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Watts, Dict. of Chemistry, t. II, p

2. Je puis ajouter que le docteur Sanderson a préparé d’autre globuline par la méthode de Schmidt; pendant le même laps de temps, c’est-à-dire pendant une “heure, le même liquide a pu dissoudre 0,865 de cette globuline. La globuline préparée par ce système est donc beaucoup plus soluble que celle que j’ai employée, bien qu’elle soit moins soluble que la fibrine dont, comme nous l’avons vu, le liquide a dissous 1,31. Je regrette de

- n'avoir pas essayé sur les feuilles du Drosera de la globuline préparée par cette méthode.

globuline que de fibrine ; or, si nous nous rappelons que la pepsine combinée aux acides de la série acétique ne posséde qu’environ 1/3 de la puissance digestive de la pepsine combinée à l’acide chlorhydrique, il n’est pas surprenant que la sécrétion du Drosera n'ait pas rongé les fragments de globuline ou arrondi leurs angles, bien que les glandes aient certainement extrait de ces fragments quelques matières solubles et les aient absorbées.

Hématine. — On m’a donné quelques granules rouge foncé extraits du sang de bœuf; le docteur Sanderson, qui examina ces granules, observa qu’ils étaient insolubles dans l’eau, dans les acides et dans l'alcool ; ces granules étaient donc probablement composés d’hématine combinée à d’autres corps provenant du sang. Je plaçai sur quatre feuilles de petits fragments de ces granules au milieu d’une petite goutte d’eau; au bout de deux jours, trois de ces feuilles s'étaient considérablement infléchies, mais la quatrième très-modérément. Le troisième jour, les glandes qui se trouvaient en contact avec l'hématine s'étaient noircies et quelques tentacules étaient attaqués. Au bout de cinq jours, deux feuilles étaient mortes, et une troisième était mourante; la quatrième commençait à se redresser, mais la plupart de ses glandes étaient noircies et très-malades. Il est donc évident que les glandes avaient absorbé des matières qui constituaient pour elles un poison, ou dont la nature était trop excitante. Les fragments étaient beaucoup plus amollis que des fragments semblables plongés dans Peau pendant le même laps de temps; mais, à en juger à la vue, leur volume s’était fort peu réduit. Le docteur Sanderson expérimenta sur cette substance avec du suc gastrique artificiel, comme il l'avait fait pour la globuline; pour 4,31 parties de fibrine, dissoute en 4 heure, 0,456 parties seulement d’hématine avaient été dissoutes ; toutefois, la solution par la sécrétion d’une quantité moindre suffirait à expliquer son action sur le Drosera. Pendant plusieurs jours, le résidu qui se trouvait dans le suc gastrique artificiel ne subit aucune autre diminution nouvelle.

Substances qui ne sont pas digérées par la sécrétion.

Toutes les substances dont nous avons parlé jusqu’à présent provoquent l’inflexion prolongée des tentacules et sont dissoutes en totalité ou en partie par la sécrétion. Mais il y a une foule d’autres substances dont quelques-

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unes contiennent de l’azote, sur lesquelles la sécrétion n’agit en aucune espèce de façon et qui ne provoquent pas une inflexion plus longue que les substances inorganiques et insolubles. Ces substances neutres et indigestes sont, autant que j'ai pu l’observer, les productions épidermiques telles que les ongles humains, les cheveux, les plumes, les tissus fibro-élastiques, la mucine, la pepsine, l’urée, la chitine, la chlorophylle, la cellulose, le coton-poudre, les graisses, les huiles et l’amidon.

On pourrait ajouter à ces substances, le sucre et la gomme en dissolution, l’alcool étendu, les infusions végétales qui ne contiennent pas d’albumine, car, ainsi que nous l’avons démontré dans le chapitre précédent, aucune de ces substances ne provoque l’inflexion. Je dois faire remarquer ici, et c’est un fait remarquable qui vient à l'appui de ce que nous avons déjà avancé, c’est-à-dire que le ferment du Drosera est très-semblable, pour ne pas dire absolument identique, à la pepsine, que le suc gastrique des animaux, autant qu’on peut le savoir toutefois, n’agit sur aucune de ces substances, bien que les autres sécrétions du canal alimentaire aient une action sur certaines d’entre elles. Quelques-unes des substances dont je viens de parler ont été placées à de nombreuses reprises sur les feuilles du Drosera, sans que la sécrétion ait agi en aucune facon sur elles; il est donc inutile de nous en occuper davantage. Quant à quelques autres, je crois devoir donner les résultats des expériences que j’ai faites sur elles.

Tissu fibro-élastique. — Nous avons déjà vu que, quand on place sur les feuilles des petits cubes de viande, etc., les muscles, le tissu aréolaire et le cartilage sont complétement dissous, mais que le tissu fibro-élastique, et même les fils les plus délicats dont il se compose, ne sont en aucune façon attaqués. Or on sait que le suc gastrique des animaux ne peut pas digérer ce tissu!.

4. Voir, par exemple, Schiff, Phys. de la Digestion, 1867, t. IT, p. 38.

Mucine. — Cette substance contenant environ 7°’, d’azote, je m'attendais à ce qu’elle excilat beaucoup les feuilles et à ce quelle fût digérée par la sécrétion; je me trompais absolument. D’après les traités de chimie, il parait très-douteux que l’on puisse préparer la mucine à l’état pur. Celle que j'ai employée (préparée par le docteur Moore) était sèche et dure. Je mis sur quatre feuilles des fragments de cette mucine humectée d’eau ; au bout de deux jours je ne pouvais observec qu’une légère trace d’inflexion dans les tentacules entourant immédiatement les fragments. Je mis alors des morceaux de viande sur ces feuilles et toutes quatre s’infléchirent bientôt considérablement. Plongeant ensuite des morceaux de mucine dessechée dans l’eau et les y laissant séjourner pendant deux jours, je plaçai ces petits cubes sur trois feuilles. Au bout de quatre jours les tentacules entourant les bords du disque s'étaient quelque peu infléchis et la sécrétion, réunie sur le disque, élait acide, mais les tentacules extérieurs n’avaient pas été affectés. Une feuille commença à se redresser le quatrième jour; le sixième jour toutes les feuilles avaient repris leur état naturel au repos. Les glandes, qui s'étaient trouvées en contact immédiat avec la mucine, s'étaient un peu noircies. Nous pouvons donc conclure de cette expérience que ces glandes avaient absorbé une petite quantité de quelques impuretés de nature à les exciter modérément. Une expérience du docteur Sanderson prouve que la mucine, que j'avais employée contenait quelques matières solubles; il la soumit, en effet, à l’action du suc gastrique artificiel et trouva qu’au bout d’une heure une certaine quantité s'était dissoute, mais seulement dans la proportion de 23 °/, de la quantité de fibrine dissoute pendant le même laps de temps. Les cubes placés sur les feuilles, bien que peut-être un peu plus amollis que ceux plongés dans l’eau pendant un laps de temps égal, conservaient encore des angles parfaitement nets. Nous pouvons donc conclure que la mucine elle-même n’a été ni dissoute, ni digérée. Or, le suc gastrique des animaux vivants ne digère pas non plus cette substance et, selon Schiff', c’est une couche de mucine qui protége les parois de l'estomac et qui les empêche d’être corrodés pendant la digestion.

Pepsine. — Je crois à peine utile de détailler mes expériences, car il est presque impossible de préparer de la pepsine exempte de tout autre principe albuminoïde. Toutefois, j’élais curieux de déterminer, autant que possible, si le ferment contenu dans la sécrétion du

1, Leçons phys. de la Digestion, 1867, t. II, p. 304.

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Drosera aurait une action quelconque sur le ferment du suc gastrique des animaux. J’employai d’abord la pepsine commune que lon prescrit communément comme médicament, puis ensuite des échantillons beaucoup plus purs que le docteur Moore voulut bien préparer pour moi. Je placai sur cinq feuilles une quantité considérable de la pepsine commune; elles restèrent infléchies pendant cinq jours, et,au bout de ce temps, quatre d’entre elles moururent, par suite probablement d’une stimulation excessive. J’expérimentai alors la pepsine du docteur Moore; j'en fis une sorte de pâte avec de l’eau et je plaçai sur ie limbe de cinq feuilles des morceaux assez petits pour se dissoudre rapidement s'ils eussent été de la viande ou de l’albumine. Les feuilles s’infléchirent promptement, deux commencèrent à se redresser au bout de 20 heures et les trois autres étaient presque complétement redressées au bout de 44 heures. Quelques-unes des glandes quis’ étaient trouvées en contact avec les fragments de pepsine, ou avec la sécrétion acide qui les entourait, étaient devenues singuliérement pales, tandis que d’autres avaient pris une teinte foncée singuliére. Je recueillis avec soin une partie de la sécrétion et je Yexaminai avec un fort grossissement; jy remarquai un grand nombre de granules absolument semblables à ceux de la pepsine plongée dans l'eau pendant le même laps de temps. Nous pouvons donc conclure, ou tout au moins soupconner, eu égard aux petites quantités placées sur les feuilles, que le ferment du Drosera n’agit pas sur la pepsine et ne la digère pas, mais qu’il absorbe les substances albumineuses qui se trouvent dans la pepsine, impuretés qui provoquent l’inflexion et qui, en quantité assez considérable, attaquent vivement la feuille. A ma demande, le docteur Lauder Brunton essaya de déterminer si la pepsine combinée avec l’acide chlochydrique digère la pepsine pure; autant qu’il a pu en juger il n’en est rien. Par conséquent le suc gastrique paraît, sous ce rapport, agir de la même façon que la sécrétion du Drosera.

Urée.— Il me sembla intéressant de déterminer si cette substance, expulsée par les corps vivants et qui contient tant d'azote, provoquerait l’inflexion des tentacules et serait absorbée par les glandes du Drosera, comme tant d’autres substances animales liquides ou solides. Je fis tomber sur le limbe de quatre feuilles des gouttes ayant 1/2 minime de volume d’une solution contenant 4 partie d’urée pour 437 parties d’eau, chaque goutte contenant par conséquent la quantité que j’emploie ordinairement soil 1/960° de grain ou 0,0674 de millig., mais cette quantité affecta à peine les feuilles. Je plaçai alors sur elles des petits fragments de viande et elles s’infléchirent bientôt

complétement. Je répétai la méme expérience sur quatre feuilles avec de l’urée préparée expressément par le docteur Moore; au bout de deux jours aucune inflexion ne s'était produite; je répétai alors la dose. mais sans plus de succès. Je traitai ensuite ces feuilles par des gouttes égales d’une infusion de viande crue; au bout de 6 heures l'inflexion était considérable et excessive au bout de 24 heures. Toutefois, l’urée que j’employais n’était pas absolument pure, car lorsque je plongeai quatre feuilles dans 2 drachmes (7,1 millil.) de la solution de façon que toutes les glandes au lieu de celles du disque seulement pussent absorber les petites quantités d’impuretés qui pouvaient s’y trouver, il se produisit une inflexion considérable au bout de 24 heures, inflexion certainement plus forte que celle qui aurait suivi une immersion semblable dans l’eau pure. Il n’y a pas lieu d’être surpris que l’urée, qui n’était pas parfaitement blanche, ait contenu une quantité suffisante de matières albumineuses ou de sels d’ammoniaque pour causer l'effet que je viens d’indiquer, car nous verrons, dans le prochain chapitre, quelles doses extraordinairement petites d’ammoniaque suflisent pour provoquer Vinflexion. Nous pouvons donc conclure que l’urée en elle-même n’excite pas le Drosera et qu’elle ne peut lui servir d’aliment; nous pouvons conclure aussi que la sécrétion ne modifie pas l’urée de façon à la rendre nutritive, car, sil en avait été ainsi, les feuilles dont le limbe supportait quelques gouttes d’une solution de cette substance, se seraient assurément infléchies. Le docteur Lauder Brunton a fait, à ma demande, quelques expériences dans le labôratoire de l’un des hôpitaux de Londres, et il semble en résulter que le suc gastrique artificiel, c’est-à-dire la pepsine, combinée avec l'acide chlorhydrique, n’a aucune action sur l’urée.

Chitine. — Les téguments chitineux des insectes, capturés naturellement par les feuilles, ne paraissent attaqués en aucune manière. J’ai placé sur quelques feuilles des petits morceaux carrés de laile délicate et de l’élytre d’un Staphylinus; j'examinai avec soin ces morceaux quand les feuilles se furent redressées. Les angles étaient parfaitement nets et les morceaux ne différaient en aucune façon de l’autre aile et de l’autre élytre du même insecte qui étaient restés plongés dans l’eau pendant le même laps de temps. Toutefois, Pélytre avait évidemment dû fournir à la feuille quelques substances nutritives, car les tentacules étaient restés infléchis pendant quatre jours entiers, tandis que les feuilles qui supportaient des morceaux d'ailes s'étaient redressées le second jour. Quiconque a examiné les excréments des animaux qui se nourrissent d'insectes

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sait que le suc gastrique de ces animaux n’exerce pas Ja moindre action sur la chitine.

Cellulose. — Ne pouvant me procurer cette substance à l’état isolé, j'expérimentai sur des fragments angulaires de bois sec, de liége, de lichens et de fil de lin ou de coton. La sécrétion n’attaqua pas ces corps qui ne proyoquèrent que l’inflexion tres-modérée que causent ordinairement les substances inorganiques. J’essayai avec le même résultat le coton-poudre, qui consiste en cellulose dont l’hydrogène est remplacé par de l’azote. Nous avons vu qu'une décoction de feuilles de chou provoque une inflexion très-considérable. Je plaçai donc sur deux feuilles de Drosera des petits morceaux carrés découpés dans une feuille de chou et, sur quatre autres feuilles, des petits cubes découpés dans la côte centrale de la feuille. Ces feuilles de Drosera s infléchirent considérablement au bout de 12 heures et restèrent en cet état de deux à quatre jours; pendant tout ce temps, les morceaux de chou baignaient dans la sécrétion acide. Cela prouve que quelque substance excitante dont je m’occuperai bientôt avait été absorbée; toutefois, les angles des carrés et des cubes restèrent parfaitement nets, ce qui prouve que la cellulose n'avait pas été attaquée. J’essayai avec le même résultat des petits morceaux de feuille d’épinards: les glandes déversèrent une quantité assez considérable de sécrétion acide, et les tentacules restèrent infléchis pendant trois jours. Nous avons déjà vu que la sécrétion n’a aucune action sur les parois délicates des grains de pollen. On sait, en outre, que le suc gastrique des animaux n’a

aucune action sur la cellulose.

Chlorophylle. — Cette substance contenant de l'azote, je voulus l'essayer. Le docteur Moore m’enyoya de la chlorophylle conservée dans l'alcool ; je la fis sécher, mais elle devint bientôt déliquescente. J'en plaçai des parcelles sur quatre feuilles ; au bout de 3 heures, la sécrétion était devenue acide; 8 heures après, je remarquai quelques traces d’inflexion et, au bout de 24 heures, l’inflexion était bien prononcée. Au bout de quatre jours deux feuilles commencèrent à se redresser ; les deux autres avaient alors presque complétement repris leur position naturelle. Il est donc évident que cette chlorophylle contenait une substance de nature à exciler modérément les feuilles; toutefois, à en juger à la vue, aucune partie ne s’était dissoute; il est donc probable que la sécrétion n’aurait aucune action sur de la chlorophylle pure. Le docteur Sanderson expérimenta avec du suc gastrique. artificiel la chlorophylle que j'avais employée et un autre échantillon préparé exprès; elle ne fut pas digérée. Le docteur Lauder

Brunton essaya aussi de la chlorophylle préparée d’après la formule indiquée dans le codex anglais et l’exposa, pendant cing jours, à la température de 37° centig., à l’action du suc gastrique artificiel. La chlorophylle ne diminua pas de volume, bien que le liquide ait pris une teinte légèrement brune. On essaya aussi cette substance avec de la glycérine extraite du pancréas; mais le résultat fut tout à fait négatif. D'ailleurs, la chlorophylle ne semble pas être affectée non plus par les sécrétions intestinales des différents animaux, à en juger par la couleur de leurs excréments.

Il ne faudrait toutefois pas conclure de ces faits que la sécrétion n’exerce aucune action sur les grains de chlorophylle, tels qu'ils existent dans les plantes vivantes ; ces grains, en effet, se composent de protoplasma coloré simplement par la chlorophylle. Mon fils Francis plaça sur une feuille de Drosera une tranche mince de feuille d’épinards humectée avec de la salive et d’autres tranches de la même feuille sur de la ouate humide, en ayant soin d’exposer le tout à la même température. Au bout de 19 heures, la tranche placée sur la feuille de Drosera baignait dans d’abondantes sécrétions provenant des tentacules infléchis ; il la retira alors pour l’examiner au microscope. Il ne put observer aucun grain parfait. de chlorophylle; les uns étaient ratatinés, affectant une couleur vert jaunâtre et rassemblés au centre des cellules; les autres étaient désagrégés et formaient une masse jaunâtre, rassemblée aussi au milieu des cellules. D'autre part les grains de chlorophylle des tranches placées sur la ouate humide étaient aussi verts et aussi intacts qu'auparavant. Mon fils plaça aussi quelques tranches de la mème feuille d’épinard dans du suc gastrique artificiel, qui exerça sur elles à peu près la même action qu'avait fait la sécrétion. Nous avons vu que des morceaux de feuilles fraîches de chou et d’épinards provoquent l’inflexion des tentacules et causent chez les glandes d’abondantes sécrétions acides; or, il est très-prebable que c’est le protoplasma constituant les grains de chlorophylle ainsi que le revêtement des parois des cellules qui excite les feuilles.

Graisses el huiles. — Les angles de cubes de graisses crues presque pures, placés sur plusieurs feuilles, ne furent arrondis en aucune façon. Nous avons vu aussi que les globules huileux du lait ne sont pas digérés. Des gouttes d'huile d'olive placées sur le limbe des feuilles ne provoquent aucune inflexion; toutefois, l’inflexion est considérable chez les feuilles plongées dans l’huile d'olive; mais j'aurai à revenir sur ce point. Le suc gastrique des animaux ne digère pas les matières huileuses.

Amidon. — Des morceaux assez gros d’amidon sec provoquèrent une inflexion bien prononcée et les feuilles ne se redressérent que le quatrième jour; je pense, toutefois, que cet effet est dû à une irritation prolongée des glandes, l’amidon absorbant les sécrétions à mesure qu’elles se produisaient. Les fragments d’amidon ne furent pas réduits; nous savons, en outre, que les feuilles plongées dans une émulsion d’amidon ne sont pas affectées. Il est inutile que j'ajoute que le suc gastrique des animaux n’a aucune action sur l’amidon.

Action de la sécrétion sur les graines vivantes.

Je puis indiquer ici les résultats de quelques expériences sur des graines vivantes prises au hasard, bien que ces expériences portent seulement de façon indirecte sur le sujet que nous discutons actuellement.

Je plaçai sur sept feuilles sept graines de chou récoltées l’année précédente. Quelques-unes de ces feuilles s’infléchirent modérément, mais le plus grand nombre très-légèrement, et la plupart se redressèrentle troisième jour. L'une d’elles, cependant, restainfléchie jusqu’au quatrième jour et une autre jusqu'au cinquième, Ces feuilles furent donc excitées un peu plus par des graines que par des objets inorganiques ayant le même volume. Après le redressement des feuilles les graines furent placées dans des conditions favorables sur du sable humide, en même temps que d’autres graines provenant des mêmes plantes qui germèrent trés-facilement. Sur les sept graines exposées à l’action de la sécrétion, trois seulement germérent; une des petites plantes produites par l’une d’elles périt bientôt; l'extrémité des radicelles commençant à pourrir et les kords des cotylédons affectant une couleur brun-foncé ; en résumé donc, sur les sept graines essayées, cinq périrent.

Je plaçai sur trois feuilles des graines de radis (Raphanus sativus), récoltées l’année précédente; ces trois feuilles s’infléchirent modérément et se redressèrent le troisième et le quatrième jour. Deux de ces graines furent placées sur du sable humide; une seulement germa et cela très-lentement. La plante produite n’avait que des radicelles extrêmement courtes, tordues et maladives, sans poils d'absorption ; les cotylédons étaient singulièrement tachetés de couleur pourpre et les bords noircis et fanés en partie.

Je plaçai sur quatre feuilles des graines de cresson (Lepidium sativum) de la récolte précédente le lendemain matin, deux de ces feuilles s'étaient modérément infléchies et les deux autres fortement ; elles restèrent dans cet état pendant quatre, cinq et même six jours. Peu

de temps après que les graines avaient été placées sur les feuilles et qu’elles étaient devenues humides, elles sécrétérent, comme à l’ordinaire, une couche de mucus visqueux ; afin de déterminer si l’inflexion provenait de l'absorption par les glandes de cette substance visqueuse, je plongeai deux graines dans l’eau et j’enlevai le mucus autant que possible. Je les replaçai ensuite sur les feuilles qui, au bout de 3 heures, étaient fortement infléchies et qui, au bout de trois jours, l’étaient complétement. Il est donc évident que ce n’est pas le mucus qui provoque l’inflexion; il semble, au contraire, dans une certaine mesure, servir à protéger la graine. Sur les six graines, deux germèrent pendant qu’elles étaient encore sur les feuilles, mais les plants transportés dans du sol humide moururent bientôt; sur les quatre autres graines, une seule germa.

Deux graines de moutarde (Sinapis nigra), deux graines de céleri (Apium graveolens), provenant toutes de la dernière récolte, deux graines bien mouillées de carvi (Carum carvi) et deux grains de blé, n’excitèrent pas plus les feuilles que ne le font d'ordinaire les objets inorganiques. Cinq graines à peine müres d’un bouton d’or (Ranunculus) et deux graines toutes nouvelles d’ Anemone nemorosa ne produisirent guère plus d'effet. D'autre part, quatre graines à peine müres de Carex sylvatica provoquèrent une forte inflexion sur les feuilles où elles furent placées; ces feuilles ne commencèrent à se redresser que le troisième jour, l'une d’elles resta même infléchie pendant sept jours.

Il résulte de ces quelques expériences que divers sortes de graines excitent les feuilles à un degré très-différent; il n’est pas parfaitement démontré que cette différence provienne uniquement de la nature de l'enveloppe. L’enlèement partiel de la couche de mucus sur les graines de cresson hata l’inflexion des tentacules. Quand les feuilles restent infléchies pendant plusieurs jours sur des graines, il est évident qu’elles absorbent quelques-unes des matiéres que contiennent ces derniéres. La grande proportion des graines de chou, de radis et de cresson qui furent tuées par le séjour sur les feuilles, et le fait que la plus grande partie des plants produits par celles qui germérent ensuite élaient très-maladifs, prouve que la sécrétion pénétre l’enveloppe des graines. Il est vrai que cet effet produit sur les graines et sur les plants peut être dû uniquement à l'acide contenu dans la sécrétion et non pas à une digestion quelconque ; en effet, M. Traherne- Moggridge a démontré que les acides très-faibles de la série acétique attaquent fortement les graines. Je n’ai jamais eu l’idée d'observer si les graines sont souvent portées sur le vent par les feuilles visqueuses du Drosera croissant à l’état sauvage ; toutefois, il est probable

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que cela arrive souvent, comme nous le verrons bientôt, en nous occupant de la Pinguicula. S'il en est ainsi le Drosera doit profiter fort peu de l'absorption des substances contenues dans les graines.

Résumé et conclusions sur la puissance digestive du Drosera.

Quand les glandes du disque de la feuille sont excitées soit par l’absorption de matières azotées, soit par des attouchements mécaniques, leurs secrétions augmentent et deviennent acides. Elles transmettent en même temps aux glandes des tentacules extérieurs une impulsion qui provoque chez elles des sécrétions plus abondantes devenues aussi acides. Chez les animaux, selon Schiff‘, une irritation mécanique provoque chez les glandes de l'estomac la sécrétion d’un acide, mais non pas la sécrétion de pepsine. Or j'ai toute raison de croire, bien que le fait ne soit pas complétement démontré, que les glandes du Drosera, tout en sécrétant continuellement des liquides visqueux, pour remplacer ceux qui disparaissent par évaporation, ne sécrétent cependant pas, sous l’influence d’une irritation mécanique, le ferment propre à faciliter la digestion, mais qu’elles attendent pour le faire, d’avoir absorbé certaines substances probablement de nature azotée. J'ai lieu de conclure qu'il en est ainsi parce que la sécrétion d’un grand nombre de feuilles irritées par des fragments de verre, placés sur le limbe, ne digéra pas de l’albumine, et surtout à cause de ce qui se passe chez la Dionée et les Népenthes. En outre Schiff affirme que les glandes de l'estomac des animaux ne sécrètent de la pepsine qu'après avoir absorbé certaines substances solubles qu'il désigne sous le nom de peptogènes. Il existe donc un parallélisme remarquable entre les glandes du Drosera et celles de l’estomac au point de vue de la sécrétion des acides et des ferments convenables.

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