‹ Les plantes industrielles (volume 2)Chapitre 38 sur 92 · VII · texte numérisé non relu

VII

Les cendres contiennent :

Chaux

Potasse

Magnésie

Soude

Chlorure de potassium.

— de sodium . . .

Silice

Acide sulfurique

— phosphorique. . . .

Phosphate de fer

Tiges.

Feuilles.

Cônes.

D'après M. Payen, 100 parties contiennent en azote :

Parties fraîches. Parties sèches.

Tiges 0,61 0,70

Feuilles 1,30 1,51

Cônes 8,82 9,80

On a constaté que 100 kilogr. de cônes secs sont fournis par 350 kilogr. de tiges séchées et 260 kilogr. de feuilles sèches. Si l'hectare comprend 2500 pieds et s'il produit en moyenne 800 kilogr. de cônes, le houblon enlèvera chaque année :

Chaux. Potasse. Azote.

800 kil. de cônes 12 kil. 62 29 kil. 86 78 kil. 40

2080 — feuilles 120 — 70 36 — 33 31 — 40

2800 — tiges 40 - 55 27 — 06 18 — 60

Totaux 173 kil. 87 83 kil. 25 128 kil. 25

Ces résultats prouvent combien il est utile, quand on veut établir une houblonnière, de choisir un sol calcaire riche en sels alcalins et en humus.

Suivant Sprengel, le houblon nouvellement récolté contient les substances suivantes :

Substances solubles dans l'eau ] ,460

— — dans une lessive alcaline. . . 14,432

Cire, résine et matière verte 6 , 720

Fibre végétale 9,588

Eau 73,800

La lupuline ressemble au pollen des végétaux ; elle n'est ni acide ni alcaline, et sa saveur est d'une amertume franche. L'iode la colore en bleu. Elle doit l'odeur qu'elle laisse échapper à une huile essentielle , pénétrante et narcotique qui y existe dans la proportion de 1 à 2 pour 100.

Suivant MM. Payen et Chevalier, elle est composée de cellulose, résine, matières azotées, substance amère, matière grasse, acétate d'ammoniaque, soufre, silice, sulfate et malate de potasse, chlorure de potassium, oxyde de fer et phosphate et carbonate de chaux.

Les mêmes expérimentateurs ont trouvé que la lupuline existait dans les cônes dans les rapports suivants :

Houblon de Poperingue 18,00 pour 100

— d'Amérique 17,90 —

— des Vosges 11,00 —

— d'Angleterre 10,00 —

— de Luné ville... 10,00 —

— de Liège 9,00 —

— d'Alost 8,10 —

— de Spalt 8,00 —

— de Toul 8,00 —

Dans tous les houblons analysés on a trouvé que les matières étrangères étaient toujours en raison inverse de la quantité de lupuline qu'on y avait constatée. Ainsi, les houblons de Belgique et de l'Amérique contiennent 14 et 12 pour 100 de matières étrangères, et 60 à 70 pour 100 d'écailïes, tandis que les houblons de Spalt et de Lunéville n'en renferment que 4 et même 2 pour 100 de lupuline.

Il serait utile de répéter ces analyses, et de constater en même temps les proportions dans lesquelles existent Y huile essentielle, la résine et la matière amère.

Terrain. — A. Nature. — Le houblon est une plante exigeante. Il doit être cultivé sur des terres qui ne soient pas

trop tenaces, ni trop légères, parce qu'il redoute un excès d'humidité ou un excès de sécheresse.

Les terres qui lui conviennent le mieux, sont celles qui sont profondes, fertiles, fraîches sans être humides, et qui contiennent une notable proportion de carbonate de chaux, de silice et d'argile.

Il réussit très-bien sur les sables noirs, riches en humus, sur les terres d'alluvions à sous-sol perméable, et sur les terrains argilo-siliceux, silico-argileux ou calcaire-argileux.

Il végète mal sur les terres purement sablonneuses ou caillouteuses et sur les sols argileux à sous-sol glaiseux ou compact.

Lorsqu'il croît sur des sols froids et humides, ses racines sont susceptibles de pourrir; s'il y persiste, il y donne des produits qui laissent beaucoup à désirer quant à leur quantité et à leur qualité.

En général, les terres de consistance moyenne, profondes, saines et riches sont regardées à bon droit comme les plus favorables au houblon, parce que les cônes y sont plus nombreux et plus aromatiques.

Les terres tourbeuses assainies lui conviennent aussi, quoiqu'il y soit sujet à la rouille.

Les terres, par leur nature et leurs propriétés physiques, exercent une influence considérable sur la forme des cônes et la coloration et la qualité de la lupuline. Ainsi, les houblons qu'on plante sur des terrains froids, argileux, humides et pauvres, produisent toujours , quelle que soit la variété cultivée , des cônes plus arrondis et plus serrés que les houblons qu'on cultive sur des terres douces, chaudes, perméables et riches. En outre, la lupuline qu'on observe à la base des écailles des premiers cônes, est toujours grosse, rougeâtre et moins aromatique. Il n'en est pas de même

de la poussière que présentent les cônes récoltés sur les seconds terrains; elle est jaune safrané, fine, abondante, et laisse échapper un arôme très-prononcé.

B. Situation. — Le houblon se plaît dans les vallées et les plaines et à la base des collines ou sur le versant de coteaux abrités des vents du nord, du nord-est et du nord-ouest par des élévations, des habitations ou des forêts.

En Angleterre, la plupart des houblonnières sont entourées de haies vives, élevées et bien touffues. Ces abris les préservent des vents froids et violents pendant l'automne, et ils les protègent en été contre les haies ou les courants d'air chaud.

Les houblonnières situées dans des vallées basses, où l'air est sans cesse chargé d'humidité, produisent souvent une très-grande quantité de cônes/mais ceux-ci y acquièrent difficilement une bonne qualité. Les vallées qu'on doit choisir de préférence, sont celles qui sont bien aérées et exposées à l'action vivifiante du soleil.

Il faut aussi éviter d'établir une houblonnière sur un terrain très -voisin d'une rivière, d'un fleuve ou d'un étang, ou situé le long d'une route très-fréquentée. Dans le premier cas, les cônes subissent à la fin de l'été l'action des brouillards intenses et souvent prolongés, ou des gelées blanches ; dans le second, la poussière que le vent enlève à la route se dépose sur les écailles des cônes et diminue leur qualité et leur valeur vénale.

C. Exposition. — Le houblon demande beaucoup d'air, de chaleur et de soleil, mais il redoute les vents froids, humides et violents. Aussi se trouve-t-on dans la nécessité de choisir de préférence à tous autres les terrains exposés au sud, au sud-est ou au sud-ouest, et d'opérer les plantations de manière que les lignes soient dans la direction du sud. Alors, le

houblon est éclairé par le soleil pendant la plus grande partie du jour.

Si la houblonnière était exposée à l'est ou à l'ouest, elle ne profiterait de l'influence bienfaisante du soleil que pendant quelques heures le matin ou le soir.

Préparation du terrain. — Le sol sur lequel on veut établir une houblonnière, peut être préparé de deux manières : 1° on peut y pratiquer un défoncement à bras ou à la charrue sur toute son étendue; 2° on peut se contenter d'y ouvrir des tranchées parallèles.

A. Défoncement en plein. — Lorsque le terrain est peu profond et qu'il repose sur un sous-sol siliceux, calcaire ou marneux, il faut, si la houblonnière doit occuper le sol pendant longtemps, le défoncer jusqu'à 0m,50, 0m,70 et même 0m,80 de profondeur, selon que cette opération doit être faite à bras ou à l'aide de la charrue.

Un défoncement exécuté jusqu'à 0m,70 de profondeur est coûteux, mais il n'est pas exagéré, parce que le houblon a de fortes racines pivotantes. Plus les racines de cette plante pénètrent profondément dans le sol et mieux elles résistent aux grandes sécheresses.

En Flandre, où les terres sont situées sur des sous-sols perméables, on ne défonce pas ordinairement les terrains qu'on destine au houblon au delà de 0m,40 à 0m,50.

Le défoncement à bras s'opère par tranches successives de 0m,75, 0m, 90 à 1 met. de largeur comme s'il était question d'arracher une garancière. En agissant ainsi on mêle complètement une partie plus ou moins épaisse du sous-sol avec la couche arable. Pendant l'opération on enlève avec soin les pierres ou les racines qui peuvent exister.

Quand on emploie la charrue pour exécuter cette importante opération, on laboure à 0n,,25 ou 0"\ 30 de profondeur

avec une forte charrue ordinaire attelée de quatre animaux, qu'on fait suivre immédiatement par une seconde charrue de même force ou par une charrue sous-sol traînée par deux chevaux placés l'un devant l'autre. Ces deux opérations, exécutées simultanément, remplacent dans plusieurs circonstances, lorsqu'elles sont bien exécutées, un défoncement moyen fait par des journaliers. Il est essentiel que la charrue fouilleuse soit très-solide, puisqu'elle doit pénétrer le plus possible dans le sous-sol.

Le défoncement en plein exécuté à bras ou avec deux charrues doit être fait en automne lorsque les pluies ont pénétré la couche arable et le sous-sol et par un beau temps.

On peut répéter le défoncement pratiqué à l'aide de la charrue après les grandes gelées à glace. Alors, il est nécessaire, si on veut que le sous-sol soit régulièrement ameubli, d'opérer ce second travail en suivant une direction opposée à celle qu'on avait adoptée pendant le premier défoncement.

On complète la préparation du sol en ravalant la surface au moyen de la herse ou d'un scarificateur.

Le défoncement en plein exécuté à bras coûte de 3 à 5fr. l'are suivant la profondeur à laquelle on l'exécute et la nature du sous-sol.

B. défoncement partiel. — On peut se dispenser de défoncer en plein les terres sur lesquelles on veut établir une houblonnière quand la couche arable est de consistance moyenne et qu'elle repose sur un sous-sol perméable. Alors, on se borne ou à pratiquer des fosses à des distances déterminées ou à creuser des rigoles parallèles et espacées plus ou moins les unes des autres, suivant la distance à laquelle les pieds de houblon doivent être plantés.

Dans les deux cas, on trace à l'aide d'une charrue, des enrayures de manière que l'espace existant entre deux d'en-

tre elles représente l'écartement des pieds de houblon. Quand ce premier travail est terminé, on marque avec une pioche les endroits où les trous doivent être ouverts, ou bien on fait creuser à la pioche et à la pelle des fosses dans la direction des enrayures. Celles-ci doivent naturellement occuper la partie médiane des rigoles.

Les trous doivent avoir au minimum 0m,50 de diamètre sur 0ra.50 de profondeur.

Les fosses ne doivent pas avoir moins de 0m,75 de largeur sur 0n,,50 de profondeur.

Quand ces trous ou ces fosses ont été creusés, on les abandonne à eux-mêmes pour que le sous-sol subisse l'influence de l'air, des gels et des dégels.

Au moment de la plantation, on les remplit de terre et de fumier. On a soin que l'engrais ne soit pas placé hors de la portée des racines des jeunes plantes.

On le met de manière qu'il soit au niveau du trou ou de la rigole.

Ces travaux doivent être faits par un beau temps en automne ou pendant l'hiver lorsque les gelées ne sont pas très-intenses. On peut aussi les exécuter pendant l'été, entre la fenaison et la moisson.

Quand on ouvre des fosses sur une terre à sous-sol imperméable, il faut les creuser suivant la ligne de plus grande pente afin qu'elles servent, pendant l'automne et l'hiver, de rigoles d'écoulement aux eaux surabondantes.

Lorsqu'on veut établir une houblonnière sur un terrain à sous-sol imperméable et très-humide l'hiver, on doit, avant d'opérer le défoncement, l'entourer d'un fossé profond. La berge de cette rigole d'assainissement doit exister sur le terrain qu'on veut planter.

Mode de multiplication. — Le houblon se propage de

trois manières : 1° par graines, 2° par boutures ou replants , 3° par boutures enracinées.

A. graines. — Lorsqu'on veut multiplier le houblon par graines avec l'intention d'obtenir des variétés ou plus productives ou plus précoces, on plante dans la houblonnière quelques pieds mâles. Alors et alors seulement il y a possibilité de recueillir annuellement des graines sur les pieds femelles qui végètent dans leur voisinage.

Les graines que fournit le houblon ressemblent, quant à leur grosseur et à leur forme, à la graine de millet à épi ou millet des oiseaux, mais elles en diffèrent par leur coloration, qui est jaune brun.

Ces graines doivent être semées sur une couche tiède en mars ou avril.

Le plant qu'on en obtient est mis en place à la fin de mai ou pendant le mois de juin.

A la seconde année, on peut savoir si on a gagné une nouvelle variété. Le plus ordinairement, la plupart des pieds ainsi obtenus appartiennent au houblon sauvage, espèce commune en France dans les haies ou les bois établis sur des sols un peu argileux ou calcaires et toujours frais pendant l'été.

B. Boutures ou replants. — Les boutures qui servent à propager le houblon cultivé proviennent de l'opération dite taille ou chdtrage, qu'on pratique tous les ans au printemps dans les anciennes houblonnières.

On doit choisir de préférence les pousses qu'on enlève avec une portion de la souche sur les pieds vigoureux et sains et qui présentent quelques radicules.

Ces boutures doivent avoir trois à quatre nœuds ou trois à quatre yeux, 0m,12 à 0m,15 de longueur et la grosseur du petit doigt. Plus les boutures sont fortes et vigoureuses, et plus leur reprise est assurée.

Lorsque ces boutures doivent être expédiées à une grande distance et rester par conséquent plusieurs jours sans être mises en place, il faut les couvrir de mousse ou de sable frais pour éviter que l'air ne les dessèche.

En Alsace et dans le Palatinat les boutures bien choisies se vendent de 0 fr.75à lfr. le 100. Ce prix est aussi celui auquel on les vend dans la Souabe et la Bavière.

C. Boutures enracinées ou provins. — Plusieurs cultivateurs ne plantent que des boutures enracinées. Cette manière d'agir est rationnelle en ce qu'elle permet de compter sur une réussite plus complète.

Alors , au lieu de mettre en place définitive les boutures qu'on obtient en opérant la taille, on les plante à 0m,20 ou 0m,35 de distance en tout sens, sur un endroit frais, dans un jardin ou dans un champ très-voisin d'un cours d'eau. L'humidité du sol, en favorisant le développement des racines, permet aux jeunes plantes de végéter beaucoup plus vigoureusement que si les boutures avaient été mises en place sur le terrain où la houblonnière doit être établie.

Les provins ont un autre avantage ; ils sont productifs pendant l'automne qui suit leur mise en place. Les pieds de houblon qui proviennent de boutures simples ne produisent presque rien pendant la première année de leur végétation.

Les bons plants ont une chevelure abondante et ils sont jaunâtres extérieurement et blanchâtres intérieurement. On doit rejeter les plants qui présentent des taches noires ou noirâtres, parce qu'ils sont sujets à devenir chancreux.

D. Époque de la mise en place des boutures. — La mise en place des boutures se fait à l'époque à laquelle on opère la taille des anciens pieds, c'est-à-dire de la fin de février au 15 avril au plus tard.

On a proposé d'opérer cette plantation en automne; cette

saison est moins favorable que le mois de mars, parce qu'elle expose pendant l'hiver les boutures et les ancien s pieds à l'action des fortes gelées à glace.

On ne doit pas l'exécuter après le 15 avril ; à cette époque les pousses du houblon commencent à sortir de terre.

E. Exécution de la plantation. — Lorsque le moment d'effectuer la mise en place des boutures est arrivé, on termine le remplissage des fosses ou des rigoles avec de la bonne terre ou du terreau. Cette opération est bien faite lorsque la bonne terre est en surélévation de la fosse de 0m,10 à 0m,15. Cet exhaussement est destiné à combler entièrement les trous lorsque la terre remuée aura perdu l'excès de volume qu'elle avait acquis par suite de son foisonnement.

Si le terrain a été défoncé en plein, on exécute la plantation en se servant d'un cordeau à nœuds. Alors on le tend dans la direction du sud et on marque la place des plants sur le sol en implantant des petits piquets devant chaque nœud. Ces points de repère sont plus ou moins éloignés les uns des autres selon le nombre de boutures qu'on doit planter par hectare.

Lorsque la première rangée, qui doit être située à 3, 5 ou 6 mètres du bord du champ, si ce dernier est entouré par une haie vive ou des arbres de haute futaie, a été tracée, on s'occupe de la garnir de pieds ou de boutures de houblon. Alors, un ouvrier accompagné d'une femme ou d'un enfant fait un trou sur la place occupée par le premier piquet ; ce trou doit avoir 0m,10 à 0m,l5 de profondeur selon la largeur du plant ; aussitôt que cette petite fosse a été faite, l'ouvrier reçoit deux plants de l'aide, les met verticalement dans le trou en ayant soin de les éloigner l'un de l'autre de 0m,10 à 0m,12. Puis, il les couvre de terre et tasse celle-ci à l'entour des boutures. On peut aussi planter en se servant d'un plantoir.

Quand on plante des boutures, on les place en terre de manière que leur extrémité supérieure soit en contre-bas de la surface du sol de plusieurs centimètres. Lorsqu'on met en place des provins, c'est-à-dire des boutures ayant végété pendant une année, on a soin de les planter dans une position analogue à celle qu'ils avaient dans la pépinière.

On continue ainsi la plantation jusqu'à l'extrémité de la ligne tracée.

Quand cette première rangée a été plantée, on déplace le cordeau et on le tend de nouveau à lni,65, lm,80 ou 2œ de distance. Cette seconde ligne est plantée comme la précédente.

Toutefois, il est nécessaire que les pieds de la 2me rangée ne soient pas placés vis-à-vis des boutures déjà plantées. Si on agissait ainsi, les houblons seraient alignés dans le sens de la longueur et de la largeur de la pièce. Alors la houblonnière aurait l'aspect que présente la figure 23.

Sud

Fig. 23. Plantation en allées ou en carrés.

Cette disposition n'est pas favorable, car le soleil ne peut

agir avec autant de facilité que lorsqu'on a adopté la plantation en quinconce représentée par la figure 24.

Sud

Fig. 24. Plantation en triangles ou en quinconce.

Dans ce dernier mode de plantation les houblons présentent des ruelles qui font face au sud-est, sud, sud-ouest, nord-ouest, nord et nord-est, et qui permettent à l'air et à la lumière d'agir à l'intérieur de la houblonnière dans toutes les directions.

La plantation faite suivant des lignes qui se coupent à angle droit, n'offre que quatre ruelles : celles du sud, de l'ouest, du nord et de l'est.

Les houblons recevront donc beaucoup plus d'air et de lumière lorsqu'ils auront été plantés en quinconce que quand leur plantation aura été faite en triangles isoscèles.

Espacement des pieds. — La distance à laquelle on plante le houblon varie entre lm,65 et 2 mètres.

En Alsace, les houblons sont ordinairement plantés à la distance de lm,65.

En Flandre, on les espace les uns des autres de 2 mètres.

Erath, s'appuyant sur ce principe, que ce n'est pas le nombre de pieds par hectare qui fait la richesse du produit, mais bien un espacement convenable, qui permet le libre accès de l'air et de la lumière, fait observer que les houblons plantés en plaine exigent un plus grand espacement que les houblons qu'on met en place sur des terrains inclinés. Aussi propose-t-il de les espacer de lm,45 à lm,60 quand la pente du sol est de 2 mètres au moins et de les planter à une distance de lm,75 sur les terrains horizontaux. Ces conseils sont judicieux.

Le tableau suivant indique le nombre de plants que présente un hectare et la surface occupée par chaque pied quand la plantation est faite à une distance de lm,50 à 2 mètres :

Distance

Sombre de pieds

Su,

rface occupée

entre les pieds.

par hectare.

par

chaque pied.

lm 50

L'espacement des pieds varie en Angleterre entre lm,82 et 2m,13. Cette plus grande distance est commandée par la nature brumeuse du climat de cette partie de l'Europe.

Dans la Campine, on trace les lignes à 3 mètres et on plante les plants sur les lignes à 1 mètre de distance les uns des autres. On agit ainsi pour que les houblons aient beaucoup d'air et de lumière et qu'on puisse labourer les intervalles des lignes avec la charrue.

Le houblon blanc demande moins d'espace et de surface que les houblons rouge et vert.

Plantation de pieds maies. — En Angleterre on est dans

l'habitude de planter çà et là et à des distances régulières quelques pieds mâles. On a constaté depuis longtemps que ces houblons, dont le nombre n'excède pas un pour cent des pieds femelles, rendent ces derniers plus productifs. On leur attribue aussi l'avantage de hâter la maturité des cônes et d'accroître leur qualité.

Engrais nécessaire. — Le houblon est très-épuisant ; c'est pour ce motif qu'on ne doit adopter sa culture que lorsqu'on peut l'exécuter sur des terres riches et disposer annuellement d'une quantité suffisante de fumier à demi décomposé ou d'engrais animal très-riche en azote, en acide phosphorique et en alcalis.

A défaut de fumier, on emploie des crottins de moutons, des chiffons de laine, de la drèche, de la fiente de pigeons et de volailles, des boues de ville, des tourteaux, etc.

On applique ces engrais avant ou au moment de la plantation et on les renouvelle tous les ans à l'époque de la taille ou au plus tard après deux années.

Les fumiers à demi décomposés, les crottins de moutons, les fientes de volailles, le terreau, etc., rendent la végétation du houblon très-active; sous leur influence les tiges se développent vigoureusement^ et les feuilles s'élargissent et prennent une teinte plus foncée.

Ces engrais doivent être appliqués dans une forte proportion , mais à une dose moins considérable au début de la culture que la quantité indiquée par M. de Gasparin. Cet auteur propose de fumer la houblonnière la première année à raison de 129 000 kilog. de fumier par hectare ou 51 kilog. par chaque pied de houblon, et de compléter cette fumure par 20 000 kilog. de fumier appliqués tous les ans.

L'expérience, permet de dire qu'il faut enfouir annuellement de 10 à 12 kilog. seulement de fumier par chaque

pied de houblon, soit 25 000 à 32 000 kilog. de fumier par hectare.

Mathieu de Dombasle, depuis 1829 jusqu'en 1835, a appliqué chaque année pour 59 fr. 54 d'engrais par hectare et a obtenu en moyenne 919 kilog. de houblon. M. Hùffel, de Haguenau, a dépensé par hectare en acquisition d'engrais, depuis 1832 jusqu'en 1843, 202 fr. 80, et il a récolté sur la même surface 3257 kilog. de houblon.

En accordant au fumier une valeur de 10 fr. les 1000 kilog., on trouve que la fumure annuelle s'élevait :

Par hectare.

Par pied.

A Roville , à

6,000 kil.

2 kil. 400

À Haguenau, à

Ces résultats sont très-intéressants parce que les produits obtenus correspondent exactement dans les deux exemples à la quantité de fumier appliquée. Ainsi,

A Roville, l'engrais : produit :: 100 : 15,

A Haguneau, l'engrais : produit :: 100 : 16.

J'ajouterai qu'il n'est pas utile d'appliquer annuellement au delà de 25 000 à 32 kilog. de fumier par hectare. Lorsque l'engrais est employé en excès, il nuit à la floraison et à la qualité des cônes ou des cloches.

Soin d'entretien pendant la première année. — A. BI- NAGES. — Pendant la première année , on donne deux ou trois binages, dans le but d'entretenir la surface de la houblonnière toujours meuble et exempte de mauvaises herbes.

Pendant ces opérations que l'on exécute à bras à l'aide d'une binette longue et étroite ou d'une houe à cheval, on a soin de ne pas endommager les racines des houblons ou des provins.

B. Pose des tuteurs. — Au mois de mai, on implante à 0m,l0 ou 0m,15 de chaque houblon un tuteur de lm,50 à

2 mètres de hauteur. Ces échalas sont destinés à soutenir les tiges qui ne prennent pas ordinairement un grand développement pendant la première année.

G. Buttage. — A chaque binage, on ramène un peu de terre à la base des pieds. Ce buttage maintient plus de fraîcheur autour des racines et favorise le développement des tiges.

En automne, on répète cette opération après l'enlèvement des tiges t"pour préserver les pieds de houblon contre le froid.

D. Liage des tiges.— Pendant les mois de juin et de juillet, on attache les pousses aux tuteurs à l'aide de quelques brins de jonc ou de paille de seigle préalablement trempée dans l'eau, en ayant soin de les diriger de gauche à droite.

E. Enlèvement des tiges. — Au mois d'octobre on coupe les tiges à 0m,30 au-dessus du sol et on les réunit en bottes ou on les étend sur le sol entre les ruelles pour les enfouir par un labour à la charrue.

F. Purinage. — On active la végétation des plantes en les arrosant plusieurs fois pendant le cours de leur végétation avec du purin ayant fermenté. Le premier arrosage se fait aussitôt après la plantation.

Culture simultanée pendant la première année. — Le

produit du houblon étant presque nul la première année, on utilise le terrain en plantant entre les lignes des pommes de terre ou des choux pommés ou en semant des fèves, des haricots ou des betteraves'. Ces plantes par leur produit, payent une partie des frais de la plantation. Les binages qu'elles exigent contribuent aussi à l'ameublissement et au nettoiement de la houblonnière.

Taille annuelle. — Chaque année, à la fin de l'hiver, c'està-dire au mois de mars ou d'avril , on exécute, à partir de la vu* 19

troisième année, l'opération que l'on nomme taille ou ckdtrage et qui a pour but de réduire les jeîs du houblon à un nombre limité. Sans cette opération les ti^^s seraient très-nombreuses sur chaque pied, elles se nuiraient mutuellement, épuiseraient la souche au détriment de l'avenir de la houblonnière et leurs cônes laisseraient beaucoup à désirer quant à leur nombre et leur qualité.

C'est lorsque la végétation se ranime et qu'on n'a plus à craindre de fortes gelées qu'on pratique cette importante et délicate opération. On doit la terminer au moment où les pousses commencent à sortir de terre. Voici comment on l'exécute :

Par une belle journée , avec la bêche ou la binette, on creuse autour de chaque pied de houblon sur un diamètre de 0m,35 à ûm,-i5. pour le déchausser jusqu'aux grosses racines et mettre à nu les bourgeons ou les jets. On doit agir avec précaution, afin de ne pas couper ou déchirer les racines et les pousses. Souvent on termine ce déchaussement en enlevant avec la main la terre qui couvre les racines sur lesquelles les jets se sont développés. Ces derniers sont blancs et ont de 0,n,lû à Ora,lô de longueur.

À mesure que les ouvriers déchaussent les pieds de houblon, on opère l'enlèvement de tous les jets, à l'exception de la pousse qui portait les tiges fruitières l'année précédente.

L'ouvrier chargé de supprimer les pousses inutiles doit être muni d'une bonne serpette à lame étroite et courbée à son sommet ou d'un couteau bien tranchant. Il importe, en effet, que les bourgeons radiculaires soient séparés de bas en haut le plus près possible des racines, et que les sections soient bien nettes et les racines non déchirées.

Quand tous les jets inutiles ont été supprimés, on rabat

la pousse qu'on a conservée sur 2 ou 3 yeux. Ce nombre de boutons est suffisant, parce que chaque pied ne doit pas produire au delà de 2 à 3 tiges si on veut que ces pousses s'élèvent jusqu'au sommet des perches.

En outre, on débarrasse la souche des racines latérales, qui se développeraient au détriment de la vigueur des tiges qu'elle doit produire, et de toutes les parties chancreuses qu'on y observe. Quand on opère ces derniers travaux, on dit qu'on procède au nettoiement clic plant.

Les pieds chétifs, malades ou endommagés par les animaux doivent être taillés moins sévèrement. On ne doit y supprimer que les parties altérées et les racines qui peuvent produire des pousses au détriment de la souche mère.

Aussitôt qu'un pied a été taillé on couvre les racines d'un peu de terre sur laquelle on applique ensuite du fumier, des chiffons de laine, du tourteau, du terreau. On termine le chaussage des souches en couvrant l'engrais d'une nouvelle couche de terre.

En Alsace, on remplace le fumier par du terreau qu'on a préparé une année à l'avance. Ce terreau a l'avantage de ne pas favoriser l'existence et la multiplication des insectes.

Perches. — A. Nature et longueur. — L' élévation à laquelle parviennent les tiges quand le houblon est bien cultivé oblige à les soutenir à partir de la seconde année, à l'aide de perches ou tuteurs.

La longueur des perches varie suivant les localités, c'està-dire selon la variété cultivée, la nature et la richesse du sol et le climat sous lequel est située la houblonnière.

Dans les terres pauvres et sèches, les perches ont seulement de 5 à 6 mètres de longueur; en Lorraine, cette dimension atteint de 7 à 8 mètres ; à Hagueneau, on est forcé d'en avoir qui ont 10 et même 12 mètres de longueur.

Ces perches sont en bois de chêne, de châtaignier, d'aulne, de mélèze ou d'épicéa. Les premières sont plus résistantes, mais elles sont plus lourdes et plus coûteuses que les secondes. Quant aux perches de châtaignier, elles sont supérieures aux perches de chêne; si on en emploie peu, c'est qu'elles se vendent très-cher et qu'elles n'ont pas toujours une longueur de 10 à 12 mètres. Les perches de saule et de peuplier sont cassantes et peu durables.

Dans la Gampine les perches ont 0m,50 de circonférence au gros bout. Celles qu'on emploie à Alost ont souvent 0m,15 de diamètre à leur partie inférieure.

Les perches, quelle que soit l'essence à laquelle elles appartiennent, sont coupées, ébranchées et écorcées à l'époque de la sève du printemps, c'est-à-dire au mois de mai et de juin.

L'écorçage augmente notablement leur durée et le tan qu'il fournit permet de les livrer à meilleur marché; on le paye par 100 perches de 1 fr. 50 à 2 fr.

On termine la préparation des perches en les appointant et en les carbonisant sur une longueur d'un mètre. Ce charbonnage empêche que leur pointe pourrisse aussi facilement en terre. L'afiilage se paye de 0 fr. 75 à 1 fr. le 100 de perches.

On augmente la durée de la partie qu'on fiche en terre en l'enduisant, après qu'elle a été carbonisée, de 3 à 4 couches épaisses de goudron.

B. Prix des perches. —Les perches de bois bien droites, fortes et longues, en chêne, en châtaignier ou en sapin, augmentent de valeur d'année en année.

11 y a trente ans on payait en Lorraine les perches de chêne de 7 à 8 mètres de longueur rendues sur place, de 40 à 50 fr. le 100. Aujourd'hui, elles valent de 70 à 80 fr.

On trouve à acheter en Alsace des perches de sapin de 10 à 12 mètres de longueur au prix de 90 à 110 fr. le 100, rendues sur le terrain où elles doivent être plantées. Les perches de pin maritime ne valent que 70 à 80 fr.

G. Durée des perches. — La durée des perches varie suivant leur nature et leur qualité et selon aussi le terrain où elles sont plantés.

En général, une perche de chêne ou de sapin épicéa ayant son extrémité bien carbonisée dure de 8 à 12 années : c'esl donc un dixième environ qu'on doit remplacer annuellement.

Si l'hectare comprend 2500 pieds, on aura à remplacer tous les ans environ 250 perches.

Mathieu de Dombasle s'est trompé lorsqu'il a dit qu'il fallait renouveler les perches de chêne tous les trois ans.

Pose des perehes ou perehage. — La mise en place des

perches, opération que l'on désigne quelquefois sous le nom de perehage, se fait au printemps, un mois environ après la taille.

Avant de planter les anciennes perches, on les retaille en pointe, si leur gros bout s'est arrondi ou s'il est pourri.

La plantation exige au moins deux ouvriers. L'un d'eux, armé d'un pal, barre de fer rond, ayant 1"\30 de longueur et terminée à sa partie inférieure par un renflement pointu, est chargé de faire les trous. Ceux-ci doivent être verticaux. avoir de 0n\65 à lm de profondeur, suivant la longueur des perches, et être pratiqués à l'ouest et à 0tu, 15 ou 0^,--^ de chaque pied de houblon.

Quand le premier trou a été fait, le second ouvrier saisit une perche, la dresse verticalement, se place à cheval et un peu en arrière du pied de houblon, élève la perche au-dessus du trou et l'y chasse avec force. Si la pointe ne touche pas

le fond de l'ouverture, il l'élève de nouveau au-dessus du sol et la chasse une seconde fois dans le trou. Quand la pointe porte à fond, il consolide la perche en pilonnant la terre et en entourant ensuite sa base d'un monticule de terre.

Les perches ayant 8 à 12 mètres de longueur doivent être bien assujetties, afin qu elles ne soient pas renversées par les grands vents à l'époque où elles fléchissent sous le poids des rameaux et des cônes.

Les autres perches sont plantées de la même manière. On doit les aligner avec soin pour quelles forment des ruelles régulières et bien droites.

FlG

. 25. Houblons soutenus par des fils de fer.

Au bout de dix jours, on visite les perches les unes après les autres pour s'assurer de leur solidité, et on pilonne de nouveau la terre qui les environne, si leur fixité laisse à

désirer.

La pose des perches, exécutée à la tâche, coûte de 1 fr. 25 c. à 2 fr. 80 c. le 100, selon leur longueur.

Fil de fer. — Depuis longtemps on a tenté en Angleterre de remplacer les perches par des lignes horizontales de fil de fer (fig. 25). Ce moyen a été adopté pour la première fois en France, en 1824, par M. Garez, de Toul (Meurihe), mais c'est

M. Denis qui l'a proposé le premier aux agriculteurs de la Lorraine, de l'Alsace et des Vosges. Il est économique et expose mieux les ramifications et les cônes à l'action du soleil et de l'air.

Ce procédé consiste à enfoncer en terre aux extrémités des lignes et dans leur direction, à lm,50 environ des premiers et derniers pieds de houblon , de forts piquets en chêne de lmà lm,30 de longueur. Ces piquets doivent excéder la surface du sol de 0m,16 à 0n\20, être inclinés du de ians en dehors de la houblonnière, et avoir leur tête garnie d'une virole en fer.

Lorsque les piquets ont été plantés, on les perce avec une mèche de 0m,01 de largeur et on engage dans le trou ainsi pratiqué un fort piton muni à son extrémité inférieure d'un large écrou. Alors, on les réunit deux à deux en y attachant solidement les extrémités d'un fil de fer tendu sur la terre parallèlement à la ligne de houblon.

Ce second travail exécuté, on construit de simples chevalets en réunissant deux perches de 2m,30 à 2m,65 de longueur à l'aide d'un petit boulon à écrou ou d'un bout de fil de fer s'enroulant trois ou quatre fois autour des pieux. Ces perches doivent avoir de 0m,05 à 0,07 de diamètre, se croiser et se réunir à 2 mètres environ de leur partie inférieure. Quand deux chevalets ont été préparés, on les couche sur le sol et sous le fil de fer, on écarte leurs extrémités et on engage ce dernier dans leurs fourchements supérieurs. Alors, on les dresse verticalement en les rapprochant l'un et l'autre le plus près possible des deux piquets auxquels ont été fixés les extrémités du fil de fer. En agissant ainsi, on élève la ligne de fer et on lui donne toute la rigidité et la résistance qu'elle doit avoir. Quand cette ligne a été bien tendue, on plante un échalas de 3 mètres de longueur près de

chaque pied de houblon. Ces tuteurs une fois placés doivent correspondre par leur extrémité supérieure au fil de fer, et le dépasser de 0n\08 à Om,lO. On les fixe à la ligne de fer avec un lien d'osier.

On termine la pose des fils en les graissant avec un morceau de lard. Cette opération qu'on répète chaque année après la cueillette des cônes, les préserve de l'action des agents atmosphériques et les empêche de rouiller.

La longueur des lignes ne doit pas excéder 100 mètres. Les lignes trop longues entravent la circulation des hommes et des voitures au moment de la récolte ou lorsqu'il est question d'appliquer du fumier.

Les fils de fer qu'il convient d'employer portent les n0,16, 18, 19 et 22.

1 kilog. du n° 16 représente environ 30 mètres. 1—18 — 19 —

Le n° 16 sert à attacher les échalas aux fils horizontaux.

Les nos 18 et 19 sont ceux qu'on emploie pour former les lignes destinées à supporter les tiges du houblon.

Le n° 22 peut servir à faire des crochets destinés à remplacer les pitons.

Mathieu de Dombasle estime les dépenses que nécessite l'emploi des fils de fer à 350 fr. seulement par hectare, et donne à ces supports une durée moyenne de 10 années.

Perches comparées aux Ois de fer. — L'emploi des perches nécessite, d'après les faits rapportés page 293, une dépense annuelle de 250 fr. par hectare. M. Berthier de Roville ayant expérimenté comparativement et les perches et le fil de fer, a constaté que ces procédés occasionnaient par hectare

les dépenses suivantes, lorsqu'on comptait sur cette surface 3670 pieds de houblon :

Fils de fer. Perches.

Dépenses premières 440 fr. 40 2202 fr. 00

Frais annuels 108 26 469 76

La différence en faveur de l'emploi du fil de fer s'établit ainsi :

Dépenses premières , 1761 fr. 60

Frais annuels 361 50

Total 2123 fr. 10

Les frais annuels, après 10 années de culture, offrent donc une économie de 3615 fr.

En présence de ces résultats , on doit regretter que les conseils de Denis, Berthier et Mathieu de Dombasle n'aient point été suivis par les agriculteurs qui cultivent en France le houblon.

J'ajouterai à ces avantages que le système des fils de fer expose bien moins que les perches les houblons à l'action des vents orageux et de la grêle.

Les partisans des houblonnières garnies de perches ont avancé que les cônes des houblons soutenus par des fils de fer sont toujours plus blanchâtres et moins aromatiques, parce qu'ils ne subissent pas autant que les cônes des autres houblons l'action du soleil et de la lumière ; cette opinion n'a pas été justifiée.

Soins annuels d'entretien. — Après la pose des perches

on donne au sol un labour à la houe fourchue, au louchet ou à la charrue.

Quand la couche arable a été ameublie après la taille, on exécute, lorsque le perchage est terminé, un binage, opéra-

tion qu'on renouvelle toutes les fois que les circonstances l'exigent.

Avant les fortes chaleurs de l'été, on raffermit les perches inclinées, on butte les pieds et on les arrose si le sol manque de fraîcheur, et si on peut exécuter cette opération sans s'imposer de fortes dépenses.

On opère le second binage pendant le mois de juin, et le troisième vers la fin de juillet ou au commencement d'août, à l'époque de l'apparition des premières fleurs. Les ruelles peuvent être binées avec la houe à cheval.

Taille en vert. — Au commencement de mai ou au plus tôt vers la fin d'avril, et lorsque les jets sont sortis de terre, on exécute ce que j'appelle la taille en vert. Cette opération consiste à supprimer tous les jets qui excèdent le nombre de tiges que chaque pied doit présenter.

Quelquefois on répète cette taille une seconde fois au bout de quinze jours, quand des pousses nouvelles apparaissent.

Le nombre de jets qu'on laisse aux houblons varie suivant la force des pieds et la fertilité du sol. Ordinairement on ne laisse que 2 ou 3 tiges aux pieds vigoureux et une seule aux houblons chétifs. On conserve toujours les pousses les plus belles et les plus fortes.

Liage ou accoiage. — Quand les pousses sont assez longues pour faire le tour des perches qui doivent les soutenir, on les attache avec du jonc ou de la paille de seigle mouillée. Cette opération est longue et délicate, et ne doit être confiée qu'à des ouvriers très-adroits et intelligents.il faut éviter de l'opérer le matin ou pendant la pluie, parce que alors les jeunes tiges, étant chargées d'humidité, sont très-cassantes. C'est au milieu du jour, quand les pousses ont repris, sous l'influence de la chaleur, toute leur souplesse, qu'on doit l'exécuter.

On peut gêner la croissance des tiges si on les attache sans attention. Il faut les soutenir en les fixant de manière qu'elles tournent autour des perches d'orient en occident, c'est-à-dire selon le cours du soleil.

Enfin, on doit éviter de serrer fortement les tiges contre les perches, et de les croiser les unes par-dessus les autres.

On répète le liage une seconde , une troisième et même une quatrième fois, jusqu'à l'approche de la maturité. On agit ainsi, afin de ne pas laisser retomber les rameaux à fruits situés à la partie médiane des tiges. Au second et au troisième accolage on se sert d'une échelle double.

Provignage. — Lorsqu'on a l'intention d'établir l'année suivante une nouvelle houblonnière, on peut faire des provins sur les pieds les plus vigoureux. Ce marcottage doit être pratiqué quand on exécute pour la première fois la taille en vert ou lorsqu'on répète cette opération.

Yoici comment on l'exécute :

Lorsque les jets laissés sur les pieds ont 0m,70 à 1 mètre de longueur, on en choisit un et on le couche dans un rayon de 0ra,l0 à 0m,12 de profondeur. Quand il a été ainsi enterré, on ramène son extrémité vers la perche à laquelle on l'attache.

Après la récolte des cônes, ou mieux, au moment où l'on exécute la taille, on le détache avec soin du pied mère, et on le met en place. Ce provin a suffisamment de racines pour donner à l'automne un produit satisfaisant.

On se sert aussi du provignage quand on veut remplacer un plant qui n'a pas réussi ou qui a péri. Alors on choisit une longue pousse et on la provigne d'une perche à l'autre.

Ébourgconnage. — A mesure que les tiges s'élèvent, on les dégarnit inférieurement des rameaux qui se développent à l'aisselle des feuilles. On continue cet ébourgeonnage jus-

qu'à 3 et même 4 mètres de hauteur. Au delà de cette élévation, on laisse les tiges se ramifier et produire des rameaux à fleurs.

Cette opération oblige l'ouvrier qui doit l'exécuter de s'aider d'une échelle double.

Effeuillage. — Quand on observe sur les tiges de nombreuses feuilles, on en enlève une partie, c'est-à-dire quelques-unes çà et là, en se servant d'une paire de ciseaux, d'un sécateur ou d'une serpette. Il faut se garder de les arracher. On peut au besoin les couper avec l'ongle.

Cet enlèvement de feuilles ne doit pas être fait au delà de 2 à 3 mètres de hauteur.

Il a pour but de favoriser l'accès de la chaleur, de la lumière et de l'air sur les tiges, les fleurs et les fruits. Enfin, il permet à la sève de se diriger plus facilement au haut des tiges, et de rendre les cônes plus nombreux et surtout plus gros.

Ordinairement on cesse de le pratiquer vers le commencement d'août.

insectes nuisibles. — Le houblon est attaqué par un grand nombre d'insectes. Les plus redoutables sont :

1° Le ver blanc et la courtilière, insectes qui s'attaquent aux racines les plus tendres et qu'on détruit difficilement.

2° Le puceron du houblon (Aphis humuli, L.). Cet insecte, à l'état parfait, est ailé et se propage très-rapidement. Il mange les jeunes pousses et les feuilles, vers la fin d'avril ou dans la première quinzaine de mai. Il a pour ennemis les coccinelles et les ckrysomèles.

3° Les fourmis qui détruisent, aussi pendant l'été, les jeunes pousses, les feuilles et les fleurs.

k° Vhépiale du houblon (epialus humuli, L.) dont la larve,

longue de 0m,05 vit aux dépens des racines des vieux pieds de houblon, et les fait souvent périr.

5° La mouche verte qui ronge les feuilles et pique les cônes.

6° Les limaces qui nuisent beaucoup au développement des jets ou des premières feuilles, lorsque le printemps est humide.

Tous ces insectes sont difficiles à détruire. Néanmoins, en opérant la taille, on tue souvent un nombre important de vers blancs et de larves d'hépiale.

Agents atmosphériques nuisibles. — Le houblon est,

sans contredit, la plante qui«souLTre le plus des transitions de température; c'est pourquoi ses produits sont toujours incertains et très-irréguliers.

Ainsi il redoute une température chaude et sèche, une température froide et humide, les vents violents du nord, les pluies froides et prolongées, etc.

Les longues sécheresses occasionnent la chute des cônes avant leur maturité; les ouragans renversent les perches; la grêle fait tomber les cônes et brise les tiges ; les pluies abondantes et prolongées retardent la maturité et nuisent à la qualité des cônes; les vents froids d'été retardent la floraison et compromettent l'avenir de la récolte.

Les abris et des situations bien choisies permettent souvent de modifier très-heureusement ces fâcheuses influences atmosphériques.

Maladies ou altérations. — Le houblon est sujet à cinq maladies ou altérations : la miellée, la rouille, la gangrène, la pourriture et la jaunisse.

1° La miellée, miélat ou brûlure est une gomme luisante plus ou moins abondante qu'on observe sur les feuilles et qui affaiblit les pieds de houblon. Ce sucre gommeux transsude-

t— il des organes foliacés? Les faits prouvent chaque année qu'il est excrété par les pucerons. Nonobstant il arrête la " transpiration du végétal et le rend maladif. Jusqu'à ce jour il a été impossible de s'opposer à son apparition et à son développement.

2° La rouille se montre souvent d'une manière apparente sur les houblons exposés aux influences des cours d'eau, des étangs et des marais. Elle nuit très-sensiblement à labonne qualité des cônes lorsqu'elle apparaît tardivement.

3° La gangrène et les chancres sont communs sur les racines des houblons plantés sur des sols fertiles et des pieds auxquels on a appliqué une trop. forte dose de fumier. On les observe aussi sur les racines des houblons qui ont été mutilés au moment de la taille.

4° L& pourriture apparaît principalement sur les racines des pieds qui végètent dans les sols très-humides. On l'arrête dans son développement en desséchant la houblonnière.

5° L& jaunisse ou chlorose s'observe sur les tiges et les feuilles des houblons dans les années très-pluvieuses et sur les pieds qui végètent sur les terrains humides ou tourbeux.

Récolte. — A. SIGNES DE LA MATURITÉ. — Le houblon est

arrivé à sa maturité quand les cônes ont pris une couleur jaunâtre, rougeâtre, vert brun doré, ou verdâtre, suivant la variété à laquelle ils appartiennent et lorsque la base de leurs écailles est chargée d'une poussière jaune doré. Les feuilles ont alors une teinte moins foncée ou vert jaunâtre, les cônes se pelotonnent quand on les presse dans la main et adhèrent un peu les uns aux autres ; enfin, à l'odeur herbacée que développait la plante succède une odeur pénétrante due à l'huile essentielle que contient la lupuline.

Il faut éviter d'opérer la récolte ou trop tôt ou trop tard. Dans le premier cas, les cônes ont une couleur terne et ver-

dàtre et ils sont très-peu odorants; dans le second, ils se brisent facilement, sont entr'ouverts pour la plupart, ont passé du jaune verdâtre au brun, ont perdu une partie notable deleurlupuline, et ils exhalent aussi unefaible odeur aromatique.

Quand la cueillette est faite en temps opportun, les cônes ne sont pas épanouis, ils sont revêtus d'une matière résineuse gluante, que les brasseurs ont nommé matière poisseuse ou graisse, ils contiennent toute la poussière dorée qu'ils ont produite et leur odeur est forte et très-aromatique.

B. Époque. — La récolte a lieu à une époque plus ou moins avancée, à la fin de l'été, suivant la précocité de la variété cultivée, la température de l'année, l'exposition de la houblonnière et la nature du terrain sur lequel elle existe.

En général , en France , on l'exécute de la fin d'août au 5 ou 6 septembre, quand on cultive le houblon précoce, et du 8 au 20 septembre lorsque la houblonnière comprend des variétés tardives.

En Angleterre, la récolte se fait de la fin de septembre au 15 octobre.

Les pluies fréquentes ou continuelles retardent toujours les dernières phases de la maturité des cônes.

C. Déperchage. — Avant de procéder à l'enlèvement des perches, on coupe les tiges à 0%30 ou 0m,40 au-dessus du sol.

Quand on a coupé un certain nombre de pieds, on place un petit chevalet à un mètre environ de la .perche qu'on veut abattre. Ce chevalet présente à sa partie supérieure une tige en fer placée horizontalement et munie d'un crochet en fer à sa partie médiane. Alors on engage un long levier dans le crochet du chevalet et on saisit la perche avec

la moraille ou la pince dentée et à charnière que présente le levier à l'une de ses extrémités.

Quand la pince a été fixée à l'aide d'un collier en fer qu'on chasse à coups de marteau vers son extrémité supérieure, on abaisse vers le sol l'autre extrémité du levier dans le but de soulever la perche hors de terre. Le houblon-

Fig. 26. Ouvriers arrachant une perche à l'aide d'un chevalet et d'un levier.

nier qui tient le levier est aidé par un ouvrier qui a saisi la perche afin qu'elle ne s'incline pas d'un côté ou d'un autre pendant l'opération (fig. 26).

Lorsque la perche résiste aux efforts du houblonnier et de l'aide ou lorsqu'il y a impossibilité de l'arracher au moyen d'une seule opération, l'ouvrier la maintient verticalement à la hauteur à laquelle elle a été élevée ; le houblon-

nier desserre la tenaille, la fixe à 0m,10, 0,15 ou 0m,20 au-dessous du point qu'elle embrassait et abaisse de nou veau le levier. Cette seconde opération suffit ordinairement pour arracher entièrement la perche.

Dès que la perche a été sortie du trou qu'elle occupait, le houblonnier prend une longue fourche, l'élève et appuie

Fig. 27. Ouvriers abaissant une perche chargée de cônes.

l'enfourchement contre la perche afin de soutenir son extrémité. Ce travail une fois fait, l'aide cale l'extrémité inférieure de la perche avec son pied droit et l'incline successivement. A mesure que la perche se rapproche du sol, le houblonnier abaisse lentement la fourche (fig. 27).

Quand le houblonnier peut saisir la perche, il la couche avec le concours de son aide sur une grande bâche, ou appuie vu* 20

son extrémité supérieure sur un chevalet ayant lm,30 environ de hauteur, ou il la pose dans l'enfourchement d'un croisillon formé de deux échalas ayant de lm,30 à lm,65 de longueur.

On peut se dispenser, dans l'arrachage des perches, d'avoir un chevalet, si on se sert de la tenaille en usage annuellement dans la Lorraine. Cet instrument (fig. 28) se compose d'un manche ayant 2 mètres environ de longueur et 0m,07 à 0m,08 de diamètre, et d'un segment en fer de 0m,50 environ de longueur . Cette tige en fer est dentelée et elle porte à son extrémité une forte douille dans laquelle on engage le levier. Quand ces deux pièces ont été agencées, la branche en fer

Fig. 28. Tenaille pour arracher les perches de moyenne longueur.

qui divise le manche en deux parties très-inégales est dirigée vers l'extrémité de la partie la plus longue, et forme avec celle-ci un angle aigu ayant 0m,12 à 0n\ 15 environ de largeur à son ouverture.

Lorsque l'ouvrier veut arracher une perche, il la saisit avec la tenaille le plus près possible de terre, appuie l'extrémité de la partie du levier la plus courte contre le sol et soulève l'instrument avec force (fig. 29). L'aide qui l'accompagne soutient encore la perche pour qu'elle ne se renverse pas une fois qu'elle a été dégagée de terre.

L'arrachage des perches n'est pas une opération difficile; néanmoins, il doit être fait avec précaution. On doit éviter d'ébranler ces tuteurs et de les laisser tomber. Ordinaire-

ment les perches sont chargées supérieurement d'un poids considérable; lorsqu'elles touchent violemment la terre, elles se brisent, ou, par la secousse qu'elles reçoivent, elles font sortir des cônes une partie de la lupuline.

Fjg. 29. Ouvrier arrachant une perche à l'aide de la tenaille.

D. Cueillette des cônes du houblon soutenu par des perches. — La cueillette est une des opérations les plus importantes. On l'exécute sur la houblonnière ou on l'opère à l'intérieur de la ferme.

1° Cueillette exécutée dans lahoublonnière. — Quand la cueillette doit être faite dans la houblonnière, on couche deux ou trois perches sur chaque chevalet ou traiteau, en les séparant les unes des autres de 0m,50 à 1 mètre. A défaut de chevalet on place sur une même ligne plusieurs civières garnies intérieurement d'une toile ou d'un drap, et on appuie sur chacune d'elles les extrémités de deux ou trois perches. Enfin, quand on n'a ni chevalet, ni civière, on pose horizontalement les perches sur une grande bâche.

Lorsque les chantiers ont été préparés, des femmes ou des enfants se groupent autour des perches, coupent les cônes un à un avec des ciseaux, et les déposent dans des corbeilles et des paniers, si la cueillette est faite à la tâche, ou dans les civières, si elle a lieu à la journée. En Angleterre, on arrache les cônes ; c'est une faute.

Les pédoncules doivent être coupés à 0m,015 environ des cônes afin que ces derniers ne s'écaillent pas.

On a soin de ne pas y mêler des feuilles ou des débris de tiges, de feuilles, de pédoncules ou de grappes. Ces parties amoindrissent la valeur commerciale du produit.

La cueillette des cônes se fait à la journée ou à la tâche. Dans les deux cas, on doit surveiller sans cesse les ouvrières.

La récolte faite à la journée exige une civière par 4 à 6 cueilleuses. Quand cette opération a lieu à la tâche, c'est-à-dire moyennant un prix déterminé pour une quantité donnée de cônes, on met à la disposition des travailleurs des paniers ou des corbeilles de même forme et de même capacité.

Le houblonnier, chargé de surveiller la cueillette, inscrit sur des tailles ou sur une feuille de papier placée sur une petite table servant de bureau, le nombre de paniers cueillis par chaque groupe ou chaque bricole, ou bretelle.

Au début de l'opération et en présence des travailleurs, on

remplit quelques paniers et on pèse ou on mesure le poids ou le volume de cônes afin de connaître la quantité moyenne qu'ils contiennent.

Aucun ouvrier ne doit vider les corbeilles qu'il a remplies dans les grands paniers, dans les civières ou dans un grand sac de toile haut de lm,65, et soutenu et maintenu ouvert à l'aide de trois longs échalas formant trépied, avant d'avoir fait vérifier par le receveur l'état du houblon qu'il a récolté. Les brasseurs français se plaignent souvent du nettoiement imparfait ou du mauvais épluchage des houblons de l'Est.

Les cueilleuses doivent mettre à part les cônes qui ont une couleur rousse.

2° Cueillette exécutée à la ferme; — Lorsque la séparation des cônes doit avoir lieu à la ferme, on appuie les extrémités des perches sur des chevalets placés sur des bâches et on enlève avec une serpe bien tranchante toutes les ramifications fruitières. Ces branches sont jetées ensuite dans de grandes corbeilles ou sur des draps qui, une fois remplis, sont placés sur des charrettes ou des chariots et transportés à la maison d'habitation. Quelquefois on coupe les tiges sur plusieurs points de leur longueur et on les enlève en les tirant par le haut des perches pour les déposer dans des voitures garnies d'une toile.

La cueillette est exécutée de la même manière que quand elle a lieu dans les houblonnières.

E. Cueillette des cônes du houblon soutenu par des fils de fer. — Quand le houblon a pour soutien des fils de fer, on détache les échalas de la ligne métallique, on coupe les sarments au sommet des perches et on écarte les pieds des chevalets jusqu'à ce que le fil de fer soit à 1 mètre ou lm,30 du sol ou à la portée des cueilleuses.

Lorsqu'une ligne a été cueillie, on enlève les chevalets

310 PLANTES HDBSTBIELLES.

pour que le fil de fer tombe à terre et ne gêne pas la circulation.

Prix de revient de la cueillette. — La Cueillette des Ci

à la tâche es: ; lyée à raison de I :: : :• à 3 fr. \\ .t; 100 kilog., ou 0 fr. 15 à 0 fr. 20 les 100 litres,

En Angleterre, cette opération revient à 0 fr. 35 par hectolitre.

Une ouvrière peut cueillir par jour jusqu'à 6 et même 8 hectolitres, selon l'abondance de la récolte et la grosseur les oftnes.

Voici les dépenses que la récolte a occasionnées par hectarr

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Conditions de renssite. — La récolte du houblon doit

être faite par un beau temps. Il vaut mieux la : i'un

jour ou deux que la retarder et l'exécuter par un temps pluvieux et lorsqu'il survient des brouillards. Il est vrai que les houblons ainsi récoltés seront un peu mcins riches en matière odorante, mais ils rachèteront complètement cette infériorité de qualité par leur belle couleur.

Il est indispensable le ne pas : Dmmencer chaque jour la cueillette des cônes avant la disparition de la rosée, c'est-àdire avant S :u 9 heures m malin. En outre, il ne faut cesser de surveiller les ouvriers, afin de bien s'assurer si tous les cônes ont été enlevés au: tiges, si se : aration a été faite

avec s -eaux et s'ils Boni exempt le xrps étranger! Enfin, avant de commencer la récolte, onde: s'assurer d'une suffisante quantité dr ras f Dur que la cueillette ne dure

pas au delà de 8 à 10 jours. Cette opération a l'avantage de pouvoir être exécutée par des femmes, des vieillards et des enfants.

Elle constitue pour tous les travailleurs une véritable fête. (Voir Appendice.)

Dessiccation. — Les cônes, après avoir été récoltés, sont exposés, pendant un temps plus ou moins long, à l'action de l'air ou de la chaleur artificielle pour qu'ils perdent leur humidité.

A. Dessiccation naturelle. — On dessèche naturellement les cônes de houblon en les exposant à l'air dans des greniers bien aérés, et plutôt à l'ombre qu'au soleil, soit sur le plancher, qui doit être bien jointoyé, soit sur des claies ou des châssis en bois garnis d'un filet en ficelle à mailles assez étroites pour que les cônes ne puissent y passer.

Les claies et les châssis sont disposés en étages les uns audessus des autres, et écartés de 0m,50 à 0m,60.

Les cônes étendus sur les planchers sèchent plus lentement que sur les filets, parce qu'ils ne sont pas aussi bien en contact avec l'air.

Ils doivent y être déposés en couches de 0m,05 à 0m,08 d'épaisseur. Au fur et à mesure que la dessiccation s'opère, on les met en couches plus épaisses.

On empêche le houblon de s'échauffer en le remuant d'abord une ou deux fois par jour, selon son degré d'humidité, et ensuite une fois seulement. Enfin, quand la dessiccation est déjà avancée, on ne le remue que tous les deux, trois ou quatre jours.

Quand le houblon doit sécher sur un plancher, on l'étend d'abord en couche mince avec le dos d'un râteau, puis quand est venu le moment de le remuer, on le déplace avec précaution au moyen d'une pelle. Il faut éviter d'opéier ce dé-

placement d'une manière brusque, afin de ne pas faire tomber la poudre résineuse que contiennent les cônes.

Lorsqu'on le fait sécher sur des claies, on le remue avec les mains ou à l'aide d'une baguette passée en dessous de la couche.

Tous les jours, quand le temps est beau et l'air sec, vers 10 ou 11 heures du matin, on ouvre les volets des ouvertures du sud. Ces volets peuvent rester ouverts jusqu'à 3 ou 4 heures de l'après-midi.

Quand la dessiccation est achevée, on met le houblon en tas de 0m,65 à lm,30 d'épaisseur qu'on remue une ou deux fois par semaine. L'ouvrier chargé de cette opération passe en dessous de la masse de cônes une perche mince et lisse qu'il soulève ensuite en levant une de ses extrémités. Ce simple mouvement, répété sur plusieurs points, suffit pour prévenir toute fermentation.

Quand on constate qu'un tas est disposé à s'échauffer, on l'étend sur le plancher avec un râteau ayant des dents en bois longues de 0m,15 à 0m,20.

En général, la dessiccation des cônes dans les greniers n'est complète que six semaines ou deux mois après la récolte. 11 faut que l'automne soit beau et sec pour qu'on puisse les emballer avant le mois de novembre.

Lorsque le temps est mauvais et l'air très-chargé d'humidité, les cônes, quoique remués avec soin de temps à autre, prennent une teinte plus ou moins brune, et perdent une partie notable de leur arôme.

Il faut une surface carrée de 1™ à lm,50 pour sécher 1 kilog. de cônes verts.

B. Dessiccation artificielle ou torréfaction. — La dessiccation artificielle se fait dans des bâtiments particuliers qu'on nomme îourailles ou séchoirs, et qui ont beaucoup de

rapport avec les tourailJes dans lesquelles les brasseurs dessèchent le malt.

Ces séchoirs sont plus ou moins vastes, selon l'étendue de la houblonnière. Nonobstant, ils présentent ordinairement deux parties : un rez-de-chaussée et un étage.

Le rez-de-chaussée est garni d'un ou de plusieurs foyers disposés de manière que la chaleur que produit le charbon ou le bois qu'on y brûle arrive directement sur le houblon. Ce dernier est placé dans l'étage supérieur sur des claies superposées et écartées de 0m,50 à 0n,,66. En Angleterre, le plancher qui sépare la partie basse du premier étage est à claire-voie, et garni d'un tissu de crin. Cette disposition permet à la chaleur d'arriver plus aisément dans les séchoirs et sur le houblon.

Dans les environs de Brunswick, la dessiccation se fait à la fumée ou sur le sable. Dans le premier cas, on place audessus du calorifère une plaque en fonte percée d'une multitude de très-petits trous, sur laquelle on pose des claies chargées de houblon. La fumée, en arrivant sur les cônes, leur enlève, après un certain temps, toute leur humidité. Lorsqu'on dessèche le houblon d'après le second procédé, on couvre aussi le calorifère d'une plaque de fonte, mais celle-ci n'a aucune ouverture et est couverte de sable. Cette couche sablonneuse une fois chaude est garnie de houblon qu'on enlève quand il est bien sec, pour le remplacer par des cônes encore verts ou humides.

Lorsqu'on dessèche le houblon à l'aide d'un courant d'air chaud, on doit brûler du charbon de bois, du coke, du bois ou du charbon de Fresnes, c'est-à-dire le combustible qui produit le moins possible de fumée.

Le feu, lorsqu'on suit ce mode de dessiccation, doit être d'abord léger, c'est-à-dire modéré. On ne le rend plus vif

que lorsque les cônes commencent à suer. 11 est essentiel de prendre toutes les précautions nécessaires pour que le feu soit toujours clair. La fumée, qui agit sur le houblon encore mouillé ou très-humide, le rend plus brun. Il faut aussi éviter que le feu ne soit pas très-ardent, afin que les cônes ne roussissent pas.

L'ouvrier modère le feu du calorifère, quand, en pressant le houblon, la chaleur qu'il a acquise lui fait éprouver une sensation désagréable.

En Angleterre, on mêle du soufre au charbon de terre, lorsque ce dernier n'est pas sulfureux. Cette addition de soufre a pour but d'empêcher la fumée de brunir les cônes. En 1758, les houblons des comtés d'Hereford et de Worcester, qui étaient alors ceux qu'on recherchait de préférence à tous autres, étaient séchés avec du charbon sulfureux.

Le soufre a l'inconvénient de rendre très-rouges les yeux des ouvriers qui dirigent ce mode de dessiccation du houblon. (Voy, appendice.)

Au bout de 6 heures environ, on retourne le houblon. On ne l'enlève des tourailles que lorqu'il y a séjourné 10 à 12 heures, et qu'il crie lorsqu'on le presse dans la main.

Alors on le met à refroidir dans un local très-sain et aéré appelé chambre d'aération, pour qu'il reprenne un peu de souplesse, qu'il revienne à lui, que les écailles soient moins friables, et que le tassement des cônes dans les balles se fasse d'une manière plus parfaite. Après 6 à 8 jours, on le réunit en tas de 0m,30 d'épaisseur. Quand il est sec, on augmente sans danger l'épaisseur des monceaux.

Érath évalue les frais de dessiccation à 7 fr. les 100 kilog. A Roville, le combustible consommé s'élevait à 90 kilog. pour 100 kilog. de cônes, et occasionnait une dépense de & fr. 78 c.

BOUBLON. 315

Rapport des cônes secs aux cônes verts. — Les CÔnes de

houblon nouvellement récoltés contiennent une notable quantité d'humidité ; c'est pour ce motif qu'en séchant ils se réduisent ordinairement à un tiers ou un quart de leur poids, et que le déchet causé par la dessiccation s'élève de 65 à 75 pour 100.

En général, dans les bonnes années, 3 kilog. de cônes frais donnent environ 1 kilog. de cônes secs. Quand la récolte est mauvaise et le houblon de faible qualité, il faut près de 8 kilog. de cônes verts pour obtenir 1 kilog. de houblon sec.

Selon .Elbrceck, il faut dessécher environ 150 kilog. de cônes/verts pour obtenir 100 kilog. de cônes marchands, Ces données ne concordent pas avec les faits constatés en 1856, en Belgique, par M. Mertens. Voici les chiffres que cet expérimentateur a obtenus.

1° 5 kilog. 140 de cônes verts ont donné 1 kilog. 550 de cônes secs;

2° 2 kilog. 530 de cônes frais ont fourni 0 kilog. 650 de cônes desséchés.

Ces résultats donnent les rapports suivants :

1° Les cônes secs sont aux cônes verts :: 100 : 330. 2° — — :: 100:380.

Ainsi, 100 kilog. de cônes secs proviennent en moyenne de 350 à 360 kilog. de .cônes frais, et 100 kilog. de cônes verts fournissent environ 30 kilog. de houblon.

Mathieu de Dombasle a constaté à Roville que 350 kilog. de cônes verts donnent ordinairement 100 kilog. de houblon sec.

D'après Rutley, 100 kilog. de houblon sec proviennent de

4600 litres de cônes verts, et 100 litres de cônes frais donnent environ 2 kilog. 250 de houblon sec.

1 hectol. de cônes verts pèse de 6 à 7 kilog.

Emballage. — Lorsque le houblon est resté quelque temps dans la chambre à aération et qu'il est parfaitement sec, car il est sujet à s'échauffer, on procède à son emballage. Cette opération, qu'on appelle quelquefois embâcher ou ensachement, a pour but de le soustraire à l'action de l'air. On ne l'exécute souvent qu'après les premières gelées de novembre, c'est-à-dire lorsque le temps est sec et froid.

Quand il a été fortement pressé dans les sacs, il ne peut pas ballotter pendant les transports, et perdre, par suite de son déplacement, une partie* de sa poussière aromatique.

Le plancher des séchoirs ou tourailles dans lesquels on opère l'emballage du houblon, possède une ouverture carrée de 0m,50 à 0m,66 de diamètre, c'est-à-dire égale à l'embouchure des sacs. Ce trou est garni de clous à crochets solidement fixés , auxquels on attache le sac par l'onglet qui règne sur le pourtour de sa gueule; quelquefois on y fixe le sac à l'aide d'une corde mobile. Alors le sac occupe l'ouverture de la trappe , et pend en dessous du plancher dans l'étage inférieur.

Lorsque le sac a été ainsi attaché, un ouvrier y descend pour fouler avec ses pieds le houblon qu'une femme y jette à l'aide d'une corbeille ou d'une pelle. A mesure que l'ouvrier presse, piétine les cônes en tournant sans cesse à l'intérieur du sac, l'aide continue à y verser doucement du houblon. Quand le sac est bien plein, on le décroche et on l'élève pour le poser sur le plancher. Alors on le coud avec de la ficelle et un petit carrelet, en ayant soin de bien remplir les angles supérieurs, et de les lier de manière qu'ils forment deux poignées ou pelottes. La même opération a dû être faite aux deux autres coins avant de commencer le rem-

plissage du sac. Quand l'ensachement est terminé, la balle est résistante, et présente quatre cornières à l'aide desquelles on peut aisément la déplacer ou la porter.

A défaut de plancher ayant une trappe, on suspend le sac au plafond de l'étage supérieur ou au moyen d'un support à ensachement, et on maintient sa gueule ouverte en y fixant un cerceau. Le fond du sac ainsi soutenu ne doit être éloigné de l'aire du plancher que de 0"\20 à 0m,25.

Les sacs dans lesquels on emballe le houblon ont ordinairement 2ra de longueur et l,n de largeur, ou 3n\50 de hauteur sur 0m,60 de largeur. On les fait avec de la toile forte, grossière, mais ayant un tissu serré pour que l'air ne puisse facilement réagir et sur les cônes et sur la lupuline qu'ils contiennent.

Ces ballots bien remplis contiennent 50 kilog. de houblon.

En Amérique, on comprime le houblon à l'aide des presses qui servent à l'emballage du coton. Les balles qu'on obtient à l'aide de ces engins ont une extrême dureté. Ce moyen est aussi en usage en Angleterre et en Belgique.

Les avis , jusqu'à ce jour, sont partagés à l'égard des avantages que présente une compression considérable. En France et en Allemagne, on lui préfère généralement une demi-compression ou un tassage ordinaire obtenu à l'aide du piétinement. On a reconnu qu'une compression extraordinaire déformait les cônes et les agglomérait en une masse tellement compacte, que nul sondage n'y est plus possible.

En Angleterre, on emballe les houblons blonds ou houblons de première qualité dans des sacs de toile de belfe qualité ; ces balles sont désignées sous le nom de pockets (poches). Les houblons bruns ou houblons communs sont emballés dans des sacs de toile grossière qu'on nomme bags (balles). Les pre-

miers sacs une fois remplis pèsent 75 kilog. ; le poids des seconds atteint 125 kilog.

La loi qui régit le droit d'accise ne permet pas aux cultivateurs anglais d'employer deux fois les mêmes sacs, ou de transvaser du houblon étranger dans des sacs anglais.

L'ensachement coûtait à Roville 5 fr. 80 c. par 100 kilog. Dans le Wurtemberg, il revient au même prix, à 5 fr. 60 c.

Conservation des cônes. — Le houblon une fois ensaché doit être placé dans un local ni trop sec ni trop humide.

Bien desséché et bien emballé, il peut se conserver en bon état pendant quelques années.

Le houblon est très- hygrométrique. Exposé à l'air après une dessiccation parfaite, il absorbe 10 pour 100 de son poids d'humidité.

Quand on doit le conserver dans un local un peu humide, il faut doubler les sacs avec une bonne toile, ou l'emballer dans des caisses ou des tonneaux.

Le houblon perd en une année de 1 à ^ de sa qualité et de son arôme, Les houblons de 2 ans ont encore moins de valeur. Si quelques brasseurs les recherchent, c'est qu'ils sont très-colorés, et que le commerce les livre toujours à des prix très-peu élevés, comparativement à la valeur qu'on accorde aux houblons nouveaux.

Quand on constate que le houblon d'une balle fermente, on doit s'empresser de la découdre sur le côté, de l'ouvrir le plus possible afin d'aérer les cônes, et d'arrêter par là la fermentation. Il faut bien se garder de sortir le houblon. Quand la chaleur a complètement disparu, on recoud le sac et on le met dans un endroit aéré.

Conservation des perches. — Lorsque la récolte du

houblon est terminée, on s'occupe de la conservation des perches.

Dans plusieurs fermes de l'Alsace et de l'Allemagne, on les charge avec précaution sur des chariots afin de ne pas les briser, et on les conduit à la ferme où on les entasse sous un hangar. En agissant ainsi, on a pour but de les soustraire aux maraudeurs et à l'action des intempéries.

En Lorraine, en Alsace, en Angleterre et ailleurs, on les réunit ordinairement en tas réguliers sur le sol même de la houblonnière. Voici comment on forme ces faisceaux. On attache à 2m environ de l'extrémité d'une perche un anneau fait avec des tiges de houblon et ayant 0m,20 à0,n,30 de diamètre. Alors, on implante la perche dans le sol, et on engage dans le cercle 4 à 6 autres perches destinées à former la charpente ou la carcasse delà pyramide. Quand ces perches' ont été engagées dans l'anneau, et placées de manière qu'elles aient toutes une direction bien oblique , on appuie contre l'anneau une première rangée de perches, puis une seconde, puis une troisième, etc., etc., jusqu'à la formation complète delà pyramide, qui se compose ordinairement de 100 à 150 et même 200 perches. Toutes les perches ainsi placées sont inclinées à 30 ou 35°, et peuvent résister aux vents violents.

Quand les faisceaux sont situés près des villages ou sur des champs voisins de routes très-fréquentées, on les consolide en les entourant d'un grand lien de paille. Ce lien doit être placé à lm,50 environ du sol, et maintenu à cette hauteur à l'aide de plusieurs longues épingles en bois.

Une pyramide de perches ainsi faite présente intérieurement une véritable cage dans laquelle l'air a toujours un libre passage, et l'obliquité qu'elle offre extérieurement lui permet de résister aux plus forts coups de vent.

Lorsque le houblon est soutenu par des fils de fer et des chevalets, après la récolte des cônes on graisse les lignes métalliques avec un morceau d'étoffe de laine bien huilée,

puis on réunit les chevalets et les échalas en tas sur le champ, ou on les conduit à la ferme. Les fils de fer restent sur la terre.

Quel que soit le moyen de conservation qu'on adopte, on doit éviter de coucher les perches, les chevalets et les échalas sur la terre. Ces tuteurs ont une grande valeur, parce que leur acquisition a occasionné une dépense importante. Si on les laissait entassés horizontalement , ils pourriraient en partie, et n'auraient pas la solidité et la durée qu'ils ont toujours quand ils ont été conservés debout au grand air.

Emploi des tiges et des feuilles. — Les tiges constituent

un produit très-secondaire. Nonobstant, lorsque la cueillette est terminée, il faut les diviser en 2, 3 ou 4 parties, selon leur longueur, les lier en bottes ou en fagots, les rapporter à la ferme, et les mettre en meule ou les emmagasiner sous un hangar. Bien sèches, on les utilise très-avantageusement pour chauffer les fours.

On peut aussi les enfouir comme engrais vert.

On a proposé d'en extraire une filasse avec laquelle on pourrait fabriquer de gros cordages, mais la pratique a prouvé l'inefficacité de ce nouveau mode d'emploi.

Les feuilles, quand elles sont, encore vertes et saines, peuvent être données comme aliment aux bêtes bovines.

Durée des houbionnièrcs. — Une houblonnière établie sur un terrain riche, profond et perméable, peut durer 15, 20 et même 30 ans, si chaque année on a soin de la fumer, de la tailler, de la labourer, de remplacer les pieds chancreux, etc., etc.

Il existe, en Angleterre, des houblonnières qui sont encore en plein rapport, quoique leur existence remonte à 150 et même 200 ans. Cette longue existence prouve qu'il n'est pas indispensable de déplacer les houblonnières tous les 20 ou

25 ans, comme on l'a souvent proposé. En remplaçant annuellement les pieds malades ou ceux qui ont péri, on renouvelle entièrement les plantations pendant une période qui n'excède pas 20 à 30 années.

Les houblonnières établies sur des terrains humides, pauvres, peu profonds, mal fumés, etc., commencent ordinairement à péricliter vers la 10e année.

Produit par perche. — La quantité de cônes que fournit une perche garnie de houblon est très-variable.

Quand les pieds sont en plein rapport, ils donnent en Bavière les quantités suivantes :

Bonnes années , . . . . 500 gramm.

Année moyenne 250 —

Mauvaise année 60 —

En éliminant la dernière année, on trouve qu'en moyenne une perche donne de 350 à 400 grammes de cônes.

iElbrœck évalue le rendement moyen à 400 grammes par perche.

On a constaté en Belgique, en 1857, les résultats suivants :

Houblon de trois ans 650 gramm.

— de deux ans 310 —

Moyenne 480 gramm.

Ainsi, d'après ces divers rendements, on peut évaluer le produit moyen par perche de 400 à 430 grammes.

1 hectare qui contiendrait 2500 perches devrait donc donner en moyenne de 1000 à 1100 kilog. de cônes secs.

En adoptant les données extrêmes, on trouve que le produit

maximum s'élèverait à. . 1250 kilog. minimum à 150 —

Produit par hectare. — La variabilité du produit du houvn* 21

blon ne permet pas de considérer un rendement unique comme représentant la quantité moyenne de cônes qu'une houblonnière peut fournir dans une contrée donnée. Voici les résultats qu'on a obtenus pendant 10 à 13 années de culture.

1° France.

De Dombasle à Roville, moyenne de 13 années 885 kilog.

Hûffel àHaguenau, — 12 — 1256 —

Schauenburg (Bas-Rhin) , — 12 — 1250 —

2° Allemagne.

Kolb à Spalt, moyenne de 11 années 831 —

Erath (Wurtenberg) , — 12 — 956 —

3° Angleterre.

Statistique du duty, moyenne de 10 années 815 —

4° Belgique.

Brabant, moyenne statistique de 7 années 1041 —

Flandre occidentale , — 8 — 720 —

— orientale, — 8 — 1251 —

Hainaut, — 8 — 790 —

Moyenne, 100 récoltes ou années 979 kilog.

Je compléterai ces données en faisant connaître les produits maximum et minimum.

1° France.

Minimum. Maximum.

De Dombasle 85 kilog. 1800 kilog.

Hûffel 680 — 1680 —

2° Allemagne.

Kolb 328 kilog. 1380 kilog.

Erath 495 — 1255 —

3° Angleterre.

Statistique officielle 200 kilog. 1872 kilog.

David Low 190 — 2540 —

4° Belgique.

Brabant 300 kilog. 1825 kilog.

Flandre occidentale 296 — 966 —

— orientale 700 — 1980 —

Hainaut 255 — 1237 —

Moyennes 352 kilog. 1653 kilog.

La statistique de la France, publiée en 1840, contient l'étendue des houblonnières, et les produits moyens qu'elles fournissent par hectare dans les départements où elles existent.

Étendue. Rendement.

Lorraine 298 hect. 1485 kilog.

Alsace 120 — 610 —

Flandre 253 — 1087 —

Picardie 79 — 1023 —

Moyenne 1051 kilog.

Ce rendement correspond aux produits moyens obtenus en Belgique en 1855 et 1856.

En général, on peut dire que les produits d'une houblonnière varient par hectare entre 300 et 2000 kilog.

Voici comment se répartissent les récoltes de houblon pendant une période de 12 années.

Récolte Récolte Mauvaise

abondante, ordinaire. récolte.

Roville (de Dombasle) 3 7 2

Wurtenberg (Erath) 2 6 4

Haguenau (Huffel) 3 6 4

Palatinat (Schubart) 2 6 4

Spalt (Kolb) 2 5 5

Alost (statistique officielle). .. 3 6 3

Poperinghe (statistique offic). 4 5 3

Ainsi, on ne peut compter obtenir une bonne récolte que tous les 2 ou 3 ans. Ce résultat explique pourquoi le prix du houblon varie d'une manière notable d'une année à l'autre, et pourquoi sa culture n'occupe pas en France une étendue aussi grande que celle qu'on lui consacre annuellement en Angleterre et en Allemagne.

Capitaux engagés par hectare. — La Culture du houblon

oblige le cultivateur qui l'exécute à disposer d'un capital très-élevé. En général, elle engage par hectare de 800 à 1000 fr., si l'on répartit sur 12 à 15 années les frais de premier établissement. Ce capital peut s'élever à 1200 fr. et

même à 1500 fr., quand on se trouve dans la nécessité de faire construire une touraille.

Voici les frais de premier établissement, et les dépenses annuelles qu'elle a déterminées sur trois exploitations situées en France et en Allemagne.

• . . Dépenses

Creatl0D- annuelles.

fr. c. fr. c.

De Dombasle à Roville 1812 » 775 75

Hûffel, à Haguenau 1753 » 796 30

Erath. à Rottembourg 2385 72 722 40

Moyennes 1983 57 764 61

En Angleterre, les frais de premier établissement dépassent souvent 5500 fr. par hectare. Les dépenses annuelles varient entre 2300 et 2500 fr. Ces frais annuels ne comprennent pas les droits de dîme et d'accise (duîy) qui atteignent souvent 550 et 600 fr. par hectare.

Voici les bénéfices qu'on réalise par hectare à l'aide de la culture du houblon. Les chiffres qui suivent sont extraits de trois comptabilités différentes, et représentent les dépenses annuelles et l'intérêt des capitaux qu'on a engagés en créant les houblonnières. Le compte de Roville concerne un exercice de 13 années, et ceux- de Haguenau et de Rottembourg une culture de 12 années.

Roville. Haguenau. Rottembourg.

(l823àiS35.; v'»S32àiS43.; (l&3%àlSU

fr. c. fr. c. fr. c.

Dépenses 801 26 945 15 " 16

Produits 1392 15 3231 48 2077 84

Bénéfices 590 89 2386 33 1297 68

Les 100 kilog. de cônes ont été vendus aux prix suivants :

Pi ix Prix Pi ix

nioyen. minimum, maximum.

fr. c. fr. c. fr. e. '

Roville 155 72 64 * 580 ■

Haguenau 300 » 150 « 70O ■

Rottembourg 214 75 97 » 340

Le faible bénéfice moyen obtenu à Roville tient au produit peu élevé que le houblon y a donné, et au faible prix moyen auquel il a été vendu.

Prix de revient des 100 kilog, de cônes. — Le prix auquel reviennent les cônes est en rapport avec les dépenses que nécessite la culture du houblon et le prix moyen commercial. D'après les comptes précités, 100 kilog. de cônes secs ont coûté :

fr. c.

A Roville 89 »

A Hagueneau 74 65

A Rottembourg. 80 50

Moyenne 81 38

Ce résultat représente le prix de revient du houblon pendant 35 années de culture.

Variétés du houblon du commerce. — Le houbloîl bien récolté et sèche a une belle couleur jaune tirant un peu sur le rouge, et, broyé entre les doigts, il laisse échapper une odeur d'épices très-agréable.

Le houblon récolté trop tôt est verdâtre, et a une odeur herbacée; il contient peu de matière aromatique, et s'effeuille facilement.

, Les anciens houblons sont les plus foncés en couleur; ils sont peu odorants, et donnent une décoction très-colorée et d'un goût désagréable.

La qualité des houblons dépend toujours des variétés qui les ont produits, du procédé à l'aide duquel ils ont été desséchés, de la manière dont ils ont été conservés; enfin, elle est plus ou moins bonne, selon l'influence que les maladies, les insectes et les intempéries ont exercée pendant la végétation du houblon.

Le commerce refuse d'acheter ou achète alors à un prix moins élevé que le cours, les houblons qui ont une teinte

brune et ceux qui sont mêlés à des débris de tiges et de feuilles, parce que ces parties donnent à la bière de l'âpreté, et diminuent la propriété du houblon de s'opposer à la fermentation acide du moût.

Les houblons français les plus estimés sont formés de cônes gros, lourds, entiers et aplatis ; ils sont jaunes avec des pointes rosées, résistent à la pression des doigts, ont une odeur forte et pénétrante, une saveur amère, et contiennent plus d'huile essentielle que les houblons de Belgique et d'Angleterre.

Les houblons étrangers provenant des bons crûs de la Bohême et de la Bavière, ont une supériorité incontestable sur tous les autres houblons, ce qui tient à la nature des terrains sur lesquels existent les houblonnières. Cette supériorité se traduit par un parfum et un bouquet très-agréable.

Falsification. — Les houblons ne sont pas toujours livrés au commerce tels qu'ils ont été récoltés.

Les uns y mêlent du sable très-fin, dans le but de les rendre plus pesant; les autres, et ceux-ci sont plus nombreux, l'aspergent avant de l'emballer, afin d'augmenter aussi son poids. Cette fraude n'est pas plus loyale que la première ; souvent même elle est préjudiciable à l'agriculteur qui la met en pratique, parce que le houblon qu'on a mouillé est sujet à se détériorer très-promptement.

En Angleterre, on est dans l'habitude de décolorer les anciens houblons en les exposant à un courant d'acide sulfureux. Ainsi préparés, ces houblons ont une teinte qui les rapproche des houblons nouveaux. Alors, on les mêle aux cônes de la dernière récolte, dans la proportion d'un dixième, d'un huitième et quelquefois d'un quart.

suceédannées de houblon. — Lorsque le houblon se vend très-cher, et lorsqu'on veut fabriquer de la bière destinée à ê:re livrée à un prix peu élevé, on lui substitue : 1° des

feuilles ou des écorces de buis; 2° des fleurs de tilleul; 3° de la racine de gentiane; 4° des feuilles de trèfle d'eau; 5° des pousses de genêt à balais; 6° des copeaux de sapin. La bière qu'on obtient alors a une saveur aromatique spéciale et un goût peu agréable. Aucun de ces divers amers n'a le parfum du houblon nouveau et bien sec.

Valeur commerciale. — Les houblons nouveaux bien récoltés ont une valeur plus ou moins élevée, selon leur finesse et leur beauté, la productivité des houblonnières, la température de l'été, les besoins du commerce, et suivant aussi l'abondance de la récolte des vins et de l'orge.

Les houblons vieux que le commerce désigne sous le nom de houblons surannés, se vendent plus difficilement et à des prix souvent très-bas.

Le prix des houblons varie entre 1 fr. et 8 fr. le kilog.

Voici les prix auxquels ont été vendus, depuis trois années, les houblons français, belges et allemands. Ces prix représentent 100 kilog.

Houblons français. 1856. 1857. 1858.

fr. fr. fr. fr. fr. fr.

Strasbourg 180 à 230 230 à 270 320 à 400

Haguenau 170 à 200 220 à 280 300 à 360

Nancy 200 à 220 180 à 200 230 à 300

Rambervillers 180 à 200 180 à 200 200 à 320

Bailleul 130 à 150 100 à 140 180 à 220

Bousies 100 à 112 80 à 104 160 à 215

Hazebrouck 140 à 160 120 à 130 200 à 300

Houblons belges.

Alost 80 à 110 70 à 110 120 à 160

Poperinghe 100 à 160 100 à 110 200 à 260

Houblons allemands.

Spalt (ville) 344 à 640 460 'à 560 400 à 700

Spalt (environs) 292 à 450 320 à 420 350 à 600

Saaz 364 à 640 550 à 580 500 à 800

Les cotes qu'on lit ordinairement sur les prix courants du commerce concernent 50 kilog.

Les houblons récoltés en Alsace se vendent plus cher que les houblons des Vosges et de la Lorraine. La valeur des houblons d'Alost est moins élevée que le prix, des houblons de Bailleul et de Hazebrouck.

Les houblons qu'on récolte à Spalt, Weingartin, Enderndorf, Asberg, Rainsberg et Pleinfeld ont toujours une grande valeur commerciale. Quelquefois même on les vend, rendus à Paris, à des prix fabuleux. Ainsi, les brasseurs les ont payés parfois jusqu'à 1100 et 1200 fr. les 100 kilog. Les houblons de Saaz et de Leitmeritz ont été aussi livrés à 900 et 1100 fr.

Les houblons anglais les plus recherchés se classent de la manière suivante: 1° Mild and Easl of Kent; 2° Weald ofKcnt: 3° Sussex. Le premier est regardé comme le plus aromatique; il se vend un tiers plus cher que le houblon du comté de Sussex. Les sacs qui le contiennent portent extérieurement la figure d'un cheval, signe armoriai du Comité de Kent.

Les houblons qui conviennent à la fabrication des bières de garde se vendent toujours plus cher que les autres.

valeur des houbionnières. — Dans la Franconie , on achète les houblonnières à la perche. Le prix qui sert de base aux transactions varie suivant les années. En moyenne, il est de 5 fr. par perche. A ce taux, 1 hectare contenant 2000 pieds en bon rapport, vaudrait 10 000 îv. Si le nombre des perches atteignait 3500, nombre qu'on observe souvent dans la Bavière, la valeur foncière de la houblonnière s'élèverait à 17 500 fr. par hectare.

Usages des eônes — Le houblon est principalement employé dans la fabrication de la bière. Par la lupuline qu'il contient, il la colore, lui donne de l'amertume, du ton et du montant, la rend plus enivrante et plus capiteuse, et empêche qu'elle s'aigrisse aussi vite.

On fabrique ordinairement quatre sortes principales de bière : la bière double, la bière blanche, la bière brune ou ordinaire et la petite bière.

Les bières de Strasbourg, de Bavière, de Louvain, et Y aie et le porter, ont des qualités spéciales. Leur coloration et leur force varient selon le mode de fabrication, la concentration plus ou moins grande de la drèche ou du malt, le degré de torréfaction de l'orge, et la quantité de houblon qui sert à l'aromatiser.

Voici, d'après M. Payen, la quantité d'alcool pur que contiennent les principales variétés de bière.

Aie 5,7 à 8,2 par 100.

Porter 3,9 à 4,5 —

Bière de Strasbourg .... 3,5 à 4,5 —

— de Lille 2,9 à 3,0 —

— de Paris 1,2 à 2,5 —

Il entre, dans la bonne bière de Paris, environ 500 grammes de houblon par hectolitre ; 1 kilog. 500 dans la bière forle de Dunkerque et d'Arras et la bière de garde de Strasbourg; 1 kilog. dans les bonnes bières de la Flandre et de l'Alsace, et 250 à 300 grammes dans les bières communes des autres localités.

Les bières ordinaires ne sont bonnes que lorsqu'on emploie 500 grammes de houblon nouveau, et 750 grammes à 1 kilog. de houblon suranné.

L'aie et le porter se fabriquent de la même manière. Ces deux bières diffèrent l'une de l'autre par leur couleur; celle de l'aie est moins foncée, parce que cette bière est aromatisée avec du houblon ayant une teinte claire, jaune doré; la couleur du porter est plus foncée, elle résulte du malt grillé et du houblon brun avec lesquels on le fabrique.

Les cônes sont aussi employées en médecine; ils sont toniques, diurétiques et dépuratifs.

Usages des feuilles et des racines. — La médecine emploie aussi les feuilles, à cause de leur propriété résolutive.

On utilise également les racines sèches.

Usages des tiges. — Les sarments, ramollis par la macération, fournissent des liens utiles pour divers usages domestiques.

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