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PERS1CAIRE DES TEINTURIERS

SECTION III

Persicaire des Teinturiers.

(De 7toAû$ yovû beaucoup de genoux; allusion aux nœuds des tiges.) POLYGONUM TINCTOTIUM, Ait.

Plante dicotylédone de la famille des Polygonées.

Historique. — Mode de végétation.— Composition des feuilles.— Climat. — Terrain : nature et préparation. — Mode de propagation. — Semis : mode d'exécution, époque, quantité de graines nécessaires, germination. — Poids de l'hectolitre. — Étendue de la pépinière. — Soins d'entretien de la pépinière. — Transplantation : époque et exécution. — Soins d'entretien : binage, arrosage, buttage. — Insectes nuisibles. — Récolte : époque, cueillette des feuilles, fauchaison des tiges, séchage des feuilles, aspect des feuilles séchées. — Extraction de l'indigo. — Quantité d'indigo fournie par les feuilles. — Qualité de l'indigo. — Prix de revient. — Bibliographie.

Historique. — Cetle plante est originaire de la Chine, où on la cultive depuis les temps les plus reculés pour la matière colorante bleue que contiennent ses feuilles. Les Japonais remploient aussi pour teindre en bleu.

Cette plante fut introduite en Europe, en 1776, par John Blacke; mais sa propriété tinctoriale ne fut connue qu'en 1789, époque où le père d'Incarville traduisit la relation du voyage que lord Macartney lit en Chine, et dans laquelle Aiton la signala pour la première fois. En 1816, Jaume Saint-Hilaire en a donné une description dans son mémoire sur les indigotifères du Bengale et de la Chine.

M. Delile, après l'avoir expérimentée à Montpellier, l'a

proposée en 1835, à l'agriculture française comme plante tinctoriale. Il avait reçu les graines qu'il sema, de M. Ficher, directeur du Jardin impérial de Saint-Pétersbourg. L'année suivante, en 1836, le gouvernement fit venir une caisse de graines qui fut distribuée dans les principales régions par les soins de la Société centrale d'agriculture. Les essais de culture et les travaux entrepris par MM. Chevreul, Baudrimont, Robiquet, Girardin, Vilmorin fils, etc., prouvèrent que la persicaire des teinturiers végète très-bien en France, et que ses feuilles contiennent un indigo de belle qualité.

Jusqu'à ce jour, la culture de cette plante tinctoriale ne s'est pas répandue. Cela tient à ce qu'on ignore encore quel est le procédé à la fois le plus simple et le plus économique qu'il faut suivre pour extraire l'indigo de ses feuilles. Espérons que la chimie et l'industrie tinctoriale continueront leurs recherches, et qu'elles proclameront que la France possède une plante rivale de l'indigotier.

Iflode de végétation. — La persicaire des teinturiers a une racine fibreuse, une tige cylindrique ou légèrement anguleuse, interrompue de distance en distance par des nœuds arrondis à la base desquels se développent des stipules engainantes. Cette tige s'élève de 0m,o0 à 1 mètre et porte quatre à six ramifications vertes ou rougeàtres. Les feuilles sont pétiolées, alternes, oblongues-lancéolées, luisantes et d'un beau vert; leur surface est ondulée ou boursouflée. Les fleurs sont petites et nombreuses; elles terminent les rameaux et forment des épis cylindriques, serrés, allongés, roses ou rougeàtres. Les fruits sont triangulaires et noirâtres.

Cette plante est annuelle en Europe, bisannuelle en Chine et au Japon.

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Composition des feuilles* — Les feuilles vertes de la persieaire des teinturiers contiennent, d'après MM. Girardin et Preisser, les principes suivants :

Indigo 1,00

Matières colorantes rouge et jaune rougeâtre. . . 5,40

Chlorophylle 6,10

Ligneux 7,40

Matières organiques azotées et non azotées. . . 4,82

Matières minérales 8,62

Eau 66,66

L'indigotine existe dans les feuilles à l'état incolore et soluble.

Climat. — Tous les essais faits depuis 1836, ont démontré que la persieaire des teinturiers végétait très-bien dans toutes les régions de la France. Toutefois, si elle y produit sous toutes les latitudes des feuilles riches en indigotine, elle n'y mûrit ses graines que dans les contrées qui appartiennent à la région du maïs.

Terrain. — A. Nature. — La persieaire des teinturiers doit être cultivée sur des terres de moyenne consistance, fertiles et fraîches ou arrosables, parce qu'elle exige, pour développer des feuilles nombreuses, larges et épaisses, que le sol soit continuellement frais. M. Vilmorin lîls a constaté qu'un excès d'humidité dans le sol ne lui était pas nuisible.

Cette plante végète mal sur les terrains compactes, les sols pauvres et les terres qui se dessèchent facilement pendant Tété.

On a constaté, en 1835, en Arménie et Iméritie, que les plantes qui végètent sur les terres riches et bien fumées ont des feuilles d'un vert foncé, tandis que celles des plantes qui croissent sur des terres médiocres présentent toujours une teinte vert clair.

li>2 PLANTES INDUSTRIELLES.

On peut aussi la cultiver sur les sols tourbeux, aprè£ les avoir préalablement fumés.

B. Préparation. — On laboure le sol à la charrue ou à la bêche suivant l'étendue qu'on consacre à la culture de cette plante tinctoriale.

On termine la préparation par un hersage ou un râtelage.

Mode de propagation. — La persicaire des teinturiers se propage par graines ou par boutures ; mais l'expérience a prouvé qu'il fallait accorder la préférence au premier mode de reproduction.

Semis. — A. Mode d'exécution. — Les graines de cette plante doivent être semées en pépinière. Les semis en place ne sont possibles que lorsqu'on la cultive dans les jardins.

M. Vilmorin conseille les semis en pépinière; la même recommandation a été faite par Fauteur de l'ouvrage chinois intitulé : Pienmin. — Thou-Trouan.

Les semis se font sur un terrain léger, perméable, substantiel, exposé au midi, abrité du nord, et garanti la nuit et le jour si l'air est froid, par des paillassons, des châssis ou des cloches.

Lorsqu'on abrite les semis par un vitrage, on doit chaque jour, si le temps est beau, donner le plus d'air possible lorsque la germination des semences a eu lieu, afin d'éviter que les jeunes plantes s'étiolent.

B. Epoque. — Les semis se font au commencement de mars, dans le midi' de la France; dans le nord, on ne doit pas les exécuter avant la tin de ce mois.

En Chine, on les pratique en février.

C. Quantité de graines nécessaire. — Un are de pépinière exige environ 1 kilog. de graines.

D. Germination des graines. — Les graines abritées par des cloches mettent quinze jours à lever quand la tempéra-

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iure moyenne a atteint + 12° et vingt-cinq jours si elle ne dépasse pas 10°.

Les Chinois rendent la germination des graines moins prolongée, en les faisant tremper dans l'eau jusqu'à ce qu'elles commencent à germer.

Poids de l'lieetolitre. — Un hectolitre de graines pèse en moyenne 60 kilog.

Etendue que doit avoir la pépinière* — Un are de pépinière, d'après les expériences de M. Vilmorin, fournit le plant nécessaire pour repiquer un hectare.

Soins d'entretien des pépinières. — Lorsque les graines ont germé, on enlève les mauvaises herbes au fur et a mesure qu'elles apparaissent, on arrose légèrement si cela est nécessaire et on opère un éclaircissage lorsque les plantes sont trop rapprochées les*unes des autres.

Transplantation. — A. Epoque. — La mise en place des plants ne peut être faite qu'en avril, dans la région du JNJidi, c'est-à-dire lorsque la température moyenne à atteint -f- 12° et que les plants ont de quatre à six feuilles. Dans les contrées du Nord on l'exécute dans la seconde quinzaine de mai ou au commencement de juin.

Il faut éviter de repiquer les plants trop jeunes, parce qu'ils sont délicats et leur reprise difficile.

B. Exécution. — La transplantation se fait sur les terres que l'on a préparées ou ameublies et fumées. On l'exécute au moyen d'un plantoir ordinaire.

On doit, autant que possible, la pratiquer quand le sol et le temps sont frais ou humides.

On repique les plants sur des lignes distantes les unes des autres de 0m,65.

Les plants doivent être espacés les uns des autres dans les rayons de 0m,40 à 0m,50.

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On compte en moyenne 30,000 plants par hectare.

Soins d'entretien. — A. Binages. — Quinze jours ou un mois après la plantation, on exécute un binage dans le but de détruire les mauvaises herbes et ameublir la couche arable.

On répète celte opération après chaque récolte de feuilles.

Les binages présentent des difficultés. Ainsi la facilité avec laquelle les tiges se cassent ou s'éclatent, oblige que les ouvriers agissent avec beaucoup de précaution.

B. Arrosages. — On doit arroser, si cela est possible, quand le sol devient sec. Les arrosages ainsi que les pluies accélèrent le développement des rameaux et surtout des feuilles d'une manière remarquable.

C. Buttage. — Doit-on' butter la persicaire des teinturiers? Le buttage est-il utile?

M. Vilmorin ne considère pas cette opération comme avantageuse; il croit qu'elle aura pour conséquence de grands dégâts faits par les ouvriers qui la pratiqueront. Les agriculteurs qui la regardent comme favorable, disent qu'elle enveloppe de terre les racines qui se développent sur les nœuds inférieurs des tiges et qu'elle empêche cellesci d'être aussi cassantes.

Toutes choses égales d'ailleurs, on ne butte la persicaire des teinturiers que lorsqu'elle a atteint 0m,40 à 0m,50 d'élévation.

Insectes nuisibles. — Les vers blancs sont les seuls insectes qui nuisent à cette plante tinctoriale.

Récolte. — A. On procède à la cueille des feuilles quand elles sont bien marbrées de bleu.

Cette opération se fait ordinairement un mois après la mise en place des plants, c'est-à-dire pendant la première

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