RIS DE FLORENCE
Terrain. — Cette plante demande une terre fraîche pendant l'été, et pas trop humide pendant l'hiver. Elle végète très-mal sur les sols secs, calcaires et pauvres. On doit la cultiver de préférence sur des alluvions de bonne qualité ou dans des jardins.
Les terres grasses ne lui conviennent pas.
Culture. — On multiplie l'iris de Florence de graines ou de portions de racines. Ce dernier mode de propagation est celui qu'on suit le plus ordinairement, parce qu'il permet à l'iris d'être plus promptement productif.
On sépare les rhizomes en automne. Les divisions sont ensuite plantées en pépinière, où elles séjournent durant une ou deux années.
La plantation des portions de rhizomes tubéreux enracinées, se fait à la fin de l'été ou au commencement de l'automne.
Chaque plante reste en terre pendant deux années.
Récolte. — L'arrachage des racines se fait pendant l'été, après la complète dessiccation des feuilles.
Aussitôt qu'elles ont été arrachées, on les nettoie et on les débarrasse de leur épiderme. Ce travail est ordinairement le partage des femmes.
On les fait ensuite sécher en les exposant pendant plusieurs jours à l'action du soleil, dans des corbeilles plates et rectangulaires.
Lorsque l'arrachage et le nettoyage sont faits à la tache, on donne ordinairement 0f20 par kilogr.
Rapport entre les racines fraîches et les racines sèches. — Les racines d'iris de Florence perdent 50 pour 100 de leur poids par la dessiccation.
Produit par hectare. — L'iris de Florence fournit par hectare un produit assez élevé. M. Cazeaux a constaté
qu'il donnait à Anglefort (Ain) de 3000 à 3500 kilogr. de racines.
100 kilogr. de racines séchées à l'étuve, et ensuite bien pulvérisées, donnent environ 80 kilogr. de poudre.
Falsification. — On substitue parfois à la racine de l'iris de Florence la racine de Yiris d'Allemagne (Iris germanica, L), espèce commune dans le midi de la France et en Allemagne. La racine de cette espèce est peu odorante, mais on la laisse en contact pendant plusieurs semaines avec de la poudre d'iris de Florence, dans le but de lui communiquer une odeur de violette plus pénétrante.
Emballage. — On emballe les racines dans des balles de 500 à 600 kilogr.
Valeur commerciale. — Cette racine se vend de 50 à 60 fr. les 100 kilogr.
Prix de revient des 100 kilogr. — On a calculé que
100 kilogr. de racines desséchées revenaient, à Anglefort, à 40 fr.
Usages. — La racine de cette iridée est employée en médecine, et sert à faire les pois sphériques destinés à faciliter la suppuration des cautères, et ceux avec lesquels on fabrique des colliers et des bracelets d'enfants.
On l'emploie aussi pour donner au tabac l'odeur de la rose, et aux vins le bouquet des vins de Saint-Perray, de Nuits, etc.
Enfin, elle entre, à cause de son odeur de violette, dans plusieurs compositions préparées par les parfumeurs.
SECTION V
Rhubarbe.
(De 'Pfi, nom du Volga, près duquel les anciens récoltaient la rhubarbe.)
Rheum australe, Don.; Rheum emodi, "Wall.
Plante dicotylédone de la famille des Polygone'es.
Anglais. — Rhubarb. Italien. — Rabarbaro.
Allemand. — Rhabarber. Espagnol. — Ruibarbo.
Hollandais. — Rhabarber. Portugais. — Ruibarbo.
Suédois. — Rabarber. Chinois. — Tay-huam.
Polonais. — Rabarbarum. Russe. — Raven.
Historique. — Mode de végétation. — Espèces. — Composition. — Terrain. — Préparation du sol. — Mode de multiplication. — Soins d'entretien. — Récolte : époque, exécution, dessiccation. — Produit par hectare. — Variétés commerciales. — Emballage. — Valeur commerciale. — Usages.
Historique. — La rhubarbe est connue depuis les temps les plus reculés; mais, pendant longtemps, on a ignoré à quelle espèce on devait rapporter la vraie rhubarbe médicinale, la véritable rhubarbe officinale. On sait aujourd'hui que cette racine est fournie par l'espèce que l'on nomme Rhubarbe australe (Rheum australe), qui croît spontanément en Tartarie.
Mode de végétation. — Cette plante est vivace comme toutes ies autres espèces. Sa tige est sillonnée, rougeâtre, rameuse supérieurement, et haute de 2 à 3 mètres. Ses feuilles sont radicales, à gros pétioles, à nervures rougeâtres, à limbe tantôt arrondi plus ou moins en cœur, tantôt ovale, entier, à peine ondulé, couvert de poils courts. Ses fleurs sont très-petites, rougeâtres, et disposées en grappes allongées et étroites. Ses fruits ont une couleur rouge sombre.
Cette espèce a été introduite en Europe en 1828, par M. Wallich. Elle croît dans toute la Tartarie , jusqu'au
37e degré de latitude boréale. On assure qu'elle s'élève jusqu'à 5300 mètres sur les montagnes de l'Himalaya.
Espèces. — On emploie aussi comme médicament les racines des espèces suivantes :
1° La Rhubarbe rhapontic (Rheum rhaponticum, L.). Cette espèce, vulgairement nommée rhubarbe anglaise, rhubarbe des moines, rhubarbe pontique, croît spontanément sur les bords du Volga, le long du Bosphore, sur le mont Rhodope, les monts Ourals, etc. Elle a été introduite en Europe en 1573. On la cultive très en grand en Allemagne.
Sa racine est grosse, charnue, spongieuse et rameuse. Sa tige s'élève de 1 à 2 mètres; elle est fistuleuse, et d'un vert jaune ou rougeâtre. Ses feuilles, radicales, sont pétiolées, ovales-obtuses, presque planes, très-amples, et couvertes en dessous de poils assez roides; les feuilles caulinaires sont petites, presque sessiles ou amplexicaules. Ses fleurs sont d'un blanc un peu verdâtre, et ses graines ont la grosseur d'un pois et sont triangulaires.
2° La Rhubarbe ondulée (Rheum undulatum, L.). Cette espèce (fig. 40), que l'on a appelée rhubarbe de Moscovie, a été introduite en 1734; elle croît dans la Tartarie chinoise et les lieux arides de la Sibérie.
Sa racine est pivotante, très-grosse, et longue de 2 mètres. Sa tige est haute de ln,,60 à 2m,50, anguleuse, striée, fistuleuse et d'un brun pâle ou jaunâtre. Ses feuilles, radicales, sont larges, ovales, entières, longuement pétiolées, ondulées, échancrées en cœur à la base, et étendues sur la terre. Ses fleurs sont petites et d'un blanc jaunâtre. Ses graines sont triangulaires et noirâtres.
3° La Rhubarbe compacte (Rheum compactum, L.). Cette espèce a été introduite en 1758; elle est originaire de la Tartarie chinoise.
Fig. 'il). Rhubarbe ondulée.
Sa racine est grosse et rameuse. Sa tige est sillonnée, glabre, et ne dépasse pas 1 mètre. Ses feuilles, radicales, sont fermes, épaisses, très-obtuses, bordées de dentelures fines et aiguës, glabres, vert clair et lustrées. Ses fleurs sont petites, blanches, et disposées en grappes plus ou moins allongées.
4° La Rhubarbe palmée (Rheum palmatum, L.). Cette espèce, que l'on appelle souvent rhubarbe officinale, croît spontanément depuis la Tartarie jusqu'aux montagnes du Népaul.
Sa racine est développée, pivotante et rameuse. Sa tige est droite, cylindrique, sillonnée, et haute de 2m à 2m,50. Ses feuilles sont larges, pétiolées, palmées, un peu roides, d'un vert sombre en dessus, d'un vert grisâtre en dessous. Ses fleurs sont blanchâtres, et disposées en panicule terminale composée de grappes presque simples.
Composition. — Les racines de rhubarbe teignent la salive en jaune, sont aromatiques, et ont une saveur trèsamère. Elles contiennent du tannin, de l'amidon, de l'acide pectique, de l'oxalate, du maiate et du gallate de chaux, du fer, de la silice, du ligneux, et deux substances jaunes, trèsamères, peu solubles dans l'eau, auxquelles Caventou a donné les noms de rhubarin et rhubarine. D'après Dorvault, ces deux produits jaunes, traités par les alcalis, donnent un solutum rouge qu'on peut précipiter par les acides.
Terrain. — La rhubarbe ne végète bien que lorsqu'elle est cultivée sur des terres argilo-siliceuses, silico-argileuses, fraîches sans être humides, très-profondes, substantielles et plus froides que chaudes. Les terres des environs de Londres présentent chaque année de très-belles cultures de rhubarbe.
On la cultive en France sur des sols de même nature, situés dans les localités plutôt septentrionales que très-tem-
pérées. En général, elle réussit mieux sur les parties élevées et aérées que dans les plaines et les vallées.
Les terres humides ne lui conviennent pas, parce que ses racines y pourrissent très-facilement.
Préparation du soi. — Les terrains sur lesquels on cultive la rhubarbe doivent être défoncés jusqu'à 0m,50, 0n,,70, et même 0m,80, si la nature du sous-sol le permet. Plus la terre est meuble profondément, plus les racines, qui sont pivotantes, longues et volumineuses, peuvent aisément se ramifier dans tous les sens.
On complète la préparation du sol en y ajoutant des engrais très-actifs, des fumiers un peu décomposés. On ne doit pas fertiliser la couche arable à l'aide de fumiers nouveaux très-pailleux, très-ammoniacaux, et appliqués dans une forte proportion, car ils ont l'inconvénient de favoriser la multiplication des insectes qui attaquent les racines de rhubarbe, et de communiquer à celles-ci une odeur qui nuit à leur qualité thérapeutique.
Mode de multiplication. — La rhubarbe se propage par graines ou par drageons.
A. Semis. -— On sème les graines au printemps dans des jardins, sur des planches bien ameublies. On les répand dans des rayons espacés de 0m,25 à 0m,35.
Au printemps suivant, on arrache les pieds qui proviennent des semis, et on les met en place, comme s'il était question de planter des éclats de pied.
Un hectolitre de graines de rhubarbe pèse de 1 0 à 1 2 kilogr.
B. Drageons. — Quand on multiplie la rhubarbe par drageons, on détache du collet des pieds de 4 à 5 ans des portions de racines ayant quelques bourgeons. Un vieux pied de rhubarbe peut fournir de 25 à 30 bourgeons de 0ai,03 à 0m,04 de longueur. Cette séparation doit être faite pendant
le mois de mars, ou au plus tard dans la première quinzaine d'avril.
Quand les drageons ont été détachés, on les abandonne pendant une journée à l'air et à l'ombre. Alors, on les met en place en les plantant en quinconce à lm,30 les uns des autres. Cette grande distance est nécessaire , afin que les feuilles puissent se développer librement. On plante les drageons à 0m,08, 0m, 1 0 ou 0m,12 de profondeur.
Lorsque la plantation est faite par un temps sec, on arrose modérément de temps à autre jusqu'à l'apparition des premières feuilles.
Soins d'entretien» — Chaque année, pendant le printemps et au commencement de l'été, on exécute les sarclages et binages nécessaires.
Pendant les trois années qui suivent la mise en place des plants ou des drageons, on cultive entre les lignes des carottes, des betteraves ou des pommes de terre. Ces plantes, par les binages qu'elles exigent, maintiennent la terre dans un parfait état de propreté, et en soldant la valeur locative du terrain, elles diminuent d'une manière notable les frais de culture de la rhubarbe.
Récolte. — A. Époque. — On arrache les racines des rhubarbes à la cinquième année, époque où elles ont toute leur consistance et leur qualité. Si on les récolte plus tôt, elles perdent 10/12 de leur poids par la dessiccation. Quand on les arrache plus tard, c'est-à-dire à la sixième année, elles sont filandreuses et souvent altérées.
On ne peut les récolter à la quatrième, année, que lorsque la rhubarbe végète sur un sol très-sec.
Cette opération se pratique à la fin de l'automne ou pendant l'hiver.
B. Exécution. — L'arrachage s'exécute comme s'il était
question d'arracher une plante ligneuse ayant de fortes racines.
Quand les racines ont été extraites, on les débarrasse de la terre qui y adhère, on les écorce ou on les monde, et on les coupe par morceaux de la grosseur du poing.
C. Dessiccation. — Lorsque les racines sont divisées, on les fait sécher pendant 5 à 6 jours, en ayant soin de les retourner de temps à autre. Quand elles ont perdu une partie de leur eau de végétation, et qu'elles ont pris une certaine consistance, on les eniile et on les suspend à l'air libre, mais à l'ombre. Le mieux est de placer les guirlandes sous des hangars. Celles-ci restent ainsi exposées pendant 40 à 60 jours, suivant la température et le degré de siccité de l'air ou du local.
Il faut éviter de précipiter la dessiccation des racines. Quand on dessèche celles-ci très-rapidement, elles deviennent légères, et perdent beaucoup de leur qualité.
Enfin, il est utile de les garantir de l'humidité qui les altère et les fait moisir.
100 kilogr. de racines fraîches donnent environ 25 kilogr. de racines sèches.
Produit par hectare. — Un pied de rhubarbe donne ordinairement de 3 à 4 kilogr. de racines sèches. Un hectare contenant environ 6000 pieds peut donc en produire de 18 000 à 25 000 kilogr. ■
Variétés commerciales. — Les racines de rhubarbe ont des teintes différentes, suivant les espèces auxquelles elles appartiennent.
1° La racine de la rhubarbe rhapontic est marbrée de rouge et de blanc; elle laisse dans la bouche une viscosité douce et gluante; elle est légère, et moins odorante que les racines des autres espèces.
2° La racine de la rhubarbe ondulée est jaune foncé, légère et non fibreuse.
3° La racine de la rhubarbe compacte est aussi d'un trèsbeau jaune en dedans.
4° Enfin, la racine de la rhubarbe palmée est marbrée de brun et de jaune pâle, comme la noix muscade; elle est plus compacte que les précédentes.
Le commerce distingue trois sortes de rhubarbe :
1° La rhubarbe de la Chine ou de l'Inde.
2° La rhubarbe moscovite, de Tartarie ou de Bucharie.
3° La rhubarbe de Perse dite rhubarbe plate ou rhubarbe mondée au vif.
Les rhubarbes du commerce, suivant Hornemann, ont la composition suivante :
R. rhapontic.
Principe amer 1 4 ,256
Matière colorante jaune 2,187
Extrait avec tannin 10 , 4 l 6
Apothème de tannin 0,^33
Matière extraite par la potasse. . . 40 .290
Acide oxalique ■» »
Fitre 8,542
Raponticine 1 , 043
Amidon , 14,583
Eau 6,043
Perte 1,807
R. d'Angleterre.
R. de Chine.
Emballage. — La rhubarbe de la Chine est emballée dans des caisses de bois blanc du poids de 70 à 75 kilogr., doublées intérieurement d'une feuille de plomb ou d'étain. Cette rhubarbe est demi-mondée ou entièrement mondée.
La rhubarbe de Russie nous arrive dans des caisses de même nature, et entourées d'un fort cuir de bœuf.
La rhubarbe du Midi est expédiée en balles de 100 kilogr.;
la rhubarbe de Bretagne est emballée dans des barriques pesant de 200 à 250 kilogr.
Valeur commerciale. — La rhubarbe sèche se vend de 10 à 25 fr. les 100 kilogr.
La rhubarbe indigène a moins de valeur que celle qu'on importe de la Russie et de la Chine. On croit que cette différence n'existerait pas si on cultivait en France la rhubarbe dans des contrées plus froides et des situations plus élevées que celles qu'on lui consacre ordinairement.
Usages. — Les racines de rhubarbe sont astringentes, toniques et purgatives. On les emploie dans diverses maladies, en poudre, en infusion ou sous forme de sirop.
La rhubarbe perd par sa torréfaclion les propriétés purgatives qu'elle possède et acquiert une grande tonicité.
La racine de la rhubarbe rhapontic jouit des mêmes propriétés que les racines des rhubarbes exotiques, mais à un plus faible degré.
On réduit la rhubarbe en poudre dans un mortier. 100 kilogr. de racines bien sèches donnent 90 kilogr. de poudre très-blanche.
En Angleterre, on fait, avec les pétioles des feuilles, des confitures ou des tartes (voir Plantes alimentaires).
Altérations. — La rhubarbe est très-sujette à s'altérer dans les magasins, quand ces derniers sont humides. En outre, certains insectes la piquent lorsqu'elle est ancienne. On déguise souvent les piqûres faites par les vers, en les bouchant avec une pâte faite avec de l'eau gommée et de la poudre de rhubarbe. On reconnaît aisément cette fraude en soumettant les racines à un lavage.
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SECTION VI
Camomille romaine.
( 'Av9e|ûç, nom grec de l'espèce. )
Anthémis kobjlis, L.; Ormenis kobilis , Gay.
Plante dicotylédone de la famille des Composées.
Anglais. — Roman chamomille. Italien. — Camomilla romana. Allemand. — Rœmische kamille. Espagnol. — Manzanilla.
Historique. — Habitat. — Mode de végétation.— Composition. — Terrain. — Culture. — Récolte. — Fraude.— Valeur commerciale : fleurs, essence. — Usages.
Historique. — La camomille romaine est connue depuis les temps les plus reculés. Les Égyptiens et les Grecs connaissaient ses propriétés thérapeutiques.
Habitat. — Cette plante, que l'on nomme souvent camomille odorante, est commune dans les lieux secs, chauds et sablonneux du centre et du midi de la France.
On la cultive en plein champ. La variété à fleurs doubles a des propriétés thérapeutiques moins prononcées que l'espèce à fleurs simples.
Mode de végétation. — La camomille romaine (fig. 41) a des racines fibreuses. Ses tiges, hautes de 0m,30 à 0m,40, sont un peu rameuses, velues, faibles et rarement dressées. Ses feuilles sont pétiolées, glabres, composées de nombreuses lanières, courtes et bordées de dents aiguës. Ses fleurs sont blanches, solitaires et longuement pédonculées; elles s'épanouissent de juillet à septembre.
Composition. — Les fleurs de la camomille romaine ont une odeur aromatique très-agréable, et une saveur amère, chaude et balsamique.