‹ Les plantes industrielles (volume 2)Chapitre 9 sur 92 · CHANVRE FEMELLE · texte numérisé non relu

CHANVRE FEMELLE

d'un seul sépale disposé en cornet. Le fruit est une sorte de capsule à deux valves unies, recouvertes par le calice et indéhiscentes ; il contient une grain esans albumen, blanc grisâtre, luisante et huileuse.

Toutes les parties du chanvre ont une odeur forte et un goût acre.

Cette plante accomplit toutes ses phases d'existence en quatre ou cinq mois. Elle est sensible aux froids, mais elle supporte bien, dans le Nord comme dans le Midi, les chaleurs ordinaires des mois de juillet et août. Il est vrai qu'elle se fane le jour, pendant l'été, mais la fraîcheur de la nuit ranime sa végétation et permet aux feuilles de persister dressées jusqu'à 9, 10 ou il heures du matin.

variétés et espèces. — L'agriculture européenne cultive trois sortes de chanvre : 1° le chanvre ordinaire ; 2° le chanvre de Piémont; 3° le chanvre de Chine.

1° Chanvre ordinaire ou commun. — Cette espèce est eelle que l'on cultive ordinairement.

2° Chanvre de Piémont. — On cultive dans le Piémont une variété de chanvre qui se distingue du chanvre commun par la grande élévation de sa tige. On croit qu'elle a été rapportée d'Orient par les croisades. On la cultive en France dans les départements de l'Isère , de Maine-et-Loire et des Côtes-du-Nord. A Bréhémont (Anjou), elle atteint communément 3 à 4 mètres de hauteur. Elle est aussi cultivée très en grand sur la rive droite du Pô et aux environs de Naples et d'Ancône.

Le chanvre de Piémont qu'on appelle quelquefois chanvre de Bologne ou chanvre $ Ancône, doit son grand développement à la fertilité et à la fraîcheur des terres où il est cultivé. Il fleurit 15 à 20 jours après le chanvre commun, mais il mûrit presque en même temps. S'il donne plus de graines,

il fournit moins de filasse. Celle-ci, à volume égal, pèse un quart de plus que la filasse du chanvre ordinaire.

Cette variété dégénère facilement. On doit, quand on a intérêt à la cultiver, renouveler ses semences tous les deux ans.

C'est à tort que M. Rey, de Grenoble, l'a nommée chanvre gigantesque (cannabis gigantea) ; elle n'a aucun des caractères qu'elle doit présenter pour être regardée comme une espèce.

3° Chanvre de Chine. — Ce chanvre a été désigné sous les noms scientifiques de cannabis gigantea, Del, cannabis »dica, L. Il a été introduit de nouveau en Europe, en 1846, par M. Hébert. D'après M, Vilmorin, il diffère très-sensiblement par son port du chanvre commun. Ses branches, quand il a été semé clair, ajoute-t-il, sont plus larges, plus diffuses, et retombent un peu des extrémités ; ses feuilles très-longues, ont des folioles beaucoup plus souples qui donnent à l'ensemble de la plante un aspect pleureur. Cette espèce ne mûrit ses graines que dans la région méridionale. A Toulon et en Algérie, elle atteint souvent de 5 à 7 mètres de longueur. Ses fibres sont remarquables par leur grande ténacité, leur finesse et leur aspect soyeux.

Le chanvre vert de Chine que M. J. Bertrand, missionnaire en Chine, a fait connaître, en 1849, est une plante vivace ayant des feuilles cordiformes, blanches et duveteuses en dessous et vertes en dessus. (Voir Ortie blanche.)

On cultive en Algérie une espèce ou variété de chanvre que les Arabes ont appelé takrouri ou hif. Ce chanvre est très-peu élevé; ses extrémités et ses feuilles fournissent le hacliich si connu des peuples orientaux, par ses propriétés enivrantes qui produisent une ivresse particulière , sorte d'extase analogue à celle que procure l'opium lorsqu'on le fume.

Composition. *- La tige et surtout la graine du chanvre

contiennent une notable quantité de calcaire. La tige renferme, d'après Kane, les principes suivants:

Carbone 39,94

Hydrogène 5 , 04

Oxygène 48,72

Azote 1,74

Acide carbonique 1,43

— sulfurique 0,08

— pliosphorique 0,15

Chlore 0,07

Chaux 1,90

Magnésie 0 ,'22

Potasse 0,34

Soude 0,03

Silice 0,30

Fer et alumine 0,04

Selon Gueymard, les semences desséchées sont ainsi composées :

Acide pliosphorique.. 34,96

Chaux 26,63

Potasse 21,67

Silice • 14,04

Magnésie 1 ,00

Peroxyde de fer 0,77

Soude , 0,66

Sulfate de chaux 0,18

Chlorure de sodium 0,9

M. Boussingault a constaté que les graines contenaient 2,60 pour 100 d'azote.

Terrain. A. Nature. — Le chanvre doit être cultivé sur des terres argilo-calcaires , argilo- siliceuses, riches, profondes, fraîches et faciles à diviser. Il réussit très-bien sur les alluvions fertiles plutôt siliceuses ou légères qu'argileuses ou compactes. Le plus ordinairement on le cultive dans les vallées recouvertes d'alluvions sablonneuses et riches,

sur les étangs desséchés, les marais égouttés , les terrains situés le long des rivières ou des fleuves, et après défrichement de prairies naturelles ou artificielles.

Les sols argileux, les terrains froids et humides, les terres pauvres et celles que les pluies battent facilement sont peu favorables à cette plante textile.

En général, le chanvre qui a végété sur des terres compactes ou argileuses produit des fibres plus longues, plus fortes et plus larges. Les terres franches des vallées, les alluvions qui ont peu de consistance fournissent des tiges qui ont des fibres moins longues, moins fortes, mais plus fines et plus belles en qualité.

Les terres propres à la culture du chanvre, ou aux chanvricres ou aux chènecières, ont une très-grande valeur. Dans le Tarn, on les vend de 6000 à 7000 fr. l'hectare. Dans l'Anjou, elles se louent jusqu'à 400 et même 450 fr. l'hectare.

B. Préparation. — Le chanvre demande un sol propre et bien préparé.

Quand la chènevière n'a pas une grande étendue, on la prépare à l'aide de la bêche, ou de la houe pleine, ou de la houe fourchue. Alors on donne à la terre un ou deux labours, suivant sa nature et sa propreté.

La grande culture prépare les terres qu'elle consacre à la culture du chanvre au moyen de la charrue et de la herse. Ici, elle donne trois labours : le premier en novembre ou décembre, le second en février ou mars, et le troisième à la fin d'avril ou au commencement de mai. Ailleurs, comme dans le Dauphiné et l'Alsace, elle en exécute cinq, et quelquefois six. Plus loin, elle fait exécuter un peïversage en hiver et termine la préparation du sol en mars ou avril par un labour suivi de hersages et quelquefois aussi de roulages. Quoi qu'il en soit, dans toutes les localités où la culture du

chanvre est pratiquée en grand chaque année , on prépare très-bien les terres, afin qu'elles soient très-meubles au moment de la semaille. Le plus ordinairement, on termine leur préparation par des hersages ou râtelages qu'on répète jusqu'à deux et même trois fois sur le même champ.

Généralement on laboure les terres à plat, et on les divise en planches de 2 à 4 mètres de largeur, séparées les unes des autres par un sentier. C'est par exception qu'on les laboure en billons de 2 ou de 4 raies ou bandes de terre. Dans la vallée de l'Authion, les terres sont disposées en billons, mais avant de les ensemencer on les roule, ce qui leur donne l'aspect qu'elles présenteraient si elles eussent été labourées à plat.

Quantité d'engrais nécessaire. — Le chanvre est épuisant et ne donne de bons produits que lorsqu'il végète sur des sols riches ou bien fumés. En effet, sous toutes les latitudes , la vigueur de sa végétation est toujours en raison directe de la fertilité de la couche arable.

La promptitude avec laquelle il accomplit ses phases d'existence rend nécessaire l'emploi des engrais qui agissent promptement, comme la colombine, la poudrette, le sang desséché, le purin ou les vidanges. On peut, à défaut de ces engrais si remarquables par leur grande solubilité, appliquer des fumiers consommés ou à demi-décomposés. On doit éviter d'employer des fumiers pailleux, des cornes, etc., parce que ces engrais se décomposent trop lentement. Le goémon remplace très-avantageusement le fumier.

Quand on est forcé de fertiliser les chènevières avec des fumiers frais et pailleux, il faut conduire ces engrais le plus tôt possible sur le premier labour et les enfouir pendant le mois de février.

Le chanvre, suivant M. de Gasparin, n'est pas plus épuivn* 5

66 TLANTES INDUSTRIELLES.

sant que le lin. D'après les chiffres qu'il a indiqués on doit appliquer 12 650 kilogr. de fumier normal par chaque 100 kilogr. de filasse qu'on espère récolter. Ainsi, une chènevière d'un hectare d'étendue, qui produirait 1000 kilogr. de filasse, devrait être fumée avec 126 000 kilogr. dé fumier. La pratique applique les fumures suivantes :

Alsace 48000 kilogr. de fumier, soit 6000 par 100 kilogr. de filasse.

Flandre 40000 — — 6000 — —

Dauphiné... 70000 — — 7000 — -

Anjou 48000 — — 6000 — —

La quantité de fumier à répandre par hectare et par 100 kilogr. de filasse varie donc entre 6000 et 7000 kilogr. Ces chiffres sont plus vrais que les 1500 kilogr. de fumier que le chanvre absorberait, suivant Crud, par chaque 100 kil. de filasse.

Dans le département des Côtes-du-Nord, où les terres contiennent très-peu de calcaire, on répand 10 hectolitres de cendres par hectare avant la semaille. Dans le pays de AVaës et en Suisse, on remplace ces cendres par un arrosage de purin ou de vidanges.

Semaine. A. Époque. — Il est difficile d'indiquer d'une manière précise l'époque à laquelle on doit exécuter les semis. Cette époque varie suivant la nature des terres et surtout selon les latitudes ou les climats.

Ordinairement, en Europe, on sème le chanvre depuis le mois d'avril jusqu'à la fin de juin. C'est en mai qu'on opère les semis dans le centre, l'ouest et le nord de la France, lorsque la température a atteint 12 degrés en moyenne, c'est-àdire lorsque le soleil a échauffé la couche arable.

Dans les parties méridionales , on les exécute pendant la première ou la seconde quinzaine d'avril. En Italie et en Algérie, on les fait en mars.

En général, les semis sont plus hâtifs dans les terres légères et les vallées, et plus tardifs sur les terres froides et sur les lieux élevés.

B. Qualité des semences. — Les bonnes graines de chanvre sont grises, rayées de noiraître, lourdes, lisses et brillantes. Les semences brunes ou blanchâtres, légères et sans marbrures prononcées germent difficilement.

Un hectolitre contient 4 500 000 graines.

Les graines doivent être de la dernière récolte, ou n'avoir pas plus de deux années d'existence.

G. Quantité de graines a répandre. — La quantité de semences qu'il faut projeter par hectare varie suivant la qualité de la filasse qu'on veut obtenir.

Les chènevières destinées à produire du chanvre auquel on demande une filasse longue, fine, douce, exigent plus de graines que celles qui doivent produire des tiges destinées à fournir une filasse résistante, mais plus grossière.

Plus les semis sont clairs, plus le chanvre se développe et se ramifie; plus ils sont épais, plus les tiges qu'on récolte sont minces et allongées.

Le chanvre dans les sols secs et légers fournit moins de filasse, mais davantage de graines; dans les terres fraîches et fertiles, il produit moins de semences, mais une plus forte proportion de filasse.

En général, les sols fertiles exigent moins de graines que les sols pauvres.

Voici les quantités moyennes qu'on répand habituellement par hectare :

Anjou , vallée de FAuthion 90 à 100 litres.

Isère, dans le Graisivaudan 100 à l'20 —

Flandre , dans le Wallon 220 à 230 —

Haute-Garonne 250 à 300 —

Tarn. H 400 à 500 —

En moyenne on répand, en France, de 200 à 250 litres par hectare.

Les chènevières destinées à fournir une filasse fine et soyeuse, doivent présenter de 260 à 300 pieds de chanvre par mètre carré. Les chènevières auxquelles on demande une filasse abondante et grossière n'en offrent sur la même étendue que 100 à 200. Dans le premier cas, les plantes sont éloignées les unes des autres de 0m,06 à 0m,07; dans le second, elles sont espacées de 0m,07 à 0m,l0. Dans la vallée de l'Authion (Anjou), on récolte de 100 à 140 pieds de chanvre par mètre carré.

D. Exécution. — On répand les graines de chanvre avec la main et à la volée. Cette opération présente des difficultés à cause de la légèreté de la semence. On doit en confier l'exécution à un ouvrier habile, afin que la semence soit uniformément répartie sur toute l'étendue de la chènevière.

11 est utile de choisir un temps couvert, afin de rendre aussi prompte que possible la germination des graines. Quelquefois on profite des pluies chaudes qui tombent pendant les mois de mai et de juin. Enfin, il est essentiel d'opérer quand l'air est calme, pour que la graine ne soit pas entraînée çà et là par le vent.

Recouvrement des graines. — La graine doit être enterrée avec soin. On opère tantôt avec le râteau, tantôt au moyen de la herse. Dans ce dernier cas, on herse le champ deux fois : en long et en travers. Dans quelques cantons du Dauphiné, on exécute cette opération à l'aide de la charrue.

Ordinairement, on couvre les semences de 0n,,02 à 0m,03 de terre. Il faut éviter de les placer à une plus grande profondeur dans les sols argileux, car elles y sont sujettes à pourrir quand la température se refroidit après l'exécution de la semaille.

Il faut quinze à seize journées de femmes pour couvrir la graine de chanvre avec le râteau sur une surface d'un hectare.

Travaux qui suivent la semaille. — A. PaillaGE. — Les

agriculteurs qui cultivent le chanvre sur une faible étendue et sur des terres légères et faciles à se dessécher, font répandre des débris de paille ou de fumier sur toute la surface de leurs chènevfères. Cette couverture protège le sol des rayons du soleil, de la pluie et des oiseaux , et elle y conserve une fraîcheur qui hâte la germination des graines.

B. Épouvantails. — Les pigeons, les tourterelles, les grives, les poules, etc., sont avides des graines de chanvre. Quand les chènevières sont abandonnées après les semailles , ces oiseaux y causent souvent de très-grands dégâts. C'est, pour éviter ces dommages qu'on place çà et là, sur les champs ensemencés en chanvre, des épouvantails : moulins, bonshommes de paille, morceaux d'étoffes blanches et rouges, fixés à des ficelles soutenues à l'aide de baguettes implantées dans des directions diverses.

Quelquefois on renonce aux épouvantails, et on fait surveiller les chènevières par des enfants ou des femmes qui agitent des grelots, des clochettes ou des crécelles, depuis le lever jusqu'au coucher du soleil. On cesse cette surveillance lorsque les graines sont presque toutes levées.

C. Ratelage. — Dans les contrées où les terres consacrées à la culture du chanvre se prennent en croûte après les semailles, où il survient après celles-ci des pluies battantes et ensuite des vents desséchants, on facilite la germination des graines en brisant cette croûte au moyen du râteau. Ce ratelage constitue une opération difficile. Il

faut agir avec précaution pour ne pas détruire les germes qui sont délicats et fragiles.

Germination des graines. — La graine du chanvre germe ordinairement du sixième au huitième jour , quand il survient après la semaille un temps à la fois chaud et humide.

En germant, elle donne naissance à des cotylédons ovales, entiers, ayant une belle couleur verte.

Soins d'entretien. — A. Sarclage. — Le chanvre, par sa vigueur et la rapidité avec laquelle il végète, se défend bien dans les circonstances ordinaires de l'envahissement des mauvaises herbes. Toutefois, dans les sols peu fertiles et les printemps secs, et sur les terres qui laissent à désirer quant à leur préparation et à leur propreté, on est souvent forcé de lui donner un ou deux sarclages. Ces opérations se font à la main et elles ont pour but l'enlèvement de la ravenelle ou russe (Gaphanus raphanistrum, L.), de la moutarde sauvage (Sinapis arvensis, L.), de la prêle des champs ou queue de rat (Equisetum arvense, L.), de la romberge ou mercuriale annuelle (Mercurialis annua, L.). On commence le premier sarclage lorsque les plantes ont de 3 à 4 feuilles. Le second s'exécute, s'il est nécessaire, avant que le chanvre ait atteint 0,n,3O à 0m,40 de hauteur.

B. Binage. — Dans quelques contrées, on remplace le" deuxième sarclage par un binage exécuté à l'aide d'une espèce de serfouette ou au moyen de houes pleines à lame très-étroite.

E. Éclaircissage. — Lorsque les semis sont trop épais, on les éclaircit en arrachant à la main les plantes superflues ou en les détruisant avec une petite binette. Cet éclaircissage se fait plus ou moins sévèrement, suivant la nature et la fertilité du terrain et la qualité de la filasse qu'on veut obtenir. (Voir p. 68.)

CHANVRE. 7 l

D. Arrosage. — Dans les "sols secs et dans les contrées méridionales de l'Europe, on arrose les chènevières toutes les fois qu'on peut disposer d'un filet d'eau. Cet arrosement se fait par infiltration. On l'opère tous les huit ou quinze jours au moyen des sentiers que l'on a creusés à 0m, 1 5 ou 0ni,20 aussitôt après la semaille. On doit cesser tout arrosage quinze à vingt jours avant l'épanouissement des fleurs mâles et des fleurs femelles, afin de ne pas amoindrir la force des fibres.

Plantes nuisibles. — Deux plantes indigènes parasites nuisent au développement du chanvre : la cuscute ou teigne (Guscuta Europea, L.) et Yorobanchc rameuse (Orobanche ramosa).

La première se fixe sur l'écorce au moyen de petits suçoirs et se développe aux dépens de la tige. On doit l'arracher avec soin avant l'épanouissement de ses fleurs et la brûler. Cette parasite se développe rapidement et cause souvent de grands dommages dans les chènevières.

La seconde, que les botanistes ont aussi appelée Phelipea ramosa, produit des fleurs bleues ou bleu pourpré disposées en épis et vit sur la racine du chanvre. Les graines qu'elle fournit conservent longtemps en terre leur faculté germina tive. On doit l'arracher avant la maturité des graines. Les dégâts qu'elle cause dans les cultures de chanvre sont parfois considérables.

Animaux nuisibles. — Les rats, les mulots et les campagnôles sont avides des semences de chanvre. Aussi est-il utile de surveiller les chènevières après les semailles et de prendre toutes les mesures possibles pour les détruire ou les obliger à fuir.

Les limaces ou loches détruisent beaucoup de jeunes plantes, quand elles sont nombreuses dans les chènevières,

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après la levée des graines, et lorsqu'une température à la fois chaude et humide les favorise. On prévient en partie les dégâts qu'elles causent en projetant sur les jeunes plantes, le matin à la rosée, de la poudre de chaux vive.

insectes nuisibles. — Roberjot a décrit pour la première fois, en 1796, un insecte, la pyrak du chanvre, qu'il avait observée sur des chènevières dans les environs de Mâcon. Cette pyrale a été signalée de nouveau par P. Ré, en 1805 et 1806. A cette époque, cet insecte fit de grands ravages en Italie. Jusqu'à ce jour on n'a point encore fait connaître comment on peut le détruire; il s'introduit à l'intérieur de la tige du chanvre.

Agents atmosphériques nuisibles. — Le chanvre redoute

les fortes chaleurs et les grandes sécheresses, parce qu'elles suspendent sa végétation et le font périr. Il craint aussi les vents violents qui brisent ses tiges et ses ramifications. C'est pourquoi dans la Franche- Comté on le cultive de préférence à l'abri des haies. Les vents du sud-est dessèchent presque toujours ses extrémités. Enfin, les pluies d'orage et la grêle le couchent ou lui font perdre une grande partie de sa valeur commerciale lorsqu'elles agissent sur les chènevières à une époque tardive.

Observons encore que le chanvre peu développé résiste mal aux inondations. La plupart des chanvres semés au mois de mai, en 1856, ont été détruits par les débordements qui ont causé tant de désastres , dans les premiers jours de juin, dans la vallée de la Loire, depuis Blois jusqu'à Angers.

Maturité. A. Caractères. — On arrache le chanvre aussitôt que les fleurs mâles ou femelles sont fanées. Alors la cime des plantes commence à jaunir et leur base prend une teinte blanchâtre.

Lorsqu'on arrache les pieds avant leur maturité, la filasse est plus blonde et plus douce.

Quand le chanvre maie ou femelle est trop mur, la filasse a moins de qualité, parce que les fibres ont moins de résistance.

Enfin, les pieds trop avancés en maturité prennent une teinte noire; ceux au contraire qui ont été arrachés en temps opportun présentent, après leur dessiccation, une coloration qui rappelle la couleur de la paille de seigle.

B. Époque. — On arrache ordinairement le chanvre 12 ou 1 k semaines après la semaille.

Le chanvre mâle qui mûrit partout le premier se récolte vers la fin de juillet ou pendant la première quinzaine d'août.

L'arrachage du chanvre femelle a lieu 15, 20 ou 25 jours après l'enlèvement du chanvre mâle, c'est-à-dire vers la fin d'août ou pendant la première quinzaine de septembre.

On a proposé d'imiter les agriculteurs de plusieurs contrées de l'est et d'arracher à la fois et le chanvre mâle et le chanvre femelle. Ce procédé rend la récolte des tiges plus facile, mais elle ne permet pas d'obtenir une filasse uniforme.

Arrachage des pieds mâles. — Lorsque le pollen tombe

en abondance, on s'occupe de la récolte des pieds mâles. Cette opération se fait de plusieurs manières : 1° Quelquefois les femmes parcourent les sentiers qui séparent les planches et arrachent les pieds brin à brin en ayant soin d'agir avec précaution pour ne pas endommager les pieds femelles. De temps à autre, elles frappent les tiges contre leurs sabots pour détacher la terre qui adhère aux racines.

2° Lorsquele chanvre est vigoureux, sa grande fixité dans le sol, oblige, si on opère par un temps sec et sur une terre

un peu argileuse , de le couper rez terre à l'aide d'une faucille ou d'une petite serpe. Cette manière d'opérer force le cultivateur à n'employer que des ouvriers intelligents et habitués à manier la serpe.

Arrachage des pieds femelles. — On procède à l'enlèvement des pieds femelles lorsque les graines des premières fleurs ont pris une teinte gris brun, ou quand les feuilles commencent à jaunir et à tomber.

Cette seconde récolte est plus facile à exécuter parce que l'arrachage ou la coupe se fait en plein.

Lorsqu'on arrache, on saisit une poignée de 8 à 20 tiges, selon la fraîcheur ou la dureté du sol ou la force du chanvre, et on la déracine sans secousse , afin de ne pas faciliter la chute des graines mûres.

Ordinairement les pieds femelles sont toujours moins nombreux que les pieds mâles.

Mise en bottes des tiges. — Au fur et à mesure que l'on opère la récolte des tiges mâles ou femelles, on réunit les poignées en petites bottes, qu'on dresse sur le sol après les avoir écartées du pied. Ces bottes sont liées avec un lien de paille de seigle; elles ont de ûm,3û à ûm,5û de diamètre ou de 1 mètre à lm,5û de circonférence.

Dans quelques contrées, on laisse les tiges en javelles étendues sur le champ pendant un jour ou deux, après quoi on les réunit en bottes qu'on dresse en faisceaux. Le javelage du chanvre n'est utile que lorsque L'arrachage a été pratiqué très-prématurément.

Étendue qu'un ouvrier arrache en un jour. — Un Ouvrier

habile arrache par jour, dans la vallée de la Loire, de 6 à 7 ares de chanvre mâle.

En général, il faut de 25 à 30 journées d'hommes ou de femmes, pour arracher complètement un hectare de chanvre.

Récolte des graines. — Le chanvre a une tendance continuelle à dégénérer, à s'abâtardir; le cultivateur doit donc ne récolter des graines que sur des pieds vigoureux qui ont pu mûrir complètement et isolés les uns des autres. On obtient ordinairement de bonnes graines dans l'Anjou; aussi est-ce de cette ancienne province que le Dauphiné fait venir une partie des semences qu'il emploie chaque année.

Lorsqu'on demande au chanvre femelle et de la filasse et de la graine, on dispose quelquefois les tiges, après l'arrachage, d'une manière particulière. Ainsi, on creuse çà et là sur la chènevière des fosses profondes de 0m,33, dans lesquelles on réunit les poignées en plaçant les tiges la tête en bas, pour que les graines achèvent de mûrir et qu'elles ne soient pas dévastées par les oiseaux. On a soin de bien presser les poignées les unes contre les autres, de relever ensuite la terre autour des faisceaux pour que les extrémités des tiges soient privées d'air, et de réunir toutes les poignées avec un lien de paille. On laisse ainsi le chanvre pendant un certain temps. Dans le Languedoc, on l'abandonne dans cet état pendant 5 à 6 jours; en Flandre, où le sol et l'atmosphère sont plus humides , où l'on a à craindre que les graines s'échauffent ou pourrissent, on le retire au bout de 48 heures, lorsque les feuilles sont en partie tombées.

Égrenage des pieds femelles. — Quand les pieds femelles sont secs et les graines mûres, on sépare celles-ci des tiges. Cet égrenage se fait suivant divers procédés, selon les localités :

1° Dans quelques contrées, on bat les tiges en les frappant légèrement sur un tonneau, une échelle ou une truie. 2° Ailleurs, on les bat sur un drap ou une bâche, avec

un fléau ayant une batte légère ou à l'aide d'une gaule flexible, afin de ne pas écraser les graines.

3° Dans d'autres localités, on engage les tiges dans un fort sèran ou égrugeoir; ce peignage n'est pas aussi expéditif que le battage.

4# Enfin, parfois on saisit deux poignées, une dans chaque main, et on frappe leurs extrémités l'une contre l'autre.

Nettoiement des graines. — Lorsque l'égrenage est terminé, on expose les graines au soleil sur des draps ou sur des bâches, pour qu'elles sèchent promptement. Quand elles sont sèches, on les crible, on les vanne et on les rentre dans un grenier, dans lequel les rats et les souris n'ont pas accès.

Conservation des graines. — Les semences de chanvre doivent être déposées dans un local sain et aéré , afin qu'elles ne moisissent pas et pour qu'elles conservent leur aspect brillant.

Pendant les premières semaines qui suivent la récolte, on les remue de temps à autre pour éviter qu'elles s'échauffent.

Le cultivateur a intérêt à vendre ces graines le plus tôt possible, parce qu'elles subissent de mois en mois un déchet assez considérable.

Poids de rhectoiitre. — Un hectolitre de graines de chanvre de bonne qualité pèse de 52 à 53 kilogrammes.

Opérations qui suivent l'arrachage des tiges. — A.

Séchage. — Ordinairement, après l'arrachage, on laisse les pieds mâles ou femelles en bottes et en faisceaux dressés sur le sol pour qu'ils puissent bien sécher. Mais cette dessiccation est-elle utile? Duhamel lui refuse l'avantage qu'on lui attribue, celui de rendre le rouissage plus facile et plus prompt, et il recommande de rouir les tiges aussitôt après

qu'elles ont été arrachées. Ce conseil n'a été accepté que par les agriculteurs de l'ouest. En Flandre, on laisse le chanvre en tas ou monts de 10 à 12 bottes recouverts de chapeaux de paille pendant 3 à 4 semaines; les poignées ne restent que 3 à 5 jours exposées à l'action de l'air et de la chaleur.

Cet abandon du chanvre à lui-même, pendant plusieurs jours ou plusieurs semaines, a pour but principal le séchage des liges; et il est indispensable de l'adopter si le chanvre doit être emmagasiné dans une grange, le rouissage ne devant être pratiqué qu'au printemps suivant.

Dans quelques localités on fait sécher le chanvre en l'appuyant contre une perche soutenue par deux pieux, à une

hauteur de 0m, 7 5 à lm au-dessus du sol (fig. 9 j.

Ce procédé a l'avantage de hâter la dessiccation du chanvre, en permettant à l'air d'agir sur tous les brins.

B. Assortiment des tiges. — Dès que les tiges sont sèches, on procède à leur assortiment, opération encore peu répandue mais fort utile, puisqu'elle permet d'obtenir des filasses plus régulières. Ainsi, on réunit ensemble toutes les tiges fortes, toutes les tiges de moyenne grosseur et toutes les tiges fines. On a alors trois qualités de chanvre. Pendant ce triage on sépare les pieds morts, altérés ou noircis.

Cet assortiment se fait aisément : on appuie une poi-

Fig. 9. Séchage du chanvre.

gnée de chanvre contre un mur ou une haie ou on l'étend sur le sol; alors on enlève d'abord les grandes tiges et ensuite les tiges moyennes. Les tiges qui restent sur la terre sont les tiges courtes; on les met en bottes à part, à l'aide de liens de paille.

G. Division des grandes tiges. — Lorsque les pieds de chanvre ont 3, 4 ou 5 mètres de longueur, on les divise avec une serpe en deux ou trois parties. Cette opération rend le rouissage plus facile et elle permet de réunir toutes les parties inférieures , les parties médianes et les extrémités des tiges.

D. Enlèvement des racines. — Aussitôt que le triage des tiges est terminé, on procède à l'enlèvement des racines que présentent les pieds qui ont été arrachés. On exécute cette importante opération au moyen d'une serpe et d'un billot.

Les racines, une fois séparées des tiges, sont rapportées à la ferme et déposées sous un hangar. On les emploie comme combustible.

Rouissage ordinaire. — Le rouissage a pour but de faire dissoudre, sous l'influence de la fermentation, le principe gommeux azoté qui enveloppe ou agglutine les fibres, et de rendre la chènevotte cassante, afin de pouvoir aisément la séparer de la filasse.

Cette opération se pratique de diverses manières : à l'eau, à la rosée et à l'eau chaude.

A. Rouissage a l'eau. — Le rouissage à l'eau se fait soit à eau dormante, soit à eau courante.

Le rouissage à eau dormante ou stagnante est très-connu en France. On le considère comme inférieur au rouissage à eau vive. En effet, tous les chanvres que l'on rouit dans une eau dormante ne fournissent que des filasses jaune

verdàtre, ayant par conséquent une couleur peu favorable; en outre, ils rouissent plus irrégulièrement et donnent plus de déchet.

Le rouissage à eau courante est principalement pratiqué dans la vallée de la Loire, sur les bords du Rhin et de 1*111 et les rives de l'Isère. Le chanvre que l'on rouit ainsi donne toujours une filasse plus blonde, plus blanche et plus nerveuse, et ses déchets sont bien moins considérables. Les chanvres de l'Anjou et de la Sarthe doivent leurs belles qualités et surtout leurs couleurs si agréables aux eaux courantes dans lesquelles on les fait rouir.

La qualité des eaux courantes a autant d'importance que leur renouvellement. Ainsi, il ne suffit pas que l'eau soit belle, limpide comme l'eau de la Loire, du Rhin, etc., il fuit aussi qu'elle soit douce et qu'elle puisse dissoudre le savon. Enfin, il est nécessaire que leur température ne soit pas au-dessous de la température de l'air ambiant.

Malheureusement, on n'est pas toujours à même de choisir les lieux où l'on peut opérer le rouissage. Dans bien des cas, on l'exécute où l'on peut, à 100 mètres, 1000 mètres et quelquefois même à 2 et à 3 kilomètres de l'exploitation.

Les routoirs à eau dormante ne sont autres, le plus ordinairement, qu'un trou rempli d'eau ou une mare ayant 1 ou 2 mètres de profondeur. De là, ces émanations infectes ou insalubres, qui ont fait de tout temps regarder ce mode de rouissage comme nuisible à l'existence humaine.

B. Pratique du rouissage a l'eau. — Lorsqu'on rouit le chanvre à eau stagnante, un ouvrier se met dans l'eau, reçoit d'un aide les poignées ou les bottes et les place horizontalement les unes à côté des autres, par lits successifs. Quand le routoir est plein ou lorsque tout le chanvre a été

ainsi placé, il charge les bottes de madriers ou de planches sur lesquelles il met des pierres. Ce chargement est nécessaire pour que les poignées soient bien au-dessous de l'eau. On abandonne ensuite le chanvre.

Le rouissage à eau courante est moins simple, parce qu'il est utile de garantir les bottes par des travaux particuliers de l'action des courants ou des crues subites.

On doit choisir de préférence les rives d'un accès facile, les plus sablonneuses ou graveleuses, et celles qui sont les moins exposées aux courants, afin que l'eau soit toujours limpide et qu'elle ait une température plus constante, plus régulière.

Quand le lieu a été choisi, on forme à l'aide de pieux et de fascines ou d'un clayonnage, une enceinte destinée à protéger le chanvre contre les courants. Voici, d'après LeclercThouin, comment on dispose le chanvre dans les rouioirs artificiels qu'on établit chaque année sur les rives de la Loire : au fond du fleuve, à 3, 4 ou 5 mètres de distance l'un de l'autre, on enfonce d'abord deux pieux solidement; le long de ces pieux, on attache horizontalement une perche qui occupe tout l'intervalle existant entre eux et qui est disposée de manière à pouvoir s'enfoncer à mesure qu'on la chargera davantage; elle flotte d'abord à la surface de l'eau. Outre les deux cordes qui la fixent aux pieux par ses deux extrémités, mais qui sont enroulées de manière qu'on peut les lâcher successivement à mesure que cette perche est poussée plus profondément dans l'eau, il en existe une troisième ayant une destination spéciale. Quand les pieux et les cordes ont été ainsi disposés, on pose les poignées de chanvre les unes à côté des autres sur la perche, en ayant soin de les placer en travers de sa direction; on en superpose successivement plusieurs couches entre

les deux pieux et lorsqu'on à ainsi formé un tas de 100 à 120, on place au-dessus une seconde perche parallèle à la première; on l'appuie fortement sur le chanvre et on la fixe dans cette position au moyen de trois cordes attachées par leur autre bout, les deux premières aux deux extrémités et la dernière au centre de la perche inférieure; toutes les poignées forment dès lors une masse compacte que l'on recouvre de paille arrêtée entre les deux pieux, en l'y attachant et en la surchargeant de sable.

G. Caractères des chanvres rouis a l'eau. — Le rouissage est terminé lorsque la matière gommo-résineuse a été dissoute par l'eau, lorsque la partie verte des tiges a disparu. Alors, si le rouissage a eu lieu dans un routoir à eau stagnante, celle-ci est noirâtre et fétide, et le chanvre a une teinte foncée. Si on l'a exécuté dans une eau courante, les tiges présentent une belle couleur blond jaunâtre. Dans les deux cas, les fibres n'ont pas été altérées et la chènevotte se détache facilement des tiges, si l'on froisse celles-ci entre les mains.

Tout rouisseur doit s'assurer tous les jours, à partir du cinquième jour, de l'état de la macération ou des progrès du rouissage.

D. Durée du rouissage a l'eau. — La durée du rouissage à l'eau est très- variable.

Le chanvre mâle rouit plus tôt que le chanvre femelle : le premier reste dans le routoir de 5 à 10 jours, le second de 8 à 15 jours, selon la température de l'eau. En général, le rouissage dure moins longtemps dans la région méridionale que dans les localités de l'ouest et du nord de la France; il s'effectue aussi plus promptement dans une eau chaude que dans une eau froide.

L'expérience a aussi permis de constater que le chanvre vu* 6

vert rouit plus tôt que le chanvre jaunâtre, la partie inférieure des tiges plus promptement que la partie supérieure, le chanvre nouvellement récolté moins lentement que le chanvre de la récolte précédente, et les grosses tiges moins facilement que le chanvre fin.

Il est bien important de retirer les tiges des routoirs en temps opportun. Le chanvre qui a roui trop longtemps est plus difficile à travailler ; le chanvre qui n'a pas fermenté suffisamment donne moins de filasse, et les fibres qu'il fournit sont moins nerveuses, moins résistantes.

Législation concernant le rouissage à l'eau. — Les maires, en vertu de l'art. 3 de la loi du 24 août 1790, ont le droit d'interdire le rouissage dans les rivières, les étangs et les mares qui avoisinent les habitations, dans l'intérêt de la salubrité publique.

Le décret du 15 octobre 1810 et l'ordonnance du 14 janvier 1816 rangent les routoirs dans la première classe des établissements insalubres.

Opération complémentaire du rouissage à l'eau. A. LA- VAGE. — Lorsque le rouissage est complet on enlève les pierres et le bois qui maintenaient le chanvre à 0m,15 ou 0m,25 au-dessous du niveau de l'eau, et on le retire en évitant de briser les tiges.

Si le rouissage a eu lieu à eau stagnante, on le lave avec soin dans un cours d'eau, ou, à défaut d'eau Yive, dans le routoir même.

Le rouissage à eau courante n'oblige pas à faire cette opétion, à moins que l'eau soit trouble ou boueuse au moment de l'enlèvement du chanvre.

B. Séchage ou hâlage. — Quand le chanvre a été lavé ou aussitôt qu'il a été retiré du routoir, on dresse les poignées ou les bottes sur un terrain uni ou gazonné pour

qu'elles s'égouttent. Quelques heures suffisent ordinairement pour qu'elles soient presque sèches.

Alors on délie les bottes et on étend les tiges bien parallèlement sur une terre ayant porté une céréale ou sur une prairie qu'on a fauchée depuis peu de temps. Le lendemain, ou deux jours après, on les retourne; on répète cette opération le troisième et le cinquième jour. Pour retourner les tiges promptement sans les briser, on se sert d'une petite gaule qu'on passe sous le sommet des tiges.

On peut aussi adosser les tiges en les inclinant légèrement le long d'un mur, d'une habitation, d'une haie ou d'une berge de fossé ; quelquefois on les dresse sur une prairie en écartant la base des bottes.

Lorsque le temps est sec et l'air chaud, 3 à 4 quatre jours d'exposition suffisent pour que le chanvre soit bien sec, si on a soin de retourner les tiges une ou deux fois, ou de déplacer le lien des bottes ou des faisceaux. Les pluies, les temps brumeux obligent quelquefois de le laisser étendu ou dressé pendant 6 ou 8 jours. Dans les contrées du Midi, on ne l'expose à l'action de l'air et du vent que pendant une nuit, et on le met en tas qu'on couvre de paille aussitôt après le lever du soleil.

Dans quelques localités on abandonne le chanvre étendu sur un gazon pendant quinze jours ou trois semaines, mais on le retourne tous les jours. La filasse qu'on obtient, en agissant ainsi, est plus grise, mais elle est plus fine et plus soyeuse. Ce procédé ne peut être suivi que lorsque le temps est beau, car s'il survient des pluies continues, les tiges bru* nissent et donnent une filasse moins recherchée par le commerce et l'industrie.

Quand les tiges sont bien sèches, on les lie en bottes qu'on rapporte à la ferme pour les déposer dans un endroit sec et à l'abri des rats et des souris.

Rouissage chimique. — On a proposé, il y a un demisiècle, de remplacer le rouisssage à l'eau ordinaire par le rouissage à l'eau chaude et alcaline , parce que l'emploi des alcalis rend la filasse plus blanche, plus fine et plus soyeuse. Ce procédé a été imaginé par Bralle, et voici comment on le met en pratique : on verse dans un large cuvier environ 600 litres d'eau chauffée à 72 ou 75 degrés, et on y fait dissoudre 1 kiiog. de savon vert ; on y plonge complètement pendant 2 heures 50 kilog. de chanvre. Au bout de ce temps, on retire les tiges, on les met en tas que l'on couvre au moyen d'un paillasson. Le lendemain on les étend sur une aire planchéiée et on les roule avec un rouleau pour les aplatir. Après cette opération on les étend sur un gazon et on les laisse ainsi exposées à l'action de l'air, du soleil et des pluies ou des rosées pendant 5 à 7 jours. Au bout de ce temps on les dresse, et, lorsqu'elles sont sèches, on les rentre dans un magasin.

D'après les expériences faites l'an xm au Conservatoire des Arts et Métiers, par Molard, Tessier, Monge et Berthollet, 100 kilog. de chanvre préparés suivant le procédé de Bralle donneraient 25 kilog. de filasse, c'est-à-dire 10 pour 100 de plus que le chanvre roui à l'eau stagnante ou dormante.

Home a expérimenté ce mode de rouissage. Il l'a reconnu supérieur au rouissage ordinaire.

Le prince de Saint-Séver a proposé de remplacer la méthode de Bralle par le rouissage exécuté dans une lessive de soude rendue caustique par la chaux. Il dit que les chanvres que l'on rouit ainsi donnent une filasse aussi belle et aussi fine que la filasse qu'on obtient en Perse.

Rouissage à la rosée. — Le rouissage à l'air libre, qu'on désigne souvent sous les noms de rosage et rorage, consiste à

étendre le chanvre, dès qu'il a été arraché et égrené, sur un terrain engazonné ou sur un chaume de céréales. On le pratique çà et là dans la plupart des régions de la France. Ce rouissage est le seul qu'on puisse adopter quand la rareté de l'eau ne permet pas de rouir le chanvre dans les cours d'eau ou les mares. Il a l'avantage de ne développer aucune odeur désagréable.

On doit disposer les tiges de manière qu'elles soient bien parallèles et qu'elles forment une couche mince sur le sol. Dans les contrées où les terres sont labourées en billons, on les place en travers des sillons. Quand on étend le chanvre sur des prairies naturelles, il faut préalablement faucher l'herbe si elle est élevée.

Le chanvre que l'on rouit ainsi prend une teinte foncée, et fournit une filasse grise avec laquelle on fait du fil très-fin qui devient très-blanc au blanchiment , mais que l'on regarde avec raison comme moins durable.

Ce rouissage est plus long que le rouissage à l'eau.

Torréfaction ou hâlage artificiel. — Avant de broyer OU

teiller le chanvre, on le dessèche complètement dans un four ou hdloir après la cuisson du pain. Ainsi, une heure ou une heure et demie après avoir retiré le pain, on remplit le four de poignées de chanvre, on le bouche, on le laisse ainsi pendant environ 24 heures. Cette dessiccation doit être faite la veille du jour où l'on procédera au broyage, afin d'exécuter cette opération quand le chanvre est encore chaud ou tiède.

Dans diverses localités on exécute la torréfaction dans des trous creusés dans le sol revêtus de maçonnerie et munis d'une porte. Ces hâloirs ont de 2 mètres à 3n,,50 de longueur, 2 mètres à 3m,50 de profondeur et 2 mètres de largeur.

Maquagc ou niaiiiochage. — Quand les tiges du chanvre

ont été hûlées, on les écrase sur un billot à l'aide d'un maillet en bois de frêne pesant de 2 à 3 kilog., afin de rendre le broyage plus facile. Cette opération est pénible et se fait lentement.

Un ouvrier mailloche environ 5 douzaines de poignées par jour.

Fig. 10. Brisoir mécanique.

On opère quelquefois le maillage au moyen d'une meule en pierre verticale. C'est pour ce motif qu'on désigne cette opération sous le nom de pliage.

On a imaginé, en Bohême, un appareil [fig, 10) destiné à remplacer le maillochage, et qui se compose d'une table

courbe cannelée et d'un rouleau mobile présentant aussi des cannelures. Deux ouvriers sont nécessaires pour servir ce brisoir. L'un met en mouvement le rouleau et lui imprime un mouvement de va-et-vient continuel ; l'autre tient le chanvre ou le lin, le retourne et le secoue plusieurs fois, afin de faire tomber la chènevotte.

Broyage ou éckinage. — Le broyage a pour but de séparer la chènevotte des parties textiles. On l'exécute au moyen de la broie (fig. 11).

La broie ou braie, appareil très-répandu, se compose d'un madrier en frêne ayant deux ou ou trois mortaises séparées par des parois à biseau aigu et supporté par quatre pieds ; elle a de 0m,12 à 0m,15 au carré, et sa longueur varie entre

lm,50 à 2 mètres. Le madrier est muni à une de ses extrémités d'un levier à poignée présentant deux ou trois lames en bois ou couteaux qui s'engagent dans les mortaises. Le levier est réuni au madrier par une charnière ou à l'aide d'une cheville. Voici comment on opère le broyage :

L'aide qui accompagne deux ou trois ouvriers retire du four une poignée de chanvre et la donne au chanvreur qui la saisit par la main gauche ; alors ce dernier prend l'extrémité du levier, l'élève, engage la poignée entre cette pièce et le madrier, abaisse le levier, le relève et l'abaisse de nouveau, et ainsi jusqu'à ce que la chènevotte soit entièrement séparée. Lorsque la moitié de la poignée a été ainsi préparée, il saisit la filasse, engage sous le levier la partie qu'il tenait précédemment dans la main et opère comme dans le premier

Fig. 11. Broie ou braie.

cas. Pendant ces opérations la chènevotte tombe sous la broie à travers les mortaises.

Le chanvreur termine le broyage de chaque poignée en affinant la filasse à l'aide de petits coups répétés de la mâchoire. Pendant cette opération, il doit éviter de brouiller les fibres.

Le broyage est une opération assez pénible, parce que la poussière qui se dégage des tiges de chanvre et qui forme une sorte de nuage dans le local où l'on opère, est irritante et détermine parfois des maladies de poitrine. Aussi est-ce avec raison qu'on a recommandé aux ouvriers broyeurs de se couvrir la figure d'un masque de mousseline ou d'agir sous un hangar ou dans un bâtiment muni de deux ouvertures opposées, afin que le vent puisse entraîner la poussière au dehors.

Une femme peut broyer par jour de 25 à 30 poignées de tiges et préparer de 10 à 15 kilog. de filasse.

MM. Renaud et Lotz de Nantes, ont imaginé un appareil destiné à remplacer le broyage à la main.

Cette machine, du prix de 600 fr., prépare de 8 à 10 kilog. de chanvre ou de lin à l'heure. Elle est plus simple que l'appareil proposé en 1818 par Christian, peut être mise en mouvement par un manège à un cheval et elle dispense du chauffage au four.

Elle est déjà répandue dans la vallée de la Loire entre Saumur et Nantes.

Espadage ou spatuiage. — Dans diverses localités, on complète le broyage par une opération particulière à laquelle on a donné les noms iïespadage, rdpage ou ribage.

Les ouvriers chargés de l'exécuter sont assis et ont devant eux un tablier de cuir; ils étalent sur leurs genoux le chanvre broyé, et, avec un couteau en bois qu'ils tiennent

dans la main droite, ils enlèvent la chènevotte qui reste après le broyage et détachent les fibres brisées qui constituent alors ce qu'on appelle les peignures.

Une femme peut râper par jour la filasse provenant de 50 à 60 poignées de chanvre.

Teillage ou tiiiage. — Dans la basse Bretagne, l'Alsace, la Bourgogne, la Champagne, etc., quand on cultive le chanvre sur une faible étendue, on remplace le maquage et le broyage par le teillage, opération qui consiste à séparer à la main les fibres de la chènevotte. En Flandre, on ne teille que le chanvre femelle.

Le teillage est simple et facile, mais il a l'inconvénient d'être long. On en confie souvent l'exécution à des enfants et des vieillards, et, comme au temps de Pline, on l'opère souvent dans les veillées. La filasse que l'on obtient par le teillage est plus nerveuse, plus forte, mais elle n'a pas toute la longueur des tiges, et elle est plus difficile à peigner.

Les gros brins sont ceux qu'on teille le plus aisément.

Voici comment on opère :

Le teilleur prend une tige, brise son extrémité inférieure, saisit la filasse et la détache en l'enroulant sur un de ses doigts. Alors il prend une nouvelle tige et opère de la même manière. Lorsque le doigt est bien garni de fibres, on enlève celles-ci sans les dérouler et on les accroche à une cheville. A la fin de la veillée, on déroule les fibres pour les réunir et les tordre afin qu'elles ne se mêlent pas.

En Anjou, les teilleuses reçoivent 10 centimes environ par chaque kilogramme de filasse qu'elles ont préparée.

Sérançage ou peignage. — La filasse, séparée de la chènevotte au moyen de la broie ou par le teillage, est ensuite sérancée ou peignée à l'aide de peignes en fer ou en acier, fixés sur un chevalet ou sur une table.

90 plantes industriel::

Le peignage a pour but de désunir les fibres et de refendre les brins. Les chanvres qui ont été bien sera: sont longs, brillants, soyeux et exempts d'étoupes et de chènevottes.

Un séranceur habile peut peigner, par jour, de 25 à 35 kilogrammes de filasse.

Le prix du sérançage est en moyenne de 0,10 centimes par kilogramme.

Apprêts des filasses. — Après le peignage, le filassier plie en deux les poignées en les tordant grossièrement mais avec soin. Toutes les poignées ainsi apprêtées doivent avoir la même longueur et être réunies par paquets de 10, 16, 20 ou 24 écheveaux, pesant ensemble 2 ou 6 kilogramr:.

Produits. — A. Chanvre cru ou chanvre brut. — Un hectare de chanvre, cultivé sur un terrain de bonne qualité, fournit les produits suivants :

De Sainte-Marie (Cûtes-du-Nord) 2000 kilog. de tiges sèches

Gallesio (Italie) 2000 à 2400 kilog.

On désigne souvent le chanvre brut sous le nom de chanvre en bois ou chanvre en masse.

Dans le Nord on le vend souvent dans cet état. Dans le pays de Waës, un hectare de chanvre sur pied, produisant environ 1000 kilogrammes de filasse, se vend de 800 à 850 francs.

B. Filasse. — Le produit en filasse est très-variable. Voici les données qu'on a recueillies :

Chanvre des plaines.

Rendu Tarn> 400 à 500 kilog.

Rendu (Haute-Garonne) 500 à 600 —

Rendu (Nord) 400 * —

Burger 500 à 700 —

Moyenne 450 à 600 kilog.

Chanvre d^s vaUées.

Rendu (Isère) 1200 à 1 500 kilog.

Schwertz (Alsace) 900 à 1 100 —

Penautier (Limagne) 1000 à 1500 —

Gasparin (Rhône) » 1300 —

Leclerc-Thouin (Anjou) 780 » —

Moyenne 970 à 1350 kilog.

Ainsi, les moyennes de ces divers produits sont :

Chanvre des plaines 500 kilog.

— des vallées 1100 —

Ces résultats concordent avec les chiffres de la statistique agricole publiée en 1859.

C. Graine. — Le produit en graine est aussi très-variable. Les faits constatés permettent de dire qu'on récolte par hectare, suivant les circonstances, de 6 à 15 hectolitres de graines. Le rendement moyen varie entre 9 et 12 hectolitres.

Rapport de la filasse aux. tiges sèches. — Ordinairement on obtient de 25 à 30 kilogrammes de filasse ordinaire de 100 kilogrammes de chanvre brut.

Rapport de la filasse pure à la filasse brute. — On a

constaté que 100 kilogrammes de filasse brute fournissent de 60 à 70 kilogrammes de filasse peignée.

Rapport de l'étoupe à la filasse brute. — La filasse

sérancée abandonne de 30 à 33 pour 100 d'étoupes.

usages. — A. Tiges. — Dans quelques départements, les tiges de chanvre servent, après le rouissage, à fabriquer d'excellentes allumettes au soufre. On coupe les plus belles en portion de 0m,10 environ.

B. Filasse. — La filasse sert à faire du fil, de la toile, des cordes et des ficelles. C'est avec du fil de laine et du fil de chanvre qu'on fabrique l'étoffe connue sous les noms de berlinge ou bélinge.

G. Graine. — La graine du chanvre est employée dans la nourriture des volailles, ou on en extrait l'huile qu'elle contient.

D. Chènevotte. — La chènevotte sert à chauffer les fours.

Nature et usages de l'huile. — L'huile qu'on extrait

de la graine de chènevis est très-siccative et résiste à plus de 25° au-dessous de zéro. On l'emploie dans l'éclairage et la fabrication du savon; elle sert aussi dans la peinture.

Nature et usages du tourteau. — Le tourteau que fournit la graine de chanvre n'est pas employé dans l'alimentation des animaux domestiques. Il sert à fertiliser les terres, ou on l'utilise comme appât dans les pêcheries.

Rapport de l'huile à la graine. — La graine de chanvre donne de 25 à 30 pour 100 d'huile.

Rapport du tourteau à la graine. — Un hectolitre de

graine fournit de 15 à 20 kilogrammes de tourteau.

Valeur commerciale de l'huile. — L'huile de chanvre Se

vend un peu plus cher que l'huile de lin; son prix varie entre 75 et 85 fr. les 100 kilogrammes.

Valeur commerciale du tourteau. — Le tourteau de chè-

nevis se vend ordinairement de 10 à 12 francs les 100 kilog. Prix de revient. — La culture du chanvre engage un capital assez élevé, et le bénéfice qu'elle fournit est toujours en raison directe du produit brut qu'on obtient par hectare. Voici quelques chiffres comme exemples :

Filasse brute. Filasse pure.

(Penautier, isd2, (Leclerc-Thouin, 18^3, Limagne.) Anjou.)

Dépenses 600 fr. » 658 fr. 80 c.

Bénéfice 768 » 62 40

Prix de revient des 100 kilogr.. 33 » ' 83 »'

1. La valeur de la graine a été déduite des dépenses à raison de 15 fr. l'hectolitre.

Crud porte le bénéfice net d'une culture de chanvre à 77 fr. 50 par hectare.

Qualités des filasses. — Les filasses varient entre elles, suivant leur longueur, leur coloration et leur finesse.

1° Chanvre d'Anjou. —Les filasses de l'Anjou ont une belle couleur blonde, parce qu'elles proviennent de chanvre roui dans la Loire. Leur longueur varie entre lm,30 et 2 mètres. Les plus belles viennent des environs d'Angers, des Pontsde-Cé, de Ghalonnes et de Briolay ; les plus grossières proviennent du chanvre qu'on récolte à Corné et Daguenières; elles sont verdâtres.

Les unes et les autres servent à faire des voiles ou des cordages de marine.

2° Chanvre de Touraine. — Les niasses de la Touraine, que l'on appelle aussi chanvre de Loire, sont longues, grossières et blondes. Les chanvres qui les fournissent sont cultivés à Tours , Ghinon , Saumur et Bourgueil. Leurs points rougeâtres permettent de les distinguer des filasses de l'Anjou.

3° Chanvre de Picardie. — Les filasses de Picardie ont été divisées en deux classes : 1° Les filasses de La Fère, Chauny, Abbeville, qui sont longues, à reflet doré, blondes, douces, soyeuses et très-fines ; on leur reproche de manquer de force. 2° Les filasses des autres localités qui sont vert cendré, cotonneuses et très-chargées d'étoupes.

Les premières servent à faire de très-belles toiles; on emploie les secondes dans la fabrication des ficelles ou des toiles d'emballage.

4° Chanvre de l'Alsace. — Les filasses d'Alsace manquent de douceur, ont une couleur jaune ou grise et une très-grande force. Celle qu'on a obtenue par le broyage contient toujours beaucoup de chènevottes. Leur longueur varie entre lm,30 et am,50.

On les emploie pour fabriquer d'excellents filets de pêche.

5° Chanvre de Champagne. — Les filasses de la Champagne sont belles : leurs fibres sont nerveuses , égales et d'une bonne longueur. On les divise en cinq catégories : le chanvre fin femelle; le chanvre demi-fin; le chanvre 1er moyen; le chanvre 2e moyen; le chanvre marin. Les trois premières filasses sont blondes ou fines; les autres sont vertes ou brunes.

On emploie les filasses blondes pour faire des ficelles très-fines; les autres servent à fabriquer des ficelles grossières.

6° Chanvre de Bourgogne. — Les filasses de la Bourgogne sont fortes et grossières ; leur couleur est très-variable. On les récolte dans les environs de Semur, d'Époisse et de Yitteaux. Les filasses de seconde qualité sont plus grossières encore; elles sont brun verdâtre et ont jusqu'à 3 mètres de longueur. Elles proviennent des chanvres qu'on cultive dans les environs de Ghalons-sur-Saône.

Les unes et les autres servent à fabriquer des cordages ou des câbles d'excellente qualité.

7° Chanvres étrangers. — Les beaux chanvres de Russie viennent de l'Ukraine et de la Lithuanie : ils sont remarquables par leur longueur, leur souplesse et leur élasticité. Avant de les livrer au commerce, on les fait classer par l'expert du gouvernement.

Ces chanvres sont souvent livrés au commerce sous le nom de chanvre du Nord.

Les chanvres d'Italie sont très-blancs et très-longs.

Le chanvre de Bologne est recherché des tisserands; on le divise en deux catégories: 1° le Hondrina, qui sert à fabriquer des toiles; 2° le Gornene, qu'on emploie dans la fa-

brication des ficelles et des cordes. En général, les chanvres d'Italie manquent de ténacité.

Les chanvres du duché de Bade sont jaunâtres et presque toujours un peu humides. Leur longueur varie entre 2m et 2™ 50.

Les chanvres d'Allemagne ont été divisés en deux classes : le chanvre blanc dit chanvre de cordonnier; le chanvre blond dit chanvre à filer. Ces chanvres se récoltent dans divers états de la Confédération germanique.

Emballage. — Yoici comment on emballe les filasses de chanvre avant de les livrer au commerce.

Les chanvres a" Anjou et de Touraine sont expédiés en ballots de 55 kilogrammes sans enveloppe. Ces chanvres n'ont pas été sérancés.

Les chanvres de Picardie étaient autrefois disposés en paquets de 2 kilog., 2 kilog. 500 ou 3 kilog. 500. Delà, les poids de 4, 5 ou 7 livres en usage alors dans le commerce.

Les chanvres de l'Alsace sont expédiés de deux manières. Lorsqu'ils sont bruts, on en forme des balles de 90 à 120 kilog.; quand ils ont été peignés, on les expédie dans des tonneaux de 400 à 500 kilog.

Les chanvres de Champagne qui ont été classés sont livrés en balles de 50 à 100 kilog. Les chanvres non classés sont expédiés en paquets de 15 à 30 kilog.

Les chanvres de Bourgogne sont livrés en balles de 120 à 130 kilog.

Les chanvres de Russie sont expédiés en balle de 1000 à 1105 kilog. Les balles de chanvre de lrc qualité portent 10 liens sur le travers et 2 clefs croisées, avec un R sur le côté; celles de chanvre de 2e qualité n'ont que 8 liens, et elles portent 2 clefs avec un A d'un côté et un S de l'autre.

Valeur commerciale des filasses. — Le prix des filasses

est très-variable. Il est plus ou moins élevé, selon leur qualité et la manière dont elles ont été préparées. Les filasses que fournissent le chanvre femelle, ou le chanvre teille, ont moins de valeur que les filasses qui proviennent du chanvre broyé. Les filasses brutes ou non sérancées ont aussi moins de valeur que les filasses peignées.

Les belles filasses sérancées se vendent de 0 fr. 90 à l fr. le kilog.

Les filasses brutes sont vendues de 0 fr. 70 à 0 fr. 80 le kilog.

Fils de chanvre. — Les fils de filasse ou d'étoupe de chanvre sont plus ou moins fins selon leurs numéros. Chaque numéro correspond à 1000 mètres. Le n° 3 donne 3000 mètres au kilog.; le n° 6, 6000 mètres; le n° 12, 12 000 mètres.

BIBLIOGRAPHIE

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PLANTE TEXTILE

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