‹ Les plantes industriellesChapitre 5 sur 71 · GO · texte numérisé non relu

GO

Quand elle a été bien récoltée, elle donne en moyenne 30 j>. 100 d'huile.

Voici deux analyses complètes faites par Ramelsberg :

Potasse

Soude

Chaux

Magnésie

Peroxyde de fer

Acide phosphorique. . . .

— sulfurique

— carbonique

— chîorhydrique. . . .

Silice

Ces analyses démontrent la nécessité de cultiver le colza sur des terres contenant des sels alcalins.

Variétés. ■ — On cultive aujourd'hui plusieurs variétés de colza d'hiver.

1° Colza parapluie. — Cette variété a des tiges latérales retombantes qui lui permettent de mieux supporter les pluies violentes qui surviennent à l'époque de la formation des siliques et de leur maturité; en outre, elle est très-productive. Elle est répandue en Normandie; aux environs de Caen, on l'appelle colza à rabat. On doit choisir avec soin les porte-graines, car elle a une tendance à dégénérer.

2° Colza à fleur blanche, — Cette variété a été importée d'Allemagne en Flandre en 1758 et 1739. On la cultive dans les départements du Nord et de l'Aisne; elle est trèsproductive, mais sa graine est souvent un peu plus petite que la semence du colza ordinaire. Elle est aussi plus difficile à battre.

Terrain. — A. Nature. — Le colza demande de préférence, comme la plupart des espèces du genre chou, un

sol un peu argileux, profond et trais, c'est-à-dire des terres silico-argileuses, argilo-siliceuses, argilo-ealcaires, à soussols perméables, dites bonnes terres à froment. Il redoute beaucoup, surtout pendant les temps de gelée, les sols bumides, les terrains ta sous-sols imperméables. Cultivé sur des sols sains, il supporte sans souffrir 10 à 12° de froid. Lorsque la neige l'abrite sur un tel terrain, il résiste très-bien aux froids de 13 à 18 degrés.

Il est utile que la couche arable reste un peu fraîche pendant les mois de mai et de juin.

Le colza ne réussit bien sur les terres légères, graveleuses ou caillouteuses, que lorsqu'elles sont fertiles ou qu'elles ont été marnées ou chaulées et bien fumées.

B. Préparation. — Cette crucifère réclame un sol trèsbien préparé. Selon la plante qui la précède, on donne à la couche arable deux ou trois labours, plusieurs roulages et hersages. Quelquefois, on fait précéder le premier labour par un déchaumage exécuté au moyen d'un extirpateur ou d'un scarificateur. Cette opération a l'avantage d'ameublir superficiellement la terre et de déraciner les plantes à racines vivaces sans les enterrer. Lorsque celles-ci sont sèches, on les rassemble à l'aide d'une herse ou» d'un râteau à cheval, et on les incinère afin qu'elles ne végètent pas de nouveau en infestant encore le sol.

En résumé, la terre consacrée à la culture du colza doit avoir été parfaitement ameublie et débarrassée des plantes nuisibles auxquelles elle a donné naissance.

Lorsque la couche arable est saine, perméable, on la laboure à plat ou en grandes planches. Quand, au contraire, elle est humide ou qu'elle repose sur un sous-sol imperméable, on doit la labourer en petites planches ou en larges billons.

C. Fertilité. — Le colza exige une terre riche et aboli dam ment fumée. Cette fécondité est indispensable parce qu'il est très-épuisant. 11 produit peu lorsque les terres sont encore dans la période fourragère. Ordinairement on ne cultive que sur les terrains appartenant à la période céréale ou commerciale.

On peut le cultiver avec avantage sur des prairies naturelles ou artificielles nouvellement défrichées, sur des fonds d'étangs ou de marais non graveleux et assainis ou sur des terrains argileux conquis sur la mer.

Quantité d'engrais à appliquer. — Le colza est très-épuisant, probablement parce que ses feuilles, à cause de l'enduit cireux qui couvre leur page supérieure, empruntent peu de parties alimentaires à l'atmosphère.

D'après M. de Gasparin, il faut appliquer, par chaque 100 kilog. de graine que le sol peut fournir, 2,870 kilog. de bon fumier de ferme. Ainsi, pour obtenir une récolle de 25 hectolitres, ou 1700 kil. de graines par hectare, il faudrait fumer la terre à raison de 48,500 kilog. Cette quantité de fumier n'est pas celle que la pratique applique ordinairement, quoiqu'un excès d'engrais ne lui nuise pas.

La fumure qu'il est nécessaire d'enfouir sur un hectare est de 4,040 kilogr. par chaque 100 kil. de graines, ou 720 kil. par chaque hectolitre qu'on espère récolter.

Crud a indiqué 1328 kil., et de Woght 1421 kil. de fumier. Ces quantités sont encore trop élevées.

A Grignon, où Ton applique pour les deux soles qui terminent la rotation, 30,000 kil. de fumier par hectare, on obtient en moyenne sur la même superficie :

Colza 24 hectolitres qui absorbent 17,600 kil. de fumier.

Froment 26 - 11, 100

Total '.8,800 kil

Ainsi, urne fumure de MO, 000 kilog. sulîit complètement aux besoins du colza et du froment.

L'un des assolements adoptés à Ro\ille se terminait aussi par un colza et un blé pour lesquels ou appliquait seulement 10,000 kil. de fumier à L'hectare. Voici Les produits moyens que Mathieu de Dombasle a obtenus ;

heet.

Colza 12,78 qui absorbaient 9,200 kil. de fumier,

Froment 14,32 — 0,400 — -

Total 15,000 kil.

C'est donc à la faible fumure qu'il faut attribuer les produits très- ordinaires obtenus par ce célèbre agriculteur.

Ainsi, d'après ce qui précède, 100 kil. de fumier produisent environ iokilogr. de graines.

Semis. — Le colza se sème en place ou en pépinière

Autrefois, on exécutait de préférence les semis en place; aujourd'hui on a renoncé, sur beaucoup d'exploitations, à ce mode de culture, quoiqu'il soit le plus simple cl Le plus économique. On a reconnu que, pour le pratiquer, il fallait faire précéder le colza par une récolte fourragère pouvant être fauchée ou pâturée sur place au mois de juin, ou au plus tard vers la mi-juillet. Lorsque le colza suit un froment d'hiver ou une céréale de mars, on est force d'adopter les semis en pépinière, puisque la terre ne devient libre qu'au mois d'août, époque trop tardive pour que les semis puissent être exécutés d'une manière convenable.

A. Epoque. — Dans le Nord, le Centre et l'Est, les semis se font vers le 13 de juillet ou dans les premiers jours d'août; dans la région du Sud-Ouest on les exécute du la août à la mi-septembre. Dans l'Ouest, on les pratique en juin Lorsqu'on répand les graines sur des terres ensemencées en sarrasin ou blé non

Dans les contrées du Nord, on ne doit pas les exécuter

après le 15 août ou, au plus tard, avant la (in de ce mois, a moins qu'il soit question de semis en place faits sur des sols riches. Ordinairement, on profite des pluies qui surviennent h l'époque de la canicule ou dans la première quinzaine d'août. On ne doit pas non plus les pratiquer avant la mi-juillet, parce qu'alors on est exposé à voir fleurir un grand nombre de pieds avant l'hiver.

Ainsi, en semant trop tùt, les plantes peuvent être trop développées à l'époque de la plantation; en semant trop tard, on court le risque d'avoir à cette époque des plantes trop faibles pour résister aux froids rigoureux de l'hiver.

B. Semis en place. — 1° Préparation du sol. — Lorsque le sol sur lequel le semis doit être fait est libre, on donne un labour et un hersage, on conduit le fumier et on l'enterre par un second labour. Avant d'exécuter le semis, on roule et on herse, afin que la superficie du sol soit aussi meuble que possible. Quant on remplace le fumier par un engrais pulvérulent, on répond celui-ci sur le dernier labour, et on l'incorpore au sol par un hersage, ou un léger coup de scarificateur.

Il est utile de bien exécuter cette préparation afin que la couche arable soit parfaitement ameublie dans toute son épaisseur.

2° Exécution des semis. — Les semis en place se font de deux manières.

a. .* ia voiée. — Pendant longtemps on semait de préférence le colza à la volée; on croyait que ce mode d ensemencement remédiait aux ravages des pucerons, et qu'il était économique. Aujourd'hui, on l'a presque complètement abandonné, parce que, quoique simple en apparence, il est coûteux à cause de la difficulté que présentent les binages,

COLZA I) BIVER. 1 |

b. Kn ligues. — Les semis en lignes parallèles se font a\ee un semoir à brouette ou au moyen d'un semoir à cheval. Dans le premier cas on rayonne le sol et on couvre les graines avec une herse. Ce hersage est aussi nécessaire lorsque le semoir à cheval ne recouvre pas les graines qu'il répand.

Lorsqu'on prévoit une sécheresse après la semaille, on fait suivre le semoir ou la herse par un rouleau. Ce plombage, en concentrant plus de fraîcheur dans le sol, favorise la germination des graines.

C. Semis en pépinière. — 1° Préparation du sol. — La terre que l'on consacre a une pépinière de colza doit être parfaitement préparée, c'est-à-dire très-bien divisée par des Labours, roulages et hersages. On doit commencer cette préparation en juin.

En outre, il est nécessaire que la terre soit naturellement riche et fraîche, si cela est possible, et qu'elle ait été fertilisée a^ec des engrais appliqués dans une forte proportion, afin que les plantes trouvent dans le sol une suffisante quantité de substances alimentaires. On doit éviter, dans cette circonstance, d'employer des engrais qui manifestent leur action très-lentement. Ainsi il faut renoncer à appliquer des fumiers longs ou peu décomposes, des chiffons, des tourteaux, etc., et préférer à ces matières fertilisantes les excréments de mouton ou le parcage, la poudretie. la chair de cheval desséchée, etc., substances qui agissent presque immédiatement après leur application.

2° Exécution des semis. — Ces semis se font aussi à la volée, en lignes, ou en rayons à deux ou trois reprises différentes, afin d'avoir en automne des plants à planter successivement.

a. En plein. — Le mode de semis le plus en usage

cousiste a répandre les graines à la volée et très- régulière ment. Celte seniaille permet aux jeunes plantes de mieux résister à L'attaque des insectes et de se détendre de l'apparition des mauvaises herbes.

Lorsque le sol a été bien préparc et ramé, et que la germination des graines a été favorisée par une température à la fois chaude et humide, il n'est pas ordinairement nécessaire de pratiquer pendant le développement des plantes des sarclages on des binages.

6. En rayon». — Les pépinières doivent être semées en lignes, lorsqu'elles sont établies sur des terrains peu fertiles, mal fumés, et sujets à être envahis par un grand nombre de mauvaises herbes Alors on leur donne un ou deux sarclages et binages, afin que le sol soit propre, et que les plantes puissent végéter librement et rapidement.

D. Quantité des graines. — Lorsque les semis se font en place, on répand par hectare : a la volée. 7 à 8 litres; en lignes, 3 à 4 litres.

Un hectare de pépinière exige : à la volée, 8 a 10 litres; en lignes, 4 ta o litres.

On doit éviter de semer trop dm, afin que les plantes ne s'étiolent pas, et pour éviter un ou deux éclaircissages.

E. Trempage des semences. — Un a propose de faire tremper les graines, pendant six heures environ, dans un mélange de suie et de sel marin, et de les saupoudrer ensuite de cendres de bois. On pensait que par ce moyen on rendrait la germination plus prompte, et que leurs cotylédons ne seraient pas ravages par les altises. L'expérience a prouvé que ce moyen n'avait pas l'efficacité qu'on lui avait attribuée. C'est bien a tort qu'on a propose de les couvrir d'huile et de les saupoudrer ensuite de plâtre en poudre.

F. Germination des graines — la graine de colza serme

très-pnomptement. Quand il survient; après la semaille, une pluie, ou que celle-ci a été exécutée sur une terre encore fraîche, on voit ordinairement apparaître les cotylédons à la surface du sol au bout de six à huit jours.

Les cotylédons du colza ressemblent beaucoup à ceux du moutardon (Sinapis arvjsnsis, L.) et de la ravenelle (Raphanus

UAPHAMSTROI, L. .

G. Espacement des lignes. — Les lignes des semis en place doivent être espacées de 0m,30 à 0m,45, suivant que les binages doivent être faits à bras ou à la houe à cheval

Les lignes des semis en pépinières sont toujours écartées de 0m,20a0"\,25.

Etendue de la pépinière. — Quelle est l'étendue que doit avoir une pépinière, eu égard à la surface qui doit être plantée?

La surface que les pépinières doivent avoir varie chaque année suivant la réussite des semis, la végétation des plantes et le nombre de pieds que l'on repique par hectare. Quand une pépinière a été établie sur un sol parfaitement préparé et bien fume, et qu'elle est bien garnie de bons plants, elle fournit le nombre de pieds nécessaire pour planter une étendue de terrain cinq à six fois plus grande que la superficie qu'elle occupe. En pratique, on compte, afin de ne pas manquer de plants à l'époque du repiquage, qu'il faut un hectare de pépinière pour chaque cinq hectares consacres a cette culture.

Propagation par boutures — Lu Normandie, on propage quelquefois le colza par boutures. Celles-ci sont des pieds allonges prives de leurs racines. Ou coupe ces boutures avec la faux et on les enfonce dans le sol, sans l'aide du plantoir, jusqu'au collet. Leur reprise est presque toujours assurée; elle est complète vingt a trente

jours environ après Leur mise en place. Alors on remarque a leur base un bourrelet d'où part une houppe épaisse de jeunes racines qui s'étendent dans plusieurs directions. Ce mode de propagation ne peut être avantageux que Lorsque le colza est cultivé sur des terres riches et sur une faible étendue.

Ce genre de multiplication prouve qu'on ne doit pas rejeter, à l'époque de la transplantation, les bons plants privés de racines ou qui en ont tort peu, parce qu'ils ont été mal arrachés.

Transplantation. — La transplantation du colza a l'avantage d'éviter de faire précéder la culture de cette plante par une jachère ou fourrage annuel. Il est vrai que ce mode de culture augmente les dépenses, mais il permet aux plants d'acquérir plus de rusticité et de donner de meilleurs produits. La robusticité des plantes provient du temps d'arrêt que Ion observe dans la végétation après la mise en place, et du plus grand nombre de ramifications que les plants présentent au printemps suivant. Les colzas qui proviennent de semis faits en place sont toujours, à conditions égales dans la nature et la fertilité de la terre, plus grêles, moins vigoureux et moins branchus.

A. Kpoqle. — On exécute la transplantation vers la tin de septembre ou dans le courant d'octobre. Il faut éviter, dans les régions du Nord et de l'Est, de planter pendant le mois de novembre. On ne peut exécuter des repiquages aussi tardifs que dans les régions de l'Ouest et du Sud-Ouest.

B. Préparation du sol. — Lorsque la plantation doit avoir lieu sur un champ qui a supporté une céréale d'hiver ou de printemps, on déchaume au moyen d'un scarificateur, d'une charrue ordinaire ou d'un polvsocs. Cette

opération est faite dans le but: 1° d'ameublir le sol; 2° de déraciner les plantes à racines vivaccs; 3° de faciliter la germination des graines qui ont été produites par les plantes nuisibles qui végétaient associées au blé. Si la couche arable était infestée de chiendent (triticum repens), d'agrostis traçante (agrostis stolonifera) , il faudrait rassembler leurs tiges et leurs racines et les incinérer. On exécute cette opération à l'aide d'une herse, de la herse- Bataille, ou d'un râteau à cheval de Howard ou de Morelli.

Quand il s'est écoulé quelques semaines depuis le moment où le labour de déchaumage a été pratiqué, on herse le sol et on le laboure aussi profondément que le permet l'épaisseur de la couche arable. Quinze jours environ après cette dernière opération, on conduit le fumier et on l'enterre par un troisième labour.

Lorsque les terres sont propres et qu'elles sont fertilisées par le parcage des bêtes à laine, on ne donne souvent que deux labours.

Nonobstant, dans les deux cas, on ne doit pas faire suivre le dernier labour par un hersage si la plantation doit être faite au plantoir.

Lorsque les terres sont perméables, on les laboure à plat. Quand elles reposent sur un sous-sol imperméable, il faut les disposer en planches étroites.

Dans la Flandre, les planches ont 2m,50 de largeur, et parfois elles ont une forme un peu convexe. Ces planches sont formées de 10 à 12 bandes de terre.

G. Arrachage des plants. — Quand le moment d'exécuter la plantation est arrivé, on procède à l'arrachage des plants de la pépinière. Cette opération se fait ordinairement à la main, si on opère par un temps humide ou après une pluie. Lorsque le sol est sec et dur, on se sert d'une houe four-

chue, d'une bêche ou d'une fourche à dents plates pour soulever les plants. Quand on les arrache à la main, on doit avoir le soin de les saisir par leur base et de les tirer verticalement, afin de ménager les racines et les feuilles et de ne pas rompre les tiges. Chaque ouvrier doit réunir en bottes les plants qu'il a arrachés ; il se sert de liens de paille pour exécuter cette mise en paquets.

Quand la plantation est confiée à des tâcherons, l'arrachage des plants qu'ils doivent repiquer est exécuté par des femmes ou des enfants dont le salaire est à leur charge.

On ne coupe ni la racine, ni les feuilles.

D. Qualité des plants. — Un plant de colza, pour être bon, doit être court, trapu, ou fort développé. Les plants qui ont une tige allongée ou très-effilée, sont considérés à bon droit comme mauvais, parce qu'ils sont toujours moins rustiques que les premiers et qu'ils sont sujets à être altérés par les premiers froids.

Les plants faibles, chétifs, étiolés avant l'hiver, donnent presque toujours de faibles récoltes.

E. Exécution de la transplantation. — La mise en place du colza s'exécute de cinq manières différentes:

1° Au plantoir simple. — Lorsque la mise en place a lieu au moyen du plantoir ordinaire, on dépose çà et là des paquets de plants, et des femmes ou des enfants distribuent ces plants sur le terrain labouré, en ayant soin de bien suivre le rayage et de placer les pieds aussi régulièrement que possible, suivant les distances qui leur auront été indiquées.

Alors l'ouvrier, tenant le plantoir dans sa main droite, fait un trou en l'implantant dans le sol, saisit avec la main gauche un des plants placés sur la terre et l'introduit dans l'ouverture qu'il vient de faire , de manière que le collet

soit aussi rapproche de terre que possible; ensuite il le consolide en frappant la terre contre les racines avec le plantoir, ou il implante de nouveau celui-ci à quelques centimètres du trou dans lequel il a placé le plant, afin de îe borner. Une fois ce plant mis en place, il avance un peu, il en repique un second et ainsi de suite.

La plantation au plantoir simple est peu expéditive sur les sols très-pierreux.

Pour que les lignes soient droites et régulières, on se trouve dans la nécessité de planter sur l'arête d'une bande de terre ou dans l'angle rentrant formé par deux tranches.

Les Flamands labourent les terres qu'ils destinent au colza en planches étroites, et ils exécutent la mise en place des plants en travers de chaque planche.

Un ouvrier habile peut, s'il est aidé par une femme ou un enfant, planter par jour de 10 à 12 ares.

La plantation faite au plantoir simple, y compris l'arrachage, est payée à Grignon de 30 a 35 fr. l'hectare.

2° Au plantoir double. — Le plantoir double (fig. 1) se compose de deux branches en bois longues de 0m,85à 0m,90, unies l'une à l'autre par une traverse inférieure située au-dessus des douilles en fer, et d'une barre supérieure aussi en bois, présentant deux poi- Fig. i. - Plantoir gnées. L'ouvrier qui s'en sert appuie forteà deux branches. ment lc piea droit sur la traverse inférieure, et il exerce en même temps une pression avec les mains sur la traverse supérieure, afin que les deux pointes en fer pénètrent dans le sol et ouvrent deux trous. Cet outil exige beaucoup de force, et il ne permet pas d'éloigner ou de rapprocher à volonté les trous ou les pieds de colza.

Ml. 2

Ces inconvénients ont conduit beaucoup d'agriculteurs a lui préférer la béquille.

La mise en place des plants se fait de la même manière que lorsqu'on emploie le plantoir suivant.

3° A la béquille. — Ce plantoir se compose d'une seule douille, d'un mancbe et de deux poignées; sa hauteur est semblable à celle du plantoir double. L'ouvrier chargé de l'employer saisit sa traverse avec les deux mains, l'élève au-dessus du sol et le laisse tomber avec force pour qu'il pénètre la terre labourée jusqu'à 0"\15 ou 0m,20 de profondeur; ensuite, il le fait vaciller sur la pointe pour élargir un peu le trou, le retire et l'implante de nouveau dans la lerre , en suivant l'un des rayons ou sillons que présente le labour. Il est nécessaire que cet ouvrier soit habitué à manier cet outil, afin que les trous soient également espacés et situés sur des lignes bien parallèles.

Au fur et à mesure que les ouvriers ouvrent les trous, des femmes déposent dans chaque ouverture un des plants qu'elles tiennent sous leur bras gauche , et des enfants pressent la terre contre les racines avec le talon ou la pointe du pied , en ayant soin que les trous soient bien fermés.

Un ouvrier exercé au maniement du plantoir à deux branches ou de la béquille, peut ouvrir environ 30,000 trous par jour.

En Flandre, on accorde par hectare, quand la plantation se fait à la tâche, 9 à 12 fr. à l'ouvrier qui fait les trous, et 40 à 14 fr. aux deux ouvriers chargés de garnir les trous de plants et de consolider ceux-ci dans le sol. On compte qu'il faut par hectare A journées d'ouvriers et ajournées de femmes et d'enfants.

Les frais d'arrachage et de mise en paquets varient de

8 à 10 fr. L'hectare ; ils ne sont pas compris dans les chiffres qui précèdent.

4° A la bêche. — Lorsque les plants sont très-allongés, on exécute leur mise en place avec la bêche. Ce moyen permet de rapprocher davantage leur collet de la surface du sol. Voici comment on opère : un ouvrier implante profondément le fer d'une bêche dans la couche arable, et, pour que l'entaille soit évasée par le haut, il imprime à L'outil un mouvement de balancement. Alors il retire l'instrument et ouvre un autre trou, et ainsi de suite. L'enfant qui l'accompagne place deux plants aux extrémités de chaque entaille restée béante, et il la ferme avec le pied en exerçant une pression sur ses deux bords.

Un homme aidé par un enfant peut planter de 8 à 10 ares par jour.

5° A la charrue. — Dans les grandes exploitations et dans les contrées où les ouvriers n'ont pas l'habitude de manier l'un des plantoirs que je viens de mentionner, ou lorsque les plants sont effilés ou très- longs, on exécute la plantation à la charrue, quand on pratique le dernier labour.

Voici comment on procède :

La charrue commence par faire un endos bien droit, c'est-à dire par détacher et renverser l'une contre l'autre deux bandes de terre épaisses de 0m,15 à 0m,20. Lorsqu'elle a fait cet endos, elle continue son travail ; mais des hommes ou des femmes, se distribuant à la suite du laboureur, déposent çà et là des plants sur le revers des deux tranches, en les inclinant légèrement pour qu'ils ne tombent pas dans les raies ouvertes par la charrue. Quand les deux bandes ont été garnies de plants, les ouvriers cessent leur travail jusqu'à ce que la charrue ait renversé une ou deux bandes de terre contre les plants. Lorsque la plantation a

lieu toutes les deux raies, la charrue doit labourer deux planches alternativement, afin que les ouvriers soient sans cesse occupés. Il est important que les poseurs aient le soin d'examiner, tout en travaillant, les lignes plantées, et de découvrir les pieds que la charrue a trop enterres.

Un des deux animaux qui composent l'attelage, celui qui suit le fond de la raie, déplace quelquefois les plants ou en écrase un certain nombre. On évite cet inconvénient en les attelant de file et en les faisant marcher sur la terre non labourée.

La transplantation à la charrue est simple, facile, économique et expéditive, mais elle est bien moins parfaite que la mise en place exécutée avec le plantoir.

Une charrue peut en un jour planter en moyenne, avec c môme attelage, 50 ares, et 65 ares si on relaie les animaux; elle doit être desservie par G à 9 ouvriers, selon la longueur du ravage.

Espacement des lignes et tles planta. — Pendant longtemps on a espacé les lignes de colza transplanté à 0m,G0, et les plants sur ces lignes à 0m,33. Depuis quelques années, on a reconnu que ces distances étaient trop considérables, et qu'il fallait les diminuer pour se rapprocher de la culture flamande. Dans cette province, où le colza donne annuellement d'excellents produits, les plants sont à 0m,25 l'un de l'autre en tous sens, quand ils ont été repiqués au plantoir, et à 0m,33 lorsque leur mise en place a été faite avec la charrue.

Cet éloignement explique pourquoi on se borne maintenant, sur un grand nombre d'exploitations où la culture du colza est bien comprise, aux espacements suivants :

Ligne? : 0m,'i;y à O/'^O. Pied? : 0n:,3o à 0m,o0.

COLZA D fil VER. 2|

Ces distances permettent de planter par hectare, déduction faite de la surface des dérayures, de G0,000 à 70,000 plants, au lieu de 40,000 à 45,000, que Ton plantait il y a dix ans. En Flandre, où les planches sont très-étroites et séparées par des rigoles de 0m,30 à 0m,40 de largeur, chaque hectare contient environ 120,000 à 130,000 pieds de colza.

Les lignes espacées à 0m,50 permettent d'exécuter les binages avec la houe à cheval.

Travaux complémentaires de la plantation. — Le colza, une fois planté, n'est pas toujours abandonné à lui-même. Dans plusieurs contrées, on exécute après cette opération des travaux qui contribuent puissamment à sa réussite.

A. PALOTAGE, AUGELAGE, RIGOLAGE OU RU OTAGE. — En

Flandre et sur quelques fermes des environs de Paris, où le sol est dispose eu planches de 2m,50 ou 4 mètres de largeur, lorsque les plants sont bien enracinés, on creuse les dérayures ou mots à Laide d'un louche! ou d'une bêche. La terre que l'on extrait des dérayures est déposée sur les planches à droite et à gauche, entre les pieds ou les rangées de colza. [1 faut éditer de diviser les bêchées de terre. Les ouvriers doivent les laisser sous forme de mottes à la surface de la terre. Plus ces bêchées sont grosses et plus elles préservent le colza de l'action du froid .pendant l'hiver.

La profondeur que l'on donne aux mots est ordinairement de toute la longueur du fer de l'instrument que les ouvriers emploient, soit 0m,25 à 0m,3o. Quant à la largeur, elle est égale ou double de celle d'un fer de bêche ou du louchet, soit 0m,23 à 0m,40.

Cette opération a une importance très-grande lorsque les terres sont argileuses, argilo-siliceuscs ou argilo-calcaires

à sous-sol imperméable et quand on l'exécute par un beau temps. Elle assainit la coucbe arable et permet au colza de mieux résister aux gelées, et rechausse les plants à la fin de l'hiver. En Flandre, on la pratique depuis un siècle.

Dans les environs de Douai (Nord), on répète une seconde fois cette opération avant les grands froids. Par ce nouveau ruotage on augmente et la profondeur et la largeur des rigoles qui séparent les planches.

Un ouvrier peut paloter en un jour environ 25 ares lors que les rigoles égalent en largeur et en profondeur les dimensions d'un fer de bêche.

Lorsque les dérayures sont creusées à deux fers de bêche, un homme ne palote pas au delà de 10 ares.

Dans ces deux exemples, les planches sont supposées avoir 3 mètres de largeur. Ainsi dans le premier cas uu ouvrier palote 800 mètres de dérayures; dans le second, il ne creuse que 340 mètres environ de longueur.

Quand les rigoles sont éloignées les unes des autres de

3 à 4 mètres, on donne, si les travaux se font à la tâche, de

4 à 7 centimètres par mètre , suivant la profondeur et la largeur que doivent avoir les dérayures.

B. Application d'engrais. — Lorsque le colza a été transplanté sur des terres médiocrement fumées ou peu fertiles, on répand quelquefois sur toute l'étendue de la couche arable, du purin, de l'engrais flamand, ou du tourteau pulvérisé. Le purin et la courte-graisse ne peuvent être appliqués que pendant la gelée. (Voir t. u, Engrais liquides.)

Le tourteau doit être placé au pied des plantes avant le palotage ou le premier binage, si ce dernier est exécuté en automne.

Cultures d'entretien. — Les soins d'entretien (pie

COLZA l> HIVER. 23

Ion donne au colza pendant sa végétation varient selon qu'il a été ou non semé en place.

1° Colza semé en place. — A. Premier binage. — Cette opération se fait à l'aide d'une binette ou de la rasette flamande, lorsque les plantes ont 4 ou 6 feuilles. On l'exécute en août ou dans les premiers jours de septembre.

Quand les ouvriers ne binent que les espaces compris entre les lignes, on leur donne de 10 à 12 fr. par hectare. In binage complet se paie de 20 à 25 fr. Dans le premier cas, on compte qu'un ouvrier pent biner de 20 à 25 ares par jour; dans le second, il ne bine pas au delà de 8 à 10 ares si le sol présente beaucoup de mauvaises herbes.

B. Éclair cissage. — Lorsque les plants sont trop nombreux, on les éclaircit à la main. Ce dédoublement a lieu en septembre, et quelquefois les ouvriers l'exécutent lorsqu'ils pratiquent le premier binage. Dans ce dernier cas, ils se servent souvent de la binette pour détruire les plants super tlus.

Les plants doivent être espacés de 0m?25 ta 0m,30 les nus des autres.

C. Transplantation sur les parties vides. — Les semis de colza exécutés en place et en lignes ne réussissent pas toujours complètement. Lorsqu'on observe des lacunes sur les lignes, on doit, à l'époque de l'éclaircissage. les garnir de plants. Ce repiquage se fait au moyen du plantoir or dinaire ou de la béquille. On doit avoir soin de bien aligner les plants, afin de ne pas détruire la régularité des rangées.

D. Deuxième binage. — Cette opération se fait souvent eu automne et au moyen de la houe à cheval. Lorsque Le sol est propre et que le premier binage a été exécuté tardivement, on se dispense souvent de le pratiquer.

E. Buttage .'— On butte rarement le colza. Cependant cette opération est utile à cette plante quand les terres labourées en grandes planches sont sujettes à être soulevées par les gelées et lorsque les plants ont acquis à la lin de l'automne un grand développement. Elle garantit les pieds* élevés de l'humidité, des froids intenses et des alternatives de gels et de dégels. La plupart des colzas cultivés en Alsace, sont buttés avant l'hiver.

On exécute ce chaussage au moyen d'un buttoir ou charrue à deux versoirs, et quelquefois avec la binette.

F. Troisième binage. — Cette culture d'entretien se fait à la fin de l'hiver par un beau temps et lorsqu'on n'a plus à craindre de fortes gelées. ÏÏ est nécessaire de l'exécuter soit en mars, soit dans la première quinzaine d'avril, c'està-dire avant l'époque à laquelle le colza développe ses ramifications, afin que les ouvriers ne brisent pas les extrémités de ces branches.

On le pratique au moyen d'une houe à cheval. Cet instrument permet de biner en un jour de 1 hectare à 1 hectare 50 ares.

On complète le travail delà houe à cheval en faisant biner les intervalles qui existent sur les lignes entre les plants. Ce binage complémentaire se paie de 6 à 8 fr. l'hectare.

Lorsque cette culture d'entretien est entièrement exécutée à bras, on paie de 15 à 18 fr. par hectare, suivant l'espacement des lignes. Elle exige de 9 à 11 journées d'ouvrier.

2° Colza transplanté. — Le colza que l'on a repiqué à la charrue ou au plantoir ne réclame pas de nombreuses cultures d'entretien.

Quand la transplantation a été exécutée de bonne heure et que le sol a donné naissance à une foule de mauvaises plantes, on pratique un binage à bras ou à la houe à cheval.

On se dispense de celte opération lorsque la mise en place a en lien tardivement on qu'elle a été pratiquée sur des sols propres

Nonobstant, on bine les colzas en février ou en mars. (Voir troisième binage). Cette opération, en ameublissant et aérant le sol, favorise d'une manière remarquable le développement des tiges et des ramifications.

Eeimage ou étêtage. — Depuis quelques années dans diverses contrées, on supprime la partie supérieure de la tige principale quand elle commence à s'élever, et qu'elle présente déjà quelques ramifications et quelques boutons à fleurs un peu apparents. Cet écimage s'exécute en mars ou avril; on l'opère avec la main ou un couteau, en coupant la tige à 0m, 1 5 ou 0m,20 au-dessous de son sommet. Cette opération a l'avantage, suivant les uns, de provoquer le développement d'un plus grand nombre de tiges latérales, et selon les autres, elle a l'inconvénient de rendre la maturité des siliques un peu inégale.

Insecte* nuisibles. — Le colza est attaqué par plusieurs insectes :

1° Le puceron, la puce de terre ou Vallise bleue (Altica), attaquent les cotylédons quand ils apparaissent à la surface de la terre. On prévient leurs ravages, qui sont souvent trèsgrands, en répandant, quand ces organes sont encore couverts de rosée, de la cendre et de la chaux en poudre. Ces substances, par leur adhérence sur les feuilles séminales, obligent les attises à s'attaquer à d'autres végétaux. On doit répéter ces saupoudrages toutes les fois que cela est nécessaire.

M. Hintz a inventé un appareil propre à détruire ces insectes. Cette puceronière a été perfectionnée par M. Bella fils. Oui emploie avec avantage à Grignon.

2° Là nitidule bronzée (Nitidula .enoea, Fab.) parait en même temps que les boutons à fleurs qu'elle ronge intérieurementet qu'elle détruit à mesure qu'ils se développent. Ce eoléoptèrea faits de grands ravages en 1844 dans les cultures de colza de la Bavière rhénane. M. Villeroy a observé que quand il a paru une fois dans un champ, on l'y revoit ordinairement les années suivantes. Cet insecte est très-petit, de forme ovoïde-oblongue et d'un vert bronzé brillant ; son corselet et ses pa'tes sont d'un brun noirâtre. Jusqu'à ce jour on n'est pas parvenu à empêcher ses ravages.

3° Le charançon du colza (Grypidius bbassice, Sch.) se nourrit du parenchyme des grains et occasionne souvenl des dégâts considérables Ce coléoptère a une tête globuleuse mince, munie d'un bec cylindrique, courbé en dessus et un peu plus développé à son extrémité. C'est à l'aide de son bec qu'il perfore les siliques encore vertes et s'attaque aux grains.

4° Des larves longues de 2 à 3 millimètres habitent l'intérieur des siliques qu'elles dévastent. Ces larves sont des ennemies très-redoutables; les dégâts qu'elles commettent sont souvent considérables. M. Focillon les a décrits dans son remarquable mémoire sur les insectes qui nuisent aux colzas, mais il n'a pu faire connaître les insectes parfaits qui leur donnent naissance.

Animaux nuisibles. — Le colza est aussi attaque, pendant sa végétation, parla petite limace grise (Limax hortensis, L.). Ce mollusque s'attaque en automne aux feuilles et détruit souvent un très-grand nombre de pieds de colza. Les pluies continues favorisent ses ravages. Quand on redoute cette limace, il faut éviter, si cela est possible, de repiquer des pieds faibles. Les plants forts et vigoureux résistent mieux à son attaque.

Oiseaux nuisibles. — Le colza a aussi pour ennemis quelques oiseaux. Ainsi, pendant l'hiver, alors que la neige couvre la terre, mais qu'elle n'abrite pas complètement les pieds de colza, les corneilles, les pigeons ramiers et les pies s'attaquent aux feuilles et les déchiquètent. Ces dégâts sont parfois si considérables que les préfets autorisent la destruction de ces oiseaux pendant les temps de neige.

Les grives, les merles, les tourterelles et les pigeons ramiers, attaquent les siliques lorsque les graines qu'elles contiennent sont presque mûres. L'importance du dommage qu'ils peuvent occasionner est tel que les cultivateurs doivent faire garder les pièces de colza quand ils constatent leur présence en grand nombre dans la contrée qu'ils habitent.

Maladie — On a observé, il y a quelques années, que les tiges de colza étaient sujettes à une altération. Cette maladie a été désignée sous le nom de blanc de colza ; elle est due à un commencement de pourriture qui se montre à l'intérieur de la tige principale et quelquefois des ramifications. Cette altération fait disparaître la moelle. Elle esl caractérisée d'une manière apparente parla couleur blanche des tiges qu'elle attaque et le développement d'un champignon nommé sclerotium varium. On croit qu'il faut l'attribuer à une humidité surabondante dans le sol et l'atmosphère. Les graines des pieds ainsi altérés sont moins grosses. moins développées que celles produites par les pieds sains. Maturité. — A. Époque. — La récolte a lieu ordinaire ment dans toute la région septentrionale, vers la fin de juin ou dans les premiers jours de juillet. Dans le Centre, on l'exé eu te vers la mi-juin. Les cultivateurs du Midi l'opèrent à la fin de mai ou au plus tard dans les premiers jours de juin. B. Signes de la maturité. — Le colza est mûr quand les hgrs et les feuilles sont jaunâtres, lorsque les graines pro-

venant des Qeurs qui se sont épanouies ks premières sont noires, brunes et libres à l'intérieur des siliques.

On ne doit pas attendre, pour commencer la coupe des tiges, que toutes les siliques soient complètement mûres. Si l'on agissait ainsi, on s'exposerait à perdre une très-grande quantité de graines. Le colza s'égrène facilement quand il survient, à l'époque de sa maturité, de fortes cbaleurs et des vents violents.

Quoiqu'il soit utile de couper un peu prématurément, il est nécessaire cependant de ne pas couper trop tôt. Lorsque la coupe a lieu avant la maturité parfaite du tiers environ des siliques, les graines de la partie supérieure des tiges restent presque rougeâtres; alors elles ont moins de valeur commerciale, parce qu'elles contiennent moins d'huile.

Récolte. — A. Coupe des tiges. — On coupe le colza sans secousses avec une forte serpette, une petite serpe, une faucille ordinaire ou une faucille volante, à 0m, 08 ou 0m, 12 de terre. Ces instruments doivent être très-tranchants.

Cette opération doit être faite de préférence le soir ou le matin. 11 faut éviter de couper pendant le milieu du jour, à moins que les plantes n'aient été humectées par une pluie, ou que le temps soit couvert. On peut agir sans crainte pendant la pluie. Par l'effet de la rosée, du serein ou de la pluie, les siliques restent fermées. Quand on opère par un soleil ardent, un nombre plus ou moins grand de siliques s'ouvrent sous le plus petit choc et laissent échapper les graines qu'elles contiennent. C'est pour éviter la perte qui résulte de l'égrenage qu'on coupe souvent la nuit quand le temps est beau ou que la lune éclaire, si la maturité est avancée. Alors les ouvriers se reposent le jour. Quelquefois ces derniers commencent leurs travaux à 2 ou 3 heures de la nuit pour cesser vers 8 ou l) heures du matin: ils les

reprennent vers 4 à o heures du soir pour les continuer jusqu'à la nuit.

Chaque ouvrier agii sur 3 à S lignes à la fois, suivant leur espacement^ la longueur des tiges et la force des javelles.

11 doit commencer le champ de manière à couper perpendiculairement à la direction du renversement des tiges; ainsi, il faut qu'il se place de manière que cette inclinaison soit à sa droite. A mesure qu'il coupe, il dépose le colza en javelles, en ayant soin de bien réunir la base des tiges et d'orienter celles-ci de façon que leur sommet soit opposé à la direction du vent.

En Flandre, les ouvriers se placent dans les mots, coupent à droite et à gauche jusqu'au milieu de chaque planche et posent les colzas coupés en javelles, en ayant soin que leurs pieds affleurent avec le bord de la rigole.

La grosseur des javelles doit être telle qu'un ouvrier puisse, à l'époque du battage, les saisir très-aisément entre ses mains seulement.

Lorsque la coupe du colza est donnée à tâche , on est obligé de surveiller sans cesse les ouvriers afin qu'ils évitent d'égrener les siliques.

On paie, pour cette opération, de 14 à 16 fr. par hectare.

In ouvrier peut couper par jour de 15 à 20 ares selon le développement des tiges. Quand celles-ci sont couchées et enchevêtrées, l'ouvrier qui agit de manière que Fégrenage soit aussi faible que possible, ne coupe souvent que 10 à

12 ares.

B. Javelage. — Le colza reste en javelle sur le sol jusqu'à la maturité complète des siliques; ordinairement, ce javelage dure environ huit jours.

Si, pendant ce temps, il survenait des pluies abondantes et continues, il faudrait profiter des alternatives de beau

temps pour retourner les javelles, afin d'empêcher la germination des graines. Cette opération doit être faite avec précaution pour que les semences ne s'échappent pas des siliques.

Le javelage trop prolongé et mal surveillé occasionne une perte qui s'élève quelquefois au cinquième de la récolte.

E. Mise en meule. — En Flandre et sur plusieurs points de la Normandie, les colzas sont mis en meules avec tout le soin possible 24 heures après qu'ils ont été coupés. Par cette méthode on soustrait les siliques à l'action si nuisible des orages, de la grêle et des alternatives de pluie et de beau temps, et les graines gagnent en ^volume et en qualité. Le seul reproche qu'on puisse faire à ce procédé, c'est qu'il exige un plus grand nombre d'ouvriers.

Cette meule varie de forme et de grosseur suivant les localités. Quand elle est cylindrique, on lui donne de 4 à 5 mètres de diamètre et 4 mètres environ de hauteur. On l'établit sur un endroit un peu élevé où Ton a placé un lit de paille et au centre duquel s'élève une perche de 3 à 4 mètres qui assure la solidité de son sommet et l'empêche d'être renversée lorsque le vent est violent. Les javelles y sont placées de manière que les siliques n'apparaissent pas à l'extérieur. On la termine en lui donnant supérieurement la forme d'un cône. Alors, quand on est prêt de la finir, on croise un peu les extrémités des javelles vers le centre afin de diminuer graduellement son diamètre et de donner aux tiges une pente du dedans au dehors. Lorsque la meule est terminée on couvre sa partie supérieure de paille. Le colza y est porté au moyen de toiles ou de civières.

On a calculé que la construction d'une semblable meule exigeait 12 ouvriers pendant 5 à 6 heures, et qu'elle contetenait la récolte de 50 ares environ.

En Flandre, le colza reste en meule au milieu des terres pendant quatre à six semaines et quelquefois deux mois, afin que ses «raines deviennent plus noires et plus oléifères, sous l'influence de la fermentation qui s'établit dans la masse.

Quand le battage doit avoir lieu huit à quinze jours après le faucillage, on construit des meules de dimensions beaucoup plus petites. Dans ce dernier cas, on opère comme lorsqu'il est question de construire des moyettes de céréales (Voir t. vi, Plantes a grains farineux]).

Battage. — Le battage a lieu aussitôt la dessiccation des plantes et la maturité des graines renfermées dans les siliques supérieures. On l'opère avec le fléau, soit sur une grande toile étendue sur le champ même où le colza a été cultivé, soit dans une grange.

A. Sur place. — On arrache d'abord les pieds de colza, on enlève les pierres pour éviter qu'ils ne percent la toile ou la bâche sous les coups des fléaux et on unit le sol à l'aide d'une bêche. Quand ces travaux sont terminés, on étend la toile de chanvre sur la surface préparée, on relève ses bords au moyen d'un bourrelet de paille et on la fixe à des piquets fichés en terre à l'aide de bouts de ficelle. Une bâche ordinaire a de 12 à 15 mètres de côté; elle exige une bretelle de huit à neuf ouvriers. Une telle toile suffit pour une étendue de 10 hectares de colza. Elle doit être déplacée trois à quatre fois pendant l'opération.

Lorsque la bâche a été ainsi étendue, quatre ouvriers portant des civières garnies intérieurement d'un drap ou d'une toile (fig. 2), apportent continuellement des tiges; un cinquième armé d'une fourche les étend sur l'aire et les trois ou quatre autres toujours marchant exécutent le battaue. Au fur et à mesure que les batteurs avancent, le cin-

quièinc ouvrier, que l'on Domine poseur, retourne les tiges;

quanti celles-ci ont été battues de nouveau, il les secoue et

les jette ensuite en dehors de la bâche.

Fig. 2. — Civière à col;a.

Lorsque la toile est en partie remplie de siliques, l'ouvrier chargé de disposer le colza sur Taire doit les enlever afin qu'elles n'amortissent pas les coups de fléaux. Alors, saisissant un râteau en bois à dents et écartées [fig. 3), il

Fig. 3. — Râteau pour en lever les siliques.

rassemble une partie des siliques ou cassettes et les jette en deliors sur un endroit donné, en ayant soin qu'elles n'entraînent pas de graine. Il répète cette opération trois a cinq fois par jour, selon que le produit du battage est plus ou moins élevé et l'accumulation des siliques plus ou moins grande.

On ne procède au battage que quand le temps est beau et certain.

COLZA 1HUVKR. 33

Les porteurs varient en nombre selon la distance qu'ils doivent parcourir à chaque voyage. On les diminue en ayant des civières ou des cadres en toiles supplémentaires et en faisant charger ces ustensiles par des femmes ou ramasseuses intelligentes,

tin Flandre, où Femmeulage du colza est chaque année en usage, le transport du colza est confié à déjeunes filles; celles-ci l'apportent sur leur tète après l'avoir enveloppé dans des toiles.

Dans quelques localités, les batteurs se servent de gaules de 3 mètres environ de longueur au lieu de fléaux. Dans d'autres contrées, on opère le battage avec des fourches. Ces instruments ne sont pas supérieurs au fléau.

Quand, pendant la journée, la bâche ou banne est trop chargée de graines, on nettoie celles-ci avec le râteau et on les met dans des sacs. Le soir, on débarrasse entièrement la toile et on rapporte le produit du battage à la ferme.

Le salaire que Ton accorde aux ouvriers qui exécutent le battage à la tâche, varie entre 4 ft\ et 1 fr. 25 par hectolitre de graines nettoyées, selon le rendement du colza.

Une bricole ou bretelle de huit hommes bat ordinairement 24 hectol. par jour, soit par chaque ouvrier le produit de 8 à 10 ares ou 2 à 4 hectolitres, selon le rendement par hectare.

If. Bodin a construit récemment une machine à battre mobile destinée au battage du colza. Cette machine, remarquable par sa simplicité et sa grande solidité, est mise en mouvement par un manège ou une locomobile à vapeur; elle présente une ouverture plus grande que celle des machines avec lesquelles on égrène les céréales; en outre, le batteur, qui est composé de plateaux en fonte, présente des battes en fer forgé; enfin, le contre-batteur a été modifié, il a moins d'étendue.

vu. 3*

Cette machiné a battu 3 hectares 10 ares de colza en 20 heures. Ainsi, elle a égrené 5 hectolitres de graines par chaque heure de travail, soit en 20 heures 100 hectolitres, ou plus de 33 hectolitres à l'hectare. Les tiges de cetteplante oléagineuse avaient au moins 2 mètres de hauteur, et, après les avoir coupées, on les avait disposées en petits tas ou moyettes.

Cette machine rendra d'importants services aux agriculteurs de la région septentrionale, qui ont une Iocomobile à vapeur et qui cultivent en grand chaque année le colza ou la navette d'hiver ou de printemps.

C. En grange. — Lorsque par des circonstances particulières on a rentré la récolte dans une grange, on ne procède au battage qu'au moment de la vente des graines. On Feffectue avec le fléau sur Faire de ce bâtiment. Cette opération est moins rapide, moins économique que le battage en plein air; mais elle a l'avantage sur ce dernier de permettre aux graines de conserver leur volume et leur poids, et d'avoir plus de qualité.

On peut aussi, lorsque le colza a été semé à la volée et que la partie inférieure des tiges n'est pas très-développée, opérer le battage à l'aide d'une machine à battre fixe, ayant un contre-batteur mobile. Dans ce cas, on règle cette dernière pièce de manière que les tiges puissent passer sous le batteur sans arrêter ses évolutions et nuire à Fégrenage des siliques.

Les voitures qui servent au transport dès tiges de colza du champ à la ferme, doivent être garnies intérieurement d'une grande bâche.

D. Bottelage de la paille. — Dès que le battage est terminé ou à mesure qu'on l'exécute, on procède au bottelage

des tiges. Ces bottes se font avec un lien de paille de seigle; on les fait ordinairement de 6 à 8 kilog.

Ce bottelage se paie 1 fr. les 104 hottes. Un ouvrier fait environ 300 bottes par jour; il confectionne les liens dont il a besoin.

Rentrée de la graine dans les greniers. — On doit rapporter les graines des champs avec L/3, 1/4 ou 1/5* de siliques. Celles-ci, mêlées aux semences, empêchent que ces dernières s'échauffent, fermentent et perdent de leur qualité; elles permettent aussi de les déposer en couche un peu plus épaisse dans les greniers ou dans les granges.

Lorsque les graines ont été nettoyées ou criblées sur le champ, elles doivent être déposées dans les magasins en couche mince.

Dans les deux cas, il faut les remuer plusieurs fois pendant les premières semaines qui suivent le battage, soit à l'aide d'une pelle, soit au moyen du râteau.

Les graines qui s'échauffent dans les greniers prennent une teinte blanchâtre et une odeur de moisi qui les font déprécier par les huiliers parce qu'elles donnent toujours moins d'huile.

On ne peut rentrer les graines complètement nettoyées que: lorsque les tiges ont séjourné en meules avant le battage, ou qu'elles ont été récoltées dans une contrée où l'air est sec et chaud.

Nettoyage et conservation fies graines. — Lorsque les graines sont sèches ainsi que les siliques, on procède à leur séparation. On exécute cette opération au moyen d'un crible à larges opercules. La graine passe au travers des ouvertures et les siliques restent sur la peau ou la toile métallique du crible.

On complète ce nettoiement avec un tarare muni d'un

36 PLAMES IMH iSTBIBLLES.

petit grillage. Cette opération permet de séparer la poussière et les graines chetives des bonnes semences. On remplace

quelquefois le tarare par un crible à opercules beaucoup plus petits que la grosseur des graines ordinaires de colza.

Une fois ce nettoiement opéré, on conserve les graines en tas de 0n\30 à 0m.o0 d'épaisseur. Il est utile de temps a antre, tous les mois par exemple, de les soumettre a un nom eau tararage ou criblage. Cette opération empêche ies insectes de nuire a la qualité de la graine.

Les graines que l'on conserve pendant trois ou quatre mois après la récolte, perdent environ l/15« a 1/10* de leur volume.

Insectes qui attaquent les graines dans les greniers. — La graine de colza conservée dans les greniers est attaquée par un insecte acarien que l'on désigne sous le nom de mite. Suivant M. Focillon, cette mite vit des débris pulvérulents que produisent les semences malades: elle a donc l'inconvénient de salir la graine et d'altérer sa qualité. On prévient cette altération en soumettant de temps à autre les semences à un tararage ou à un criblage.

Rapport de la paille et des siliques à la semence. — Il est utile de connaître les quantités de paille et de siliques que l'on doit obtenir par chaque 100 kilog. de graines récoltées. Ces données servent à établir des calculs de prévision.

A. Paille. — La paille est plus ou moins abondante selon la fertilité du sol et la végétation des plantes. Voici les chiffres que l'on a observés :

De Gasparîn. . 100 kil. de sraine? proviennent de 165 kilos, de paille.

Boitel 100 — - 150 —

Gricnon . . . . 100 190 —

Movenne n.s kiloe.

COLZA DII1VKR. 'M

Ainsi, 1 hectare qui produirait 24 hectolitres, ou 1,600 a 1,700 kil. de graines, devrait donner de 2,700 a 2,(J00 kil. de tiges ou de paille.

B. Siliqies. — Les siliques sont abondantes. Elles sont a la graine :: 1 : 10.

Ainsi, 1 hectare (|ui produirait 24 hectolitres de graines doit donner environ 240 hectolitres de siliques.

Un hectolitre de siliques pèse de 4 à 4 kilog. 500.

Poids tle l'Hectolitre. — In hectolitre de honne graine de colza pèse en moyenne de 08 a 70 kilog. ("est accidentellement que ce poids atteint 72 kilog.

Les graines mal nourries, avortées, piquées par le charançon du colza, ne pèsent souvent que 62 à 65 kilog.

En général, le poids de l'hectolitre est en raison directe de la beauté, du volume et de la dessiccation des semences.

Un litre de graines de première qualité contient de 150,000 à 180,000 graines.

Rendement. — Le colza donne plus ou moms de graines et de paille selon la richesse des terres où il est cultivé et les accidents qu'il éprouve pendant sa végétation.

A. En graines. — Voici les résultats moyens que la statistique générale a enregistrés en 1840 :

Colza.

Nord par hect

ire

19 hect.

20 hect. T4

Seine-Inférieure

Seine-et-Oise

Pas dc-Calais

Moyennes . .

17 hect

18 hect. 04

Ainsi, le colza, a conditions égales de culture, est un peu moins productif que le froment; c'est par exception (pie Ton observe le contraire. Des faits analogues a ces

résultais ont été observés à Grignon, de 18-29 à 1855,

Colza. Lk- J'Iiivtr.

Première rotation 18 heet. 25 21 hect. 00

Seconde — 21—90 23 — 10

Troisième — 24 — 4S 25—00

Quatrième — 2l — 34 20 — 40

Moyennes. . . . 2 1 hect. 50 23 hect. 87

De 1832 à 1842, on a obtenu à Hohenheim, ou l'on a adopté, comme à Grignon, un assolement alterne de sept années, 21 heet. 81 litres de colza par hectare et 23 hect, 92 litres de blé d'hiver.

Je compléterai ces données sur le rendement du colza en inscrivant les produits moyens que Ton a signalés :

H«*. Hect,

Rendu, Flandre .... 35 Martine, Aisne 26,0(1

Pluchet, Trappes .... .32 Ducomtes, Lot-tt-Garonne. 24,00

Gofdier, Flandre .... 30 Leeouteux, Versailles. . . . 20,40

Morière, Plaine de Caen. 30 Boussingault, Alsace i8,T0

Dailly, Trappes .... 38 Mettray, Touraine . . . . 16,90

Moyenne .... 31,40 Moyenne 21,20

Ainsi, d'après ces divers produits, c'est bien à tort qu'on adopterait, comme on l'a proposé, le chiffre 30 pour établir un budget de prévision concernant la culture du colza.

Les binages bien exécutés exercent une très-grande influence sur le produit de cette plante. Voici des résultats obtenus par H. le Barilliev, qui confirment cette influence :

Colza non l>iné. Colza biné.

1839 23 hect. 80 39 hect. 50

Page 1