CONCLUSIONS SUR LES DROSÉRACGÉES
J'ai actuellement décrit, autant que mes moyens me l'ont permis, dans leur rapport avec le sujet qui m’occupe, les six genres connus qui composent cette famille. Tous capturent des insectes. Le Drosophyllum, le Roridula et le Byblis effectuent cette capture uniquement au moyen du liquide visqueux sécrété par leurs glandes; le Drosera par le même moyen et en outre grâce à la motilité de ses tentacules ; la Dionée et | Aldrovandia par la fermeture des lobes de la feuille, Dans ces deux derniers genres la rapidité du mouvement compense l’absence de la sécrétion visqueuse. En tout cas c’est une partie seulement de la feuille qui se meut. Chez l’Aldrovandia il semble que ce soit la base seule qui se contracte et qui entraine avec elle les bords larges et minces des lobes. Chez la Dionée le lobe tout entier, à l'exception des prolongements marginaux ou poils, se recourbe entièrement, bien que le siége principal du mouvement se trouve auprès de la nervure moyenne. Chez le Drosera le siége principal du mouvement est placé à la partie inférieure des tentacules, qui homologi-
deux pouces de diamètre (5,078 centim.), et, au moyen d’un planimètre, il calcula la superficie de toutes les feuilles, y compris leurs tiges, mais sans y comprendre les tiges à fleurs ; la superficie totale s’éleva 439,285 poucescarrés, de telle sorte que la superficie totale des deux surfaces s’élevait à 78,51 pouces carrés. En conséquence, la plante, non compris les tiges à fleurs, devait porter le nombre extraordinaire de 2,568,099 poils glandulaires. Les poils furent comptés à la fin de l'automne, et, au printemps suivant (mai), les feuilles étaient d’un tiers à un quart plus larges et plus longues qu’auparavant; de sorte que, sans aucun doute, le nombre des poils glandulaires ayait augmenté et dépassait alors de beaucoup 3 millions.
quement peuvent étre considérés comme un prolongement de la feuille; toutefois, le limbe entier se recourbe souvent et convertit la feuille en un estomac temporaire.
' I n’est guère possible de douter actuellement que toutes les plantes appartenant à ces six genres ne possèdent la propriété de dissoudre les substances animales au moyen de leur sécrétion qui contient un acide outre un ferment dont la nature est presque identique à la pepsine; elles absorbent ensuite les substances ainsi digérées. Il est évident que les choses se passent ainsi chez le Drosera, le Drosophyllum et la Dionée; il est presque certain qu’il en est de même chez |’ Aldrovandia, et, par analogie, il est trèsprobable que le Roridula et le Byblis participent à ces avantages. Cela nous explique comment il se fait que les trois premiers genres aient des racines si petites et que Y Aldrovandia n’en ait pas du tout; nous ne savons absolument rien relativement aux racines des deux autres genres. Sans doute, il est fort étonnant qu’un groupe tout entier de plantes (et, comme nous le verrons tout a l'heure, quelques autres plantes qui ne sont pas alliées aux Droséracées) subsistent en partie par la digestion de matières animales et en partie par la décomposition de l'acide carbonique, au lieu de s’en tenir exclusivement à ce dernier moyen en y ajoutant l'absorption de certaines substances du sol à l’aide de leurs racines. Toutefois, nous pourrions citer un cas également anormal dans le règne animal: les Crustacés rhizocéphales ne se nourrissent pas par la bouche comme les autres animaux, car ils ne possèdent pas de canalalimentaire; ils se nourrissent en absorbant, par des processus qui ressemblent à des racines, les sucs des animaux sur lesquels ils vivent en parasites!.
Sur les six genres composant la famille, le Drosera a
1. Fritz Müller; Facts for Darwin, traduct. anglaise, 1869, p. 139. Les Crustacés rhizocéphales sont alliés aux Cirripèdes. Il est difficile d’imaginer une différence plus considérable que celle qui existe entre un animal doué
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de beaucoup le mieux réussi dans la lutte pour l’existence ; on peut attribuer une grande partie de son succès à son mode de capturer les insectes; le Drosera est une forme dominante, car il comprend, croit-on, environ cent espèpéces*, qui s'étendent, dans le vieux monde, depuis les régions arctiques jusqu’aux parties méridionales de l’Inde au cap de Bonne-Espérance, à Madagascar et à |’ Australie; et, dans le nouveau monde, du Canada à la Terre de Feu. Sous ce rapport il offre un contraste remarquable avec les cinq autres genres qui paraissent des groupes destinés à disparaître. La Dionée ne comprend qu’une seule espèce, confinée dans un district de la Caroline. Les trois variétés ou les trois espèces, étroitement alliées d’Aldrovandia, comme tant d’autres plantes aquatiques, ont un habitat considérable qui s'étend de l’Europe centrale au Bengale et à l'Australie. Le Drosophyllum ne comprend qu’une seule espèce limitée au Portugal et au Maroc. Le Roridula et le Byblis ont, m’apprend le professeur Oliver, chacun deux espèces; le premier est confiné aux parties occidentales du cap de Bonne-Espérance, le second à l'Australie. Il est étrange que la Dionée, qui est une des plantes les plus
de membres préhensiles, d’une bouche bien construite et d’un canal alimentaire, et un animal privé de tous ces organes et se nourrissant par absorption au moyen de processus ramifiés qui ressemblent à des racines. Si un cirripéde fort rare, l’Anelasma squalicola, avait disparu, il eût été extrémement difficile de conjecturer comment un changement aussi prodigieux a pu se produire graduellement, Mais, ainsi que Fritz Miller le fait remarquer, nous trouvons dans l’Anelasma un animal dans une condition presque exactement intermédiaire, car il posséde des processus ressemblant à des racines qu’il enfonce dans la peau du requin, sur lequel il vit en parasite, et ses cirrhes préhensiles et sa bouche (ainsi qu’elles ont été décrites dans ma monographie sur les Lépadidées, Ray soc., 1851, p. 169) se trouvent réduits à un état atrophique et presque rudimentaire. Le D: R. Kossmann, dans son ouvrage sur les Suctoria et les Lépadidées, 1873, s’est livré à une discussion très-intéressante sur ce sujet. (Voir aussi Dr Dohrn, Der Ursprung der Wirbelthiere, 1875, p. 77.)
4. Bentham et Hooker, Genera plantarum. L'Australie est la métropole du genre, car, ainsi que me l’apprend le professeur Oliver, on en a trouvé quarante et une espèces dans ce pays.
admirablement adaptées qu'il y ait dans le règne végétal, soit évidemment en train de disparaître. Le fait est d’autant plus étrange que les organes de la Dionée sont plus hautement différenciés que ceux du Drosera; ses filaments sont exclusivement des organes du toucher; les lobes servent à capturer les insectes et les glandes, quand elles sont excitées, servent à sécréter aussi bien qu’à absorber; chez le Drosera, au contraire, les glandes remplissent ces différentes fonctions et sécrètent sans être excitées.
Si nous comparons la conformation des feuilles, leur degré de complication et leurs parties rudimentaires dans les six genres, nous sommes conduits à conclure que leur ancêtre commun avait des caractères semblables à ceux du Drosophyllum, du Roridula et du Byblis. Les feuilles de cette ancienne forme étaient presque certainement linéaires peut-être divisées et portaient, à leur surface supérieure et inférieure, des glandes ayant la propriété de sécréter et d’absorber. Certaines de ces glandes surmontaient des pédicelles; d’autres étaient presque sessiles ; ces dernières se mettaient à sécréter seulement quand elles avaient été stimulées par l’absorption de matières azotées. Chez le Byblis les glandes consistent en une seule couche de cellules, supportée par un pédicelle unicellulaire; chez le Roridula les glandes ont une structure plus complexe et reposent sur des pédicelles composés de plusieurs rangées de cellules; chez le Drosophyllum les glandes contiennent des cellules spirales et les pédicelles un faisceau de vaisseaux spiraux. Mais, dans ces trois genres, ces organes ne possèdent pas la faculté du mouvement, et il est évident qu'ils participent de la nature des poils ou trichomes. Bien qu’on ait des exemples innombrables d'organes foliaires, qui se meuvent quand ils sont excités, on ne connaît aucun cas de trichômes qui aient cette faculté’. Nous sommes