‹ Les plantes industriellesChapitre 14 sur 71 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

section première:

Pavot ou Œillette.

JJu celtique papa, bouillie; allusion à l'aliment qu'on préparait autrefois avec les graines.) l'A PAVER SOMNIFERUM, L.

Pian.te dicotylédone de la famille des Papavéracées.

Anglais. — Poppy. Portugais — Dormidiera.

Allemand. — Mohn. Espagnol. — Dormidera.

Hollandais. — Meutzaad. Italien. — Papavero.

Suédois. — Valmo. Polonais. — Mak.

Historique. — Climat. — Végétation. - Variétés. — Composition. — Terrain : nature, préparation, fertilité. — Quantité d'engrais nécessaire. — Semailles : époque, exécution, quantité de graines, recouvrement des semences. — Germination. — Soins d'entretien : premier et deuxième binages, éclaircissage, troisième binage. — Insectes, animaux et agents atmosphériques nuisibles. — Récolte de l'œillette ordinaire : époque, exécution; arrachage, dessiccation et battage des tiges. — Récolte du pavot aveugle. — Nettoiement et conservation des graines. — Poids de l'hectolitre. — Rendement. — Rapport des graines aux tiges. — Quantité d'huile contenue dans les graines. — Usage de L'huile. — Nature du tourteau. - Emploi des tiges. — Valeur commerciale ^ graines, huile, tourteaux et tiges sèches. — Bibliographie.

if istoriftue — La culture du pavot n'est pas très-ancienne; elle prit naissance en France dans les premières années «lu wiir siècle; mais pendant Longtemps L'huile

que ses graines fournissaient fui seulement employée dans

l'industrie et les arts, car on la regardait comme nuisible pour la vie humaine.

En 1747, le lieutenant-général de police consulta la Faculté de médecine afin de savoir si elle contenait un narcotique, ainsi que le disaient ceux qui demandaient qu'elle ne fût pas vendue pure; mais quoique la Faculté eut déclaré que cette huile ne renfermait rien qui put altérer la santé, et que l'usage devait en être permis 1 i, une sentence du Châtelet, en date du 17 janvier 1718. fit défense a tous les marchands d'huile de pavot de mêler celle-ci a l'huile d'olive, sous peine d'une amende de 3,000 livres. Cet arrêt n'empêcha pas les huiliers de continuer de faire leur mélange.

De nouvelles plaintes ayant été adressées au chef de la police, celui-ci obtint du Châtelet, le \\ mars 1735 et le 6 juillet 1742. de nouveaux arrêts, qui ordonnaient aux marchands de comestibles de jeter dans chaque baril d'huile d'oeillette 500 grammes d'essence de térébenthine. Ces arrêts furent confirmés, le 22 décembre 1754, par des lettres-patentes que le parlement enregistra le 29 janvier 1755. Ces lettres, qui étaient contraires à l'avis que la Faculté de médecine avait donné le 28 juin 1717. puisquelles portaient que l'huile d'oeillette avait été reconnue de tout temps d'un usage pernicieux, frappèrent vivement l'abbé Rozier.

Convaincu que ces arrêts avaient été rendus sur la demande de personnes intéressées, il entreprit une suite d'expériences dans le but de bien constater que l'huile de

(1] Cum sensuissent doclares nihil oarcoti aut sanitati inimici in se conUnere ipsui* usum tolerandum rsse existimarunt Registres de la Faculté, t. xviii, p. 150.

pavot ne contenait rien de narcotique, rien de dangereux, et lorsque, en 1773, il eut acquis la certitude1 qu'elle était très-salubre, il s'adressa au lieutenant de police, et lui demanda que la Faculté fût de nouveau consultée. Cette compagnie rendit, le 12 février 1774, un décret qui confirma l'avis quelle avait donne cinquante-sept ans auparavant, et la décision rendue le 16 septembre de Tannée précédente par le collège des médecins de Lille. Cette sentence donna à Rozier l'occasion de demander de nouveau le retrait des arrêtés qui défendaient l'usage de l'huile de pavot. A force de démarches et de sollicitations, il obtint des lettres-patentes permettant la fabrication et la vente de cette huile sans la mélanger avec d'autres substances. Les félicitations que Rozier reçut des agriculteurs, le dédommagèrent des persécutions dont il fut l'objet de la part de ceux auxquels les lois liscales et de prohibition qu'il avait renversées, permettaient de réaliser d'immenses bénéfices au détriment de l'agriculture.

C'est sous l'empire de ces arrêts que la culture du pavot s'introduisit dans l'Artois, l'Alsace et la Lorraine ; avant cette époque, elle n'était pratiquée qu'en Flandre. En 1820, année durant laquelle périrent un si grand nombre d'oliviers dans le midi de la France, la Société centrale d'Agriculture de Paris lui imprima une impulsion remarquable, en proposant des prix de 2,000 et 1,000 francs aux cultivateurs qui la pratiqueraient dans les localités où elle était encore inconnue. Cette Société pensait avec juste raison que la culture des plantes oléifères, usitée dans le nord de la France, est bien insuffisante pour nous dispenser, quand la récolte des olives n'est pas abondante, de tirer des huiles de l'étranger, et que l'huile de pavot remplace, mieux qu'aucune autre, celle de l'olivier.

til) PLANTES INDUSTRIELLES.

Voici quelles ont été les importations <k l'huile d'olive :

Importation. Valeur.

1840 36,500,000 kil. 29,500,000 fr.

Les exportations pendant ces deux années ne se sont pas élevées au delà de 1,300,000 kilog.

La France a importé, en 1855, 1,586,000 kilog. de pavot œillette,, ayant une valeur de 461,000 fr.

Les froids intenses et tout à fait extraordinaires qui ont eu lieu en janvier 1855, dans les contrées du Midi, ont gelé un grand nombre d'oliviers. On sait que la plupart périrent en 1789, année durant laquelle le thermomètre descendit pendant dix-neuf jours à 15°,63 au-dessous de 0.

Ces désastres déplorables et l'importance des importations d'huile d'olive nous engagent à vivement insister pour que le pavot, cet olivier du Nord, comme l'appelait Royer, soit désormais plus cultivé qu'il ne l'a été jusqu'à ce jour; quand sa culture réussit, il donne un bénéfice net qu'il est difficile d'obtenir par l'intermédiaire du colza. Cette plante a,en outre, l'avantage de pouvoir remplacer cette dernière oléifère quand elle a été détruite par les gelées et les dégels, ou par les alouettes.

Le pavot œillette est cultivé dans les départements du Nord, du Pas-de-Calais, de l'Aisne, de la Somme, du Haut et du Bas-Rhin, delà Meurthc, de la Meuse, etc.

Climat. — Le pavot peut être cultivé sous tous les climats. On le multiplie en Carinthie, à plus de 1,000 mètres au-dessus de la mer. Toutefois, s'il résiste bien aux gelées à glace, il redoute un excès d'humidité et surtout les dégels. C'est pourquoi on le semé de préférence au printemps dans les contrées du nord de la France. Mais comme

il craint, lorsqu'il est jeune, le printemps et principalement les étés secs, on se trouve dans la nécessité, dans les provinces du midi de l'Europe, de pratiquer les semailles en automne. Ainsi cultivé, il supporte très-bien, dans le Midi et en Algérie, les fortes chaleurs de mai et de juin. Végétation. — Le pavot (fig. 6) appartient à la famille

des papavéraeées; sa racine est pivotante; sa tige est droite, lisse, cylindrique, rameuse ou ramifiée à 2 ou 3 décimètres du sol, et haute de 1 mètre a lm,50; ses feuilles sont larges, embrassantes, alternes, incisées, dentées, glabres et glauques; les fleurs, chiffonnées dans le bouton, sont grandes et à quatre pétales planes; les fruits, appelés têtes de pavot ou capsules, sont presque globuleux et couronnés d'un stigmate sessile et étoile par douze à treize rayons; à leur intérieur, [fig. 7), on remarque des cloisons papy racées qui se fendent à la maturité, et qui forment alors autant de lames ou fausses cloi-

Fig. G. — Pavot œillette.

sons que le stigmate olïre de rayons ou de divisions.

Lorsque lès plantes sont vertes, elles ont une forte odeur virense peu agréable, et les tiges et les capsules sont gonflées d'un sue propre ordinairement laiteux.

Fig. 7. — Coupe d'une capsule. Fig. 8. — Capsule de pavot œillette.

Sous le climat de Paris, les boutons apparaissent en juin et les fleurs s'épanouissent en juillet.

Dans le Midi, c'est en mai, qu'a lieu la floraison.

En général, les jeunes plantes ont une jeunesse lente, mais lorsqu'elles ont atteint de 0m,20 à 0m,30 de hauteur, elles montent vite, surtout si l'atmosphère est à la fois chaude et humide, et elles fleurissent ordinairement vers le quatrième mois qui suit la germination. Quant à la récolte, elle a lieu six semaines ou deux mois après la floraison. Ainsi, les plantes qui proviennent de semis pratiqués à la fin de l'hiver, accomplissent toutes leurs phases d'exis tence dans un laps de temps qui varie entre le 5e et le 6e mois.

D'après les remarques de M. de Gasparin, le pavot exige pour mûrir 2,300 degrés de chaleur totale depuis lappari-

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