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Sachs, Traité de Bot., 3° édit., 1874, p

2, On est loin de comprendre la distinction qui existe entre la véritable absorption et la simple imbibition. (Voir Müller, Physiology, trad. angl., 1838, vol. I, p. 280.)

sies pour ces expériences ont été prises au hasard, sauf toutefois deux espéces de Saxifrages sur lesquels j’ai voulu expérimenter, parce qu’elles appartiennent a une famille alliée aux Droséracées. La plupart de mes expériences ont consisté à plonger les glandes dans une infusion de viande crue, ou plus ordinairement dans une solution de carbonate d’ammoniaque, cette dernière substance agissant trèsénergiquement et très-rapidement sur le protoplasma. Il me semblait aussi très-important de déterminer si l’ammoniaque est absorbée par ces plantes, parce que l’eau de pluie en contient toujours quelques traces. Chez les Droséracées, la sécrétion d'un liquide visqueux par les glandes n’empéche pas qu’elles n’aient la faculté d’absorber; il se pourrait donc que les glandes d’autres plantes excrétassent des matières superflues ou sécrétassent un liquide odoriférant pour se défendre contre les attaques des insectes ou dans tout autre but, et qu’elles aient cependant aussi la faculté d’absorber. Je regrette de n’avoir pas, dans les expériences suivantes, essayé de déterminer si la sécrétion peut digérer ou rendre solubles les matières animales; mais ces expériences auraient été trés-difficiles à cause du petit volume des glandes et de la petite quantité de matière qu’elles sécrètent. Nous verrons, dans le chapitre suivant que la sécrétion provenant des poils glanduleux du Pinguicula dissout certainement les matières animales.

Saxifraga umbrosa. — Les pédoncules des fleurs et les pétioles des feuilles sont recouverts de poils courts portant des glandes roses; ces glandes se composent de plusieurs cellules polygonales, et le pédicelle est divisé par des cloisons en cellules distinctes qui sont ordinairement incolores, mais qui affectent cependant parfois une teinte rose. Les glandes sécrètent un liquide visqueux jaunâtre qui sert quelquefois, quoique rarement, à capturer des petits diptères{. Les

4. M. Druce dit (Pharmaceutical Journal, mai 1875), en parlant du Saæifraga tridactylites, qu'il a examiné plusieurs douzaines de plantes et

cellules des glandes contiennent un liquide rose brillant chargé de granules ou de masses globulaires de matiére pulpeuse rosée. Cette matière doit être du protoplasma, car si l’on place une glande sous une goutte d’eau et qu’on l’examine au microscope, on voit que cette matière subit des changements de forme lents, mais incessants. On à observé des mouvements semblables chez des glandes qui avaient séjourné dans l’eau pendant une, trois, cinq, dix-huit et vingt-sept heures. Au bout même de ce laps de temps, les glandes conservent leur couleur rose brillant, et le protoplasma contenu dans les cellules ne parait pas s’être agrégé. Les changements de forme constants des petites masses de protoplasma ne sont pas dus à l’absorption de l'eau, car on a observé ces mouvements dans des glandes parfaitement sèches.

Le 29 mai, j'ai ployé une tige supportant une fleur et encore attachée à la plante, de façon à la plonger pendant vingt-trois heures trente minutes dans une forte infusion de viande crue. La couleur du liquide contenu dans les glandes se modifia quelque peu; il prit une teinte plus pourpre et plus foncée qu'auparavant. Le contenu des cellules paraissait aussi plus agrégé, car les espaces séparant les petites masses de proloplasma étaient plus grands; toutefois, ce dernier résultat n’a pas accompagné d’autres expériences analogues. Les masses de protoplasma semblaient aussi changer plus rapidement de forme que chez les glandes plongées dans l’eau, de telle sorte que les cellules variaient d’aspect toutes les quatre ou cinq minutes. Les masses allongées se transformaient en masses sphériques au bout dune ou deux minutes; elles s’allongeaient et s’unissaient a d’autres. Des masses microscopiques augmentaient rapidement de volume, et j’ai vu trois globules parfaitement distincts se réunir en un seul. En un mot, les mouvements produits dans le protoplasma ressemblaient exactement à ceux que j’ai décrits pour le Drosera. Les cellules des pédicelles ne furent pas affectées par l’infusion; je puis ajouter qu’elles ne le furent pas non plus dans l’expérience suivante.

Je plongeai de la même façon, et pendant le même laps de temps, une autre tige à fleurs dans une solution contenant une partie d’azotate‘d’ammoniaque pour 146 parties d’eau (3 grains d’azotate pour une once d’eau); l’effet produit sur les glandes, au point de vue de la couleur, fut exactement le même que celui produit par l’infusion de viande crue.

Je plongeai une autre tige à fleurs, dans les conditions que je viens

qu'il a trouvé sur presque toutes des restes d'insectes adhérant aux feuilles, Un de mes amis m’apprend qu’il en est de même en Irlande,

de dire précédemment, dans une solution contenant 1 partie de carbonate d’ammoniaque pour 109 parties d’eau. Au bout d’une heure trente minutes, les glandes n'étaient pas décolorées; mais, au bout de trois heures quarante-cinq minutes, la plupart d’entre elles avaient pris une teinte pourpre sale, d’autres une teinte vert noirâtre, et quelques-unes n'avaient pas été affectées. Les petites masses de protoplasma à l'intérieur des cellules étaient en mouvement. Les cellules des pédicelles n’avaient pas été affectées. Je répétai l'expérience sur une autre tige à fleurs que je laissai vingt-trois heures dans la solution. J’obtins dans ce cas un résultat considérable; toutes les glandes avaient beaucoup noirci, et le liquide précédemment transparent des cellules des pédicelles, jusqu’à la base de ces derniers, contenait alors des masses sphériques de malière granuleuse. En comparant beaucoup de poils différents, il devint évident pour moi que les glandes absorbent d’abord le carbonate, et que l’effet ainsi produit se propage de cellule en cellule dans toute la longueur des poils. Le premier changement qu’on observe est un aspect nuageux dans le liquide contenu dans les cellules, aspect nuageux qui est dd à la formation de granules très-petits qui s’agrégent ensuite en plus grosses masses. En somme, la coloration plus foncée des glandes et la propagation de l’agrégation de cellule en cellule, jusqu’à la base des pédicelles, présente une analogie frappante avec ce qui se passe chez le Drosera, quand on plonge un tentacule dans une faible solution du même sel. Toutefois, les glandes de Saxifrage absorbent beaucoup plus lentement que celles du Drosera. Outre les poils glandulaires, le Saxifrage porte des organes en forme d’étoiles, organes qui ne paraissent pas sécréter et qui ne sont en aucune façon affectés par les solutions dont nous venons de parler.

Bien ‘que, dans le cas où la tige et les feuilles n’ont pas été endommagées, le carbonate semble absorbé seulement par les glandes, il pénètre beaucoup plus rapidement par une surface fraichement coupée. J’enlevai des morceaux de l'écorce d’une tige, et je m’assurai que les cellules des pédicelles ne contenaient que du liquide transparent incolore, les cellules des glandes contenant, comme à l'ordinaire, quelques matières granuleuses. Je plongeai alors ces morceaux dans la même solution qu'auparavant (1 partie de carbonate pour 109 parties d’eau); au bout de quelques minutes, des matières granuleuses firent leur apparition dans les cellules inférieures de tous les pédicelles. Je répétai l'expérience à plusieurs reprises, et l’action commença toujours dans les cellules inférieures, c’est-à-dire dans les cellules les plus rapprochées de la partie mise à nu, et se propagea graduellement en remontant dans les cellules des poils jusqu’à ce

qu’elle eût atteint les glandes, c’est-à-dire dans une direction contraire à celle que l’on observe dans la tige qui n’a pas été endommagée. Les glandes changèrent alors de couleur, et les matières granuleuses qu’elles contenaient déjà s’agrégèrent en grosses masses. Je plongeai deux autres petits morceaux d’une tige, pendant deux heures quarante minutes, dans une solution plus faible, contenant 4 partie de carbonate pour 218 parties d’eau; dans ces deux spécimens aussi les pédicelles des poils, près des extrémités coupées, seremplirent de matières granuleuses et les glandes changèrent complétement de couleur.

Enfin, je plaçai des parcelles de viande sur quelques glandes, que j'examinai au bout de vingt-trois heures, en même temps que d’autres qui me semblaient avoir capturé des petites mouches peu de temps auparavant; mais ni les unes ni les autres ne semblaient différer des glandes des autres poils. Peut-être n’avais-je pas alloué un temps suffisant pour l'absorption; je serais assez disposé a le croire, car d’autres glandes sur lesquelles des mouches mortes avaient évidemment reposé pendant fort longtemps, affectaient une couleur pourpre pâle sale, ou étaient même devenues presque incolores; en outre, les matières granuleuses contenues dans les cellules présentaient un aspect extraordinaire et quelque peu singulier. Nous pouvons conclure que ces glandes avaient absorbé des matières animales provenant des mouches, probablement par exosmose dans la sécrétion visqueuse, non-seulement à cause de la modification survenue dans leur couleur, mais aussi parce que, plongées dans une solution de carbonate d’ammoniaque, quelques cellules de leurs pédicelles se remplirent de matières granuleuses, tandis que les cellules d’autres poils qui n'avaient pas capturé de mouches ne contenaient qu’une petite quantité de matières granuleuses après avoir été plongées le même laps de temps dans la solution. Toutefois, il faut de nouvelles preuves avant d'admettre complétement que les glandes de cette Saxifrage peuvent absorber, même en allouant un temps considérable, des matières animales provenant des petits insectes qu’elles capturent quelquefois accidentellement.

Saxifraga rotundifolia (?). — Les poils qui recouvrent les tiges à fleurs de cette espèce sont plus longs que ceux que nous venons de décrire et supportent des glandes brun pale. J'ai examiné beaucoup de ces poils, et j'ai trouvé que les cellules des pédicelles sont tout à fait transparentes. Je plongeai une tige recourbée dans une solution contenant 4 partie de carbonate d’ammoniaque pour 409 parties d’eau; au bout de trente minutes, deux ou trois des cellules supérieures des pédicelles contenaient des matières granuleuses ou agré-

gées; les glandes avaient pris une couleur vert jaunatre brillant. Les glandes de cette espéce absorbent done le carbonate beaucoup plus rapidement que celles du Saxifraga wmbrosa, et les cellules supérieures des pédicelles sont aussi affectées beaucoup plus rapidement. Je coupai des morceaux de la tige et je les plongeai dans la même solution; l’agrégation se propagea alors dans une direction contraire et les cellules situées près de la surface coupée furent les premières affectées.

Primula sinensis. — Les tiges à fleurs, les surfaces supérieures et inférieures des feuilles, ainsi que leurs tiges, sont toutes récouvertes d’une multitude de poils plus ou moins longs. Des cloisons transversales divisent les pédicelles des poils les plus longs en huit ou neuf cellules. La cellule terminale, un peu plus grande, est globulaire et constitue une glande qui sécrète une quantité très-variable de matière jaune brunâtre, épaisse, légèrement visqueuse, mais non pas acide.

J'ai plongé pendant deux heures trente minutes un morceau d’une jeune tige à fleurs dans de l’eau distillée; les poils glandulaires n’ont pas été affectés. J'ai examiné avec soin un autre morceau de tige portant 25 poils courts et 9 poils longs. Les glandes de ces derniers ne contenaient aucune malière solide ou demi-solide, et deux glandes seulement des 25 poils courts contenaient quelques globules. Je plongeal cette tige dans une solution contenant 1 partie de carbonate d’ammoniaque pour 109 parties d’eau, et je l’y laissai pendant deux heures; au bout de ce temps, les glandes des 25 poils courts, à deux ou trois exceptions près, contenaient soit une grosse masse sphérique de matière demi-solide, soit de deux à cinq petites masses sphériques. Trois glandes des 9 poils contenaient aussi des masses semblables. Enfin, j’ai observé chez quelques poils des globules dans les cellules situées immédiatement au-dessous des glandes. En résumé, l'examen des 3% poils démontrait clairement que les glandes avaient absorbé une certaine quantité du carbonate. Je plongeai un autre morceau de tige dans la même solution, et je l’y laissai pendant une heure; au bout de ce temps, des masses agrégées étaient présentes dans toutes les glandes. Mon fils Francis examina quelques glandes des poils longs qui contenaient des petites masses de matière avant d’avoir été plongées dans aucune solution; ces masses changeaient lentement de forme, ce qui prouve qu’elles se composaient de proloplasma. Il arrosa alors ces poils pendant une heure quinze minutes, tout en les tenant sur le chariot du microscope, avec une solution contenant 4 partie de carbonate d’ammoniaque pour 218 par-

ties d’eau. Les glandes ne furent pas perceptiblement affectées, ce à quoi d’ailleurs on ne pouvait guère s'attendre, car le contenu de leurs cellules était déjà agrégé; mais de nombreuses sphères de matière presque incolore se formérent dans les cellules des pédicelles ; ces sphères changèrent de forme et se réunirent lentement les unes aux autres, l’aspect des cellules changeant totalement à divers intervalles.

Les glandes d’une jeune tige a fleurs, aprés avoir séjourné pendant deux heures quarante-cinq minutes dans une forte solution (1 partie de carbonate d’ammoniaque pour 109 parties d’eau), contenaient un grand nombre de masses agrégées; mais je ne saurais dire si ces masses avaient été engendrées par l’action du sel. Je replaçai ce morceau de tige dans la solution, de facon.a ce que l’immersion se prolongeat pendant six heures quinze minutes; j’observai alors un grand changement, car presque toutes les masses sphériques, dans les cellules des glandes, avaient disparu pour faire place à des matières granuleuses brun foncé. Je répétai trois fois cette expérience, et, dans les trois cas, j’obtins des résultats presque identiques. Dans une de ces expériences, le morceau de tige resta plongé dans la solution pendant huit heures trente minutes, et, bien que presque toutes les masses sphériques se fussent changées en matière granuleuse brune, il en réstait cependant encore quelques-unes. Si la production des masses sphériques de matière agrégée avait eu uniquement pour cause, à l'origine, une action chimique ou physique, il semble étrange qu'une immersion un peu plus longue dans la même solution ait pu modifier si complétement leur caractère. Mais, comme les masses qui changeaient lentement et spontanément de forme devaient se composer de protoplasma vivant, il n’y a rien de surprenant à ce que ce proloplasma ait été endommagé ou tué, et à ce que son aspectse soit complétement modifié à la suite d’une longue immersion dans une solution aussi forte de carbonate d’ammoniaque que celle employée dans ces expériences. Une solution de cette force paralyse toute espèce de mouvement chez le Drosera, mais ne tue pas le protoplasma; une solution encore plus forte empéche le proloplasma de s’agréger en masses globulaires ayant le volume ordinaire, et, sous l'influence de cette solution, ces masses deviennent granuleuses et opaques, bien qu’elles ne se désagrègent pas. L’eau trop,chaude et certaines solutions, par exemple une solution de sel de soude ou de potasse, agissent à peu près de la même manière, en ce qu elles causent d’abord une sorte d’agrégation imparfaite dans les cellules du Drosera, agrégation qui se termine par la rupture des petites masses et la formation de matières granuleuses ou pulpeuses brunes. Toutes

les expériences précédentes ont été faites sur des tiges a fleurs; toutefois, j'ai plongé un morceau de feuille dans une forte solution de carbonate d’ammoniaque (4 partie de carbonate ponr 109 parties d’eau); après une immersion de trente minutes, des masses globulaires parurent dans toutes les glandes, qui ne contenaient auparavant qu'un liquide limpide.

J'ai fait aussi plusieurs expériences pour déterminer quelle est l’action de la vapeur du carbonate d’ammoniaque sur les glandes; je me contenterai de citer quelques exemples. Je bouchai à la cire l’extrémité coupée de la tige d’une jeune feuille, puis je la placai sous une petite cloche où je mis aussi une forte pincée de carbonate d’ammoniaque. Au bout de dix minutes, les glandes présentaient un degré considérable d’agrégation, et le protoplasma contenu dans les cellules des pédicelles s’était un peu écarté des parois. Une autre feuille, laissée sous la cloche pendant cinquante minutes, presenta la méme apparence, sauf toutefois que les poils, dans toute leur longueur, avaient pris une teinte brunatre. J’exposai une troisième feuille pendant une heure cinquante minutes à la vapeur du carbonate d’ammoniaque; au bout de ce temps, il y avait beaucoup de matières agrégées dans les glandes, mais quelques-unes des masses agrégées semblaient sur le point de se résoudre en matière granuleuse brune. Je replaçai cette même feuille dans la vapeur, de façon à ce qu’elle y restat exposée pendant un laps de temps total de cinq heures trente minutes; au bout de ce temps, bien que j'aie examiné un grand nombre de glandes, je ne trouvai des matières agrégées que dans deux ou trois; dans toutes les autres, les masses qui étaient auparavant globulaires s'étaient transformées en matières brunes opaques et granuleuses. Cette expérience prouve que l'exposition à la vapeur d’ammoniaque, pendant un laps de temps considérable, produit les mêmes effets qu’une longue immersion dans une solution du même sel. Dans les deux cas, on ne peut douter que le sel ait été absorbé principalement ou exclusivement par les glandes.

Dans une autre occasion, je plaçai sur quelques feuilles des morceaux de fibrine humide, ou des gouttes d’une infusion faible de viande crue ou des gouttes d’eau ; au bout de vingt-quatre heures j’examinai les poils, mais, à ma grande surprise, ceux qui avaient été touchés par ces substances ne différaient aucunement des autres. Toutefois, la plupart des cellules contenaient des petites sphères hyalines immobiles qui ne semblaient pas être composées de protoplasma, mais, à ce que je crois, de quelque baume ou huile essentielle.

Pelargonium zonale (variété bordée de blanc). — Les feuilles

de cette plante portent de nombreux poils multicellulaires, les uns se terminant simplement en pointes, les autres portant des glandes et differant beaucoup en longueur. J’examinai les glandes d’un morceau de feuille, et je m’assurai que ces glandes ne contenaient qu’un liquide limpide; j’enlevai la plus grande partie de l’eau qui recouvrait ce morceau de feuille sur le chariot du microscope, et j’ajoutai une petite goutte d’une solution contenant 4 partie de carbonate d’ammoniaque pour 146 parties d’eau; je mis donc la feuille en présence d’une dose trés-petite. Au bout de trois minutes seulement j’observai des signes d’agrégation à l’intérieur des glandes des poils les plus courts; au bont de cinq minutes, beaucoup de petits globules affectant une teinte brun pâle parurent dans toutes les glandes; j'observai des globules semblables, mais plus grands, dans les glandes plus considérables des poils plus longs. Quand la feuille eut séjourné pendant une heure dans la solution, j’observai que plusieurs petits globules avaient changé de position; en outre, à l’intérieur de deux ou trois des globules les plus gros il s'était formé un espace vide ou une petite sphère (je ne saurais dire lequel des deux) affectant une teinte un peu plus foncée. J'observai en même temps de petits globules dans quelques-unes des cellules supérieures des pédicelles, et le revétement de protoplasma s était légèrement écarté des parois des cellules inférieures. Après une immersion totale de deux heures trente minutes, les gros globules, à l’intérieur des glandes des poils longs, se transformèrent en masses de matière granuleuse brun foncé. En conséquence, d’après ce que nous avons vu chez le Primula sinensis, ces. masses se composaient certainement dans le principe de protoplasma vivant.

Je plaçai sur une feuille une goutte d’une faible infusion de viande crue; au bout de deux heures trente minutes, je pus observer beaucoup de sphères dans les glandes. J'ai examiné de nouveau ces sphères au bout de trente minutes; elles avaient légèrement changé - de forme et de position, et l’une d’elles s'était divisée en deux; mais les modifications survenues ne ressemblaient pas tout à fait à celles que l’on observe dans le protoplasma du Drosera. En outre, ces poils n'avaient pas été examinés avant l'immersion, et il se trouvait des sphères semblables dans quelques glandes qui ne s’étaient pas trouvées en contact avec l’infusion.

Erica tetralix. — Quelques poils glandulaires longs hérissent les bords de la surface supérieure des feuilles. Les pédicelles se composent de plusieurs rangées de cellules, surmontées par une glande globulaire assez grosse sécrétant des matières visqueuses dans les-

quelles viennent se prendre, assez rarement d’ailleurs, des petits insectes. J'ai laissé séjourner quelques feuilles pendant vingt-trois heures dans une faible infusion de viande crue et d’autres dans l’eau; je comparai alors les poils, mais je ne pus guère observer la moindre différence entre eux. Dans les deux cas, le contenu des cellules semblait un peu plus granuleux qu'auparavant ; toutefois, je ne pus distinguer aucun mouvement. Je plongeai d’autres feuilles dans une solution contenant 1 partie de carbonate d’ammoniaque pour 218 parties d’eau; au bout de vingt-trois heures, les matières granuleuses me parurent avoir aussi augmenté; mais une de ces masses garda exactement la même forme après un intervalle de cinq heures; de sorte qu'il est difficile de penser qu’elle se composait de protoplasma vivant. Ces glandes semblent posséder à un très-faible degré la propriété d'absorption; en tous cas, elles la possédent beaucoup mieux que les plantes dont nous nous sommes occupé précédemment.

Mirabilis longiflora. — Les tiges et les surfaces des feuilles portent des poils visqueux. Je possède quelques jeunes plants qui ont de 12 à 18 pouces de hauteur; ces plants, placés dans une serre, ont capturé tant de petits diptères, de coléoptères et de larves qu’ils en sont absolument couverts. Les poils sont courts, de longueur inégale; ils se composent d’une seule rangée de cellules, surmontées par une cellule plus grande qui sécrète des matières visqueuses. Ces cellules terminales ou glandes contiennent des granules et souvent des globules de matière granuleuse. A l’intérieur d’une glande, qui avait capturé un petit insecte,une de ces masses changeait incessamment de forme, et on aurait dit qu’un vide se formait de temps en temps a l’intérieur. Je ne crois pas toutefois que ce protoplasma ait été engendré par les matières provenant de l'insecte mort et que Ja glande aurait absorbées; en effet, en comparant diverses glandes qui avaient ou qui n'avaient pas capturé d'insectes, je n’ai pas remarqué la moindre différence entre elles, et toutes contenaient de fines matières granuleuses. Je plongeai un morceau de feuille dans une solution contenant 1 partie de carbonate d’ammoniaque pour 218 parties d'eau. Après y avoir séjourné vingt-quatre heures, les poils semblaient fort peu affectés; peut-être cependant les glandes étaientelles devenues un peu plus opaques. Mais dans le limbe de la feuille, les grains de chlorophylle, près des surfaces coupées, s'étaient coagulés ou agrégés. Les glandes d’une autre feuille ne furent pas affectées par une immersion de vingt-quatre heures dans une infusion de viande crue; toutefois le protoplasma contenu dans les cellules des pédicelles s’était beaucoup écarté des parois. Ce dernier effet peut

être attribué à l’exosmose, car l’infusion était forte. Nous pouvons donc conclure que les glandes de cette plante ne possèdent pas la propriété d’absorber, ou quele protoplasma qu’elles contiennent n’est pas influencé par une solution de carbonate d’ammoniaque ou par une infusion de viande, ce qui semble à peine croyable,

Nicotiana tabacum. — Cette plante est recouverte d'innombrables poils d’une longueur inégale et capture beaucoup de petits insectes. Les pédicelles des poils sont divisés par des cloisons transversales, et les glandes qui sécrètent se composent de beaucoup de cellules contenant des matières verdatres et des petits globules d’une certaine substance, J'ai laissé séjourner pendant vingt-six heures des feuilles dans une infusion de viande crue et d’autres dans l’eau; mais je ne pus discerner aucune différence. Je plongeai alors, pendant plus de deux heures, quelques-unes de ces mêmes feuilles dans une solution de carbonate d’ammoniaque, mais sans qu’il se produisit aucun effet. Je regrette de n’avoir pas fait d’autres expériences avec plus de soin, car M. Schlæsing à démontré ! que les plants de tabac, traités par la vapeur du carbonate d’ammoniaque, donnent à-l’analyse une plus grande quantité d’azote que d’autres plants qui n’ont pas été ainsi traités ; or, d’après ce que nous avons vu, il est probable que les poils glandulaires absorbent une certaine quantité de vapeur.

Résumé des observations sur les poils glandulaires. — Les observations précédentes, quelque peu nombreuses ou quelque incomplètes qu’elles soient, nous prouvent que les glandes de deux espèces de Saxifraga, d'un Primula et d’un Pelargonium possèdent la faculté d’absorber rapidement; tandis que les glandes d’un Erica, du Mirabilis et du Nicotiana ne possèdent pas cette faculté ou que tout au moins le contenu de leurs cellules n’est pas affecté par les liquides employés, c’est-à-dire une solution de carbonate d’ammoniaque ou une infusion de viande crue, Comme les glandes du Mirabilis contiennent du protoplasma qui ne s’est pas agrégé à la suite d’une immersion dans les liquides que nous venons d'indiquer, bien que

1. Comptes rendus, 15 juin 1874. Le Gardener’s Chronicle du 11 juillet 1874 a publié un excellent résumé de ce mémoire.

le contenu des cellules du limbe de la feuille ait été considérablement affecté par le carbonate d’ammoniaque, nous pouvons en conclure que les glandes ne sont pas douées du pouvoir d'absorption et, en outre, que les innombrables insectes capturés par cette plante ne lui sont pas plus utiles que ne le sont aux marronniers d’Inde les insectes qui adhèrent aux écailles visqueuses et caduques des bourgeons des feuilles.

Le cas le plus intéressant sans contredit, à notre point de vue tout au moins, est celui des deux espèces de Saxifrages, car ce genre est un allié éloigné du Drosera. Les glandes de ces espèces absorbent des matières qu’elles empruntent à une infusion de viande crue, à des solutions de nitrate et de carbonate d’ammoniaque et probablement à des insectes en décomposition. Le changement de la couleur pourpre sale du protoplasma contenu dans les cellules des glandes, l’état d’agrégation de ce protoplasma et évidemment aussi ses mouvements spontanés plus rapides prouvent cette absorption. L’agrégation commençant dans les glandes se propage en descendant le long des pédicelles des poils, et nous sommes autorisés à penser que toute matière absorbée finit par pénétrer dans les tissus de la plante. D'autre part l'agrégation se propage en remontant dans les poils chaque fois qu’une surface coupée est exposée au contact d’une solution de carbonate d’ammoniaque.

Les glandes qui recouvrent les tiges à fleurs et les feuilles du Primula sinensis absorbent rapidement une solution de carbonate d’ammoniaque et le protoplasma qu'elles contiennent s’agrége. Dans quelques cas, l’agrégation, partie des glandes, se propage jusque dans les cellules supérieures des pédicelles. Une exposition de dix minutes à la vapeur du carbonate d’ammoniaque provoque aussi l'agrégation. Quand les feuilles sont plongées pendant six à sept heures dans une forte solution, ou sont exposées

pendant longtemps à la vapeur du carbonate d’ammoniaque, les petites masses de protoplasma se désagrégent etse transforment en matière brune granuleuse; évidemment le protoplasma est tué. Une infusion de viande crue ne produit aucun effet sur ces glandes,

Le contenu liquide des glandes du Pelargonium zonale devient nuageux et granuleux après une immersion de trois à cinq minutes dans une faible solution de carbonate d’ammoniaque; au bout d’une heure des granules apparaissent dans les cellules supérieures des pédicelles. Les masses agrégées changent lentement de forme et se désagrégent quand on les laisse pendant longtemps dans une forte solution; on ne peut donc guére douter qu’elles ne se composent de protoplasma. Il est douteux qu’une infusion de viande crue produise un effet quelconque.

Les physiologistes pensent ordinairement que les poils glandulaires des plantes ordinaires ne sont que des organes sécrétant ou excrétant; nous savons actuellement que ces poils ont le pouvoir, au moins en quelque cas, d’absorber une solution d’ammoniaque et la vapeur de cette base. Or, comme l’eau de pluie contient une minime quantité d’ammoniaque et l'atmosphère une très-petite quantité de carbonate d’ammoniaque, cette propriété doit être utile à la plante. Cet avantage, d’ailleurs, est loin d’être aussi insignifiant qu’on pourrait le supposer d’abord, car un plant moyen de Primula sinensis porte le nombre étonnant de deux millions et demi de poils glandulaires qui sont tous à même d’absorber l’ammoniaque que leur apporte la pluie’. Il est probable, en outre, que les

1. Mon fils Francis a compté les poils sur un espace mesuré au moyen du micromètre, et en a trouvé 35,336 sur un pouce carré (6,4475 centimètres carrés), à la surface supérieure d’une feuille, et 30,035 à la surface inférieure; c’est-à-dire à peu près dans la proportion de 100 sur la surface supérieure pour 85 sur la surface inférieure. Au total, le nombre des poils sur un pouce carré des deux surfaces s’élevait à 65,371 poils. Il prit alors un plant moyen portant douze feuilles (les plus grandes ayant un peu plus de

AV DROSÉRACÉES.

glandes de quelques-unes des plantes que nous venons d’énumérer absorbent des matières animales, empruntées aux insectes qu’elles capturent quelquefois au moyen de leurs sécrétions visqueuses.

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