C. Filasse. — La filasse ordinaire ou le lin teille vaut de
1 fr. à 1 fr. 50 le kilog. La filasse fine ou préparée se vend de
2 à 4 fr. La filasse destinée à faire du fil de mulquinerie se vend jusqu'à 12 et même 15 fr. le kilog.
D. Étoupe. — Les étoupes se vendent de 0 fr. 10 à 0 fr. 50 le kilog., selon leur finesse, leur longueur et leur proprelé. Les étoupes longues sont celles qui ont le plus de valeur.
E. Graine. — La graine de lin ordinaire vaut communément de 18 à 25 fr. par hectolitre.
La graine de lin ramé se vend de 40 à 50 fr. l'hectolitre.
— de mai GO à 70 —
— de Riga 50 à GO —
— après tonne 26 à 35 —
— de Zélande 35 à 45 —
En Algérie la graine vaut de 30 à 35 fr. les 100 kilog.
Dépenses par hectare. — La culture du lin engage par hectare un capital assez considérable. Voici les chiffres qu'on a indiqués :
Gomart (Artois) 741 fr.
Mareau (Irlande) 700
Dorey (Normandie) 745
Mareau (Belgique) 727 #
Lecat-Butin (Flandre) 917
Rogé (Flandre) 1200'
1. Ce chiffre concerne la culture du lin ramé. La ramure, qui coûte 2'i0 fr. , a été déduite.
LIN. Ib
M. Lefebvre porte à 685 fr. les frais de culture du lin jusqu'au moment où il est vendu sur pied, à l'état vert. M. Gomort a divisé, comme il suit, le chiffre qu'il a indiqué : frais de culture, 491 fr. ; frais de préparation après l'arrachage, 250 fr.
Produits fournis par la graine. — A. HUILE. — La graine
fournit l'huile qu'on a appelée huile de lin. Cette huile est trèssiccative et ne se congèle qu'à 20° au-dessous de zéro : sa densité est de 0,939 à + 12°- Elle est employée dans la peinture, l'imprimerie, la médecine, la pharmacie et la fabrication des vernis.
100 kilog. de graines donnent de 25 à 30 kilog. d'huile.
La graine provenant du Un après tonne est rendue aux huiliers.
B. Tourteau. — 100 kilog. de graines laissent 50 à 55 kilogrammes de tourteau.
Ce résidu est employé dans l'alimentation des animaux domestiques, ou dans la fertilisation des terres arables.
Valeur commerciale et de l'huile du Tourteau. — L'huile
de lin se vend suivant les années de 85 à 120 fr. les 100 kilog.
Le prix du tourteau de lin varie entre 15 et 25 fr. les 100 k.
Coloration des filasses. — La filasse de lin présente des nuances très-diverses. Ainsi, elle est presque blonde, rose, jaune, rousse, gris clair, gris perle, gris foncé et presque noir.
Le lin qu'on a roui dans les eaux courantes et limpides a une couleur unique blanche, blonde ou jaunâtre.
Celui qu'on prépare à la vapeur est presque blanc.
Celui qui a été immergé dans une eau stagnante est jaune, grisâtre, gris, gris bleu ou brun.
Enfin, le lin qui a été étendu sur terre est d'un gris argenté ou argenté bleu, si le rouissage a été favorisé par un beau temps et des rosées abondantes. Si cette opération a
été contrariée par des pluies, le lin aura pris une teinte bleue. Il restera jaune si, au contraire, le temps est resté sec pendant toute la durée du rouissage.
On augmente à volonté, ainsi que nous l'avons dit en parlant du rouissage à eau dormante, la teinte grise des filasses en jetant des feuilles d'aune dans les routoirs.
Les matières ferrugineuses contenues dans les eaux stagnantes ou courantes exercent aussi une influence sur la coloration des filasses. Les eaux de la Lys, rivière si renommée pour ses propriétés rouissantes, contient une telle qualité de fer, que Rane les a appelées des eaux Chalibées. Suivant les remarques de M. Chevreul, la réaction de l'oxyde de fer des eaux sur l'acide gallique ou tannique des tiges de lin, produit une couleur bleue qui passe au gris ou au brun roux, si la combinaison est mêlée de quelques matières de couleur rousse ou orange.
Le lin bleu se conserve assez bien en magasin. Le lin jaune perd de sa nuance avec le temps.
commerce des lins. — Le commerce divise les lins en deux classes :
1° Les lins bruts; 2° les lins peignés.
Le lin brut est livré en botte de 1 kilog. 500 à 3 kilog.
Une balle de lin brut se compose de 50 à 60 bottes.
Le commerce distingue le lin roui à la rosée du lin roui à Veau stagnante ou courante.
Le Un peigné est vendu en paquet de 2 kilog. 500 à 5 kilog. comprenant de 6 à 12 cordons ou écheveaux, ou en balles de 50 ou 100 kilog.
variétés de filasse. — Le commerce divise les filasses, quant à leur finesse, en trois catégories :
1° Le Un de gros ou bâtard, qui sert à faire de grosses toiles de ménage.
2° Le lin moyen, qu'on emploie dans la fabrication des belles toiles et du il I à coudre.
3° Le Un de fin qui sert à faire les dentelles et les batistes les plus fines et les plus belles. On le récolte dans l'arrondissement de Douai, de Valenciennes, et en Belgique, àLockeren, Courtray, etc.
Quant à leur coloration, le commerce divise aussi les filasses en trois classes :
1° Le lin blanc, qui est souple, doux, nerveux, et dont la couleur varie du blanc blond au jaune; on en récolte à Douai, Tournay, Valenciennes, Courtray, etc.
2° Le lingris, qui est plus fin, plus doux, plus soyeux que le précédent, et dont la coloration varie du gris argentin au gris noir. La Bretagne, la Picardie, etc., en fournissent de très-bons; mais ceux de Malines et d'Anvers sont d'une extrême finesse. Les noirs de Furne et de Bruges sont très-fins.
3° Le lin roux noir, qui est dur, sec et peu estimé. On le réserve pour la corderie, la fabrication des toiles à matelas. On en récolte à Fécamp, Dieppe, et sur plusieurs points de la Picardie.
Voici les caractères des lins du commerce :
Le lin d'Anjou est court et un peu dur.
Le lin de Normandie, est de belle qualité ;
Le lin de Bretagne, est fin et souple ;
Le Un de Picardie, n'a pas de nerf et n'est pas estimé ; il est noir roux;
Le lin de Flandre, est blond, doux, souple et nerveux ;
Le lin de Brabant, est gris argenté, très-fin, très-soyeux et excellent.
La filasse du Un d'hiver est toujours plus nerveuse que la filasse du lin de mars. Celle que fournit le in de Riga est ordinairement la plus longue.
La filasse du lin à fleur blanche est quelquefois vendue séparément.
Le n° 1 du commerce est la plus basse qualité; le n° 12 indique la plus belle sous tous les rapports.
En général, les lins de France, n'ont ni la finesse ni la qualité des lins de Courtray. Par exception, les lins cultivés pour la mulquinerie sont très-fins et exempts d'étoupe.
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PLANTE TEXTILE
Planche
NVRtt MALE
SECTION II
Chanvre.
(De canab, nom celtique du chanvre. )
Canabis sativa, L.
Plante dicotylédone de la famille des Cannabinées.
Anglais. — Hemp. Italien. — Canapé.
Allemand. — Hanf. Espagnol. — Canamo.
Russe. — Konapli. Grec. — Kanna.
Polonais. — Konop. Suédois. — Hampa.
Historique. — Pays de production. — Mode de végétation. — Variétés et espèces. — Composition. — Terrain : nature, préparation. — Quantité d'engrais nécessaire. — Semailles : époque, qualité des semences, quantité de graines à répandre , exécution. —Recouvrement des graines. — Travaux qui suivent la semaille : paillage, épouvantails, ràtelage. — Germination des graines. — Soins d'entretien: sarclage, binage, éclaircissage, arrosage.
— Plantes nuisibles. — Animaux nuisibles. — Insectes nuisibles. — Agents atmosphériques nuisibles. — Maturité : caractères, époque. — Arrachage des pieds mâles. — Arrachage des pieds femelles. — Égrenage des pieds femelles. — Mise en botte des tiges. — Etendue qu'un ouvrier arrache en un jour. — Récolte des graines. — Egrenage des pieds femelles. — Nettoiement et conservation des semences. — Poids de l'hectolitre. — Opérations qui suivent l'arrachage des tiges : séchage, assortiment des tiges, division des grandes tiges, enlèvement des racines. — Rouissage ordinaire ; à l'eau dormante et courante. — Pratique du rouissage à l'eau.
— Caractères des chanvres rouis, durée du rouissage à l'eau, législation concernant le rouissage à l'eau. — Opérations complémentaires du rouissage : lavage, séchage. — Rouissage chimique. — Rouissage à la rosée. — Torréfaction. — Macquage. — Broyage. — Espadage. — Teillage.
— Sérançage. — Apprêt des filasses. — Produit : chanvre brut, filasse, graine. — Rapports de la filasse aux tiges sèches, de la filasse pure à la filasse brute, de l'étoupe à la filasse brute. — Usages des tiges, filasse, graine, chènevotte. — Nature et usages de l'huile et du tourteau. — Rapports de l'huile a. la graine et du tourteau à la semence. — Valeur commerciale de l'huile et du tourteau. — Prix de revient. — Qualités des filasses. — Emballage. — Valeur commerciale des filasses. — Bibliographie.
Historique. — Le chanvre est originaire d'Orient et connu depuis les temps les plus anciens. Dioscoride, Hérodote, Théophylacte, etc., l'ont mentionné comme plante textile. Les
Romains en faisaient des voiles, des cordes, des sangles qui servaient à atteler les bœufs au joug. Les chanvres de la Gaule étaient alors en grande réputation. A cette époque, il existait à Vienne, l'ancienne capitale des Allobroges, un intendant du linifice. Les chanvres de la' vallée du Grésivaudan sont encore renommés pour leur qualité. A la fin du xvne siècle, la vallée de la Limagne produisait chaque année d'immenses quantités de chanvre.
Pays de production. — La culture du chanvre est trèsrépandue en France. On ne connaît que trois départements : les Hautes et Basses-Alpes et la Lozère, dans lesquels elle est inconnue. Elle occupe chaque année des surfaces importantes dans l'Anjou, la Touraine, la Picardie, l'Alsace, le Dauphiné, la Bourgogne, la Champagne, la Guyenne, le Berry, la Bretagne et la Normandie.
On le cultive aussi très en grand dans le Piémont, l'Ukraine, la Livonie, le Pays de Waës (Belgique), et le Grand-Duché de Bade.
La culture du chanvre occupe chaque année en France 200 000 hectares, sur lesquels on récolte 100 millions de kilog. de filasse ayant une valeur de 80 millions.
Mode de végétation. — Le chanvre est une plante dioïque. Sa racine est longue, pivotante, peu fibreuse et blanchâtre. Sa tige est droite, simple ou ramifiée, garnie de poils roides, et s'élève de 1 à 4 et quelquefois 5 mètres; elle est munie de feuilles pétiolées à 5 ou 7 folioles étroites, lancéolées, dentées en scie, vert foncé à leur page supérieure, et vert pâle en dessous. Les fleurs mâles sont disposées en petites grappes ; elles présentent un calice à cinq folioles et à cinq étamines, et elles se développent au sommet de la tige, dans les aisselles des feuilles. Les fleurs femelles sont aussi axillaires et presque sessiles ; elles offrent une bractée et un calice formé
PLANTE TEXTILE
Planche XIII.