PLANTE OLÉAGINEUSE
Planche
PAVOT, Œillette
lion des cotylédons à la surface de la terre; la levé en exige 2.:j00.
Variétés. — On cultive deux variétés de pavot.
A. Pavot œillette ordinaire. — Cette variété est la plus cultivée; on la nomme oliette, pavot gris, pavot à fleurs pourprées, pavot rouge, pavot noir, pavot à capsules ouvertes (Papayer sommferuvj, L.). Elle a des fleurs lilas, blanc rosé avec une tache violet noirâtre à la base des pétales. C'est par erreur que ïessier indique que la fleur est rouge.
Les capsules [fig. 8) offrent à la maturité, des opercules ou simples spores sous le disque stigmatifère, et elles prennent nue teinte légèrement violacée ou bleuâtre; c'est pourquoi on désigne quelquefois cette variété sous le nom de pavot bleu. Tbaër dit que le stigmate se détache de lui-même lorsque les semences sont mures; ce fait ira lieu que tresaccidentellement. Le plus ordinairement il reste attache a la capsule sur laquelle il forme une sorte de toit, dans le but de préserver les graines de l'action des pluies.
Les semences sont très petites et nombreuses, et de couleur gris perle fonce. On a souvent dit que ces graines daient noires; cette coloration n'est pas celle que présentent les graines qui ont été bien récoltées.
A cause des opercules que possèdent les tètes de cette variété, il faut, autant que possible, qu'elle soit cultivée dans des champs abrités des vents violents.
B. Pavot aveugle. — Cette variété, à laquelle on a donne les noms d'œillette aveugle, pavot gris sans opercules, pavot à capsules fermées (Papayer sommferum iïsapertim), n'est cultivée qu'en Alsace et en Allemagne, et la culture du pavot décrite par Tbaër la concerne exclusivement.
Cette variété diffère de la précédente en ce que ses fleurs sont plus foncées, ses capsules plus grosses, et que ces der-
nières n'offrent pas de valvules sous le disque stigmatifère.
(Voir pour la culture du pavot blanc et du pavot à opium, livre v, Plantes économiques.)
Composition. — Suivant M. de Gasparin, les graines de pavot contiennent 3,05 d'azote, et les tiges 0,50.
Analysées par M. Boussingault, les graines ont donné :
Huile 41,0
Matières organiques non azotées. 13,7
— — azotées. . . 17,5
Ligneux 6,1
Phosphates et sels 7,0
Eau 14,7
Terrain. — Il est peu de plantes agricoles qui soient aussi difficiles que le pavot sur la nature et la préparation du sol sut lequel il peut être cultivé.
A. Nature. — Il demande une terre très-propre , profonde, un peu légère, douce, calcaire-argileuse, calcairesiliceuse et substantielle; il réussit très-bien sur les alluvions riclies. Dans les sols légers, il ne trouve pas assez de fraîcheur pendant les fortes chaleurs, et presque toujours il y manque de fixité. Mais ces terres ne sont pas les seules sur lesquelles sa réussite soit très-incertaine ; les sols à soussols imperméables, les terrains humides et les sols trèsargileux lui sont aussi peu favorables. A Hohenheim, on a cessé de le cultiver à cause de la nature forte des terres.
B. Préparation. — Quelle que soit la nature des terrains sur lesquels le pavot doit être cultivé, il est indispensable que la couche arable soit parfaitement préparée. On donne ordinairement aux terres un labour d'hiver, et cette opération est suivie après les gelées à glace par un second et
même un troisième labour, si la nature du sol l'exige. En général, les terres qui ont supporté précédemment une récolte de betteraves, de carottes, de chanvre ou de tabac, peuvent être très-bien préparées par deux labours, si le premier a été exécuté en automne, aussitôt après les ensemencements des céréales d'hiver.
Comme la terre doit être très-meuble ou aussi pulvérulente que possible à l'époque des semailles, à cause de la finesse delà graine, on n'exécute le dernier labour que vers la fui de février, en ayant soin de le pratiquer par un temps sec. Cette opération est suivie par un ou deux hersages exécutés aussi par un beau temps. C'est en préparant ainsi la terre que l'on parvient à ameublir le plus possible sa surface.
Dans le nord de la France, on regarde comme essentiel pour la réussite de l'œillette, d'ameubjfr complètement la superficie des terres, tout en laissant le fond ferme, probablement dans le but de permettre aux plantes d'avoir, par l'intermédiaire de leurs racines, une plus grande fixité, et de mieux résister par conséquent à l'action des vents violents.
C. Fertilité. — Le pavot a été regardé par plusieurs agriculteurs comme une plante peu épuisante. Les faits que la pratique a permis de recueillir ne confirment pas cette observation ; ils obligent au contraire de dire qu'il faut le considérer comme très-exigeant par rapport à la fertilité du sol. C'est pourquoi on ne doit le cultiver que sur les terres riches et fertilisées par une bonne fumure. Dans les sols pauvres, la valeur de son produit excède bien rarement les dépenses que nécessite sa culture.
Quantité d'engrais nécessaire. — Selon Crud, 100 kil. de graines enlèveraient au sol 909 kil. de fumier, et vu, 5
1 hectolitre du poids de C6 kilog. 600 kil. MM. Girardin et Dubreuil adoptent ces derniers chiffres, et croient qu'une fumure de 13,200 kil. doit produire une récolte de 22 hectolitres par hectare. M. de Gasparin considère le pavot comme plus épuisant. D'après ses observations, c'est 3,990 kilogr., qu'il faudrait appliquer'pour obtenir 100 kilog. de graines. Si l'hectare pouvait produire 30 hectolitres, la fumure à répandre sur cette superficie s'élèverait donc à 68,840 kilogr. ; sur cette quantité, le pavot enlèverait seulement 18,580 kilogr., et il resterait dans le sol 50,260 kilog. de fumier.
Dans la pratique, la fumure que l'on applique pour cette oléagineuse est bien moins considérable. En Flandre, on répand par hectare, quand on n'emploie pas de fumier et d'engrais flamand, 1,500 kilogr. de tourteau de colza. Comme cette fumure permet d'obtenir 1,000 kilogr. de graines, il en résulte que 100 kilogr. peuvent être produits par 125 kilogr. de tourteau dosant, d'après M. Soubeiran, 5,55 d'azote et équivalent à 1,387 kilogr. de fumier.
A Grignon, le pavot vient après une fumure de 30 heclol. ou 2,100 kilogr. de poudrette, et produit en moyenne, par hectare, 16 hectol. 50 ou 1,000 kilogr. de graines. Comme la poudrette contient en moyenne 1,77 pour 100 d'azote, cette fumure doit être regardée comme équivalente à 9,300 kilogr. de fumier dosant 0,40 d'azote. Cette quantité explique pourquoi les récoltes de pavot, à Grignon, ne sont pas plus élevées.
On a dit qu'avec 1,000 à 1,200 kil. de tourteau, on pouvait compter sur une récolte de 18 hectol. par hectare : une telle fumure serait certainement insuffisante si la terre n'était pas très-riche. Je reste convaincu qu'il faut appliquer 1,100 kilogr. de fumier par chaque 100 kilogr. de
PAVOT OEILLETTE. f>7
graines que la nature du sol permet d'espérer. Ainsi, pour obtenir une réeolte de 20 hectolitres ou 1,300 kilogr., la fumure devrait être de 14,000 kilogr. de fumier. Dans le cas où cette culture serait suivie, comme cela a souvent lieu, par un froment d'hiver pouvant produire 24 hectolitres ou 1,920 kilogr. par hectare, la quantité de fumier a répandre serait de 27,000 à 30,000 kilogr.
Toutes choses égales d'ailleurs, l'engrais à appliquer doit être riche en azote, et on doit éviter d'employer ceux qui ne se décomposent pas très-vite ou très-lentement, parce que la végétation du pavot s'accomplit entièrement dans l'espace de six mois environ.
Semailles. — A. Epoque. — Les semis de pavots se font vers la fin de février, en mars, et en dernier lieu dans la première quinzaine d'avril, dans la région septentrionale de la France.
Crud conseille de répandre la graine sur la neige; cette méthode, proposée aussi par Thaër, réussit bien rarement. On a dit qu'on pouvait exécuter les semailles jusqu'en mai; mais des semis faits à une époque aussi tardive sont presque toujours incertains.
En général, les semis hâtifs sont ceux qu'il faut pratiquer de préférence, parce que les plantes sont toujours plus développées quand arrivent les grandes chaleurs, et qu'elles donnent, en outre, plus de graines; mais on se troni|>crail si on pensait, avec Mathieu de Dombasle, qu'il faut de toute nécessité semer le pavot avant le 1er mars.
Dans le Midi et en Algérie, les semis se font en octobre ou dans les premiers jours de novembre. Si on les pratiquait à la fin de l'hiver, les plantes n'auraient pas assez de force pour résister aux hâles ou aux sécheresses de mars ou d'avril.
!>]. VNTES INDUSTRIELLES.
B. Exécution. — 11 \ a quelques années on semait encore les pavots à la volée; aujourd'hui, sur un grand nombre d'exploitations, la graine est répandue en lignes parallèles, distantes les unes des antres de 0m,40 à 0m,60. En pratiquant ainsi les ensemencements, on rend les cultures d'entretien plus faciles a exécuter et moins dispendieuses.
Les semis en lignes se font au moyen : 1° d'un semoir a cheval; 2° d'un semoir a brouette; 3° d'une bouteille ifig. 9) ; 4° de la main.
Quand les graines doivent être répandues à l'aide d'un
semoir à brouette ou avec la main, on doit rayonner préalablement le sol. Ce travail s'exécute à l'aide d'un rayonneur traîné par un cheval, au moyen du rayonneur ou d'un cordeau et d'un traçoir. Toutefois, comme la graine de pavot est très-fine, et quelle doit être légèrement recouverte, il est
utile de ne tracer que Fig. 9. - Bouteille servant à répandre deg ^^ .^ q{ gu
les graines dans les ravons.
perficiels.
Souvent, pour rendre les semailles a la main plus faciles et plus régulières, on mêle les semences à deux ou trois fois leur volume de sable, de terre sèche tamisée ou de cendres de foyer. Ces semis doivent être faits par un temps calme, afin que la graine ne tombe pas au delà des rayons qui doivent la recevoir.
On l'ait une bonne opération toutes les t'ois qu'on peut répandre un engrais pulvérulent, d'une prompte solubilité, concurremment avec les graines. Cet engrais a ce grand avantage qu'il excite la végétation des jeunes plantes et les rend plus aptes à résister aux premières chaleurs ou sécheresses du printemps et a l'envahissement du sol parles mauvaises herbes.
C. Recouvrement des graines. — Lorsque les graines sont semées à l'aide d'un semoir à cheval, du semoir de Grignon, par exemple, il n'est pas nécessaire ensuite de les recouvrir, puisque les tubes les conduisent jusque dans la couche arable. Il n'en est pas de même pour les semis faits avec le semoir à brouette de Dombasle, à l'aide de la main ou d'une bouteille ; il faut pratiquer après le semis un hersage léger, un râtelage ou un roulage. On peut aussi faire passer sur toute la surface ensemencée un fagot d'épines ou une herse milanaise.
Quand on prévoit, après la semaille, une pluie prochaine, ce qui est très-rare, parce que les semis doivent être faits par un très-beau temps et lorsque la terre est très-meuble et sèche, on peut se dispenser de couvrir les graines.
D. Quantité de graines. — Lorsque les semis ont lieu à la volée, on répand par hectare 4 à 5 litres ou 2 à 3 kilog. de semences.
Les semailles en lignes exigent moins de graines. On doit en répandre de 2 à 2 kilog. 500 ou environ 3 litres.
Schwertz recommande d'employer aussi peu de graines que possible, 168 à 338 grammes par hectare; cette faible quantité non-seulement est insuffisante, mais il serait presque impossible de la répandre avec régularité.
M. Vilmorin fils a constaté que 4 litre de pavot œillette
du poids do 620 grammes contient un million de graines. Les cotylédons du pavot apparaissent à la surface du sol quand la température est en moyenne à 10° au-dessus de zéro, au bout de quinze à vingt jours. Comme toutes les plantes agricoles dicotylédonées à cotylédons très-étroits, la première végétation du pavot est très-lente. Ce n'est qu'un mois environ après l'apparition des feuilles séminales que les plantes commencent véritablement à se développer.
Soins d'entretien. — A. Premier rinage. — Quand elles ont de trois à cinq feuilles, ou 0m,05 à0m,08 de hauteur, on leur donne un premier binage. Cette opération est trèsdifficile à exécuter; mais elle est indispensable, car le pavot redoute les mauvaises herbes. Elle doit être sans cesse surveillée et confiée à des ouvriers habiles et intelligents ; et il importe beaucoup que ceux-ci ménagent les jeunes plants. C'est que le pavot a une racine très-délicate, qu'il languit et meurt lorsque cet organe a été attaqué par le fer des outils que l'on emploie pour pratiquer les binages, et que, supportant très-difficilement la plantation, on ne peut pas remplacer les pieds qui ont été détruits, ou combler les lacunes que peuvent offrir çà et là les lignes.
Ce premier binage est le travail qui a le plus d'importance; c'est de son exécution que dépend presque toujours la réussite de la culture.
Lorsque les lignes sont espacées de 0m,40 et les plantes de 0m,l8 à 0,n,25, on paie ordinairement le premier binage 30 à 35 fr. par hectare.
B. Deuxième rinage. — On opère le deuxième binage quand les tiges commencent à s'élever.
Cette opération est payée de 15 à 18 fr.