‹ Les plantes industriellesChapitre 64 sur 71 · II. — Deuxième année. — A. BlNAGE. — Eli mars OU · texte numérisé non relu

II. — Deuxième année. — A. BlNAGE. — Eli mars OU

avril delà seconde année, on exécute un nouveau binage. Cette opération doit être terminée avant L'époque a laquelle la cardère commence à montrer sa tige, parce que celle-ci, qui se développe toujours très-rapidement, ne permettrait plus aux ouvriers d'exécuter le binage sans endommager les plantes.

B. Etètage oc taille. — Il est utile, lorsque la cardère végète vigoureusement au printemps de la seconde année, de la tailler aussitôt qu'elle a atteint 0"\50 à 0".60 au maximum.

Cette taille s'exécute en avril, mai ou juin, suivant le climat; elle consiste à couper plus ou moins la tige principale de chaque plante. Lorsque la cardère végète sur des sols riches, on la rabat au-dessus du premier ou du second étage de feuilles.

Culte solution de continuité favorise le développement des tiges secondaires et des tètes qui se développent a leur extrémité. Si, sur les terres fertiles, on abandonnait les

plantes à elles-mêmes, la tig<; principale se développerait vigoureusement, au détriment des rameaux latéraux, puisqu'elle absorberait une grande partie de la sève. Alors, la têle que fournit cette tige deviendrait volumineuse et difforme, et les rejets qui se développent à l'aisselle des feuilles ne présenteraient que de très-petites cardères.

C'est par l'étêtage qu'on augmente la vigueur des rameaux inférieurs et qu'on peut seulement obtenir des têtes régulières de forme et de grosseur.

Dans le Midi, à Arles, par exemple, on châtre la tige principale et souvent on répète cette taille une ou deux fois sur les jets latéraux qui se développent trop vigoureusement. Alors, on ne laisse sur cliaque pied que 8 a 12 têtes, selon la nature et la richesse du sol.

Enfin, dans d'autres contrées, cette opération n'est exécutée que partiellement, suivant l'extension que prennent les cardères.

La taille retarde toujours de plusieurs semaines la maturité des têtes. Ceci explique pourquoi elle est plus en usage dans les contrées du midi que dans les provinces du nord.

Quoi qu'il en soit, il est utile de supprimer avec soin toutes les tètes qui se montrent tardivement et qui n'ont pas la force nécessaire pour acquérir un développement convenable.

L'écimage de laeardèreconslitue, dans le Vaucluse, l'opération que l'on nomme capouiller.

C. Suppression des drageons. — Au printemps, on supprime aussi les drageons qui se développent à la base des cardères cultivées sur des sols riches.

Ces rejets ont le défaut d'affamer considérablement les pieds qui les produisent, et de nuire par conséquent à la beauté et à la régularité des têtes.

CARDÈRE. 338

On désigne les cardères qui drageon ne nt sons le nom

de chardons gras.

D. Enlèvement des têtes avariées. — On doit aussi supprimer, pendant la végétation des cardères, les tètes avariées on mal conformées; celles qui se flétrissent, qui sont trop volumineuses, trop petites, on qui noircissent, et celles dont les paillettes on bractées ne sont pas recourbées vers le pédoncule.

Plante nuisible. — La cardère est attaquée par l'orobanche rameute (Orobanche ramosa. L. qui l'épuisé et la fait périr.

Maladies. — Cette plante est sujette à deux altérations. Ainsi tantôt elle se couvre d'un duvet blanchâtre qu'on nomme blanc, blanquet ou surdige; tantôt elle es! affectée par une sorte de pourriture, pour laquelle on ne connaît aucun remède. Cette seconde altération se manifeste principalement sur les cardères qui végètent dans les sols riches et humides.

On doit arracher avec soin tous les pieds qui prennent le blanc, parce que cette altération se propage aisément.

Animaux nuisibles. — Les mulots font quelquefois de très-grands dégâts dans les cultures de cardères: aussi doit-on chercher a les détruire dans les champs où ils rongent les racines de ces plantes.

Insectes nuisibles. — La cardère est attaquée pendant sa végétation par une pyrale Pvralis dipsacana. Val1. Cet insecte a été mentionné par Pline. 11 rend les piquants des tètes plus faibles. On l'observe dans les tiges, d'avril a juillet, et dans les tètes après la recolle. On ne connaît malheureusement aucun moyen pour arrêter ses ravages.

Agents atmosphériques nuisibles — La cardère redoute les sécheresses intempestives et prolongées:

mais dans les années ordinaires, elle supporte très-bien les grandes chaleurs, à cause de la disposition de ses feuilles.

Les pluies continuelles lui sont aussi nuisibles ; elles affaiblissent les crochets ou bractées et font pourrir les tètes. Les brouillards intenses et prolongés du bassin du Rhône et de la Normandie les noircissent et diminuent leur valeur commerciale.

Récolte. — A. Sigxes de maturité. — On procède à la récolte des têtes, quand celles-ci et leurs pédoncules ont pris une teinte jaunâtre ou vert doré et lorsque la chute des fleurs est complète.

On ne doit pas attendre pour l'exécuter que les graines se détachent d'elles-mêmes et que les tètes aient pris une teinte roussâtre.

Lorsqu'on opère la récolte trop tôt, les bractées manquent de résistance et restent molles; si on l'exécute trop tardivement, elles sont dures, cassantes, et les pluies ou les brouillards peuvent altérer leur couleur.

La cardère qui végète sur des sols secs et pauvres ne monte souvent à graine que la troisième année.

B. Epoque. — La récolte se fait depuis la seconde quinzaine de juillet jusqu'à la fin d'août, suivant les localités.

C. Exécution. — On coupe les pédoncules de manière que les tètes soient munies d'une queue de 0m,i0, 0m,20, ou 0m,40, suivant les usages des contrées.

Les cardères sans queues ont une faible valeur.

On se sert, pour couper les pédoncules, d'une petite serpe semblable à celle dont on fait usage dans le Midi pour tailler la vigne, et que l'on désigne sous le nom defaucillon.

L'ouvrier qui opère, porte à sa ceinture, ou suspendu à son cou, un panier ou un sac à large ouverture, dans lequel il dépose les tètes qu'il a détachées à l'aide d'un coup sec de

CARDÈRE 337

la serpe. Il doit saisir par la main gauche la tète que porte le pédoncule qu'il doit couper.

Lorsque le sac ou le panier est plein, on le vide sur une des toiles qui servent a transporter les tètes à la ferme.

La récolle ne s'exécute pas en une seule fois, parce qui* les tètes ne mûrissent pas toutes en même temps. On la répète tous les huit ta dix jours. Quelquefois elle dure de vingt à trente jours.

A Mézières (Seine-et-Oise), la coupe des cardères se paye de 0 fr. 30 à 0 fr. 40 cent, les mille tètes.

In homme peut récolter par jour de six à huit mille tèks.

D. Dessiccation des tètes.— Aussitôt que chaque récolte partielle est terminée, on s'occupe de la dessiccation des têtes. A cet effet, on les dépose sous un hangar ou à l'air libre, si le temps est beau; mais de préférence i\ l'ombre.

Quand on expose les cardères à l'air, il faut les étendre, autant que possible, sur un endroit pavé, macadamisé ou bien battu et exempt d'herbes.

La dessiccation ne doit pas être précipitée, car elle rend les bractées cassantes; en outre, il faut éviter de l'opérer à la pluie, pour que les tètes ne perdent pas leur belle couleur blonde. C'est sous l'action simultanée de la rosée et de la lumière du soleil, que les cardères prennent la légère teinte roux-verdàtre si recherchée par le commerce.

Enfin, il est nécessaire de retourner les têtes une fois par jour au moyen d'une fourche en bois, pour éviter qu'elles fermentent. Cette opération est délicate, et il faut agir avec prudence afin de ne pas briser les crochets.

E. Mise en paquets. Lorsque les tètes sont sèches, et elles le sont ordinairement après trois à six jours, selon la latitude et l'état de l'atmosphère, on procède à la mis*1 en paquets.

vu. 22

Pendant cette opération, on procède au triage des têtes et on rejette toutes celles qui ont des taches de moisissures et qui sont noirâtres, verreuses ou fendues. En outre, on fait tomber des têtes les fleurs qui y sont adhérentes et qui les feraient déprécier.

Le nombre des têtes qui composent un paquet varie suivant les contrées. Ici, les paquets en contiennent vingt-cinq; ailleurs, ils en renferment cinquante; plus loin, ils en contiennent cent

Quelquefois, on forme des poignées de vingt-cinq têtes et des paquets de mille.

Enfin, dans quelque localités, les têtes avec lesquelles on fait les paquets, sont d'inégale grosseur.

Nonobstant, la mise en paquets doit être faite dans une chambre ou sur une bâche, afin qu'on puisse recueillir les graines qui se détachent des têtes, lorsqu'on secoue cellesci avant de les réunir à l'aide de liens d'osier.

Conservation des carder es» — Lorsque les cardères doivent être conservées pendant plusieurs mois dans les bâtiments de la ferme où elles ont été recueillies, on les empile en les superposant les unes aux autres, de manière à former des tas ayant la forme d'un énorme hérisson. Cette manière d'agir est nécessaire; elle empêche les rats et les souris, qui sont très-friands de graines, de se réfugier dans les tas et d'endommager les têtes en rongeant les bractées.

Les bâtiments dans lesquels on conserve les cardères ne doivent être ni trop secs, ni trop humides. Dans le premier cas, les tètes diminuent de poids; dans le second, les bractées perdent l'élasticité qui en fait tout le mérite.

Produit que fournit un Hectare* — Le produit que la cardère fournit par hectare, varie suivant l'espace-

CARDÈRE. 339

ment des lignes et des plants, et le nombre moyen des têtes que chaque plante a développées.

Voici les rendements qu'on a observés :

Burger 100,000 à 170,000 tètes.

Mathieu de Dombasle 400,000 —

De Gaspaiïn 500 à 1 ,000 —

On peut évaluer le produit moyen à 700 kilog. par hectare.

A Verviers, on récolte par hectare 12,400 paquets de 25 ou 310,000 têtes; à Mézières (Seine-et-Oise), où l'hectare contient environ 20,000 pieds, en obtient en moyenne sur cette surface 16,000 poignées de 25 ou 400,000 tètes.

C'est par exception qu'on récolte sur la même superficie de 500,000 à 000,000 tètes.

Récolte des tiges. — Lorsque les tètes sont desséchées , on coupe ou on arrache les pieds , on les met en bottes pour les conserver en meules.

Il faut les soustraire à l'action de la pluie si on doit les utiliser comme combustible.

Commerce des carrières. — Le commerce des cardères ne se fait pas partout de la même manière.

Dans le Midi, on les divise en six classes, savoir :

têtes ayant

On',027

de longueur

Page 1