UN
Le semis a été bien exécuté quand les tiges du lin à l'époque de l'arrachage ne sont pas ramifiées, et lorsqu'elles ne portent que deux capsules au plus.
Le Un de fin se sème toujours dans une plus forte proportion que le Un de gros. Le lin qui doit donner et de la lilasse et des graines, se sème moins dru que le lin auquel on ne demande que des filaments.
Lorsqu'on veut avoir de la filasse d'une grande finesse, on sème par hectare de :
300 à 500 litres, ou 210 à 350 kilogr.
Dans les circonstances ordinaires on répand de :
250 à 300 litres, ou 175 à 210 kilogr.
Le lin de Riga se sème à raison de :
250 à 275 litres, ou 175 à 200 kilogr.
En Silésie on répand 300 litres de semences par hectare, mais en Livonie où l'on produit beaucoup de graines, on n'en sème que 100 à 150 litres.
Le lin à fleur, blanche doit être semé un peu moins dru que le lin à fleur bleue, parce qu'il est plus branchu et qu'il produit davantage.
G. Qualité des graines. — Il est utile de ne semer que des graines de bonne qualité.
On doit choisir les semences les plus grosses, les plus allongées et les plus bombées. Une graine de lin est réputée belle quand sa couleur est uniforme, brun clair et brun olivâtre, lorsqu'elle est brillante, large, renflée, et quand son extrémité ou sa pointe est un peu cambrée ou légèrement recourbée en crochet.
Les graines de lin vieilles ou nouvelles surnagent, petil-
lent et s'enflamment quand on les projette sur des charbons ardents.
La graine de lin de Riga arrive en France dans des tonnes ou barils garnis intérieurement d'une toile blanche. C'est pourquoi on la nomme graine de tonne, graine de tonne enrobée. On la désigne aussi sous le nom de semence de mer. .
On connaît à Riga trois sortes de graines : 1° Le Puick- Zaad qui est la plus belle et qui fournit le plus beau lin ; 2° L'ordinaire; 3° La commune. Ces graines sont inspectées par la police de Riga. Les tonnes qui contiennent le Pu ick- Zaad sont les seules qui portent l'estampille des deux clefs de la ville de Riga; on les nomme Brack. La graine réputée mauvaise est désignée sous le nom de Drueana-Zaaè.
La belle graine de Riga est plus grosse et plus rude que que celle qu'on récolte en France. Celle qui vient des parties septentrionales de la Russie est brun verdâtre; celles qu'on expédie des contrées méridionales est plus foncée en couleur. On recherche de préférence, avec raison, les graines qui viennent de Liébau, de Windaw et de Riga.
Ces graines et celles que nous expédient la Livonie et la Courlande contiennent beaucoup de semences des plantes indigènes. Avant de les semer il faut les vanner, tararer , ou les nettoyer avec un crible muni d'une toile métallique présentant 12 fils par 25 millimètres.
Les graines de Riga nous arrivent dans des barils de 125 litres pesant brut 100 kilog. et net 90 à 92 kil. Le nettoyage leur fait perdre 10 à 12 litres par baril.
On fraude assez fréquemment les graines de Riga ; en outre, comme on les fait sécher artificiellement, elles sont souvent ternes et légères. En Belgique, la plupart des cultivateurs n'en achètent que payables après la germination. Si les graines lèvent très-mal, le cultivateur ne les paye pas.
On reconnaît facilement si la graine achetée aux négociants comme semence de Riga, provient véritablement de la Livonie ou de la Gourlande. Quand elle a une origine vraie, elle remplit plus que la tonne quand on vide celle-ci dans une autre de même contenance. Les graines qui ont servi à remplir en France d'anciens barils, ne foisonnent pas d'une manière apparente, quand on les transvase.
Les graines qu'on expédie de la Zélande et qui sont moins recherchées que les semences de Riga, de Windaw, etc. ; arrivent dans des sacs pesant 85 à 90 kilog.
Doit-on employer des semences de deux années de préférence aux graines nouvelles ?
Beaucoup de cultivateurs du nord de la France et de la Belgique, sèment principalement des graines de deux ans, qu'on nomme alors semences surannées. Ils ont reconnu que la semence vieille et bien conservée donne toujours de meilleurs résultats. C'est pour le même motif que lesFlamands laissent vieillir la graine après la tonne. Cette manière d'agir n'est pas le résultat d'un préjugé. Dans le département des Côtes- du-Nord, on emploie peu de graines nouvelles parce qu'elles sont, dit-on, sujettes à dégénérer, et la Livonie et la Lithuanie expédient toujours des graines qu'elles ont conservées pendant une année.
La pratique permet de dire que les graines, en général, qu'on remue tous les trois mois et qu'on conserve dans des barils fermés donnent naissance à des tiges qui fournissent une filasse plus abondante et de qualité supérieure. Aussi est-ce à tort qu'on a soutenu, sans donner aucune explication, que les graines surannées peuvent seules produire des tiges fortes et élevées.
La graine de lin ne perd sa faculté germinative à la troisième année que quand elle a été mal récoltée, lorsvu* 2
qu'elle est de mauvaise qualité ou qu'elle a été conservée à l'air.
D. Poids de l'hectolitre. — La graine de lin est plus ou moins pesante suivant les années et les variétés. Le poids de l'hectolitre varie ainsi qu'il suit :
Lin commun . 68 à 70 kilogr.
— de Riga 64 à 66 —
— à fleur blanche 70 à 72 —
— à graine jaune 70 à 72 —
— vivace de Sibérie ; 59 à 61 —
La graine de lin de Riga pèse moins que les graines des autres variétés parce qu'elle est plus grosse, plus renflée. Chaque litre contient de 105 000 à 115 000 graines.
E. Exécution des semis. — On sème la graine de lin à la volée. Dans certaines localités on répand toute la semence en une seule fois; dans d'autres, on sème le matin la moitié de la quantité qu'on doit répandre , et l' après - midi , on projette l'autre. Ailleurs, on sème le soir, on abandonne la graine pendant la nuit pour que le serein et la rosée l'humectent, et on l'enterre le lendemain matin. Ce dernier procédé mérite d'être recommandé.
Cette semaille est difficile. Elle réclame des ouvriers bien exercés, des semeurs qui sachent régler le pas et le bras. Elle n'est parfaite que lorsque la graine a été disséminée très-uniformément. On doit l'exécuter à jets croisés, et opérer impérieusement par une belle journée.
Enfouissement des graines. — Quand la graine a été projetée, on la recouvre au moyen de deux hersages croisés. La petite culture l'enterre au râteau en égalisant la surface de la terre.
Un ou deux jours après cette opération et quand le soleil a hâlé la terre, on roule avec un rouleau uni et léger. La
petite culture remplace le roulage par un plombage qu'on appelle piètinage ou cocquetagè. Les ouvriers chargés d'exécuter ce plombage portent sous leurs pieds des planchettes de 0m,20 de largeur sur 0n\30 de longueur.
Dans le Nord, on fait souvent suivre le roulage par un nouveau hersage exécuté avec une herse linière, appelée herse à drues dents.
Il est essentiel d'enterrer la semence bien uniformément, afin que la levée soit régulière.
Travaux complémentaires des semis. A. PaILLAGE. —
Quand la petite culture redoute après les semis des pluies continues ou des haies persistants, elle répand sur toute la surface qu'elle a ensemencée de la balle ou menue paille ou de la paille hachée. Cette couverture empêche la terre de se durcir et de se prendre en croûte, et elle rend la levée des graines plus certaine et plus régulière.
B. Ramure ou ramage. — Dans les localités où l'atmosphère est abondamment chargée d'humidité, où les terres sont très-riches, où les pluies ou le vent peuvent coucher ou renverser les tiges, dans celles enfin où l'on veut obtenir du lin de fin, on rame le lin quand la semaille est terminée ou après le premier sarclage.
Le ramage du lin s'effectue de diverses manières : ici, on soutient les tiges avec les fils de fer ou des cordes goudronnées; ailleurs, on emploie des branches provenant de l'émondage des têtards; plus loin, on empêche les tiges de se coucher en plaçant horizontalement de longues perches soutenues par des fourches ayant 0m,40 à 0n,,50 de hauteur.
Les deux derniers moyens sont les seuls qu'on puisse recommander.
Quand on rame le lin avec des branchages, on pose ces ramures sur la terre en ayant soin de ne pas la tasser inutile-
ment. Ces ramées sont placées horizontalement et parallèlement. On peut aussi ne les coucher que quand le lin a de 0m,05 à 0m,10 de hauteur; mais ce mode de ramer le lin laisse souvent à désirer, ainsi que j'ai été à même de l'observer en Bretagne.
Lorsqu'on emploie des perches, on implante de petites fourches à la distance d'un mètre environ les unes des autres, sur des lignes distantes de 6 à 7 mètres. Ces fourches supportent des sommiers ou mousquets, c'est-à-dire des perches de 6 à 9 mètres de long, sur lesquelles on place transversalement des scions ou croisures, portant des branches et ayant 2 mètres environ de longueur; ces ramées sont espacées les unes des autres de 0m,45 à 0m,50, et elles reposent sur trois sommiers.
Un hectare, d'après M. Gomart, exige 880 bottes de perches et de ramées coupées dans des taillis de douze ans. Chaque botte de croisures a lm,l5 environ de circonférence, et 5 perches comptent pour une botte. Le prix moyen de celle-ci est de 0 fr. 75. La pose de cette ramure nécessite douze journées d'ouvriers.
Après l'arrachage du lin, on convertit toutes ces ramures en fagots. On en obtient environ 800 qui coûtent 12 fr. de façon et qui se vendent 15 fr. le cent.
Il résulte de ces chiffres que le ramage du lin occasionne d'une part une dépense de 677 fr. et de l'autre une recette de 120 fr., et qu'elle laisse au compte du lin, dans le département de l'Aisne, une dépense définitive de 557 fr. par hectare.
La ramure avec des branchages d'émondes, posés directement sur la terre, n'impose pas par hectare des frais aussi considérables.
Germination. — La graine semée en mars ou en avril,
lève au bout de 12 à 15 jours; celle qu'on a confiée à la terre pendant le mois de mai germe du sixième au dixième jour, selon la fraîcheur de la couche arable.
Soins d'entretien. — A. SARCLAGE. — On Sarcle le lin
quand il a de 0m,05 à 0m,10 de hauteur. On agit, autant que possible, après une pluie pour que les mauvaises herbes soient plus facilement arrachées.
Cette opération est ordinairement confiée à des sarcleuses qui s'agenouillent, ou qui se traînent ou rampent sur leurs genoux. Ces femmes ne doivent pas avoir de sabots ou de chaussures ferrées. Dans le nord, où elles portent des chaussettes de toile, elles ne nuisent nullement à l'avenir du lin.
11 est nécessaire que les travailleurs agissent contre le vent, afin que ce dernier aide les plantes affaissées à se relever, et qu'ils évitent d'aller et de venir sans motifs.
Les herbes, à mesure que les ouvriers avancent, sont mises en tas sur le champ ; le soir on les enlève pour les déposer en dehors de la pièce.
On répète quelquefois cette opération une ou deux fois. Ordinairement un seul sarclage suffit pour enlever toutes les plantes adventices.
Le premier sarclage d'un hectare de lin coûte de 30 à 40 fr., et exige de 30 à 40 journées de femmes. Le deuxième sarclage coûte de 15 à 20 fr., et n'exige que 18 à 20 journées d'ouvrières. .A Lockeren, Courtray, etc., le premier sarclage est payé 50, 60 et même 80 fr.
B. Irrigations. — Dans les contrées méridionales, à Palerme par exemple, on arrose les cultures de lin quand les circonstances le permettent. Les arrosements se font alors par infiltration, mais on les cesse plusieurs jours avant la floraison, afin de ne pas ramollir les tiges et de nuire à la formation des graines.
maladie. — Le lin est sujet à une altération que l'on a appelé charbon et froid feu. Quand cette affection apparaît, on dit vulgairement que le lin se chauffoitrne ; alors il prend une teinte jaunâtre, il se dessèche prématurément et successivement de la base au sommet ; en outre, sa tige noircit inférieurement, devient fragile et se brise facilement; ses feuilles brunissent, ses fleurs se flétrissent et ses graines avortent. M. Loiset, qui a signalé pour la première fois cette altération, a observé que cet état pathologique était toujours accompagné d'un cryptogame, appelé phoma exiguum. Il en a tiré cette conclusion, que le lin avait éprouvé un abâtardissement.
On a reconnu que le lin de Riga et le lin à fleurs blanches sont moins exposés à cette altération que les autres variétés.
Plante parasite. —La CUSCUte (CUSCUTA EUROPEA, L.), que
Ton a appelée teigne ou goutte clelin, cause quelquefois de grands ravages dans les cultures de lin, parce qu'elle frappe de mort toutes les tiges qu'elle enlace et sur lesquelles elle se développe. On doit s'empresser d'arracher toutes les parties qu'elle a envahies ou d'incinérer les places sur lesquelles elle s'est développée. (Voir Luzerne, plantes fourragères.)
Animaux nuisibles. — La taupe nuit aussi au lin, par les galeries vqu' elle creuse et les taupinières qu'elle forme. On doit la détruire avec soin entre le semis et la germination.
insectes nuisibles. — Les altises ou puces de terre vivent aussi aux dépens du lin lorsqu'il est jeune. On a proposé de répandre sur les plantes, lorsqu'elles sont encore couvertes de rosée, de la poussière de chaux ou des cendres du foyer. Ces moyens sont favorables, ils obligent les altises à s'éloigner, mais ils ne sont praticables que lorsque le lin est cultivé sur de petites superficies.
Le moyen proposé par M. du Trieu est plus pratique et aussi efficace. Il consisté à rouler les champs de lin avec un rouleau en bois; alors on écrase les mottes qui servent d'abri aux altises, et on détruit en même temps un grand nombre de ces insectes.
Les vers blancs sont aussi très-redoutables.
Agents atmosphériques nuisibles. — Le lin SOUffre beaucoup dans les années où il survient des sécheresses prolongées et des pluies excessives et continues, en outre, les vents du nord suspendent sa végétation, ou le rendent fourchu ou thèon, suivant l'expression des Flamands. Un lin qui se bifurque se ramifiera très-certainement l'année suivante. Celui qui se ramifie ordinairement est désigné dans le Nord sous les noms de lin chaud, lin têtard.
Quant à la grêle, elle coupe, brise et détruit parfois en une heure les espérances qu'on avait conçues légitimement pendant plusieurs mois. Les désastres qu'elle cause chaque année doivent engager tous les cultivateurs à faire assurer les cultures de lin qu'ils ont entreprises.
Récolte. A. Époque. — On doit arracher le lin destiné à fournir principalement de la filasse, avant la formation des graines, c'est-à-dire lorsque celles-ci sont encore laiteuses. Quand on lui demande et de la filasse et de la graine, on ne peut enlever les tiges que lorsque les semences sont arrivées à parfaite maturité.
En général en France on arrache le lin trop tardivement. En Belgique et en Allemagne, on le récolte aussitôt après la floraison. Lorsqu'on arrache trop tôt, la filasse est molle et peu nerveuse ; si on récolte trop tard, on obtient plus de filasse, mais celle-ci est grossière ; quand on arrache à V époque de la floraison, la filasse est douce, soyeuse et d'une plus grande finesse.
Le Un (Vlurer se récolte pendant la seconde quinzaine de mai ou au commencement de juin dans les provinces de l'Ouest et du Sud-Ouest.
En Algérie on le récolte aussi vers la fin de mai.
Le Un de printemps est arraché soit en juillet, soit en août, selon qu'on opère la récolte à la floraison ou à la maturité des graines.
En Irlande, on récolte le lin du 20 août au 5 septembre.
Quand le lin doit produire de la graine, on commence l'arrachage quand la semence passe du vert au jaune brun pâle ; alors les tiges sont jaunes jusqu'au deux tiers de leur hauteur et les capsules commencent à jaunir.
B. Opération. — L'arrachage du lin se fait avec la main. Quand les plantes ont un mètre environ de hauteur, les ouvriers arrachent à deux mains : la main gauche saisit la poignée de lin à sa partie supérieure, l'autre glisse le long de cette poignée jusqu'à sa base et tire les tiges un peu obliquement ; quand la poignée est arrachée, on en sépare les mauvaises herbes, on secoue la terre des racines et on étend les tiges sur la terre, ou on les lie avec deux ou trois tiges de lin.
Quand on ne lie pas immédiatement les tiges en bottes ou en poignées, on les met quelquefois en croix sur le champ et on les laisse ainsi pendant vingt-quatre heures pour qu'elles se sèchent et qu'on puisse plus tard les dresser plus aisément. Lorsqu'on lie les poignées au fur et à mesure qu'on les arrache, on les jette à terre dès qu'elles sont faites; alors un enfant les prend, les dresse en ligne ou en chaîne, tête contre tête , ou les réunit en tas après avoir écarté leur base.
On ne doit jamais mêler les pieds avec les têtes.
Le lin ramé est plus difficile à récolter, parce qu'il exige
Deaucoup de soin; c'est pourquoi on le fait souvent arracher par des journaliers.
Le plus ordinairement les ouvriers séparent avec précaution, aussitôt après l'arrachage, les tiges les plus belles et les plus fines. Ces pieds sont ensuite réunis en bottes et rouis avec soin. Ce sont ces tiges qui fournissent la filasse avec laquelle on fait le fil de mulquinerie si remarquable par sa grande finesse.
C. Mise en chaîne.— La mise en chaîne des poignées exige 10 à 12 journées de femmes et d'enfants.
On compte qu'il faut 20 à 25 journées d'hommes pour récolter un hectare de lin ordinaire ; la même superficie en lin ramé exige 40 à 50 journées de femmes et coûte de 35 à 50 francs.
Un bon ouvrier peut arracher en une journée 350 poignées à deux mains.
L'arrachage des lins non rames se fait souvent à la tâche ; dans le Nord, il revient de 20 à 30 francs l'hectare.
Le lin ramé ou lin de fin, est ordinairement déposé après l'arrachage sur les ramures ou les croisures, pour qu'il ne reste pas en contact avec le sol pendant sa première dessiccation qui dure un jour ou deux.
D . Mise en bottes.— Quand le lin est resté pendant plusieurs jours sur le sol, exposé à l'action de l'air et du soleil, on le met en bottes de 3, 4, 5, 7 ou 10 kilog., en employant des liens de paille. Chaque botte porte un ou deux liens, suivant la longueur des tiges.
On compte par hectare de 1300 à 1500 bottes de 4 à 5 kilog.
E. Emmeulage des bottes. — Quand les poignées ont été mises en bottes, on rentre celles-ci sous des hangars ou on les entasse dans une grange. Dans le Hainaut,la province deNa-
FLANTES INDUSTRIELLES.
mur, la Saxe prussienne, etc., où les locaux font défaut, on en forme dans les champs ou près des habitations des meules oblongues ou carrées (fig. 1 ) soutenues par quatre ou six pieux et recouvertes de paillassons. Cette mise en tas a pour but de soustraire les tiges de lin aux fâcheuses influences des brouillards et de la pluie. On place les bottes soit horizontalement, soit verticalement. Dans ce çlernier cas, la dernière rangée de bottes repose sur d'autres placées dans le sens de la longueur de la meule, et elle est inclinée d'avant en
Fig. 1. Meule de lin abritée par des paillassons.
arrière, afin que les eaux pluviales puissent facilement glisser sur les paillassons.
Un hectare de lin permet de faire de 9 à 10 meules de 1 50 bottes en moyenne chacune ; chaque botte pèse alors de 4 à 5 kilog.
Dans quelques contrées, on donne à ces meules une forme circulaire et conique et on les couvre avec une botte de paille de seigle comme s'il s'agissait de terminer une moyette de céréale.
Récolte des graines. — A. Égrenage. — Avant de procéder
au rouissage des tiges, on détache les capsules dans lesquelles sont renfermées les graines.
Cette opération se fait à l'aide d'un sèran appelé aussi drége ou ègrugcoir. Cet appareil se place sur une grande toile ou sur une bâche; il se compose d'un peigne à dents de fer longues de 0m,l0 à 0m,20 et espacées de 0m,015 à 0m,025, fixé sur le milieu d'un banc de 0n,,30 de large et 2m à 2m,50
Fig. 2. Ouvriers procédant à l'égrenage du lin.
de long, aux extrémités duquel deux drégeurs se mettent à cheval {fig. 2).
Chaque ouvrier chargé d'égrener le lin avec un tel appareil, saisit une poignée de lin, écarte son sommet en éventail, la projette à moitié dans le peigne et la tire à lui pour que les capsules se détachent et tombent sur la toile. Alors, il retourne la poignée sur elle-même à l'aide d'un
demi-tour de main et l'engage une seconde et souvent une troisième fois entre les dents du peigne. Quand toutes les capsules ont été ainsi détachées, l'ouvrier dépose la poignée à terre et prend une nouvelle botte pour l'égrener de la même manière. Il a soin pendant ce travail de croiser diagonalement les poignées égrenées les unes au-dessus des autres pour éviter- que les tiges s'entre-croisent.
La drége permet d'opérer l'égrenage dans les champs à côté des meules ou des monts de lin.
Quand dans le Nord on rouit seulement au printemps, on égrène en février ou en mars.
La mise en bottes et l'égrenage d'un hectare de lin coûteni de 15 à 20 francs.
L'égrenage seul exige de 12 à 15 journées.
B. Battage des capsules. — Quand les têtes ont été séparées des tiges, on les bat sur une toile à l'aide d'un fléau léger.
Dans plusieurs localités on n'égrène pas le lin avant d'opérer le battage.
Ici, on écrase les capsules sur un billot à l'aide d'un maillet à main ou d'un battoir de blanchisseur.
Ailleurs, on étend la poignée sur une aire de grange, on la maintient avec le pied et on mailloche les capsules avec une batte en bois de 0m,25 de longueur sur 0m,12 de largeur et munie d'un manche courbe de 0m,80 à 0,m90 de longueur.
En Irlande, on opère l'égrenage à l'aide d'un appareil qui se compose de deux rouleaux creux tournant sur eux-mêmes en sens inverse, ayant 0m,33 de diamètre et 0m,45 de longueur. M. Payen dit que cet appareil doit être desservi par sept femmes, et qu'il égrène, en dix heures de travail, environ 4000 kilog. de lin en bois.
Quand les capsules ont été brisées, on procède au vannage ou au criblage des graines.
S'il survenait de la pluie ou si les graines n'étaient pas parfaitement sèches, il faudrait les déposer en tas dans une grange et les remuer souvent pour qu'elles ne germassent pas. On doit se garder de les dessécher dans un four. Quand les circonstances obligent à les faire sécher dans une étuve comme on le fait souvent dans la Livonie, il faut s'arranger pour que la température ne dépasse pas + 18° à + 20°.
Conservation des graines. — La graine de lin doit être conservée dans un local sain , à l'abri des rats et des souris.
On doit la mettre dans des barils placés dans un lieu sec et la remuer de temps en temps avec un bâton. Quand elle doit être conservée deux années, on ferme ces barils aussi hermétiquement que possible- Dans le Wurtemberg, on asperge les graines de lin avec une dissolution de carbonate de potasse, afin que les mites ne les attaquent pas, et on les met ensuite dans des barils. Cette préparation ne nuit pas à la valeur de la graine : en Angleterre et aux États-Unis, on répand du sel marin en même temps que la semence, dans le but de hâter sa germination.
En Flandre, on mêle quelquefois la graine de lin à de la menue paille bien nettoyée, et on la met ensuite dans des paniers couverts, ayant la forme d'une ruche. Au mois de janvier suivant, on la retire, on la vanne, on la mêle de nouveau à de la menue paille et on la conserve dans cet état jusqu'au printemps suivant.
Dans quelques localités, on conserve la graine de lin dans les capsules. On prétend qu'en agissant ainsi, la graine est de meilleure qualité.
Nonobstant, tous les procédés en usage consistent à priver la graine de l'action de l'air et de la lumière.
Renouvellement des graines de Riga. — NOUS avons dit
précédemment que le lin de Riga dégénérait facilement en France. Cet amoindrissement de qualité oblige les cultivateurs à acheter tous les deux ou trois ans des graines venant de la Livonie.
Peut-on récolter en Flandre, en Bretagne, etc., des graines de Riga, égales en qualités à celles que nous expédient les ports de la Baltique? Les faits ne permettent pas de résoudre affirmativement cette question.
Le lin qui alimentait, il y a un siècle, les nombreux métiers à tisser qui étaient alors dans l'ancienne province de Bretagne, provenait en grande partie de graines importées des rives de la Baltique ; ces graines venaient principalement à Roscoff, seul port où elles étaient reçues de Lubeck ou de Liebau. L'évêché de St-xMalo était la seule partie de la province dans laquelle on employait les graines qui venaient de la Zélande.
La quantité de semence que l'on importait annuellement à Roscoff, permettait d'ensemencer de 50 000 .à 60 000 hectares. Ces graines se vendaient de 30 à 37 fr. 50 les 1000 kilog. et occasionnaient à l'agriculture bretonne une dépense annuelle de 540 000 à 675 000 fr. Ces chiffres démontrent à quel degré de prospérité l'industrie linière était parvenue dans la région de l'Ouest vers le milieu du siècle dernier.
On se demanda à cette époque si les graines tirées de la Livonie ne pouvaient pas reprendre en Bretagne, par une culture spéciale, leur vigueur et leur énergie première. Alors on fit de nombreuses expériences, en semant la graine dans une faible proportion et sur des terres qui n'avaient pas encore porté de culture de lin, et en sa-
crifiant complètement la filasse, mais elles n'eurent aucun résultat.
A Riga, le climat, qui est plus froid, oblige-t-il les plantes à pousser plus vite et à bien mûrir leurs graines? Le sol par sa nature, son degré de richesse a-t-il plus d'influence sur la qualité des graines que les semences elles-mêmes ? Jusqu'à ce jour ces questions n'ont pas été résolues. On sait seulement que dans la Livonie on regarde la filasse comme un produit secondaire et la graine comme un produit principal. On sait encore que les graines y sont semées dans une faible proportion, que le lin y donne une filasse dure, des semences bien mûres, bien nourries, et ayant toutes les qualités désirables, que la récolte des graines n'a lieu que lorsqu'elles sont arrivées à leur complète maturité. Ainsi à Liebau, à Lubeck, comme dans les autres pays liniers de la Baltique , on fait de la graine de lin en sacrifiant la beauté de la filasse.
En France, le produit en graine a une très-faible importance. Aussi arrache-t-on le lin quand on juge qu'on pourra obtenir une filasse de bonne qualité.
C'est donc avec raison que M. Breulin, de Stuttgart, dit qu'on doit opter entre le produit d'une graine de bonne qualité ou une filasse longue, fine et pesante.
On avait cru qu'on pouvait régénérer la graine du lin commun et lui donner les qualités qui distinguent celle du lin de Riga en te desséchant dans un four à 58°. M. Ockel a expérimenté ce moyen sans résultat. Voici les faits qu'il a observés :
Hauteur Poids Après Après Après Pertes. Etoupesi
des tiges, des tiges, broyage, espadage. sérançage.
1» Lin de Riga 0U,,82 ll<tk 26k,080 18k,090 5k,170 108k, 83 12^,690
2° Lin commun non séché. 0 75 100 20 680 22 320 * 700 93 30 n 280
3° Lin commun séché.... o 78 105 22 320 15 510 k 350 100 65 10 810
Ainsi, les graines séchées ont donné des tiges moins éle-
vées et moins pesantes que les tiges qui provenaient de graines importées de Riga.
Chaque variété occupait 284 mètres carrés. Les semis eurent lieu le 12 mai avec 13 litres 60 sur chaque partie. Les graines nos 1 et 2 levèrent le 18; celles du n° 3, le 25. Toutes les plantes fleurirent à la même époque. La récolte fut faite le 4 août et toutes les tiges furent rouies à la rosée, du 1 5 août au 2 octobre.
Toutes choses égales d'ailleurs, les plantes qui proviennent de la graine de lin Riga nouvellement importée, sont plus vigoureuses et produisent plus de filasse que les graines après tonne; par contre, celles-ci donnent des tiges moins fortes et de la filasse plus fine et plus belle. On s'arrête au troisième ensemencement, parce que le lin se ramifie, et on achète des graines nouvellement importées.
Rouissage. — On rouit le lin de six manières différentes.
Ordinairement on l'exécute après la récolle.
A Gourtray, Namur, etc., on ne l'opère que Tannée suivante et quelquefois trois ou quatre années après l'arrachage. On s'accorde à dire que plus le lin en tige est vieux, plus la filasse qu'il fournit a de qualités.
Le lin se rouit à l'état vert et à Vètat sec. On prétend, en Belgique, que le rouissage en vert permet au lin de donner une filasse plus souple, plus soyeuse et plus douce. Cette opinion n'est pas admise par tous les liniers. Dans le Nord on ne rouit à l'état vert que le lin destiné à la mulquinerie. Nonobstant, l'expérience a démontré que le rouissage du lin à. l'état vert ne peut être fait qu'à la rosée ou dans une eau stagnante, parce qu'il résiste mal à l'action d'une eau ruisselante.
Le lin vert destiné à la dentelle est roui après avoir séché.
On ne pratique pas toujours un seul rouissage à l'eau
dormante ou à l'eau courante. Dans les environs de Courtray, les lins de qualité supérieure sont rouis deux fois, mais chaque rouissage n'est pas aussi prolongé que la durée moyenne des rouissages qu'on ne pratique qu'une seule fois.
Enfin , le lin roui à l'eau stagnante est en général plus gris, plus doux que celui qu'on met à fermenter dans une eau courante ; ce dernier est ordinairement blond ou jaune.
Les lins de Courtray sont rouis dans la rivière la Lys ; les lins de l'arrondissement de Malines sont rouis dans l'eau stagnante; ceux des provinces de Namur, du Hainaut, sont rouis à la rosée.
A. Rouissage a la rosée. — Le rouissage à la rosée qu'on appelle rosage, rorage ou rouissage à l'air, consiste à exposer le lin pendant un certain temps à l'action simultanée de la rosée, du soleil et de l'air.
Ce mode de rouissage est en usage en Normandie, dans l'Anjou, le Maine, le Languedoc, etc. On le pratique aussi dans la Bohême, la Moravie, la Souabe supérieure, la Russie et dans le Wurtemberg où le rouissage à l'eau est interdit par mesure de police.
Le lin qu'on rouit à l'air donne une filasse plus fine, plus douce et plus moelleuse, mais un peu moins forte.
On le pratique ordinairement en août, septembre et octobre. En Belgique on l'exécute souvent en février ou mars.
On choisit de préférence une prairie couverte d'une herbe unie, serrée et courte, ou un sol herbu, afin que la terre ne s'attache pas aux tiges et ne nuise pas à la qualité de la filasse. Les tiges doivent être étendues peu serrées et bien parallèlement. De temps.à autre, soit tous les jours, soit tous les deux ou trois jours, selon l'état de l'atmosphère, on les vu* 3
retourne avec deux baguettes de 2 mètres environ de longueur; l'une est placée sous le lin, l'autre est posée à sa surface, et c'est en les soulevant qu'on le renverse sans le mêler. On déplace ainsi les tiges pour que toute leur surface subisse l'action des agents atmosphériques et qu'elles donnent une filasse ayant une nuance uniforme.
Quand les tiges se brisent nettement et que la chènevotte se détache bien, on les enlève pour les dresser en faisceaux et les réunir en bottes aussitôt qu'elles sont sèches.
La durée du rosage est variable. Ordinairement cette opération est complète au bout de trente à quarante jours.
Le lin qu'on rouit à l'air, rend de 17 à 18 pour 100 de filasse ; celle-ci est grise ou gris argenté et très-douce.
Le rouissage à la rosée occasionne par hectare de lin cultivé dans le Brabant- Wallon, une dépense de 50 à 60 fr.; à Gourtray on évalue les dépenses qu'il nécessite à 15 fr. par chaque 1000 kilog. de lin en tige.
B. Rouissage a eau dormante. — Le rouissage à eau dormante ou à eau stagnante a lieu dans des trous remplis
d'eau ou dans des mares. On doit rechercher les eaux les
« plus limpides ou celles qui reposent sur des vases bleues.
11 faut éviter d'effectuer ce rouissage dans les eaux chargées
de parties calcaires ou de matières ferrugineuses. Dans le
pays de Waës on a reconnu que les parties terreuses de
l'argile jaune des routoirs ne permettaient pas au lin de
blanchir facilement après le rouissage.
11 est utile aussi de ne pas l'opérer dans les eaux dans lesquelles le vent a chassé des feuilles de chêne, de peuplier ou de châtaigner, car le tanin que contiennent ces feuilles laissent des traces ineffaçables sur la filasse.
Les feuilles d'aune ne sont pas nuisibles. Dans quelques parties de la Belgique et de l'Allemagne on en jette dans le3
routoirs 8 à 1 5 jours avant le rouissage, dans le but de donner à la filasse une belle teinte bleu argenté. On peut remplacer les feuilles d'aune par des fleurs de pavot.
Quand on est forcé de rouir dans une eau de source, on doit, si cela est possible, concentrer cette eau dans un réservoir pendant plusieurs jours, pour qu'elle s'échauffe et soit moins crue ou qu'elle soit adoucie par l'air et le soleil.
Ce rouissage est pratiqué en Bretagne, dans la Somme, l'Oise, la Hollande, etc.
On l'opère ordinairement en août, en septembre et en octobre. Dans le Nord on ne rouit le lin ramé qu'au printemps de l'année suivante.
On ne rouit pas de novembre à mars.
On couche les bottes de lin horizontalement, en ayant soin de ne pas les presser très-fortement les unes contre les autres, et on les charge ensuite de pierres ou de bois pour qu'elles soient complètement submergées.
On a proposé de mettre les bottes debout. Ce moyen n'a pas toujours donné de bons résultats. Il devait surtout en en être ainsi dans les routoirs alimentés par des sources. Dans cette circonstance la base des bottes placées verticalement est plongée dans une eau plus fraîche que celle qui enveloppe le sommet des tiges de lin; on comprend dès lors que la fermentation étant plus rapide vers les têtes des bottes et moins prompte à la partie inférieure, le rouissage doit être inégal et la chènevotte de la base des tiges doit se détacher plus difficilement que celle de la partie supérieure. La position horizontale est la meilleure, parce qu'elle se prête mieux au lavage des tiges.
Dans les environs de Lockeren, les bottes de lin sont placées dans les routoirs dans le sens de leur longueur. On met d'abord deux rangées de bottes dans la même direction ;
puis une autre rangée, en ayant soin que les bottes qui forment le troisième lit soient placées en sens inverse et que leurs liens posent sur le sommet des bottes inférieures. Lorsque les trois rangées de bottes ont été ainsi disposées, on les couvre d'une couche de boue de 0m,06 à 0m,08, de manière que cette masse terreuse, qui est destinée à empêcher le lin de devenir noir, soit au niveau de la surface de l'eau, et on continue à remplir le routoir en alternant deux ou trois couches de bottes de lin avec un lit de boue.
En Hollande on rouit le lin dans la boue, ou on le laisse flotter dans les routoirs. Dans ce dernier cas, on le retourne tous les jours.
La durée du rouissage à eau stagnante varie suivant la température de l'eau et celle de l'atmosphère; elle dure 6 à 8 jours en août; 10 à 12 jours en septembre; 12 à 15 jours en octobre. En Italie, le lin ne séjourne dans les routoirs que 3 à 5 jours.
Lorsqu'on suit les progrès d'un rouissage, on observe qu'il se dégage des bulles d'air du 2e au 3e jour, de l'acide carbonique du 3e au 5e et de l'hydrogène carboné du 5e au 7*. Alors l'eau se trouble, devient fétide et perd de son acidité. Il résulte de ces remarques que le rouissage est la conséquence de trois fermentations successives: 1° fermentation insensible , 2° fermentation acéteuse ; 3° fermentation alcaline ou putride.
Quand la chènevotte se détache facilement, on retire le lin du routoir botte à botte, on le lave à eau courante, si cela est possible, et on le place debout sur un terrain gazonné pour qu'il s'égoutte. Quand il est sec, on le rapporte à la ferme et on l'emmagasine dans un lieu sec.
On construit dans la Saxe prussienne des routoirs à eau
dormante qui permettent d'obtenir des filasses très-belles. On creuse non loin d'un cours d'eau, une fosse ayant quatre compartiments (fig. 3) qui communiquent à une rigole alimentaire. Chaque compartiment reçoit l'eau nécessaire au moyen d'une éclusette. Cette disposition rend le lavage du lin très-facile, et elle permet de maintenir l'eau dans les compartiments à une hauteur constante.
Le lin ramé doit être roui dans une eau froide.
C. Rouissage a eau courante. — Le rouissage à eau courante ou à eau ruisselante est souvent pratiqué en Irlande et
y^=^7/r/'- - H3REVAL
Fig. 3. Rautoir à eau stagnante.
en Belgique. Ce n'est qu'accidentellement qu'on l'adopte en France de préférence au rouissage à eau dormante.
A Courtray, à Lockeren, etc., on l'exécute en mai; les bottes de lin sont entièrement submergées à plat ou debout et tenues à l'aide de perches; il dure de 8 à 15 jours.
Quelquefois, on dépose le lin dans des caisses à claire-voie qu'on appelle ballons. Ces caisses ont de 3 à 4 mètres carrées et leur hauteur varie entre ln,,20 à lm,40 ; elles contiennent chacune environ 120 bottes de lin brut de 0ra,30 de diamètre et donnant au teillage, en moyenne, 1 kil. 500 de filasse. Quand
les caisses sont remplies debottesplacées debout, on les couvre de paille sur laquelle on met des planches ou des pierres, on les descend dans le cours d'eau et on les attache à l'aide de cordes à des poteaux ou des pieux enfoncés sur la berge. Ces caisses sont d'abord, pour ainsi dire, flottantes, mais au bout de quelques jours, lorsque le lin a été détrempé par l'eau, elles ne tardent pas à toucher le fond de la rivière.
Quand le rouissage est terminé, on attire les caisses près du rivage, on enlève les bottes de lin qu'on délie ensuite pour dresser les tiges en petits tas coniques.
Ce rouissage coûte de 20 à 30 fr. l'hectare. On s'accorde à dire qu'il ne vaut pas l'ancien système qui consiste à mettre les bottes horizontalement et sans les serrer dans les endroits où le courant est faible.
On doit préférer les eaux les plus limpides et celles qui ont un courant modéré. Une eau très-ruisselante détruit la souplesse du lin et nuit aussi à sa beauté de couleur.
En Irlande, le lin est placé par couches superposées et légèrement inclinées; on le couvre ensuite d'un lit de jonc sur lequel on met une rangée de gazon, afin de le priver de l'action de l'air et de la lumière ; il reste ainsi dans l'eau pendant 8 à 15 jours. L'inclinaison des bottes part delà base des tiges à leur sommet.
En Flandre, c'est principalement le lin ramé qu'on rouit à eau courante. A l'aide de 2 liens, on réunit toutes les bottes, qui sont formées de 17 à 18 botillons de 2 poignées, en une seule appelée roue ; on entoure de paille cette grosse botte pour que les tiges ne touchent pas la terre, on la suspend dans l'eau les racines en haut au moyen de perches, et on la retourne tous les jours pendant les 12 à 15 jours que dure le rouissage.
Dans la Saxe prussienne les routoirs à eau courante
{fig. 4) se composent de trois compartiments munis chacun d'une petite écluse et communiquant à volonté les uns avec les autres de manière que l'eau y soit sans cesse renouvelée. On les alimente à l'aide d'un courant d'eau A.
Les parois de ces routoirs, ainsi que les séparations, sont en briques ou en maçonnerie.
Si le rouissage exécuté dans de semblables routoirs est plus long que celui qu'on pratique dans une eau dormante, il a l'avantage de donner une filasse moins foncée en couleur et aussi facile à blanchir.
Fig. 4. Routoir à eau courante.
En Livonie, les routoirs comprennent 5 à 6 fosses disposées en étages ; leur fond est sablonneux ou revêtu d'un pavage. Ces routoirs sont alimentés par une eau de source.
Il est essentiel que l'eau qui alimente les routoirs à eau courante, arrivent par le haut de la fosse. Quand elle vient par le bas, le rouissage est toujours irrégulier.
Toutes choses égales d'ailleurs, on retire le lin des cours d'eau ou des routoirs quand, en brisant les tiges en deux endroits, on peut aisément séparer la partie ligneuse et les fibres.
En Hollande, le rouissage du lin récolté sur un hectare
coûte de 18 à 20 francs : 9 à 10 fr. pour mettre le lin à l'eau et 8 à 9 fr. pour l'en retirer.
Dans le Brabant-Wallon, on évalue les dépenses à 15 ou 16 fr., parce que ajournées d'ouvriers sont nécessaires pour l'exécuter.
D. Rouissage a la vapeur. — Le rouissage à la vapeur imaginé par l'Américain Schenck, a été désigné sous le nom rouissage américain.
Pour l'opérer, on entasse dans un lieu clos, le lin debout dans des bacs ou cuves et on le couvre d'un grillage en bois pour qu'il ne puisse se soulever. Alors , on remplit la cuve d'eau de manière que l'immersion du lin soit complète, et on ouvre le robinet, qui permet à la vapeur d'arriver sous le double fond percé de trous. Au bout de 18 à 20 minutes, lorsque l'eau a atteint une température de 28° à 33°, on ferme le robinet. C'est alors que la fermentation commence pour se continuer pendant 60 heures, si on maintient l'eau à la température précitée. Après ce temps, on retire le lin, on l'introduit successivement dans une turbine à air ou hydro-extracteur qui lui enlève en 2 ou 3 minutes, sous l'action de la" force centrifuge qu'elle possède, toute l'eau qu'il contient. On le met ensuite dans une étuve ou au soleil afin qu'il se sèche complètement.
Les cuves, dit M. Payen, sont elliptiques; elles ont 4m,55 de grand diamètre, 3m,25 de petit diamètre, et lm,30 de hauteur , et contiennent environ 1500 kilogrammes de lin en tige. Quand on fait usage d'eau séléniteuse, le rouissage n'arrive à son terme qu'au bout de 90 heures.
Ce rouissage manufacturier a donné des résultats remarquables, surtout lorsque le lin a été arraché quelques jours après la formationdelagraine.il est en usage à Lille, dans l'établissement de MM. Scrive frères, en Amérique et en Angleterre.
Après la fermentation acidulé qui se manifeste au début de l'opération, il se dégage de l'acide carbonique et plus tard un peu d'hydrogène sulfuré.
En Angleterre, le lin, au sortir des bacs, est soumis à l'action d'un appareil à quatre rouleaux imaginé par l'Irlandais Bride, en même temps qu'il reçoit l'action d'un jet d'eau. Après le laminage et le lavage, les tiges sont exposées à l'action d'un courant d'air et placées ensuite dans une étuve pendant 12 heures.
M. Casier a renoncé, en Belgique, au lavage, et ne cylindre les tiges du lin que lorsqu'elles sont sèches. Il dit pour raison que les fibres du lin qu'on a cylindre à l'état humide sont caractérisées par une grande faiblesse.
E. Rouissage a l'eau de mer. — En Hollande, on rouit souvent le lin à l'eau de mer. La filasse qu'on obtient par ce procédé est bonne, nerveuse, mais elle manque de douceur.
Ce mode de rouissage oblige à laver le lin à sa sorlie du routoir.
F. Rouissages chimiques. — On a proposé de remplacer le rouissage à l'eau pure par un rouissage basé sur l'emploi des solutions alcalines et acides. Les expériences faites jusqu'à ce jour ne sont pas assez concluantes pour que nous exposions les détails des procédés de M. Terwangne, M. Claussen, etc.
Hàiage. — Le lin qu'on a roui à l'eau courante ou dormante reste pendant plusieurs jours, après cette opération, exposé à l'action de l'air. On le place debout dans un endroit aéré, et de préférence sur un terrain gazonné. Quand il est sec, on le rentre par un beau temps, et on le conserve dans un local sain à l'abri des souris et des rats.
Blanchiment du lin. — Le blanchiment du lin se fait naturellement ou artificiellenïent.
Dans le premier cas, on l'étend sur un gazon, comme cela a lieu en Flandre, du 15 février au 15 de mai, pendant 20 à 35 jours. S'il survient de la pluie, on le rentre à la ferme ou on le met en meule pour l'étendre de nouveau. On le retourne de temps à autre au moyen de perches..
Sous l'action de la rosée et du soleil, le lin gris, brun ou jaune, prend une belle couleur blanchâtre et acquiert plus de souplesse.
Dans le second cas, on immerge le lin dans une dissolution de sous-chlorate de magnésie.
Ces procédés. évitent le blanchiment del-a toile sur les prairies, opération qui dure de 80 à 90 jours et qui lui fait perdre au moins 20 pour 100 de son poids.
Aux environs deLockeren, un hectare de prairie naturelle se loue de 25 à 30 francs pour toute la durée du blanchiment.
Torréfaction. — Le lin, avant d'être broyé, est mis dans un four pendant 12 heures, après la cuisson du pain, pour le débarrasser complètement de son humidité et rendre par là le broyage plus facile.
Aiaiiiage. — Dans quelques contrées on fait précéder le broyage par une opération que YonnommemaUlage^nactage, et qui consiste à maillocher les poignées de lin sur un billot à l'aide d'un maillet ou d'un battoir de blanchisseur. Quelquefois on l'exécute avec un maillet cannelé. Alors on pose une botte de lin sur une aire dure et unie, on l'écarté, on la maintient dans cette position avec l'un des pieds et on la bat avec le maillet jusqu'à ce que les tiges soient brisées. Le mactage rend le broyage plus facile et plus prompt.
Broyage. — Le broyage se fait avec l'appareil que l'on nomme broie (voy. Broyage; Chanvre).
On opère le broyage du lin quand il est encore chaud. Un enfant retire les poignées du four et les présente aux
broyeurs. Ces derniers agissent comme s'ils devaient préparer du chanvre. On termine quelquefois la préparation du lin en soumettant les poignées de filasse à l'action d'une petite broie en fer ou en bois , afin de les affiner en faisant bien flotter leurs mèches entre les languettes du levier et les mortaises du chevalet.
Ordinairement on opère le broyage du lin ou du chanvre de très-bonne heure le matin.
Les ouvriers doivent se placer de manière que l'air entraîne en dehors du bâtiment ou du hangar sous lequel ils agissent, la poussière très-irritante qui se dégage des tiges. C'est cette poussière qui a fait dire que le broyage du lin était une opération malsaine.
Un ouvrier peut broyer par jour de 40 à 50 kilogrammes de lin en bois.
A Lockeren , le broyage est payé de 3 à 4 centimes le kilogramme.
Teiiiage. — On ne teille guère que le lin de fin. L'ouvrier prend une petite poignée de lin, l'entortille autour de l'index de sa main gauche et la pose sur le tablier de cuir qu'il a devant lui ; alors il pose sur la poignée de lin un couteau très-large et carré du bout, tire la filasse de la main gauche, soulève le couteau, replace le lin qu'il tire une seconde fois, et ainsi de suite, jusqu'à ce que la chèvenotte soit détachée.
La filasse ainsi préparée est réunie en bottes et livrée ou vendue ensuite aux peigneurs.
Un bon ouvrier teille, par jour, de 3 kilog. à 3 kilog. 500 de filasse fine.
Dans le nord, le teillage du lin roui à l'eau stagnante se paye 0 fr. 25 c. le kilogr. ; celui du lin roui à l'eau courante est payé 30 c.
Les filasses fines se payent quelquefois 50 c.
Écanguage.— Cette opération se fait à l'aide d'un appareil (fi g. 5) qui se compose d'une planche haute de lm,20
ïig. b. Ouvrier écaoguant du lin.
féa*&-
et large de 0m,33, munie aux trois quarts de sa hauteur d'une entaille de 0m,20 de profondeur sur40ra,07 de hauteur.
L'ouvrier qui écangue tient une poignée de lin dans sa main gauche etla passe dans l'échancrure de la planche, puis avec un couteau en bois poli Fig. 6. Écangue. appelé écangue (fig. 6)
qu'il tient de la main droite, il frappe verticalement sur
le lin pour en détacher la chènevotte en ayant soin de rouler la poignée sur elle-même. L'écangue a 0m,l6 de largeur et 0nl:33 de hauteur.
Cette opération exige seulement de l'adresse et de l'ha-
Fig. 7. Teilleuse Bourdon-Quesnay.
bitude ; elle permet d'obtenir une filasse plus longue et plus affinée que lorsque les tiges ont été préparées avec la broie.
Un ouvrier peut écanguer par jour 8 à 10 kilog. de filasse longue, et 6 à 7 kilog. de filasse ordinaire.
En Flandre, on paye de 25 à 30 fr. par 100 kil. de filasse.
M. Bourdon-Quesnay, de Gueure (Seine-Inférieure) a imaginé un appareil (fig. 7) destiné à remplacer l'écangue. 11 se
compose d'un moulin à 14 ailes en bois, mis en mouvement par une manivelle ou une courroie. La mobilité de lâpaisselle, planche sur laquelle l'ouvrier appuie la poignée de lin qu'il veut préparer ,rend cet appareil supérieur à tous ceux du même genre qui l'ont précédé, en ce qu'elle ne permet pas aux ailes de briser les parties filamenteuses du lin comme cela a lieu lorsqu'on fait uniquement usage de la broie. Cette machine ne teille que le lin qui a été préalablement broyé.
Pour s'en servir, il faut présenter à l'action des écouches ou battes du moulin, une poignée de lin et la changer plusieurs fois de position. Le lin reçoit par minute de 1000 à 1200 coups d'écouches, car le volant sur lequel elles sont lixées fait 80 à 100 tours par minute.
La filasse préparée à l'aide de cet appareil est belle, longue, et donne très-peu d'étoupes. Deux ouvriers peuvent préparer de 20 à 25 kilog. de filasse par jour.
Espadage. — Dans quelques contrées on remplace ou on fait suivre l'écanguage par V espadage. Cette opération, qu'on
nomme souvent raclage, a pour but de détacher la chènevotte qui reste après le broyage et l'écanguage et d'adoucir ou d'affiner la filasse.
L'espadon (fig. 8) se compose d'une planche verticale A fixée à l'extrémité d'un madrier B placé horizontalement sur le sol. La planche verticale a de lmà lm,30 de hauteur sur 0ni, 30 environ de largeur; elle présente supérieurement une entaille C demi-circulaire à bords abattus et polis.
Fig. S. Espadon.
L'espadeur prend une poignée de lin broyé, la pose sur le milieu de l'échancrure et frappe la partie qui flotte le long de la planche avec un long couteau de bois appelé espadon en évitant de rompre les fibres. Il enlève ensuite la poignée, la secoue, la retourne et continue son travail. Quand cette poignée a été bien espadée, il la remplace par une autre.
Un ouvrier habile prépare par jour de 4 à 6 kilog. de filasse. Il reçoit de 30 à 50 centimes par kilog.
L'espadagefait perdre à la filasse 5 à 8 par 100 de son poids.
Quelquefois l'espadeur opère d'une manière différente. Ainsi il prend une poignée de lin par les deux extrémités avec les deux mains et la frotte plus ou moins sur le tranchant mousse que présente la planche verticale.
En agissant ainsi, il remplace l'écanguage et peut préparer par jour 25 kilog. de filasse. Il faut qu'il soit très-exercé pour qu'il détache toute la chènevotte et adoucisse la filasse sans rompre ses fils.
Sérançage. — On termine la préparation de la filasse en la soumettant à l'action d'un sèran ou peigne. Cette opération est connue en France sous les noms de peignage, sérançâge, ferrage, bressage et habillage ; elle a pour but de séparer, de diviser sans les rompre, les fibres en fils très-déliés et de les débarrasser de l'étoupe.
Les peignes sont en fer ou en cuivre. M. Agladis emploie des sérans à dents en acier trempé. Ces dents sont carrées à leur base et terminées par une pointe effilée et polie avec soin. Les arêtes inférieures sont bien amorties.
Chaque appareil ou jeu se compose de 4 sérans espacés les uns des autres et présentant ensemble 2466 dents. Le premier comprend 490 dents ou 19 rangées de 49 dents, ayant 0m,090 à 0,n,093 de longueur ; il a ûm,33 de longueur sur 0m,10 de largeur.
Le deuxième a 13 rangées de 50 dents ou 650. Il a 0m,15 de largeur sur 0,n,55 de longueur. Chaque dent a 0m,047 de longueur.
Le troisième a 13 rangées de 51 dents ou 663. Il a 0m,42 de longueur sur 0n,,12 de largeur. Chaque dent a 0m,05 de longueur.
Le quatrième a aussi 663 dents. Il a 0m,35de longueur sur 0m,10 de largeur. Chaque dent a 0m,047 de longueur.
Les dents du premier séran sont inclinées à 9° sur la perpendiculaire au plan de base; celles des autres sérans sont perpendiculaires. .
Ordinairement , chaque peigneur n'a devant lui que trois sérans à dimensions graduées : un pour le démêlage; un pour diviser les filaments; un pour affiner la filasse.
Le séran le plus grossier est placé à la gauche de l'ouvrier et le plus fin à sa droite.
Le peigneur engage d'abord la poignée qu'il veut préparer dans le peigne le plus gros ; quand il l'a démêlée, il opère avec le n° 2, puis ensuite avec le n° 3. En d'autres termes, il passe la poignée de sérans en sérans, en évitant de faire beaucoup d'étoupe. De temps à autre, il peigne une maille de chanvre légèrement imprégnée d'huile pour que la résistance qu'il doit vaincre à chaque poignée soit moins considérable.
Pour agir facilement, il entortille une des extrémités de la poignée qu'il veut peigner autour de sa main droite; alors il l'élève, l'abaisse, en l'engageant à moitié de sa longueur dans le séran, la retire en agitant vigoureusement son avant-bras, l'engage de nouveau, la retire et l'engage encore. De temps en temps, il l'ouvre, la secoue et la divise, et enlève l'étoupe qui reste adhérente aux dents des sérans. Il doit éviter d'agir à petits coups répétés. Quand il opère lentement il fait beaucoup d'étoupe.
Un homme peut peigner 8 à 10 kilog. de filasse par jour.
Le sérançage est payé de 20 à 22 cent, le kilog. de filasse.
Brossage. — Dans le nord de la France et en Belgique on fait suivre le peignage par un brossage. Cette opération augmente l'éclat et la beauté du lin de fin.
Mise en paquet. — Le lin est ensuite disposé en écheveau pour que les fibres ne se mêlent pas.
Ces écheveaux sont réunies en paquets carrés contenant 4, 8 ou 12 écheveaux, pesant en moyenne 0 kilog. 500.
Les paquets sont liés avec deux liens de cordes.
Filage du lin. — Le filage du lin se fait à la main, au fuseau ou au rouet et à la mécanique.
Une bonne fileuse peut filer par jour avec un rouet à grande roue, 0 kilog. 500 gr. ou 3500 met. de fil n° 12.
En général, une femme file par jour de 250 gr. à 750 de fil selon la finesse; en moyenne et en filant du fil de bonne qualité elle a fait 500 gr. par jour.
Une fileuse filant du n° 40 emploie cinq jours pour faire 1 kilog. ou 24 000 mètres.
I kilog. de filasse produit environ 800 à 900 gr. de fil.
II existe des fileuses en France et en Belgique qui filent du fil n° 1000; on en a vu même qui filaient du n° 1.600. La filature à la mécanique ne produit point au delà du n° 300.
1000 mètres de fil du n° 1 pèsent 1 kilog. 666 ; n° 3, 555 gr.; n° 33, 50 gr.; n° 50, 33 gr.; n" 100, 16 gr. et demi ; n° 200, 8 gr. et demi.
Le fil n° 45 se vend 5 fr. le kilog. ; le n° 90, 9 fr. le kilog. ; le n° 300, 55 fr.
Le fil écru perd 40 sur 100 de son poids au blanchiment.
Tissage. — l kilog. de fil ordinaire écru permet de faire 4 met. carrés de toile d'un mètre de largeur avec une chaîne de 1000 fils.
vu* 4
1 Kilog. de fil écru d'une bonne finesse sert à fabriquer 3m,50 carrés de toile d'un mètre de largeur avec une chaîne formée de 2000 fils.
Dans le premier cas un tisserand fait par jour 4m,70 carrés de toile; dans le second, il en fabrique près de 7,n,80.
Produits. A. Lin brut. — Le lin est plus ou moins productif, selon la nature et la fertilité des terres où il est cultivé et la variété à laquelle il appartient. Voici d'après les résultats acquis à la pratique, les produits qu'on peut espérer obtenir par hectare:
Produit minimum 2000 à 3000 kilog.
— moyen 4000 à .5000 —
— maximum 6000 à 8000 —
Le plus grand produit obtenu par M. André a atteint 8265 kilog.
B. Filasse. — Le produit en filasse est proportionnel au produit en tiges ; mais il est en raison inverse de la quantité de graines qu'on récolte. Yoici les rendements qu'on doit prendre comme bases :
Produit minimum 200 à 300 kilog.
— moyen 500 à 600 —
— maximum 800 à 900 —
On a pas obtenu jusqu'à ce jour au delà de 976 kilog. de filasse par hectare.
G. Graines. —La quantité de graines est toujours en raison inverse de la quantité de filasse qu'on obtient par hectare. Voici les chiffres qui caractérisent ce produit :
Produit minimum 200 h 280 kilog.
— moyen 300 à 400 —
— maximum 500 à 600 —
Le lin cultivé exclusivement par ses graines peut donner jusqu'à 1500 kilog. de semences.
llapport des tiges aux graines semées. — Dans les circonstances ordinaires le lin en bois est à la graine confiée à la terre :: 1 : 20. Ainsi, si on sème par hectare 200 kilog. de graines, on pourra compter, si le lin réussit, sur 4000 kilog. de lin en bois.
Rapport des tiges aux graines récoltées. — lOOkilog.
de tiges, capsules et graines, donnent de 8 à 9 kilog. de semences. Les tiges non égrenées sont donc aux semences :: îoo : 8.
Rapport de la niasse aux tiges. — La quantité de filasse que fournit une quantité donnée de tiges, varie suivant le rouissage adopté et surtout selon la manière dont la filasse a été préparée. En général,
Le lin en bois est à la filasse broyée :: 100 : 16 ou 18.
Le lin en bois est à la filasse espadée :: 100 : 10 ou 12.
Le lin en bois est à la filasse peignée :: 100 : 5 ou 6.
Ainsi, 4000 kilog. de lin brut doivent fournir :
1er rapport 600 à 700 kilog. de filasse ordinaire.
2e — 400 à 500 — — apprêtée.
3e — "200 à 250 — — fine.
La filasse broyée ou espadée perd au sérançage et au brossage environ 50 pour 100 de son poids.
On obtient souvent 25 kilog. de filasse de 100 kilog. de lin brut ayant été roui, mais la filasse alors contient 7 à 8 kilog. de filaments courts ou étoupes fines.
Rapport de l'étoupe à la filasse. — Les déchets qu'oïl
appelle étoupes sont plus ou moins abondants selon les sérans qu'on a employés.
Dans les circonstances ordinaires,
La filasse est aux étoupes :: 100: 20 oii 25
Ainsi, 100 kilog. de filasse sérancés doivent laisser de 20 à 25 kilog. d'étoupes.
Les étoupes fines sont aux étoupes grossières :: 33: 100. Perte que les tiges éprouvent par les apprêts auxquels
elles sont soumises. — Le déchet que le lin éprouve pendant sa conversion en filasse est considérable. Ainsi, 100 kilog. de tiges sèches éprouvent les modifications suivantes :
Après le rouissage, ils se réduisent en
moyenne à 80 kilog. et perdent 20 kilog.
Après le blanchiment 70 — — 10 —
Après le teillage 18 — — 52 —
Après le peignage 9 — — 9 —
Ainsi, 100 kilog. de lin brut donnent en moyenne 9 kilog. de filasse pure et perdent 91 pour 100.
Il reste environ 7 kilog. d'étoupe.
A la filature, la filasse perd de 5 à 7 pour 100.
100 kilog. de lin brut préparé par la méthode flamande donnent les résultats suivants:
Lin premier brin 16 kilog.
Etoupe provenant du teillage 8 —
— — du peignage 13 —
Déchets sans valeur 2 —
L'étoupe du sérançage est la plus longue ; celle du teillage constitue ce qu'on appelle les peignures, déchets qu'on abandonnent aux ouvriers.
Le peignage seul fournit les résultats suivants :
Filasse pure 48 kilog.
Etoupe première 28 —
— deuxième 22 —
Déchets 2 —
100 kilog.
Dans le peignage ordinaire on sérance les étoupes pre-
mières et on les ajoute à la filasse ou on les vend comme filasse de seconde qualité.
Valeur commerciale. A. LlN SUR PIED OU LIN VERT. — Le
lin sur pied a une valeur très-variable, selon sa beauté et sa destination. Voici les prix auxquels on le vend en Flandre et en Belgique :
Lin ordinaire 600 à 700 fr. l'hectare.
— de 1™ qualité 1100 à 1300 -
— de 2e qualité 800 à 1000 —
— de mars 1000 à 1100 —
— ramé ordinaire 2500 à 5000 —
— — 1er choix 5000 à 7000 —
M. Fouquier d'Hérouel a vendu ses lins sur pied pendant quatorze années, de 1826 à 1839 ; le prix a varié entre 720 et 1350 francs et la moyenne a été de 820 francs.
Ainsi, sauf les lins rames qui ont une valeur exceptionnelle quand ils sont fins, très-hauts, bien fleuris et jaune clair, les lins ordinaires bien réussis se vendent en moyenne de 800 à 1000 fr. l'hectare.
On vend les lins sur pied en juin, à l'époque de la floraison, aux liniers exploitants, et à leurs risques et périls. Toutefois, le vendeur s'engage à transporter le lin quand il est sec et qu'il a été mis en bottes au domicile de l'acquéreur.
Le lin vert se vend quelquefois au poids à raison de 10 centimes le kilog.
B. Lin en bois. — Le lin ordinaire en bois se vend suivant sa qualité de 20 à 30 fr. les 100 kilog.
En Algérie les prix varient entre 13 et 25 fr.
Les lins rames se vendent de 35 à 50 fr.
On ne doit pas vendre le lin aussitôt après le rouissage, car deux mois après cette opération, les tiges, ayant soutiré de l'humidité à l'air, pèsent environ 6 pour 100 de plus.
On connaît dans les environs de Gourtray trois sortes de lin brut :
1° Le Un vert qui a été roui et séché.
2° Le Un à la minute qu'on a roui et qu'on a laissé pendant 4 à 5 jours sur un gazon.
3° Le lin blanc qui a séjourné après le rouissage durant 25 à 35 jours sur un pré.