C. Valeur locative. — Les terres sur lesquelles on cul
tive le safran se louent un prix très-élevé. Ainsi, dans le Gàtinais leur valeur localive varie entre 200 et 250 fr. l'hectare, et dans le Vaucluse entre 200 et 380 fr. Les terres à blé dans ces mêmes contrées se louent de Si) à 00 fr. Ce haut prix de location confirme ce que disait de la Taille des Essarts, il y a un siècle, que le safran est une plante épuisante et qui ne végète bien que dans des terres spéciales.
Préparation du sol. — Les terres doivent être bien ameublies à une profondeur de 0m,16 à 0m,25. On les laboure après la moisson, soit à la bêche, soit à la charrue, et on renouvelle cette opération une seconde et une troisième fois en mars et en mai. On termine la préparation du sol en Fémiettant à l'aide de la herse ou du râteau.
Enfin, on épierre si cela est nécessaire, afin que la surface de la couche soit bien unie et pour qu'on puisse aisément faucher les feuilles chaque année.
Epoque de la plantation, — On plante les oignons depuis la fin de juin jusqu'au commencement d'août. Dans le Comtat, on plante plus tard que dans le Gàtinais. C'est ordinairement dans la première quinzaine de juillet qu'on exécute la plantation des bulbes dans le Gàtinais.
Choix des bulbes, — Un oignon est regardé comme bon quand il est ferme, sain, bien arrondi et lorsqu'il a de 0m,023à0m,025 de diamètre etde0œ,034à 0m,036de hauteur. Les bulbes larges et aplaties fournissent beaucoup de cayeux, mais elles produisent moins de fleurs.
On plante rarement de jeunes cayeux parce qu'ils ne fleurissent, ainsi que je Fai dit précédemment, qu'après deux ans de plantation.
On doit rejeter les oignons qui sont légers, mous et altérés.
Préparation des oignons. — Il faut, avant de planter un oignon, le débarrasser de ses tuniques et de la bulbe
qui Ta produit. Cette opération permet de constater l'état de l'oignon et de rejeter les bulbes altérées. Cet épluchage diminue le volume des oignons d'un cinquième.
Lorsque ^es oignons ont été dépouillés de leurs enveloppes, on les expose pendant quelques jours à Faction du soleil.
Une femme peut éplucher de 100 à 115 litres d'oignons par jour.
Le prix de cette opération varie entre 0 fr. 50 et 0 fr. 60 c. l'hectolitre.
Poids de l'hectolitre. — Un hectolitre de bulbes pèse, suivant leur grosseur, de 46 à 50 kilog.
Nombre de bulbes contenu dans un hectolitre. — Un hectolitre contient un très-grand nombre d'oignons.
Lorsque les bulbes sont grosses, il en contient environ. . . 6,900
— moyennes, — 9,600
— petites, — 11,500
Quantité qu'on plante par lie et are. — Lorsque les lignes de safran sont éloignées les unes des autres de 0m,15 à 0m,17 de distance et les oignons sur ces. rangées de 0m,05 à 0m,06, chaque bulbe occupe de 85 à 90 centimètres carrés.
Ainsi, chaque mètre carré reçoit environ 114 oignons, chaque are 11,400 et un hectare 1,140,000.
De là, il résulte qu'il faut, pour planter un are, 118 litres, et un hectare, 118hectol. de bulbes de grosseur moyenne.
J'ai vu planter à Boynes (Loiret) 160 hectolitres de bulbes par hectare sur une terre dans laquelle la mort avait attaqué le safran les années précédentes.
Mode de plantation. — Lorsque la terre a été bien préparée, un ouvrier que Ton nomme marreur dans le Gâtinais, ouvre avec une bêche étroite ou une houe, un rayon
deOm,l5à Om,l 7 de profondeur. La femme, qui l'accompagne, porte un panier rempli d'oignons épluchés et elle place ces bulbes dans le fond de la raie, en ayant soin que chaque oignon soit placé sur la base du plateau. Lorsque l'ouvrier est arrivé à l'extrémité du champ, il ouvre un second sillon à 0m,16 du premier et jette la terre qui en provient sur les oignons qui forment la première ligne, et ainsi successivement jusqu'à ce que le champ soit entièrement planté.
Quelques cultivateurs ne recouvrent les oignons que de 0m,l0 à 0m,13 de terre. Ce procédé laisse à désirer. On a constaté que les bulbes ainsi plantées étaient plus sujettes à souffrir des fortes gelées pendant le second et surtout le troisième hiver quisuitlaplantation, et qu'ellesproduisaient presque des stigmates plus courts et moins développés.
La plantation à la charrue doit être abandonnée pour la plantation à la bêche.
Un homme et une femme plantent de 8 à 10 ares par jour. Opérations qui suivent la plantation. — Quelques semaines après la plantation, on exécute un binage sur toute la surfaceduchampdanslebutde détruire les mauvaises herbes et d'ameublir la couche arable que les planteurs ont foulée en travaillant. Il est utile de ne pas attendre, pour exécuter ce binage, la fin du mois d'août, et le commencement de septembre pour ne pas détruire les boutons à fleurs.
On peut, lorsque les terres sont un peu légères et lorsqu'elles n'offrent pas une croûte épaisse et dure, remplacer le binage par un râtelage.
Ces deux opérations doivent être faites par un beau temps. Récolte des fleurs, — A. Epoque de la floraison. — Les fleurs du safran apparaissent, dans le Gàtinais, depuis le 20 de septembre jusque vers le 15 octobre.
La récolte des fleurs n'a jamais Jieu avant le 15 septembre et il faut que l'automne soit froid et humide pour qu'elle se prolonge jusqu'à la Saint-Martin (11 novembre). En 1823, elle n'a été terminée que vers la fin d'octobre.
Dans le département de Vaucluse, le safran ne commence à fleurir que vers la mi-octobre.
On doit récoller les fleurs avant qu'elles soient complètement ouvertes, et de préférence le matin ou le soir, lorsque leurs corolles sont fermées et fraîches.
B. Durée de la floraison. —En général, les fleurs se succèdent pendant quinze à vingt jours, selon l'état de l'atmosphère.