‹ Les plantes industrielles (volume 2)Chapitre 25 sur 92 · Voy. à VAppendice placé à la fin de ce volume · texte numérisé non relu

Voy. à VAppendice placé à la fin de ce volume

3. La solvabilité d'un déclarant est suffisamment établie parla justification de 15 ou 20 fr. de contribution foncière.

Ce sont les maires qui sont chargés de la remise des permis de culture.

La culture du tabac est interdite aux gardes champêtres.

Refus et retrait de permis* — Les permis de culture peuvent être refusés :

1° Aux déclarants qui n'auront pas justifié de leur titre de propriétaire ou de fermier, de leur solvabilité ou de celle de leur caution ;

2° Aux planteurs qui n'ont pas cultivé l'année précédente au moins les quatre cinquièmes de la quantité pour laquelle ils avaient obtenu un permis de culture, à moins qu'ils n'aient justifié d'accidents imprévus ;

3° Aux cultivateurs contre lesquels il aura été rédigé des procès-verbaux judiciaires on administratifs , pour contravention à la loi sur le tabac ou aux dispositions du règlement concernant la culture de cette plante ;

4° A ceux qui, pendant trois années consécutives, n'auront obtenu de leurs récoltes qu'un prix moyen de dix pour cent au-dessous du prix moyen général '.

L'administration peut retirer les permis accordés

1° A tous planteurs qui , avant l'époque de la plantation , auront été pris en fraude ou en contravention , ou qui n'auront pas livré intégralement leur dernière récolte ;

2° Aux cultivateurs qui se seraient substitués à des planteurs légalement autorisés2.

1. Les cultivateurs qui n'ont pas satisfait à cette condition, et qui ont fait dûment constater que la mauvaise qualité de leurs produits provient d'intempéries ou autres accidents, ne sont pas sujets à l'interdiction.

2. La loi et les règlements sur la culture du tabac sont très-sevères. Cette loi, puis l'arbitraire et la vexation des employés de la régie et aussi des injustices faites à l'époque des livraisons, obligent chaque année plusieurs planteurs à renoncer à ia culture de cette plante.

Semis. — A. Époque. — Les semis de tabac se font en France depuis la fin de février jusqu'à la mi-avril.

Les semis en plein air ne doivent être faits que lorsque la température moyenne a atteint + 7° à -f- 8°.

En Algérie, on les exécute en novembre.

B. Conditions réglementaires. — Les semis sont soumis aux visites des employés de la régie.

Les cultivateurs peuvent être autorisés par le préfet dans quelques départements à faire des semis dans le but de vendre des plants aux agriculteurs autorisés à exécuter des plantations.

Les planteurs sont tenus :

1° De placer les semis dans des lieux exposés au midi ;

2° De les garantir des gelées et des vents du nord ;

3° De ne pas semer une trop grande quantité de graines , afin que les plants deviennent vigoureux ;

4° D'entourer les semis de rigoles profondes pour faciliter l'écoulement des eaux et intercepter le passage des taupes ou des animaux nuisibles.

G. Préparation du terrain. — La délicatesse des plants de tabac oblige à opérer les semis soit sur une couche sourde, soit sur une plate-bande, abritée contre les vents de l'est, du nord et de l'ouest , par une palissade de roseaux , par des paillassons placés verticalement ou par des murs, et légèrement inclinée vers le midi.

Les couches sont généralement en usage dans le nord , l'est et l'ouest; elles se font en ouvrant une fosse ayant 1 mètre environ de largeur sur 0m,l5 à 0,n,20de profondeur. Quand cette fosse est prête , on la remplit avec du fumier à demi décomposé. Cet engrais doit excéder la surface du sol de 0n,,20 environ. On termine la couche en la couvrant de 0m,12 à 0m,l8 de terreau léger ou de terre fine mêlée de ter-

reau qu'on égalise aussi complètement que possible avec un râteau à dents fines, courtes et rapprochées.

Quand on doit opérer le semis sur une plate-bande, on fume celle-ci avec du fumier chaud à demi décomposé ; on la laboure à la bêche, et on la divise ensuite à l'aide d'un râteau, afin de bien ameublir sa surface. Lorsqu'elle a été ainsi préparée, on la couvre d'une couche de bon terreau. Cette platebande doit aussi avoir un mètre de largeur.

D. Étendue des semis. — La longueur que doivent avoir les couches ou les plates-bandes varie suivant la surface qu'on doit planter en tabac et le nombre de pieds qu'on peut planter par hectare.

Un mètre carré de couche fournit en moyenne 1000 à 1500 plants ; un mètre carré de plate-bande produit au minimum 600 à 800 plants de premier choix.

Voici, d'après ces données, l'étendue que doivent avoir les couches ou les plates-bandes, eu égard au nombre de pieds qu'on doit planter par hectare :

Nombre de pieds

Surface de la couche.

Surface de la

plate-band

par hectare.

met

. carrés.

13 à 17 met. carrés,

On doit par prudence, lorsqu'on cultive le tabac pour la première fois, adopter les chiffres indiquant l'étendue maximum , afin de pouvoir faire face aux accidents.

E. Exécution des semis. — Lorsque la couche est terminée, ou quand la plate-bande a été préparée , on enveloppe la graine dans un linge après l'avoir mêlée à de la sciure tine

de bois blanc, et on la met tremper pendant quelques heures dans l'eau. Au bout de ce temps, on la suspend dans une cheminée ou dans une chambre chauffée, en ayant soin d'humecter un peu le linge soir et matin avec de l'eau légèrement tiède.

Au bout de huit jours environ , lorsqu'on voit apparaître à la surface des graines des pointes ou radicules blanchâtres, on retire les semences du linge , on les étend sur un vase plat qu'on place pendant un jour ou deux dans un local ayant une température moins élevée, et on les sème par une belle journée sur la couche ou la plate-bande que l'on a préalablement arrosée.

Cette dissémination doit être faite avec beaucoup de soin afin que le semis soit bien uniforme. Beaucoup de cultivateurs se servent dans cette circonstance d'une passoire en fer-blanc ou d'un crible à petits trous.

On peut aussi confier la graine à la terre sans l'avoir fait au préalable tremper dans l'eau.

Quand la semence a été répartie sur toute l'étendue de la pépinière, on la couvre d'une couche de terreau fin et sec de 0n,,005à0m,0l0 au plus d'épaisseur. On répartit le terreau très-uniformément en le tamisant avec un crible.

On termine le semis en couvrant la couche ou la platebande de menus débris de paille, dans le but d'empêcher les pluies de battre la terre, et en la plombant légèrement avec une planche.

Le plus ordinairement les planteurs de tabacs établissent plusieurs pépinières, qu'ils sèment à diverses reprises, afin de pouvoir exécuter des plantations successives aux mois de mai et de juin.

P. Soins a donner aux semis. — Quand le semis est terminé, on abrite la couche avec des châssis ou des paillas-

sons , des nattes ou du papier huilé. Ces paillassons et ces nattes sur les abris sont placés perpendiculairement sur trois des côtés de la couche de la plate-bande.

Ces abris ne persistent pas continuellement sur les semis quand le temps est beau; on les enlève pendant le jour pour que les rayons solaires échauffent la terre. On a soin de les replacer au moment du coucher du soleil, afin qu'ils protègent les semis ou les plantes des gelées ou du froid pendant la nuit.

Quand on garantit le semis avec des châssis, on maintient ces derniers soulevés pendant le milieu du jour à l'aide de crémaillères, et on les couvre le soir avec des paillassons.

Chaque jour, ou tous les deux ou trois jours selon le besoin, on exécute une mouillure ou un arrosage avec un arrosoir à pomme percée de très-petits trous, afin de ne pas battre la terre ou d'échausser les plants. On doit employer de préférence de l'eau de pluie ou de rivière.

Après la germination des graines , on aère les plantes le plus possible pendant le jour, si le temps est beau, pour qu'elles se fortifient. Quand le soleil est trop vif pendant le milieu du jour, on ombre les châssis ou les semis avec une toile ou un paillasson, pour modérer l'action des rayons lumineux.

Quand on fait des semis à l'air libre , on établit quelquefois au-dessus de la pépinière, et dans toute la longueur de la couche ou delà plate-bande, un léger treillis en baguettes ou en roseaux destiné à soutenir les paillassons. Ce treillis doit être placé horizontalement à 0m,10 ou 0n,,15 au-dessus de la terre. On peut aussi lui donner la forme d'une toiture ayant deux versants.

On continue les arrosenients lorsque les circonstances l'exigent, et, s'il y a lieu, on enlève les mauvaises herbes.

Lorsque les plants ont quelques feuilles et qu'on constate qu'ils sont trop nombreux, on les éclaircit avec la main. On agit de manière qu'ils soient séparés de 0n,,02 à 0u,,03les uns des autres.

On répète les sarclages quand cela est nécessaire. Ces opérations sont ordinairement confiées à des jeunes filles ou des femmes.

Quantité de graines nécessaire parniètre carré. — Il faut

de 3 à 4 grammes de graines par mètre carré de pépinière.

Germination des graines. — Les graines de tabacs semées sur une couche abritée par des châssis lèvent du quinzième au vingtième jour. Celles qui ont été répandues sur des plates-bandes, protégées seulement par des paillassons ou du papier huilé , ne germent qu'au bout de vingt -cinq à trente jours.

Transplantation. — A. Époque. — La mise en place des plants se fait en mai ou en juin, lorsque les tabacs ont de trois à quatre feuilles.

Elle doit être terminée aux époques fixées par l'administration.

Ici, elle ne peut plus être faite après le 10 juin; ailleurs , les cultivateurs peuvent l'exécuter jusqu'au 20 du même mois. Dans d'autres départements, l'administration prescrit de la terminer le 25 juin.

Voici les époques qui limitent la transplantation :

Lot avant le 10 juin.

Ille-et-Vilaine — 15 —

Lot-et-Garonne — 25 —

Nord — 30 —

Bas-Rhin — 1er juillet.

Toute contravention à ces époques réglementaires est constatée par un procès-verbal administratif.

vu* 1 1

Le préfet peut, par un arrêt spécial, proroger le délai fixé , quand la saison n'a pas permis d'exécuter la mise en place des plants avant l'époque arrêtée.

En Algérie, on opère la mise en place du tabac avant l'arrivée des grandes chaleurs, c'est-à-dire du 15 février au 15 mars. Les plantations faites en avril laissent toujours à désirer quant à leurs résultats.

B. Nombre de plants a repiquer par hectare.— Le cultivateur est obligé de planter par hectare le nombre de plants déterminé par l'administration. Ce nombre varie suivant les départements , c'est-à-dire la qualité et la destination des feuilles. Voici les chiffres fixés par les règlements concernant la culture du tabac :

Départements. Nombre de plants Surface occupée par

par hectare. chaque plant.

Lot 10000 lm-c,00

Lot-et-Garonne.... 10000 1 ,00

Ille-et-Vilaine 10000 à 15000 0 ,80 à 1 met.

Bas-Rhin 30000 0 ,60

Nord 30000 0 ,60

Pas-de-Calais 40000 0 ,50

Ces nombres ne sont pas invariables. L'article 193 de la loi du 28 avril 1816 tolère un excédant, pourvu qu'il ne dépasse pas le cinquième du nombre de pieds en principal prescrit par hectare.

Ainsi, les cultivateurs du Lot peuvent planter jusqu'à 12 000 plants par hectare, ceux du Bas-Rhin atteindre le chiffre de 36 000, et ceux du Pas-de-Calais, le nombre de 48 000 pieds.

Tout agriculteur qui plante par hectare un nombre de pieds qui dépasse l'excédant toléré, est passible d'une amende de 25 fr. par cent pieds, sans toutefois que cette amende puisse s'élever au-dessus de 1500 fr.

En Algérie, on espace les pieds de 0m,60 à 0m,80 en tous sens.

C. Préparation du sol.— Là petite culture prépare à la bêche les terres qu'elle consacre à la culture du tabac.

La moyenne culture les laboure d'abord à la charrue, et termine leur préparation en les ameublissant avec la bêche.

La grande culture donne trois labours aux terres sur lesquelles elle doit planter du tabac : elle exécute ordinairement le premier à la fin de l'automne, le deuxième après les gelées à glace, et le troisième quelques jours seulement avant la mise en place des plants. Quelquefois, elle fait suivre la charrue au second labour par une fouilleuse , dans le but d'ameublir le sous-sol et de faciliter le développement des racines du tabac.

Dans les trois cas , on termine la préparation en faisant suivre le dernier labour par plusieurs hersages et roulages , ou par des ratelages répétés, afin que la surface de la terre soit très-meuble.

Il est essentiel pendant la préparation des terres de les débarrasser avec soin des plantes indigènes à racines vivaces, telles que agrostis traçante, chiendent, sureau hièblc , ronce, etc.

Fnçrais nécessaire. — Le tabac est une plante épuisante. On doit donc fumer abondamment les terres qu'on lui consacre. On peut leur appliquer du fumier d'écurie ou de bergerie à demi consommé, de la colombine, de la fiente de volailles, des déjections de bêtes à laine ou des matières fécales. Le lupin blanc, le trèfle incarnat et le colza enfouis en fleur, le buis, etc., constituent des engrais puissants. En général, plus les engrais sont solubles et riches en matières organiques et alcalines, plus ils agissent favorablement sur le développement du tabac.

M. de Gasparin recommande d'appliquer 25 OOO kilogr. de fumier dosant 0,40 d'azote par chaque 100 kilogr. deftuilles sèches de tabac. D'après cette donnée , il faudrait répandre par hectare dans le département du Lot 150 000 kilogr. de fumier, et dans celui du Pas-de-Calais 620 000 kilogr. L'expérience journalière ne permet pas d'accepter ces données théoriques.

J'ai remarqué que 4000 kilogr. de fumier suffisaient par hectare et par 100 kilog. de feuilles. D'après cette base, on devra fumer les terres dans les proportions suivantes :

Départements. Feuilles sèches Quantité

par hectare. de fumier nécessaire.

Lot-et-Garonne 600 kilogr. 25000 kilogr.

Lot 800 — 30000 —

Ille-et- Vilaine 1200 — 48000 —

Bas-Rhin 2000 — 80000 —

Pas-de-Calais 2500 — 100000 -

Dans le Mas d'Agen , on enfouit ordinairement 25 000 kilogr. de fumier par hectare ; dans les environs de Cahors on en emploie 28 000 kilogr. ; en Flandre on en répand 80 000 kilogr. , indépendamment de la courte graisse qu'on applique après la plantation.

M. Boussingault a fait, en 1857, à Bechelbrone (Bas-Rhin), une expérience dans le but de déterminer ce que le tabac exige et consomme d'engrais. Il a constaté : l°que le produit en feuilles d'un hectare, soit 2986 kilogr., enlève au sol les éléments suivants :

Azote 137k,l0*r- ,13

Acide phospkorique 22 — ,59

Potasse 85 — .13

2° Que les tiges et les racines laissées sur le sol contenaient :

Azote 292kilcs" ,29

Acide phosphorique 113 — .74

Potasse 349 — .41

La récolte sur pied a donc puisé dans la couche arable : azote, 429wl-,42; acide phosphorique, 113kil,,74; potasse, 434kil',54.

Si l'on applique au sol 106 000 kilogr. de fumier normal par hectare, on ajoutera à la terre :

Azote 531kiîo*r",22

Acide phosphorique 762 — ,83

Potasse 434— ,54

Cette fumure prouve une fois de plus combien est peu utile la méthode que Mi de Gasparin a proposée pour déterminer la quantité de fumier qu'on doit appliquer par hectare dans la culture des plantes agricoles.

Arrachage des plants. — L'arrachage des plants sur les couches ou sur les plates-bandes constitue une opération délicate.

Quand le champ a été préparé, on arrose le semis le matin de très-bonne heure et on procède à l'arrachage des tabacs. Les arrosages rendant plus faciles l'enlèvement des plants avec un peu déterre. L'ouvrier chargé d'exécuter cette opération se sert d'une vieille truelle de maçon; il introduit l'extrémité de cet outil dans la terre à quelques centimètres du plant afin de le déterrer sans briser ses racines. Il ne faut pas arracher les plants en les tirant, car en agissant ainsi on endommage presque toujours les racines. Si, en se servant de la truelle ou d'une large spatule, on arrache en même temps plusieurs plants, on les sépare immédiatement.

Les tabacs, au fur et à mesure de leur arrachage, doivent être placés dans des corbeilles ou des paniers garnis d'un linge mouillé. On doit éviter de faire tomber la terre qui adhère aux racines et de presser les plants les uns contre les autres, afin de ne point endommager leurs feuilles.

Quand un panier est rempli on le couvre d'un autre linge

mouillé pour garantir les plants de l'action de l'air et du soleil, et on l'expédie aux planteurs.

On n'arrache les tabacs que successivement, afin de pouvoir les replanter très-promptement. Le cultivateurne doit jamais oublier que l'air, la lumière et la chaleur flétrissent les plants qui restent quelques heures sans être mis en place. 11 faut rejeter les plants mal conformés, les pieds rabougris ou étiolés.

Exécution de la plantation. — Lorsque le plant a quatre ou six feuilles et 0m,06 à 0m,08 de hauteur, on termine la préparation des champs où la plantation doit être faite.

Alors, suivant la distance à laquelle les pieds doivent être plantés, on rayonne le champ dans le sens de sa longueur, de sa largeur. Quelquefois, on se contente de tracer des lignes dans le sens de la longueur du champ en se servant d'un cordeau à nœuds qui indiquent aux planteurs les points où les tabacs doivent être repiqués.

Quand le champ a été rayonné, ou lorsque le cordeau à nœuds a été tendu, on procède à la mise en place des plants. On doit opérer de préférence par un temps couvert ou un peu pluvieux.

Quatre ouvriers sont nécessaires, si l'on veut que la plantation soit bien faite et exécutée promptement. Le premier ouvrier fait les trous au moyen d'un plantoir; ces trous ont de 0m,12 à 0m, 15 de profondeur. Le second ouvrier place les plants, les enfonce jusqu'au collet dans les trous, et les assujettit avec un peu de terre. Le troisième ouvrier arrose copieusement les pieds si le temps est beau ou si l'air est agité et desséchant, en évitant de verser l'eau sur l'œil du tabac. Le quatrième ouvrier chausse avec la main et avec précaution les plants arrosés; il doit se garder de trop presser la terre contre les racines.

On peut mêler à l'eau qui sert à arroser les tabacs environ un douzième d'urine.

Chaque plant doit recevoir au moins un demi-litre d'eau.

Quand on opère la plantation par un beau temps et qu'on agit sur une petite surface, on couvre les tabacs plantés avec des feuilles de chou ou de bardane, afin d'assurer leurs reprises. Cette opération est nécessaire en Algérie.

On doit cesser la mise en place pendant le milieu du jour, si le soleil luit avec force et si l'air est sec et agité.

Conditions imposées aux planteurs. — L'administration

impose aux cultivateurs de tabacs des conditions auxquelles ils ne peuvent se soustraire sous peine d'être privés de l'autorisation de culture pour l'année suivante. Voici ces dispositions :

1° Les plantations doivent être faites en quinconce, au cordeau, bien alignées et sans lacune; 2° Il est formellement interdit de repiquer plusieurs plants sur la même place, dans le but de remplacer des pieds morts ou ceux détruits par les insectes ; 3° Les pieds intercalaires tolérés doivent être plantés aux extrémités des lignes, et le nombre ne peut pas excéder 3 pour 100 du nombre de plants de tabac mis en place.

Lorsque la forme irrégulière d'un champ ne permet pas de garnir toutes les lignes d'un même nombre de plants, les lignes incomplètes de la pointe ne doivent être établies que sur les côtés de la pièce.

Dans plusieurs départements, il est interdit de planter des choux, etc., entre les rangées de tabac.

Dépenses occasionnées pour la plantation. — Dans les départements du Lot et du Lot-et-Garonne, on compte qu'il faut quatre journées d'homme et quatorze journées de femme pour planter et arroser 12 000 plants, nombre nécessaire à un hectare. En comptant les journées d'ouvriers à 1 fr. 50 c.

et celles des femmes à 1 fr. , on trouve que la plantation coûte 20 fr. de main-d'œuvre.

Dans le département du Pas-de-Calais, les frais de plantation de 48 000 plants en maximum par hectare, exigent 10 journées d'hommes et 45 journées de femmes, qui occasionnent une dépense de 60 fr.

Ces deux exemples comprennent les frais nécessaires pour remplacer les pieds manquants.

Dans le premier cas, la plantation d'un hectare dure deux jours; dans le second, on la termine le cinquième jour.

Valeur commerciale des plants. — Les plants de tabacs se

vendent de 2 à 6 fr. le 1000, suivant leur force et les années.

Remplacement des pieds morts. — Quelques jours après

la plantation on s'occupe de remplacer les pieds de mauvaise venue, ou ceux qui ont été détruits par les insectes ou les agents atmosphériques. Les tabacs qu'on plante dans cette circonstance sont ceux qui ont été transplantés aux extrémités des lignes comme pieds intercalaires.

Il est interdit de remplacer les pieds manquants et d'en replanter sur un endroit quelconque du champ après le premier inventaire.

Destruction des pépinières. — Les plants qui n'ont pas été utilisés dans les plantations doivent être détruits avant l'époque fixée par le préfet du département. Les semis qui subsisteraient après le délai prescrit , seraient considérés comme des plantations illicites. Les contrevenants sont passibles d'une amende de 50 fr. par 100 pieds de tabac (article 181 de la loi du 28 avril 1816). *

Destruction des plantes intercalaires. — Les plants intercalaires non mis en place doivent être détruits au fur et à mesure de la croissance des plants. Les employés de la régie ont le droit de les faire détruire, s'il en existe encore au

moment du premier inventaire, et de constater cette contravention par un procès-verbal judiciaire.

Plantation des porte-graines. — L'administration autorise les cultivateurs de tabac à conserver dans leurs plantations, ou dans leurs jardins ou autres lieux abrités qu'ils sont tenus de faire connaître aux employés des contributions indirectes, les plants-mèresnècessaires à la prochaine culture.

Le nombre de ces porte - graines ne doit pas excéder 25 , à raison de 10 000 pieds de tabac. On les comprend dans l'inventaire.

Soins d'entretien. —A. BlNAG-ES. — On exécute Un, deux et

quelquefois trois binages à la houe à main ou à la binette, selon que la terre se durcit superficiellement plus ou moins facilement etle nombrede plantes indigènes qui l'envahissent.

La houe à cheval ne peut guère être employée pour exécuter ces binages, parce que le tabac est ordinairement cultivé sur de petites surfaces.

Les ouvriers ouïes femmes chargées d'exécuter les binages doivent éviter de briser les feuilles.

B. Labours. — Dans le département du Lot-et-Garonne on donne ordinairement deux labours à la terre pendant la première végétation du tabac. Le premier est exécuté à la fin de juin avec une charrue sans versoir ; on opère le second avant le 15 de juillet, en employant une charrue munie d'un petit versoir.

Avant chaque labour, on fait exécuter par des femmes un binage sur toute la surface du champ.

Le deuxième labour butte légèrement les pieds de tabac.

D. Buttage. — On termine les travaux de culture en opérant un ou deux buttages à l'aide d'une charrue, d'un buttoir ou d'une houe à main. Ces opérations maintiennent une plus grande fraîcheur à la base des tabacs et elles augmen-

tent leur solidité. On exécute le premier buttage lorsque plants ont de 0",30 à CT,40 de hauteur.

En Algérie, on l'effectue aussitôt que les plants ont ô",30de hauteur. «

Le buttage demande beaucoup d'attention, l'ouvrier qui l'exécute doit évite - ter les plants, de briser les feuilles et d'endommager les racines.

Quelquefois, on complète le travail de la charrue ou du buttoir. en unissant avec la bêche ou le râteau, la surface des billons au centre desquels existent les tabac

Six journées d'hommes ou de femmes suffisent pour exécuter ce travail complémentaire.

Au mois de septembre, le champ a la disposition que présente la fig. 16.

Inventaire des plantes on premier inventaire. — Pendant le mois de juillet et à une époque fixée parle ; i les employés de la régie procèdent h l'opération dite m- Ire.

Cette opération a pour objet de vérifier la superficie tivéepar chaque planteur et de constater le nombre de pi qu'on y a plantés.

Huit jours avant d'y procéder, les empk la régie,

en donnent avis au mairedelacommu: qu'il informe

les planteurs du jour de leur arrivée. En outre, les employés se présentent le jour même de l'opération au domicile du planteur, chez lequel ils doivent opérer, ou ils le font prévenir par le garde champêtre.

Les plantations sont mesurées à l'aide d'un cordeau-mètre. La mesure est prise en décimètre,' d'après l'espace occupé par dix plants en longueur et en largeur.

Le dénombrement des plantes est inscrit sur le registre portatif des employés. Les planteurs sont requis de signer leur compte sur ce registre. Le maire, en présence duquel a lieu l'inventaire, ne peut se refuser sous aucun prétexte à signer l'inventaire inscrit au portatif.

Les agents de la régie dressent un procès-verbal, si la vérification fait connaître qu'il y a eu excédant de plus d'un cinquième sur la quantité de terre ou le nombre de pieds de ta^ac déclarés. Le contrevenant est passible d'une amende de 25 francs pour 100 pieds, excédant sa déclaration, mais cette amende ne peut s'élever au-dessus de 1500 francs.

En cas de contestation sur la contenance et le nombre de pieds, le cultivateur peut réclamer l'expertise. Il doit adresser sa demande dans les 48 heures au sous-préfet ou au directeur des contributions indirectes. Les frais occasionnés par cette vérification restent à la charge de celle des parties dont l'estimation aura présenté la différence la plus forte, comparativement à la contenance réelle1.

Écimage. — Au fur et à mesure du développement des tabacs, on procède à l'écimage, c'est-à-dire, on supprime la

1. Les inventaires ont occasionné à la régie en 1835 les dépenses suivantes :

Par hectare 8 fr. 90 c.

Par planteur 3 31

Par plantation 2 18

Par 10 000 pieds 4 32

tète des pieds en exécutant un pincement. Cette opération facilite le développement des feuilles. Si on évitait de l'exécuter, la sève serait en partie utilisée parles fleurs et les fruits au détriment des feuilles.

On agit ordinairement dès que les premiers boutons à fleurs apparaissent, et au-dessus du nombre de feuilles qu'on doit laisser sur chaque pied. Alors la dernière feuille à conserver à la partie supérieure de la tige a déjà 0ra, 1 5 environ de largeur.

On écime plus ou moins haut selon la fertilité du sol et la situation de la plantation. Les tabacs qui végètent sur sols riches et abrités peuvent être écimésplus haut que les tabacs qui croissent dans un terrain de qualité secondaire et qui sont exposés à des vents violents.

Cette opération, d'après les arrêtés administratifs, doit être terminée, au plus tard, aux époques suivantes :

Lot 15 août. »

Ille-et- Vilaine 15 —

Nord ... 20 -

Bas-Rhin 20 —

Dans quelques départements, on ne tolère qu'un écimage sur chaque plantation; dans d'autres, on en autorise de deux à trois.

Plus l'écimage est retardé, plus le tabac est léger.

L'écimage exige l'emploi de 6 à 10 journées d'homme par hectare.

Nombre de feuilles à conserver sur chaque pied. — Les

planteurs sont tenus de laisser un nombre déterminé de feuilles sur chaque pied. Voici les chiffres maximum fixés :

Lot 9 feuilles.

Lot-et-Garonne ... 9 —

Ille-et-Vilaine 8 à 10 —

Nord 6 à 10 —

Pas-de-Calais 12 à 15 —

Bas-Rhin 12 à 15 —

Ainsi, le nombre de feuilles à laisser sur chaque pied est en raison inverse de la qualité du tabac.

Les cultivateurs habiles de l'Algérie, évitent de surcharger le tabac, afin de récolter des feuilles de premier choix. Ils en laissent 15 à 20 au plus sur les pieds vigoureux. Les pieds faibles n'en conservent que 12 à 15.

Quand la culture du tabac était libre en France, on ne laissait sur chaque plante que les feuilles suivantes :

Tabac très-fort, l,e classe 10 à 12 feuilles.

— fort, 2e classe 12 à 15 —

— doux, 3e classe 15 à 20 —

M. Mourgues conseille dans le Lot, l'écimage suivant :

Terre lre classe 8 feuilles.

— 2e classe 7 —

— 3e classe 6 —

Le chiffre 7 représente la quantité moyenne de feuilles.

Épamprement. — Les planteurs sont obligés d'enlever toutes les feuilles sans valeur, principalement celles qui existent au bas Mes plantes et qui traînent sur le sol et qu'on nomme feuilles terriennes, feuilles séminales, feuilles de couche, afin qu'on puisse, à l'époque de la récolte, couper les pieds de tabac au-dessous des feuilles.

Cet épamprement doit être ordinairement terminé en même temps que l'écimage.

Le cultivateur est obligé de détruire les feuilles au fur et à mesure qu'elles sont détachées des tiges.

Inventaire des feuilles ou second inventaire. — Les employés procèdent au récolement des feuilles aussitôt après le premier inventaire, en commençant par les pieds les plus avancés. Après s'être assurés que l'écimage a été fait régulièrement, ils multiplient le nombre des pieds par celui des

feuilles laissées sur chaque tabac. Le résultat de ce calcul forme la charge du planteur. Les employés constatent cette opération dans un nouvel acte au registre portatif.

^bourgeonnement. — Les jets, rejets ou bourgeons doivent être détruits au fur et à mesure qu'ils se développent et avant que les feuilles n'aient atteint une longueur de 0m,25. Ils ont l'inconvénient d'énerver les plantes.

Les jets apparaissent à la base des pieds et les bourgeons se développent à l'aisselle des feuilles. On les supprime avec une serpette ou avec l'ongle de l'index et celui du pouce ; ils sont très-cassants.

On répète l'ébourgeonnement tous les 8 ou 12 jours, c'està-dire deux ou cinq fois.

L'ébourgeonnement d'un hectare exige de 4 à 8 journées de femmes.

Le planteur est obligé d'enterrer au pied des tabacs, tous les jets qu'il détache des tiges. Les infractions à cette prescription sont constatées par un procès-verbal administratif.

Agents atmosphériques nuisibles. — Les "pluies continues

sont nuisibles au tabac : elles diminuent la qualité de ses feuilles en contrariant l'élaboration des sucs. Les chaleurs excessives crispent les feuilles, arrêtent leur développement, et réduisent le poids du produit. Les brouillards altèrent le parfum des feuilles, et modifient-la solidité de leur tissu. Les vents noteHtebrisentles tiges, déchirentetanéantissentles feuilles ; la grêle et les pluies d'orage produisent les mêmes désastres. Enfin, les gelées hâtives d'automne nuisent aux feuilles en précipitant leur maturité.

Quand on cultive le tabac en plaine ou à une faible distance de la mer, on doit le protéger contre la violence des vents par des plantations de houblons, de topinambours ou de haricots à rames. Dans les arrondissements de Dol et de

Saint-Malo (ïlle-et- Vilaine) la régie autorise les planteurs à diviser leurs champs en parties régulières, par des topinambours, des pois rames, afin de garantir les tabacs contre l'influence fâcheuse des vents de mer.

Animaux nuisibles. — Les taupes doivent être détruites avec soin, car elles détruisent quelquefois beaucoup de jeunes pieds en creusant leurs galeries.

insectes nuisibles. — Le tabac est attaqué par un grand nombre d'insectes :

Les limaces nuisent beaucoup au tabac dans les années où il survient des pluies continuelles; elles mangent les feuilles des plants des pépinières, ou des tabacs transplantés. On les ramasse le matin de très-bonne heure, ou la nuit en se servant d'une lanterne.

La larve du hanneton attaque principalement les racines du tabac.

La sauterelle verte (Locusta veridissima, 01.) ronge le parenchyme des feuilles sans toucher à la côte.

On doit aussi signaler la punaise grise (Gimex griseus, L.), la punaise bleue (Gimex coeruleus,L. ) ; la première a le dessus du corps gris jaunâtre obscur et pointillé et lavé de brun ; la seconde est entièrement d'un bleu verdâtre. Ces deux punaises ont été rangées par Latreille dans le genre pentatome ; elles causent souvent beaucoup de mal en faisant périr les pieds sur lesquels elles vivent.

Plante parasite. — L'orobanche rameuse est une plante redoutable. Elle apparaît en août, en s'implantant sur la racine du tabac. Alors vivant entièrement à ses dépens, elle l'épuisé et ne tarde pas à la faire périr. On doit, pour arrêter ses ravages et empêcher qu'elle mûrisse ses graines, couper le plus tôt possible, tous les pieds de tabac sur lesquels elle s'est développée.

Altérations et maladies. — Le tabac est sujet à trois altérations ou maladies :

1° Les sols humides et les années pluvieuses favorisent le développement sur les feuilles de taches roussâtres qui constituent ce qu'on appelle la rouille. Les feuilles sur lesquelles on observe cette altération se flétrissent et ne tardent pas à se détacher des tiges. On ne connaît encore aucun moyen pour éviter ces altérations.

2° Les feuilles de tabac sont aussi désorganisées par une maladie signalée par des marbrures jaunâtres sur lesquelles ne tardent pas à se développer des taches nombreuses de rouille. Cette maladie, à laquelle on a donné le nom de nulle, diminue la vitalité des pieds sur lesquels elle apparaît. On ignore les causes qui favorisent son développement.

3° Le tabac est parfois arrêté dans son développement par une altération que l'on a appelée blanc. Les pieds qui en sont atteints sont dépourvus de chevelus et la tige contient une moelle molle et blanchâtre. Les tabacs dits blancs ne produisent ni bourgeons, ni rejetons et se conservent difficilement à la pente. Les experts chargés du classement des feuilles n'acceptent pas celles qui en sont attaquées, parce qu'elles font moisir les feuilles saines avec lesquelles elles sont en contact. Ces faits suffisent pour engager les cultivateurs à détruire les tabacs blancs, après avoir prévenu les employés de la régie.

Destruction des plantes ou feuilles avariées. — Les

plantes avariées ou de mauvaise venue, et les feuilles altérées ou déchirées, ne peuvent être détruites hors de la présence des employés de la régie, sous peine pour le planteur de ne pas en obtenir décharge.

Ainsi, en cas d'accidents éprouvés après l'inventaire soit par la grêle, soit par toute autre cause, le planteur est tenu*

suivant l'article 197 de la loi du 2 avril 1816, d'en faire la déclaration au maire de la commune au moins, dans les vingtquatre heures. Ce fonctionnaire prévient les employés qui doivent constater en sa présence le nombre de plantes et de feuilles endommagées.

Les planteurs qui négligent de se conformer à ces dispositions, ne sont point admis à l'époque de la livraison de se prévaloir des accidents éprouvés.

La décharge à laquelle le cultivateur peut prétendre est estimée de gré à gré; en cas de contestation, il est prononcé par des experts nommés par le préfet.

Récolte des graines. — J'ai dit précédemment que la loi autorisait les planteurs à récolter les semences dont ils ont besoin.

Il est nécessaire, si on veut avoir de bonnes graines, de choisir comme plantes mères les pieds les plus forts et les plus vigoureux.

Ces pieds ne doivent pas être écimés et effeuillés ; les feuilles sont considérées comme nécessaires à la formation et à la nutrition des graines. Si ces porte-graines étaient écimés, ils seraient considérés comme constituant une plantation illicite, et le planteur serait passible des peines édictées par l'article 181 de la loi précitée.

Nonobstant on peut enlever les rejets, les bourgeons qui se développent sur la tige ; on peut aussi supprimer les boutons à fleurs qui se montrent tardivement. Cette suppression aura l'avantage de faciliter le développement des capsules qu'on aura laissées et la maturité des graines qu'elles contiendront.

On procède à la coupe des tiges à la fin de septembre ou au commencement d'octobre, lorsque les capsules ont pris une teinte jaune brunâtre et que les graines sont arrivées à vu* 1 2

maturité. On doit opérer par un beau temps. On les fait ensuite sécher en les suspendant au soleil ou dans une chambre aérée et sèche. Quand les capsules sont sèches, on les détache des ramifications pour les conserver dans une boîte. On ne les ouvre qu'au moment de semer les graines qu'elles renferment. Lorsqu'on égrène les capsules en automne, on conserve les semences dans une bouteille ou une gourde bien bouchée.

Qualité des graines. — Les bonnes graines de tabac sont lourdes et ont une grosseur uniforme ; leur couleur est roussâtre.

Lesgraines quirestent verdâtres, sont de mauvaise qualité. En général les semences de tabac perdent d'année en année leur faculté germinative par suite de l'évaporation de leur huile essentielle.

Poids d'un litre de graines. — Un litre debonnes graines de tabac pèse 550 grammes environ.

Il contient de 1 000 000 à l 200 000 semences.

Nombre de pieds pour obtenir unkilog. de graines. — On

a constaté que 25 pieds de tabac cultivés avec soin dans un endroit abrité des vents du nord produisent environ 1 kilog. de graines.

Récolte des feuilles. A. Époque. — L'époque à laquelle on exécute la récolte des feuilles varie suivant la latitude sur laquelle le tabac est cultivé.

En Flandre, elle a lieu ordinairement vers le 25 septembre, c'est-à-dire 115 à 125 jours après la plantation.

Dans la Guyenne, on l'opère vers le 25 août, soit 85 à 95 jours après la mise en place des plants.

Ainsi, la cueille des feuilles a lieu à la lin de l'été, plus tard ou plus tôt, selon le climat.

B. Indices de la maturité des feuilles. — Le tabac est à

maturité quand ses feuilles se sont marbrées d'un jaune brun, ou de jaune pâle, lorsqu'elles se crispent à leur extrémité, se cassent net quand on veut les plier, lorsque la surface présente des inégalités ou des boursouflures, et présente une sorte de velouté qu'on distingue aisément à la réverbération du soleil.

Les feuilles arrivées à cet état, ont une inclinaison prononcée, et elles développent une odeur de nicotine; en outre leur surface est gommeuse et elles ont atteint leur développement maximum.

G. Conditions imposées aux planteurs. — Il est interdit aux planteurs de récolter tout ou partie de leurs tabacs, avant l'inventaire des feuilles, qui en établit régulièrement les charges. Il leur est également défendu de récolter aucune feuille d'épamprement,décimage, de bourgeon ou de regain. Nous avons dit précédemment que toutes les feuilles doivent être détruites au moment de leur extraction.

S'il est reconnu, au moment du deuxième inventaire, qu'il a été distrait des feuilles sur les pieds de tabac, les employés de la régie sont autorisés à compter et à prendre en charge le nombre de ces feuilles d'après celui des nœuds ou traces de pétioles existant sur les tiges de tabac.

Toutes les feuilles autres que celles cassées par les vents ou la grêle, dans des cas d'avaries reconnus ou par événement fortuit dûment constatés, que l'on trouverait à la pente ou au domicile des planteurs avant l'inventaire, seront saisies comme dépôt frauduleux en vertu de l'article 217 de la loi précitée; ces contraventions sont punies d'une amende de 10 fr. par kilog. de tabac saisi, laquelle ne peut excéder la somme de 3000 francs, ni être au-dessous de 100 francs.

Dans le cas ou les tabacs saisis seraient totalement verts ou en cours de dessiccation, leur poids réel subirait, pour

fixer l'amende, une réduction de 60 pour 100 dans le premier cas, et de 30 pour 100 dans le second.

D. Cueillette des feuilles. — La cueille des feuilles doit être faite, autant que possible, par un beau temps et après la rosée. Il faut éviter d'opérer par un soleil ardent ou lorsque le temps est pluvieux.

Cette récolte se fait en plusieurs fois, parce que toutes les feuilles ne mûrissent pas à la même époque.

On cueille d'abord les feuilles les plus mûres, celles du bas des tiges. Ces feuilles forment environ la moitié ou les deux tiers de la récolte. Huit ou douze jours après cette première opération, on termine la cueillette.

Dans quelques localités, la récolte des feuilles se fait à trois reprises et dure environ 20 jours.

On doit casser ou couper, ce qui est préférable, les pédoncules des feuilles le plus près possible de la tige.

En Belgique comme en France, autrefois, les feuilles récoltées en :

Premier lieu forment le tabac très-fort. Second lieu — tabac fort.

Troisième lieu — tabac doux.

Au fur et à mesure qu'on opère la cueillette, on réunit les feuilles par petites poignées en les plaçant sens dessus dessous les unes sur les autres et on les pose sur les billons. On les porte ensuite au séchoir.

Quelques heures d'exposition au soleil les ressuient et les assouplissent.

Quand on craint la pluie on les rentre immédiatement. Les feuilles une fois détachées des tiges se détériorent facilement sous l'action de la rosée ou des pluies ; elles perdent de leur partie gommeuse, de leur sève et de leur parfum. C'est donc a tort qu'on les laisserait passer la nuit dans leschamps

dans les parties du nord, de l'est ou du sud-ouest de la France.

E. Coupe des tiges. — Dans les départements du Lot et du Lot-et-Garonne, on ne cueille pas ordinairement les feuilles une à une; on coupe les tiges à 0m,10 ou 0m,16 au-dessous de la première feuille. Ce mode de récolte est expéditif et très-économique. Il a l'avantage, en outre, de garantir le tabac des pluies et des gelées, puisqu'il permet de le déposer plus promptement dans les séchoirs.

L'ouvrier chargé de couper le tabac saisit de la main gauche le pied qu'il veut couper et l'incline légèrement; alors, à l'aide de sa serpe qu'il tient dans la main droite, il coupe la tige d'un seul coup en ayant soin de ne pas endommager les feuilles et la pose avec précaution en travers sur les billons en dirigeant sa base vers le soleil pour que les rayons lumineux n'agissent, autant que possible, que sur la page inférieure des feuilles.

Au bout d'une heure environ, on retourne les tiges pour que toutes les feuilles subissent l'influence du soleil et s'assouplissent. Le soir, avant le coucher du soleil, on les porte au séchoir.

F. Nombre de journées nécessaire. — On compte, dans le nord de la France, qu'il faut 20 journées d'hommes et 40 journées de femmes, pour opérer la cueillette des feuilles sur un hectare. Ce travail dure ordinairement 10 jours.

La coupe des tiges dans le département du Lot-et-Garonne exige 5 à 6 journées d'hommes.

Transport du tabac au séchoir. — Pour transporter les

feuilles qui ont été détachées des tiges, sans les endommager, il faut les placer avec soin dans un tombereau ou dans de grands paniers carrés qu'on charge ensuite sur une voiture ou sur une brouette. On peut aussi les réunir en paquets

ou en bottes avec des cordes, mais ce moyen laisse beaucoup à désirer, parce qu'il oblige à déchirer un certain nombre de feuilles. On ne peut l'adopter que dans les pays où la culture du tabac est libre.

Le transport des tiges munies de feuilles se fait à l'aide de charrettes. Ces tiges y sont placées horizontalement sans être tassées.

M. Fabre a constaté qu'il faut dans le département du Lotet-Garonne 12 voyages de charrettes pour transporter le tabac d'un hectare au séchoir, et 6 journées de femmes pour charger et décharger les voitures.

Seconde récolte ou regain. — Les feuilles OU les tiges

étant coupées lorsque le tabac est encore en végétation, il en résulte que plusieurs tiges secondaires ne tardent pas à se développer à la base des pieds. Ces rejets et les feuilles qui les garnissent constituent ce qu'on appelle le regain.

La loi ne permet pas aux planteurs de récolter ces nouvelles feuilles. En exécution de l'article 196 de la loi de 1816, ils sont tenus d'arracher les tiges et souches de deux plantations, au fur et à mesure de l'achèvement de la récolte.

Les employés qui constatent un seul fait de l'existence desdites tiges et feuilles après le délai accordé dans l'avertissement qui leur aura été délivré, dressent un procèsverbal contre les contrevenants, qui seront alors passibles de l'amende prononcée par l'article 181 de la loi sur le tabac.

Les feuilles des regains ont-elles suffisamment de qualité pour être récoltées? L'administration répond affirmativement à cette question en excluant ce tabac de la classe des produits marchands. Cette mesure est basée sur ce principe : que les feuilles qui constituent le regain n'arrivent pas toujours à maturité. M. Boussingault a récolté en seconde récolte, en 1857,

547 kil. de feuilles par hectare; aussi est-ce avec raison qu'il voudrait que le cultivateur fût autorisé à profiter des chances favorables quand elles se présentent, lui qui subit si souvent sans se plaindre les conséquences des mauvaises saisons!

Dans le département du Nord on désigne les regains et les feuilles non marchandes sous le nom de savonnettes.

Arrachage des souches et des tiges. — Quand la récolte

des feuilles ou la coupe des tiges a eu lieu, on arrache les pieds avec une pioche, on les secoue pour détacher la terre qui adhère aux racines et on les met en tas. Lorsque tous les pieds ont été ainsi déracinés, on les enlève à l'aide d'un tombereau et les conduit sur le fumier. Ces souches augmentent utilement la masse des engrais.

Dessiccation du tabac. — Aux termes du règlement concernant la culture du tabac, la dessiccation des feuilles doit être faite dans des séchoirs ou locaux convenablement disposés, afin de les préserver des intempéries : des pluies, des brouillards et du soleil.

A. Locaux ou abris. — Dans le nord et l'est de la France et en Allemagne et en Belgique, on dessèche le plus ordinairement le tabac sous des hangars ou à l'intérieur des bâtiments, ayant des ouvertures garnies de persiennes à lames mobiles verticales qui permettent une ventilation suffisante.

Dans les départements du sud-ouest et de l'ouest, on dessèche généralement le tabac dans des greniers et des granges mal aérés ou sous les auvents que présentent au midi les maisons d'habitation.

Un séchoir est réputé bon, quand il est éloigné des lieux qui produisent des émanations nauséabondes, lorsqu'il n'est pas situé dans un endroit humide ou sur le bord d'un cours d'eau, lorsqu'il a des ouvertures et que celles-ci permettent

d'établir à volonté des courants d'air; enfin quand on peut facilement y maintenir une chaleur douce.

L'administration publie chaque année qu'elle accordera des primes aux propriétaires qui construiront des séchoirs d'après les dispositions des séchoirs que possède la Hollande, mais peu de cultivateurs jusqu'à ce jour ont profité de ces encouragements, parce que les primes offertes ne sont pas en rapport avec les dépenses que nécessitent ces bâtiments spéciaux.

B. Conditions réglementaires concernant la dessiccation. — Les tabacs récoltés ne peuvent être desséchés ailleursque dans l'habitation du planteur qui les a récoltés.

Les cultivateurs qui se trouveraient dans l'impossibilité de placer dans le local qu'ils habitent les tabacs provenant de leurs récoltes, ne pourront les faire sécher et emmagasiner dans un autre local qu'après en avoir obtenu l'autorisation.

Pour obtenir cette autorisation, il faut en faire la déclaration avant la récolte aux employés de la régie, en désignant la situation des bâtiments, le nom de leur propriétaire, et produire le bail authentique ou ayant date certaine qu'ils auront souscrit avec ce dernier. Les bâtiments loués doivent être situés dans une commune autorisée à planter du tabac. Cette déclaration est inscrite sur un registre à souche.

A défaut par les planteurs de se conformer à ces dispositions, les tabacs sont saisis par les employés, et le détenteur est passible des peines prononcées par les articles 217 et 218 de la loi de 1816.

C. Mise a la pente. — La mise à la pente s'opère de deux manières : 1° en enfilant les feuilles; 2° en attachant les pieds à des perches.

1° Lorsque les feuilles ont été apportées au séchoir, on en forme des guirlandes, qu'on suspend au-dessous des toits ou des hangars.

Chaque femme chargée de préparer ces chapelets (fig. 17) rend une ficelle ayant de lm,50 à 2m de longueur, et l'engage dans l'œil d'un carrelet moyen; alors, à l'aide de cette

Fig. 17. Guirlandes de feuilles de tabac.

grosse aiguille , elle enfile un certain nombre de feuilles par le gros bout de la côte. Chaque jour on enfile les feuilles qu'on a récoltées la veille. En Alsace, on pend préalablement la pétiole de chaque feuille avec un tranchet; cette opération facilite la dessiccation de la côte et rend l'enfilage plus facile.

Fig. 18. Feuilles de tabac soutenues au moyen d'une baguette.

Le plus ordinairement les guirlandes de feuilles ont de lm àlm,50 de longueur.

En Hollande, on remplace souvent les ficelles par de petites baguettes (fig. 18).

Les guirlandes, au fur et à mesure de leur confection, sont attachées à des crochets que portent des tringles de bois situées à deuxou trois mètres au-dessus de l'aire des bâtiments.

Les chapelets doivent être espacés les uns des autres deOm,l5 à 0n\25 ; les feuilles sont séparées sur les guirlandes de 0m,03 à 0m,05 ; elles ne doivent pas se toucher, on peut les disposer en étage, si la hauteur du bâtiment le permet.

On peut aussi attacher 1 5 à 20 feuilles par la pointe et les réunir en paquet qu'on suspend ensuite à une perche.

2° Lorsqu'on suspend des pieds de tabac, il faut attacher sous les planches ou poser sur les poutres ou entraits por-

Fig. 19. Pieds de tabac mis à la pente.

tant des fermes, des chevrons espacés les uns des autres de 0^,30 à 0m,40.

Alors à l'aide de brins d'osiers, de joncs, de petits liens de paille ou de ficelle, on suspend les pieds de tabac la partie supérieure en bas, pour que les feuilles soient bien tombantes (fig. 19). Dans quelques localités on attache deux pieds à chaque bout d'une ficelle; ailleurs, on en fixe un à chaque extrémité. La corde qui a alors 0m,30 à 0n\50 de longueur repose à cheval sur le chevron et permet à chaque pied de tomber verticalement.

Quand le local est élevé, on dispose plusieurs étages successifs de perches ou de chevrons.

]Lamise des tiges à la pente doit être faite au fur et à me-

sure qu'elles arrivent à la ferme. C'est en opérant ainsi qu'on parvient à obtenir du tabac de bonne qualité. Les cultivateurs qui veulent obtenir principalement du tabac ayant une belle couleur, doivent le mettre en tas dans des caves ou des locaux frais aussitôt après qu'il a été récolté et l'abandonner ainsi pendant deux ou quatre jours pour qu'il fermente et devienne jaune pâle. Cette opération est utile quand la récolte a lieu par un temps très-chaud, ou lorsque le vent souffle du nord; mais elle présente des dangers si elle n'est pas surveillée et pratiquée par des planteurs habiles, parce que les feuilles qni fermentent ainsi, peuvent prendre une teinte brune et perdent leur arôme si la chaleur qu'elles produisent pendant la fermentation acquiert une grande intensité.

M. Mourgues regarde la dessiccation du tabac en tiges comme supérieure à la dessiccation des feuilles en guirlandes. Voici les résultats qu'il a constatés par expérience.

100 feuilles ayant séché sur leur tige ont pesé, après six semaines de suspension, 1 kilog. 875 grammes.

100 feuilles d'une dimension et d'un poids égaux, mises à la pente en guirlandes, n'ont pesé, après le même laps de temps, que l kilog. 625.

La différence en faveur du premier mode de dessiccation est donc de 14 pour 100 environ. Si l'on ajoute 12 pour 100 pour l'augmentation en valeur des mêmes produits, à cause de la .conservation de la qualité, on trouve que la différence du rendement des deux procédés de dessiccation s'élève à 26 pour 100.

D. DÉPENSES OCCASIONNÉES PAR LA PENTE. — Oil Compte,

dans le département du Pas-de-Calais, qu'il faut 20 journées d'hommes et 40 journées de femmes pour enfiler les feuilles produites par un hectare.

Dans le Lot-et-Garonne, il faut 5 journées de femmes pour

attacher les pieds deux à deux avec de la paille ou de l'osier, 6 journées d'hommes pour les suspendre et 2 journées d'hommes pour les descendre.

E. Conditions de réussite. — La dessiccation oblige le cultivateur à une surveillance active et continuelle.

Si le tabac se dessèche trop vite, il reste vert, et ne prend pas cette teinte dorée qu'il doit avoir; en outre, il perd son onctuosité et diminue de qualité.

Il faut donc faciliter plus ou moins l'accès de l'air ou de la chaleur, selon le degré de la dessiccation des feuilles.

Les feuilles qui se couvrent de moisissures doivent être détachées des guirlandes et des tiges, et suspendues par la pointe en petits paquets pendant 10 à 15 jours. Quand les moisissures persistent, après cette nouvelle pente, on les détache de nouveau, et on les frotte avec un linge, ou à l'aide de la main en ayant soin de ne pas les déchirer.

C'est à tort qu'on précipite la dessiccation en allumant du feu dans les séchoirs.

Enfin, on surveille chaque jour les guirlandes ou les pieds pour s'assurer si les feuilles se touchent et mettre de nouveau à la pente celles qui se sont détachées des tiges.

F. Durée de la mise a la pente. — Les feuilles et les tiges restent suspendues dans les séchoirs pendant un mois ou six semaines.

Cette première dessiccation est moins prolongée quand l'air est chaud et sec; elle dure davantage si le temps est humide et froid.

Elle est terminée quand la côte principale a perdu les 9/10 de son eau de végétation.

Le cultivateur n'a pas intérêt à la prolonger sans nécessité, car, une fois sec, le tabac ne peut que perdre de sa qualité si le temps est sec, et moisir, s'il est humide.

On doit autant que possible profiter d'un temps très-doux pour descendre le tabac de la pente parce qu'alors les feuilles étant très-assouplies , sont moins sujettes à être brisées.

Quand le vent soufle du nord, on fait bouillir de l'eau dans le séchoir ; la buée qu'on produit ramollit les feuilles et rend l'opération plus facile.

S'il gèle, on attend patiemment le beau temps.

Effeuiiiaison des tiges. — A mesure qu'on descend les tiges de la pente, on les donne à des femmes pour qu'elles détachent les feuilles une à une et les divisent en trois classes : le premier tas est formé des deux feuilles les plus basses ; le second comprend les trois ou quatre feuilles du milieu ; le troisième est formé des deux feuilles supérieures.

Le produit d'un hectare nécessite dans le département du Lot-et-Garonne 14 journées de femmes.

Mise en tas. — Quand les feuilles ont été retirées de la pente, on les réunit en tas pour qu'elles augmentent en qualité et qu'elles soient plus souples et plus onctueuses.

Ces tas ou marcs ou masses ontde 0m,65 à 0m,75 de hauteur.

On les forme en disposant les feuilles (les queues en dehors) sur deux rangs contigus au milieu d'un local sain et aéré.

Au bout de 10 à 15 jours on défait les tas, on bat les feuilles les unes contre les autres en les prenant par leurs pétioles, afin de bien les aérer et on les met encore une fois en tas.

Si vers le sixième ou le huitième jour on constatait, en plongeant la main dans le milieu des masses, un commencement de fermentation, il faudrait ne pas tarder de les démonter. Les feuilles qui fermentent dans les masses d'une

manière apparente, deviennent sèches et perdentleur gomme et leur arôme.

Triage des feuilles. — En novembre ou décembre, on s'occupe du triage, opération qui consiste à réunir les feuilles de même grandeur , de même couleur et de même qualité. Ce triage ne peut être fait que par des personnes habituées à ce genre de travail. L'administration se charge , sur la demande des planteurs, de le faire exécuter à leurs frais par des femmes des magasins de tabac.

Le triage est obligatoire pour tous les planteurs.

L'ouvrier chargé d'opérer le classement se place devant une longue table située dans un bâtiment bien éclairé, pose devant lui un paquet de feuilles provenant d'une des masses, et les examine une à une. Alors, ayant égard à leur largeur, leur longueur, leur nuance, leur consistance et leur défaut, il les range successivement en huir. tas.

Le premier comprend les feuilles corsées jaunes.

Le second — — légères jaunes.

Le troisième — — corsées brunes.

Le quatrième — — légères brunes.

Le cinquième — — ayant des taches de rouille.

Le sixième — — verdâtres.

Le septième — — qui ont fermenté en masse.

Le huitième — — rouillées, moisies, déchirées.

Cet ouvrier est secondé par un aide.

Le triage des feuilles récoltées sur un hectare exige dans le Lot-et-Garonne environ 15 journées de femmes habituées à l'opérer annuellement.

Mise en manoques. — Lorsque le triage est terminé ou à mesure qu'on l'opère, on procède à la formation des manoques ou paquets composés d'un nombre uniforme de feuilles toutes de même qualité.

La personne chargée du manocage arrange symétrique-

ment un nombre donné de feuilles qu'elle lie ensemble avec une autre feuille; ce lien entoure les pédoncules; on l'arrête en introduisant son extrémité entre les queues des feuilles.

Toutes les feuilles doivent avoir leurs côtes en dehors.

Le nombre des feuilles composant les manoquesvarie suivant les localités. Voici les chiffres arrêtés par l'administration :

Lot et Lot-et-Garonne 20 feuilles.

Ille-et-Vilaine 20 —

Bas-Rhin 25 —

Nord 50 —

Il est expressément défendu de rogner le limbe des feuilles avec des ciseaux, sous prétexte d'enlever les parties mortes ou altérées.

Mise en masses des manoques. — Quand le manocage est

terminé, on réunit les manoques en masses, ou piles de lm,30 à ln\50 de hauteur sur 2 met. de largeur, en plaçant les pédoncules en dehors. On comprime ensuite chaque tas avec des planches ou des madriers.

De temps à autre, on s'assure de la température de chaque masse. Pour plus de sécurité, on place un thermomètre au centre de chaque tas. Si la chaleur dépasse -j- 28 à + 30°, on démonte de suite le tas, on bat les manoques, on les étend au grand air et on les met de nouveau en masses le lendemain ou le troisième jour. On répète cette opération toutes les fois que cela est nécessaire.

Pendant cette mise en masses, qui dure un mois ou six semaines, le tabac prend une teinte plus foncée et acquiert ainsi plus de qualité.

Cette opération nécessite par hectare de 6 à 8 journées d'hommes.

Emballage des manoques. — Quelques jours avant l'époque de la livraison , on examine avec soin toutes les manoques, afin de s'assurer de leur état. Quand le tabac n'est ni trop sec ni trop humide, on réunit les manoques en balles ou en paquets.

Les balles, dans les départements du Lot, Lot-et-Garonne et Ille-et-Yilaine, doivent contenir 250 manoques de tabac de même qualité.

Dans le département du Nord, les bottes sont composées de 50 manoques réunies au moyen de trois liens d'osier. Dans le Bas-Rhin, les bottes sont formées de 10 manoques seulement réunies sur deux rangées et liées au moyen d'une ficelle.

Livraisons des tabacs. — La régie prend livraison des tabacs à des époques qui sont déterminées par des arrêtés des préfets et qui varient : dans le Nord du 25 octobre à la fin de décembre pour les feuilles de terre, et du 1er janvier au 1er mai pour les grands tabacs; dans le sud-ouest, du 1er au 30 janvier.

Les planteurs doivent, au jour qui leur est fixé, conduire leur récolte au magasin de la régie et se munir, à cet effet, d'un laissez-passer qui leur est remis par le maire ou le receveur buraliste de la commune.

Les voitures sur lesquelles les tabacs sont transportés doivent être couvertes de manière à les garantir de la pluie ou de l'humidité.

Tout planteur qui n'a pas effectué sa livraison au jour indiqué, ne peut présenter ses tabacs qu'après avoir reçu un nouvel appel. S'il n'y défère pas, il est considéré comme détenteur frauduleux de tabac, et les employés dressent procès-verbal contre lui, par application de l'article 217 de la loi de 1816.

Dénombrement des feuilles au magasin. — A l'arrivée

de ses tabacs dans ses magasins et avant qu'il soit procédé au dénombrement des feuilles, le planteur est tenu de déclarer qu'il présente la totalité de sa récolte et d'indiquer le nombre de balles ou de bottes, de manoques et de feuilles dont elle se compose.

Les employés vérifient l'exactitude de la déclaration, en comptant le nombre de balles ou de bottes, puis celui des manoques contenues dans un certain nombre de balles ou de bottes, et enfin le nombre de feuilles de plusieurs manoques.

S'il est reconnu que les manoques et les balles ou les bottes ne sont pas composées conformément au règlement, il est sursis à l'expertise des tabacs et ceux-ci sont mis à part dans le magasin.

Pesée des tabacs. — Les tabacs sont pesés séparément par qualité ; le poids des osiers, ficelles, etc., servant de liens est déduit du poids brut.

Les tabacs encore humides ne sont reçus que sous réfraction arbitrée par la commission d'expertise.

Classement des tabacs. — La commission d'expertise procède au classement par première, seconde et troisième qualité des tabacs marchands et à l'estimation des tabacs non marchands ou propres à entrer dans la fabrication des tabacs de qualité inférieure. Elle prononce le rejet et la destruction des tabacs qui n'ont aucun emploi dans les manufactures. Enfin, elle décide quand il y a lieu d'accorder et pour quelle quantité la prime de 10 fr. par 100 kilogrammes à titre de surchoix, conformément à l'article 192 de la loi de 1816.

Ne peuvent être classés ni en première, ni en seconde qualité :

1° Les tabacs sans sève ; ■ vu* 13

2e Les tabacs mal triés par qualités ;

3° Les tabacs déchirés ;

4° Les tabacs à grosse côte susceptibles de se salpêtrer.

La commission doit ranger comme non marchands ou rejetés de la livraison, les tabacs suivants :

1° Les tabacs ayant contracté une mauvaise odeur ;

2° Les tabacs amollis par un excès de fermentation ;

3° Les tabacs verts ou gelés ;

4° Les tabacs moisis ou avariés ou qui auraient été pressés lorsqu'ils étaient encore verts.

Les tabacs rejetés doivent être détruits en présence des experts. Le fumier ou les cendres sont vendus au profit de l'administration.

Les tabacs récoltés dans les départements du Nord, du Pasde-Calais, du Bas-Rhin et d'Ille-et-Vilaine fournissent de 60 à 70 par 100 de tabacs marchands.

Les tabacs du Lot et du Lot-et-Garonne en donnent de 70 à 80 par 100.

Payement des tabacs acceptés. — Les planteurs sont

payés le jour même de la livraison de leurs tabacs.

Balance des comptes des planteurs. — Après la réception des tabacs, le compte de chaque planteur est déchargé :

1° Des quantités de feuilles dont la détérioration ou la destruction aura été dûment constatée ;

2° Des feuilles allouées pour déchet en réduction des charges définitives ;

3° Des quantités représentées en magasin, déduction faite, s'il y a lieu, de celles rejetées, pour n'avoir pas été comprises dans les charges.

Si l'addition de ces quantités donne un total égal aux charges établies par l'inventaire , le planteur demeurera libéré. Dans le cas contraire; il sera tenu, suivant l'ar-

ticle 199, de payer au prix de 4 fr. par kilogr. la valeur de la quantité formant le déficit, laquelle sera convertie en poids à raison,

Dans le Lot et l'Ille-et-Vilaine, de 90 feuilles pour 1 kilogr.

— Lot-et-Garonne 100 — —

— Nord 130 * — —

— Bas-Rhin 160 — —

La somme due par le planteur sera recouvrée dans la forme des contributions indirectes l.

Retenue d'un centime par kilogramme. — Il est Opéré ,

en vertu de l'article 1er de la loi du 21 avril 1832, sur le montant des livraisons, une retenue d'un centime par kilogramme de tabac, livré et admis à payement. Le produit de cette retenue sert à accorder des primes pour la construction de séchoirs, des indemnités aux planteurs pour dommages causés à leurs récoltes par la grêle ou autres accidents dûment constatés.

Culture du tabac pour l'exportation. — Tout Cultivateur

habitant une des communes admises à cultiver le tabac et auquel la culture pour les manufactures impériales n'aura pas été interdite, peut en planter pour l'exportation en se soumettant aux obligations imposées par le règlement.

Aux termes de l'article 206 de la loi de 1816, l'exportation doit être effectuée le Ier août de l'année qui suit la récolte, à moins que le planteur n'ait obtenu du préfet une prolongation de délai qui ne peut pas dépasser le 1er septembre.

Entre le 1er janvier qui suivra la récolte et l'exportation, les tabacs, après avoir été manoqués et emballés, doivent

\. Les manquants à la charge des planteurs ont atteint les chiffres suivants :

En 1835 18 310 kilogr.

En 1836 8141 —

être déposés dans les magasins des manufactures. A leur arrivée, i's sont pesés, cordés et plombés en présence des employés de la régie.

Les planteurs sont tenus de payer :

1° Un droit de pesée de 30 centimes par 100 kilogrammes ;

2° Le plombage à raison de 20 centimes par plomb et corde;

3° Un droit de magasinage à raison de 60 centimes par 100 kilogrammes et par mois.

Les magasins sont ouverts aux planteurs et à leurs ouvriers et pendant les jours et aux heures fixés par le travail dans les ateliers de la régie.

Visites au domicile des planteurs. — Après les délais

fixés pour la livraison, les employés se rendent au domicile des planteurs et font les recherches nécessaires dans les granges-séchoirs, maison d'habitation et dépendances, afin de vérifier s'ils n'ont pas conservé illicitement des tabacs. Les planteurs chez lesquels il sera trouvé des tabacs seront passibles des rigueurs prononcées par l'article 218 de la loi précitée1.

vol de tabac. — En cas de vol commis chez un planteur, ce dernier est tenu d'en faire immédiatement la déclaration au maire de la commune et aux employés. Les agents dressent un procès-verbal qui est annexé au compte d'inventaire. Ces deux pièces sont envoyées ensuite au préfet, qui statue sur le dégrèvement à accorder.

Motifs d'interdiction de culture. — Les planteurs peu- Vent être punis de l'interdiction de culture pendant une ou

1. La surveillance de la culture du tabac a occasionné à la régie en 1835 les dépenses totales suivantes :

Par hectare 35 fr. 75 c.

Par planteur 15 30

Par plantation 8 76

Par 10000 pieds 17 38

plusieurs années, s'ils ont commis une des contraventions désignées ci-après.

1° Plantation au-dessous de 20 ares (art. 180 de la loi du 28 avril 1816).

2° Plantation et semis faits sans autorisation (art. 180).

3° Opposition à l'entrée des employés dans les séchoirs, maison d'habitation, etc. (art. 235).

4° Plantation inférieure en nombre de pieds ou en superficie aux 4/5 des quantités autorisées (art. 180).

5° Plantation faite sous substitution de nom ou de personne (art. 180).

6° Plantation sur , d'autres pièces que celles autorisées (art. 180).

7° Non destruction des semis à l'époque fixée (art. 180).

8° Plantation irrégulière et pieds doubles (art. 180 ; .

9° Conservation de pieds intercalaires après l'époque fixée pour leur destruction (art. 180).

10° Retard dans la transplantation au delà des délais fixés.

11° Écimage au-dessus du nombre de feuilles fixé.

12°Défaut de nettoyage, épamprement et ébourgeonnement.

13° Conservation de bourgeons écimés ou non portant des feuilles de 0m , 25 de longueur (art. 180).

14° Excédant de la plantation de plus d'un cinquième, soit sur la surface des terres , soit sur le nombre des pieds art. 193).

15° Remplacement de pieds manquants ou plantation après le premier inventaire (art. 180).

16° Destruction de plantes avariées, hors de la présence des employés.

17° Récolte de feuilles d'épamprement ou de regain avant l'inventaire.

18° Détention de tabac avant l'inventaire (art. 217).

19° Non destruction des tiges et souches (art. 196;.

20° Dépôt sans autorisation de tabac hors du domicile du planteur (art. 217).

21° Conservation de tabac après l'époque fixée pour la livraison ou l'exportation (art. 217).

22° Livraison de tabacs préparés ou humectés frauduleusement.

23° Présentation à la livraison de feuilles d'épamprement ou autres non inventoriées.

24° Manquants constatés lors de la livraison ou de l'exportation (art. 199).

25° Fausse déclaration de vol de tabac fait dans le but de couvrir des manquants frauduleux.

Produit par hectare. — Le tabac est beaucoup plus productif dans les départements du nord et de l'est, que dans ceux de l'ouest et du sud- ouest. Cette différence tient au nombre de pieds qu'on plante par hectare et à la destination du tabac qu'on y cultive. Voici les rendements moyens que l'on a constatés en France, en 1840.

Départements. Arrondissements. Produits par hectare. Moyennes.

Lot-et-Garonne... Marmande 383 kilogr.

412 kilogr.

Villeneuve

Nérac

Agen

Lot

. . Gourdon

Figeac

Cahors

Ille-et-Vilaine . .

. . Dol

Bas-Rhin

. . Schelestadt

Strasbourg

Pas-de-Calais . .

. . Saint-Omer

Montreuil

Saint-Pol

Béthune

Nord

. . Hazebrouck

Lille

Moyenne 1397 kilogr.

En 1851, on a obtenu les résultats suivants :

Lot-et-Garonne 688 kilogr.

Lot 835 —

Ille-et-Vilaine 1387 —

Bas-Rhin 2055 —

Pas-de-Calais 2500 —

Nord 2982 —

Moyenne 1741 kilogr.

Il ressort de la comparaison de ces deux années que la production moyenne a augmenté de près de 400 kilogrammes par hectare. Ce résultat doit être attribué au perfectionnement de la culture et des procédés de dessiccation et aussi à la propagation de variétés plus productives.

Le produit moyen de la Belgique atteint 3700 kilogrammes par hectare.

Prix des tabacs. — Les prix auxquels la régie prend livraison des tabacs a été établi par un arrêté ministériel du 23 août 1839. Voici ces prix pour 100 kilogrammes :

Départements. Surchoix. l" qualité. 2e qualité. 3* qualité. Non marchand.

Lot 145 fr. 135 fr. 105 fr. 75 fr. 10 à 40 fr

Lot-et-Garonne. 140 130 100 80 10 à 50

Ille-et- Vilaine. . 140 130 100 80 10 à 60

Nord 150 140 110 90 10 à 70

Bas-Rhin 100 90 80 70 10 à 60

Dans le département du Bas-Rhin, il est accordé une prime de 30 fr. par 100 kilogrammes en sus du prix de la qualité à laquelle ils se rattacheront, aux tabacs propres à la couverture des cigares. Cette prime ne se cumule pas avec l'allocation de 10 fr. accordée aux tabacs de surchoix.

Le prix des tabacs pour l'Algérie a été établi ainsi qu'il suit :

lre qualité, 130 fr. ; 2e qualité, 110 fr. ; 3e qualité, 90 fr. ; non marchands, de 30 à 70 fr.

Les tabacs étrangers se vendent les 100 kil. :

Tabac de Havane de 450 à 500 fr.

— de Maryland de 140 150

— de Virginie 120 130

Prix de revient. — Il est difficile d'établir le prix de revient de 100 kilogrammes de tabac, parce que les dépenses varient suivant les localités et les recettes selon la qualité du tabac récolté. Voici néanmoins quelques comptes publiés par MM. Dauvin, Mourgues et Van Eslandes :

Pas-de-Calais. Lot. Belgique.

Dépenses, par hectare. 1095 fr. 600 fr. 2398 fr.

Recettes 1300 900 2632

Bénéfices, par hectare 205 300 234

Prix de revient des 100 kilogr. 55 70 75

Je rappellerai que le tabac appartient à la petite culture. Le planteur, qui fait par lui-même tous les travaux que nécessite la culture et la préparation du tabac, réalise donc un bénéfice là où la grande culture constaterait, comme Ta démontré M. Fabre, une perte importante.

Qualité des tabacs. — Les tabacs récoltés en France varient beaucoup en qualité.

Le tabac du Lot est le plus estimé il est fort, corsé. La poudre qu'il fournit a beaucoup de montant, mais elle est privée de l'arôme pénétrant qui distingue le tabac de Virginie. Le tabac du Lot-et-Garonne est aussi très-bon, mais il est moins recherché que le précédent.

Le tabac du Nord est fort, corsé; on l'utilise dans la fabrication de la poudre.

Le tabac du Pas-de-Calais est moins fort et il n'a pas suffisamment de sève et d'arôme ; il entre dans la fabrication du tabac à fumer.

Le tabac dy Alsace a un tissu fin ; il sert à faire des cigares.

Voici comment sont classés les tabacs français :

Tabac fort, propre à la poudre. Tabac léger , propre au scaferlati/. Lot. Pas-de-Calais.

Nord. Bas-Rhin.

Lot-et-Garonne.

Ille-et-Vilaine.

Le tabac de Hollande a beaucoup de force ; il est excellent pour la poudre.

Le tabac de Havane est sans égal pour les cigares.

Le tabac de Maryland est léger et odorant ; il sert exclusivement à faire du tabac à fumer.

Les feuilles amples, épaisses, charnues, visqueuses et douces au toucher constituent le tabac gras. Les feuilles minces, sèches et qui se brisent facilement forment le tabac maigre.

Le tabac qu'on récolte en Algérie est léger, souple et a un arôme agréable. Celui qui provient de la province d'Oran rappelle le tabac du Levant.

La régie fabrique les tabacs qu'elle livre à la consommation en opérant les mélanges suivants :

Poudre. Carotte.

Feuilles exotiques 23 pour 100. Feuilles exotiques 30 pour 100.

— indigènes 64 — — indigènes 70 —

Débris de côtes 13 —

Scaferlati}. Tabac de cantine.

Feuilles exotiques 20 pour 100. Feuilles non marchandes 96 pour 100.

— indigènes 80 — Côtes 4 —

Voici les prix de revient et de vente des divers tabacs en 1850:

Prix de revient du kilogr.

Poudre 1 fr. 44

Carotte 1 92

Scaferlaty 1 98

— de cantine 0 94

Prix de vente du kilogramme.

au débitant. au consommateur.

Poudre 7 fr. 25 8 fr. »

Carotte 7 2i 8 *

Scaferlaty 7 25 8 »

— de cantine 2 15 2

On comptait en France, en 1850, plus de 25000 débitants de tabac autorisés.

BIBLIOGRAPHIE

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