et nombreuses.»

Les plantes essentielles entrent pour 1/4, 1/3, 1/S, 2/3 dans ta formation des mélanges ; les plantes accessoires n*y -participent que dans la proportion cie J lu, 1,8, 1,6, 1;0.

Supposons qu'on veuille sur une surface de 4 hectares as-

526 LES PLANTES F0URRA6£rES.

socier le maùis, le pois gris, le moha et le sarrasin dans les* proportions suivantes :

Mais perle . .

Pois gris

Sanasio..

on déterminera facilement là quantité de graines qu'il faudra semer en exécutant les calculs suivants :

Mais IfX) ftroî! : 100 litres :: ÔO ares : r ~= .,0 litres x 4 = '200 Ulrcs

Pois gris. lUO - : 200 — :: 30 — : r — (50 — x '« = 240 — Sarrasin.. 100 — : 100 -- :: 20 — : x = ÀO — x4= «0 —

On sèmera d'abord les semences de maïs et de pois gris.

Lorsqu'elles aiiront été enterrées par un hersage, on .répandra les graines de sarrasin, que Ion enfouira par un nouveau hersage. Cette opération complétera l'enfouissement des graines des deux premières plantes.

Lorsqu'on faudie un fourrage composé de plusieurs plantes, on doit avoir égard, pour déterminer 1 époque à laquelle il faut opérer, au mode de végétation des plantes essentielles ou principales. Souvent, dans le but de les récplter vertes ou sèches et pour qu'elles soient aussi nutritives que possible, on fauche avant que les plantes accessoires ou secondaires aient atteint leur complet développement. Si Ton agissait inversement on obtiendrait certainement un produit herbacé t>lus considérable, mais le fourrage qu'on récolteraU iie serait pas. iiissi alimentaire. En général, dans la culture des fourrages mélangés, ou sacriile presque toujours un peu la quantité à la qualité.

Page 1