‹ Les plantes industrielles (volume 2)Chapitre 36 sur 92 · PLANTES A AROMATES · texte numérisé non relu

PLANTES A AROMATES

SECTION I

Houblon.

(De humus, terre ; allusion à la disposition rampante des tiges.)

Humulus lupulus, L. Lupulus sgandens , Lam.

Plante dicotylédone de la famille des Cannabinées.

Anglais. — Hop. Suédois. — Humbla.

Allemand. — Hopfen. Italien. — Lapulo.

Hollandais. — Hopp. Espagnol. — Lupulo.

Danois. — Haudhumle. Hongrois. — Kromlo.

Historique. — Climat. — Lieux de production. — Données statistiques. — Mode de végétation. — Variétés. — Composition. — Sol : nature, situation, exposition. — Préparation du terrain : défoncement en plein, défoncement partiel. — Mode de multiplication : graines, boutures ou replants, boutures enracinées ou provins. — Époque de la mise en place des boutures. — Exécution de la plantation. — Espacement des pieds. — Engrais nécessaire. — Soins d'entretien pendant la première année : binages, pose des tuteurs, buttage, liage des tiges, enlèvement des tiges. — Culture simultanée pendant la première année. — Taille annuelle. — Perches : nature et longueur, prix et durée. — Pose des perches ou perchage. — Fil de fer. — Perches comparées aux fils de fer. — Soins d'entretien annuels.— Taille en vert.— Liage ou accolage. — Ébourgeonnage.— Effeuillage. — Insectes nuisibles. — Agents atmosphériques nuisibles. — Maladies et altérations. — Récolte : signes de maturité, époque, déperchage, cueillette des cônes du houblon soutenu par des perches, récolte exécutée dans la houblonnière, cueillette exécutée à la ferme, récolte des cônes du houblon soutenu par des fils de fer. — Prix de revient de la cueillette. — Conditions de réussite. — Dessiccation : dessiccation naturelle, dessiccation artificielle. — Ensachement. — Conservation du houblon. — Altérations. — Conservation des perches. — Emploi des tiges. — Durée d'une houblonnière.— Produit par hectare. — Capitaux engagés dans la culture du houblon. — Prix de revient des 100 kil. de cônes. — Variétés de houblon du commerce. — Falsification. — Valeur commerciale. — Usages du houblon. — Bibliographie.

Historique. La culture du houblon est très-ancienne en Europe. Son introduction dans les Flandres se perd dans la

nuit des temps. D'après les chartes des plus anciennes abbayes, elle était pratiquée au temps des Garlovingiens. En 1404, le duc Jean de Bourgogne, comte de Flandres, fonda une distribution annuelle de médailles d'or ornées d'une couronne de cpnes de houblon, en faveur des cultivateurs qui exposaient annuellement les plus beaux produits.

Cette culture était florissante au xive siècle en Bohême.

En 1346, l'empereur Charles IV réduisit les droits qu'on avait établis sur les bières de houblon des Pays-Bas.

Ce fut en 1525, date de l'introduction du houblon dans les brasseries anglaises, que cette plante industrielle fut importée de Flandre en Angleterre, dans les comtés de Kent, de Sussex et de Surrey, et sa culture fut favorisée en 1552, par Edouard VI, et en 1603 par le Parlement, qui refusa de satisfaire ceux qui réclamaient sa prohibition. C'est en 1733 qu'on l'expérimenta pour la première fois en Irlande.

En 1855, la culture du houblon occupait en Angleterre une surface de 23 103 hectares.

En 1710, la reine Anne imposa le houblon importé en Angleterre d'un droit de 60 c. par kilog. En 1734, George II, frappa d'un impôt de 20 c. par kilog. le houblon qu'on y récoltait. Ce droit d'accise appelé duty (devoir) s'élève aujourd'hui à 19 fr. 80 par 45 kilog. ; il a rapporté à la trésorerie, en 1858, 12 500 000 fr.

La culture du houblon a pris naissance au commencement du siècle actuel dans la Lorraine et les Vosges. Elle a été exécutée en 1805 pour la première fois, dans l'ancienne Alsace, par S. Derendinger, brasseur à Haguenau.

Localités où il est cultivé. — Le houblon est cultivé en Angleterre, en Belgique, dans les Pays-Bas, la Bavière, la Saxe, la Silésie, la Poméranie, le Mecklembourg, le Bran-

debourg, le grand-duché de Bade , la France et l'Amérique du Nord.

En Angleterre, sa culture a principalement lieu dans les comtés de Kent, Essex, Suffolk, Surrey, Hampshire, Worcestershire et Nottinghamshire.

En Belgique, elle est en usage aux environs d'Alost, Poperingue, Asche, Teralphène, Jupille et Angleur, près Liège. Leeuwen-Hoeck regardait au xvir siècle les houblons des environs de Liège comme les plus beaux de l'Europe.

Les houblons les plus renommés de la Bohême sont récoltés à Saaz, Auscha, Falkenau et Leitmeritz, ceux de la Saxe à Heidelberg et à Schwetzingen.

Les houblons de Bavière les plus estimés sont ceux de Spalt, d'Eichstett, Stirn, Weingardtin , Absberg, Rainsberg, Pleinfeld, d'Hespruck et de Laugenzenn. Dans le Wurtemberg on recherche les houblons de Rottembourg.

Les houblons du Palatinat qui sont les plus renommés proviennent de Sandhausen,Schwezingen, Waldorf et Offersheim.

En France, le houblon est principalement cultivé dans les Vosges, à Rambervillers ; dans la Lorraine, aux environs de Toul, Nancy, Lunéville et Gerbevillers ; dans l'Alsace, près de Haguenau, Bischwiller, Oberhoffen,Schweighausen, Kurtzenhausen et Brumath ; dans la Flandre, aux environs de Bailleul , Bousies, Steenwoode, Boesche et Hazebrouck; dans la Bourgogne, à Beire, Lux et Yiévigne.

Dans le Palatinat, chaque brasseur a une houblonnière.

Climat. — Le houblon, cette vigne du Nord, cette plante si belle , si délicate et si capricieuse , appartient à l'agriculture des climats tempérés. Ainsi, pour produire abondamment et fournir des cônes de bonne qualité, il faut qu'il végète dans un climat à la fois chaud et humide et qu'un

beau ciel et un air pur favorisent en automne leur maturité.

Les localités très-humides ou chargées en septembre de brumes épaisses, comme les contrées trop sèches, lui sont très-contraires : elles arrêtent son développement ou l'obligent à produire des cônes peu développés ou peu aromatiques.

Le climat de la Bavière ou de la Bohême est en général excellent. Ainsi, les houblons qu'on récolte à Spalt et Hespruck dans la Franconie, à Rottembourg sur le Necker et dans les contrées de l'Éger et de l'Elbe, sont renommés pour leur parfaite qualité.

Le climat brumeux de l'Angleterre convient très-bien au houblon. Les houblonnières que j'ai vues dans les comtés de Kent et de Surrey m'ont frappé par la belle végétation et la productivité des pieds qui les composent.

Cette plante a besoin d'une notable quantité d'eau pendant l'été; c'est pourquoi les orages fréquents ne lui sont pas nuisibles. L'abbé Bertholon a constaté que la récolte du houblon a été mauvaise en 1833, 1835, 1837, 1842, parce que les orages y ont été peu nombreux ; qu'elle a été satisfaisante en 1834 et 1838, années pendant lesquelles les orages ont été assez fréquents; enfin, qu'elle a été très-bonne et régulièrement en 1836, 1839, 1840 et 1841, à cause de la constance des orages.

Mais il ne suffit pas que le climat soit doux et plutôt humide que sec; il faut aussi qu'il n'y règne pas des vents impétueux ou que les changements de température n'y soient pas très-brusques.

Les Vosges, la Lorraine et l'Alsace sont, en France, les localités les plus favorables au houblon.

Données statistiques. — La France ne produit pas tout

le houblon qu'elle emploie. En 1855, elle a importé les quantités suivantes :

Provenances. Quantité.

Allemagne 704,885 kil.

Belgique 368,948 —

États-Unis 201 ,817 —

Angleterre 87,636 —

Autres pays 6,991 —

1,370,277 kil.

Les exportations n'ont pas dépassé 27 , 300 kil.

Les droits perçus à l'importation ont atteint. . . . 816,059 fr.

Les importations faites en 1834 n'avaient pas dépassé 696,932 kilogr.

Le houblon occupait, en 1840, 826 hectares. Ses produits ont atteint 888,000 kilogr.

Mode de végétation. — Le houblon présente une souche ligneuse et vivace; ses racines sont rampantes et munies d'yeux qui donnent naissance à des jets plus ou moins nombreux. Les tiges sont annuelles, grimpantes, et s'enroulent de gauche à droite ; elles sont tordues, un peu anguleuses et âpres parce qu'elles sont couvertes de petits crochets. Les feuilles sont opposées, pétiolées et insérées ordinairement au nombre de deux sur des nœuds distants les uns des autres de 0m,30 à 0m,50; elles sont rugueuses en dessus, palmées et dentées en scie; les inférieures sont grandes et présentent cinq lobes aigus ; les supérieures sont plus petites et à trois divisions souvent peu apparentes.

Le houblon est dioïque. Les fleurs mâles présentent un calice à cinq folioles sans corolle; elles sont blanchâtres, disposées en grappes à l'aisselle des feuilles; après leur épanouissement, qui a lieu en juillet et en août, elles se fanent et tombent. — Les fleurs femelles sont composées d'une simple écaille, elles sont réunies et imbriquées en une sorte de

cône oblong ou presque carré; les cônes sont placés par deux à l'aisselle d'une grande bractée foliacée.

Chacune des écailles composant les cônes porte à la base un suc résineux, jaune doré ou rougeâtre, amer et très- "aromatique. Les granules qui le composent ne sont visibles qu'après le complet épanouissement des fleurs femelles ; ils forment la poussière à odeur pénétrante que Yves et Planche ont appelée lupuline et que M. Payen a nommée sécrétion jaune du houblon.

Le houblon commence à végéter vers la fin de février ou au commencement de mars, et ses cônes mûrissent en septembre ou octobre , époque à laquelle ses tiges et ses feuilles se dessèchent.

Cette plante végète très-rapidement quand l'air est lourd, le temps orageux, et lorsque la température est élevée pendant les nuits. Il n'est pas rare de la voir pousser de 0n,,06 à 0m,l0 et même 0m,14 par 24 heures.

Les tiges des houblons, dans la plupart des houblonnières de la France, de l'Allemagne et de l'Angleterre, grimpent en s'enroulant jusqu'au sommet de perches ayant 4 à 7 mètres de hauteur. Quand elles ont atteint la partie supérieure de ces tuteurs, elles retombent en vertes girandoles et forment des allées étroites, sombres et très-pittoresques. Alors les grappes, d'abord vertes, prennent une couleur jaunâtre ou dorée et répandent vers le soir, quand la brise les agite, une odeur forte mais agréable.

On a souvent répété que les tiges du houblon cultivé atteignaient 10 mètres de hauteur. Je n'ai point encore observé des tiges aussi élevées.

Variétés. — Le houblon a produit plusieurs variétés qui se distinguent les unes des autres par la coloration de leurs tiges, la forme, la grosseur et la couleur de leurs cônes.

Voici les variétés qu'on cultive dans les pays où il existe des houblonnières :

A. Bohême.

D. Pays-Bas.

Houblon rouge.

Houblon blanc.

— vert.

— vert.

— blanc.

— gris.

— jaune.

B. Bavière.

E. Angleterre

Houblon blanc.

Houblon rouge.

— jaune.

— vert.

— vert,

— spalter.

— rouge.

Page 1