LIANES EN FORÊT, A MADAGASCAR
LA VIE VÉGÉTALE
Liseron des haies.
Gesse aphaca.
Cl. K. t-'aideau.
Lianes de Clématite.
comme une Cucurbitacée par exemple, est armée d'un très grand nombre de ces fins organes, que l'on appelle des vrilles, elle devient très redoutable pour toutes les plantes qui se trouvent dans son voisinage, car elle s'accroche à elles de tous les côtés, et entrave ainsi leur croissance; la Citrouille ou le Melon s'étendent ainsi dans tout leur voisinage avec toutes les manifestations d'une puissance de végétation incomparable.
Si l'action des plantes grimpantes sur les végétaux qui les environnent est ainsi bien manifeste, la réaction de ces derniers n'est pas moins curieuse. Non seulement les lianes ont été amenées, par suite des conditions de la lutte, à varier les modes de grimpement (volubilité, adhésion par des crampons, fixation par des vrilles), mais toutes les particularités accidentelles de leur structure, qui pouvaient se trouver utilisées pour l'adhérence, trouvaient leur emploi et assuraient à celles qui en étaient pourvues une prééminence pour s'élever sur les arbres : tels sont les aiguillons des Rosiers et des Ronces, les courtes branches inclinées vers le bas des Bambous grimpants, les lenticelles tuméfiées formant des papilles dans le Tinospora crispa, les crochets bien connus des Houblons ou du Caille-lait, les poils épineux des Delimopsis, lianes de la famille des Dilléniacées.
En étudiant attentivement tous ces exemples, on acquiert la conviction que la nature sait tirer parti de tout ce qui se trouve à sa portée : elle sait dévier les organes de leur rôle primitif pour les accommoder à un rôle nouveau ; comme ce bon ouvrier dont parle Franklin, elle sait limer avec une scie et scier avec une lime et, peu à peu, elle fabrique et perfectionne les outils dont elle se sert pour arriver à ses fins. La distinction de deux sortes de branches, qui ne s'observe pas chez les plantes grimpantes inférieures, se manifeste, au contraire, quand on s'adresse à des individus plus perfectionnés. Ces branches perdent leurs feuilles, elles s'effilent et finissent par devenir les organes délicats qui sont les vrilles de la Vigne. Ailleurs, dans les Légumineuses, en particulier dans les Vesces, c'est la feuille qui se modifie et ce sont les extrémités des folioles qui perdent leur limbe et se transforment en fins filaments. La transformation progresse et devient plus complète dans la Gesse aphaca, où la feuille tout entière est métamorphosée en vrilles; il n'y a plus que les stipules pour assimiler l'anhydride carbonique de l'air. Dans les Smilax, c'est l'inverse qui a lieu: le limbe est intact et ce sont les stipules qui sont effilées en vrilles. La métamorphose est plus complète dans les Bignoniacées et dans les Cucurbitacées, où la feuille entière a perdu tout son limbe et est réduite à de simples filaments
délicats, particulièrement aptes à la préhension. Évidemment, toutes ces étapes diverses, qui trahissent les perfectionnements progressifs de l'adaptation des plantes à la vie grimpante, résultent des actions réciproques des lianes et de leurs divers supports. II n'est pas rare, d'ailleurs, de voir parfois des retours en arrière dans la marche, en général, progressive de l'évolution. C'est ainsi, par exemple, que l'on a signalé des vrilles d'un Cucurbita où le limbe a fait à nouveau son apparition : la nature foliaire de ces organes filamenteux assez énigmatiques était ainsi mise en lumière, et l'on voyait alors l'enroulement se produire à la pointe, comme dans une Viciée ou comme dans certaines Liliacées, telles que les Uoularia,\es Gloriosa, ou dans certaines Flagellariées (FlageUaria); il peut aussi se produire à la base, dans le pétiole, comme chez une Clématite.
Les actions mécaniques, les tractions, les tensions, les pressions résultant du mode d'existence des lianes ont pour conséquences de profondes déformations de ces tiges. Ces altérations dans leur aspect sont certainement ce qu'il y a de plus curieux dans leur histoire ; elles se manifestent, non seulement par les formes extérieures les plus extraordinaires, mais aussi par les structures internes les plus étranges et les plus inattendues. C'est surtout dans les forêts tropicales qu'abondent les plantes grimpantes; nous y reviendrons en étudiant la flore tropicale.
Dans ce qui précède, les contacts, quand il s'en établit entre
Aspect d'une houblonnière sur perches.
Cl. J. Boyer.
la liane et le végétal qui sert de tuteur, sont toujours simplement superficiels; il n'y a jamais pénétration dans les tissus du support. C'est là ce qui différencie nettement les divers cas de la vie grimpante du parasitisme.
Le parasitisme. — Si nous prenons comme premier exemple celui de la Cuscute, qui semble au premier aspïct se comporter exactement comme une liane, nous discernerons tout de suite les différences (fîg. 97). Les débuts de cette plante parasite sont, en général, très difficiles; la jeune plantule issue de la germination de la graine est un corps cylindrique grêle, allongé, qui est dépourvu de radicule, et est, par cela même, incapable de croître aux dépens des éléments nourriciers du sol ; comme, d'autre part, les feuilles font défaut, la nutrition est rendue impossible pendant les premières phases de l'existence; aussi la jeune plantule vit-elle aux dépens de ses réserves et elle ne peut s'accroître ainsi que faiblement ; cet allongement lui est cependant nécessaire, car elle a seulement ainsi, en explorant l'espace par de larges mouvements rotatoires, chance de rencontrer un objet voisin qui servira à la fois de support et de nourrice. Dès que cette rencontre a eu lieu, la situation change d'une manière complète ; la tige s'enroule brusquement autour de la tige rencontrée par hasard, et sur la face interne des tours de spire apparaissent des boutons saillants, qui ne tardent pas à s'enfoncer dans l'écorce de l'hôte, la perforant profondément, de manière à aller puiser les sucs nourriciers dans la sève. Pour cela, les sommets de ces suçoirs se dissocient et se transforment en poils qui se séparent au milieu des tissus de la plante hospitalière, s'insinuant entre les cellules de la partie profonde, autour des éléments lignifiés qui conduisent la sève.
Cette sève déviée de son but normal est pompée par la Cuscute avec intensité; aussi, à partir de ce moment, l'accroissement en longueur se fait avec
Fig. 96. — Clandestine (Lathrœa Clandestina) a, Portion d'inflorescence; b, Suçoir sur une racine.
Fi*. 97.
Germination de la Cuscute.
A et B, premier et second stade ; C, enroulement ; D, spires serrées ou lâches ; E, spire avec suçoirs.
une extrême promptitude : le parasite s étend de tous les côtés sur le champ de Luzerne, le couvre de ses fins filaments qui sont toujours dépourvus de feuilles et de chlorophylle. Tous les organes inutiles étant supprimés, la Cuscute consacre toute son activité à s'allonger et à s'enrouler autour des tiges, formant indéfiniment de nouveaux suçoirs qui épuisent peu à peu le champ de Luzerne. Autant les débuts du parasite ont été pénibles et difficiles, autant ensuite sa végétation est luxuriante ; sa nutrition abondante étant assurée aux dépens de son hôte et la nécessité d'organes de nutrition propre ne se faisant plus sentir, feuilles et chlorophylle manquent : toute l'alimentation se fait par la sève de l'espèce attaquée.
Ce n'est, d'ailleurs, pas toujours en suivant la méthode que nous venons de décrire que les parasites procèdent à leurs attaques. Si nous prenons comme exemple 1 Orobanche, c'est exclusivement sur les organes souterrains de l'hôte que le parasite porte ses attaques. La germination de ses graines a lieu dans le sol, mais il faut que le contact s'établisse avec les racines d'une plante voisine, leGaillet, par exemple. Au point de contact, il ne tarde pas à se produire superficiellement une sorte de renflement tuberculeux, dont la partie inférieure s enfoncera dans la racine nourricière en s'y dissociant, tandis que la partie supérieure donnera naissance à une tige qui se dressera dans l'air, mais qui ne formera que de courtes écailles jaune brunâtre, insérées sur une tige de même couleur et incapable de se nourrir aux dépens de l'anhydride carbonique de l'air. Les Lathrées sont des Orobanchacées dont il existe deux espèces : la Squamairc (Lathrœa Squamaria) et la Clandestine (L. Clandestina), qui vivent sur les racines des arbres forestiers et quelquefois sur celles de la Vigne {fig. 96).
Le cas des Rhinanthées, dans lesquelles se placent les Mélampyres, les Pédiculaires, les Euphraises, les Rhinanthes, est assez analogue, mais il y a un système de racines plus développé et ramifié dans le sol, partant d'un pivot ; un certain nombre de ces racines rencontrent les organes souterrains d'une plante voisine, une Graminée par exemple, et, au contact, un suçoir se produit qui s'enfonce dans l'écorce de la racine hospitalière et qui s'y met bientôt en communication avec le système ligneux, de sorte que le parasite peut alors pomper la sève dans les plantes voisines et se nourrir à leurs dépens. Le parasitisme est ici moins complet que dans les cas précédents, car les Rhinanthées ont des feuilles
Cuscute de la Luzerne.
Orobanche du Gaillet.
Cl. F. FaiUi-au.
Pcdiculaire des marais
LA VIE VÉGÉTALE
Fig. 98. — Balanophoracées et Rafflésiacées.
A, Langsdorffia hypogaîa ; B, Scybalium fungiforme ; C, Apodanthes Klacourtiana ; D, Rhopalocnemis phalloïdes ; E, Lophophytum mirabile ; F, Cytinus hypocistis ; G, Pilostyles Haussknechtii ; H, Brugmansia Zipellii ; I, Helosis guyanensis.
vertes bien développées, et elles peuvent se nourrir non seulement aux dépens du gaz carbonique de l'atmosphère, mais aussi, partiellement, à l'aide des liquides du sol, car leurs racines peuvent présenter quelques poils radicaux, localisés au voisinage des suçoirs.
Dans les régions tropicales, les parasites se rattachant aux deux cas précédents, c'est-à-dire aux épirhizoides, sont tout à fait remarquables et méritent une mention spéciale. Ils constituent les groupes des Balanophoracées et des Rafflésiacées (flg. 98).
Les Balanophoracées sont des plantes étranges qui ressemblent à des Champignons : elles manquent, en effet, de matière chlorophyllienne et ne sont formées, au point de vue végétatif, que d'une masse charnue irrégulière, sur laquelle se dresse une hampe florifère. Ces derniers organes reproducteurs devant, pour apparaître au dehors, percer un étui qui n'est pas sans rappeler la volve de certains Agarics des forêts de nos pays, on conçoit que cette ressemblance avec des masses fungiques ait frappé les premiers observateurs; analogie semblant plus justifiée encore par les couleurs vives des appareils végétatifs informes et des parties reproductrices de ces plantes, que les premiers observateurs avaient cru pouvoir rattacher aux Cryptogames. Il suffisait cependant d'examiner d'un peu près les appareils reproducteurs pour se convaincre que l'on avait affaire à des plantes à fleurs, assez élevées, par conséquent, en organisation. Ces fleurs, il est vrai, présentent des caractères assez particuliers : la partie
femelle possède un pistil qui est Fig. 99. — Prosopanche
tellement rudimentaire (de 2 mil- (Hyduoracée).
limètres) qu'il n'est pas sans rap- a, coupe de la fleur :
Rafflesia Arnoldi et sa fleur, à Sumatra.
peler les archégones des Mousses; l'ovule ne se différencie pas, il est soudé à l'ovaire : c'est ce que Van Tieghem appelle les Inoculées. Mais l'action du parasitisme ne se manifeste pas seulement sur la fleur avant la fécondation, elle se trahit encore après, car l'embryon dans la graine est indifférencié et formé d'un simple amas d'un petit nombre de cellules ; il engendre l'appareil végétatif informe que nous mentionnions plus haut, et qui doit être percé pour laisser passer les hampes florifères.
La réduction du système végétatif est plus grande encore dans les Rafflésiacées, en particulier dans le genre Rafflesia. Ces plantes singulières se rencontrent dans les forêts tropicales sous la forme d'énormes boutons floraux, qui sortent des racines des arbres courant à la surface du sol. Ces boutons acquièrent de très grandes dimensions et, quand ils s'épanouissent, ils constituent des fleurs qui sont parmi les plus grosses du règne végétal. Si l'appareil reproducteur a acquis un développement exagéré, le corps végétatif de la plante est, pour ainsi dire, réduit à rien : il n'apparaît au dehors ni tige, ni feuilles; il est réduit à de fins filaments qui se ramifient à l'intérieur des tissus de la racine de l'hôte, et se comportent absolument comme le mycélium d'un Champignon parasite, qui ramifie les fins filaments dont il se compose à l'intérieur d'une feuille, d'une tige ou d'une racine. Nous avons là un exemple extraordinaire des effets de la vie parasitaire sur les parasites : on connaît dans le règne animal, parmi les Crustacés, par exemple, des particularités analogues. Un être qui vit aux dépens d'un autre n'a plus besoin d'organes de nutrition, puisqu'il puise sa nourriture dans le corps des êtres voisins(fe.99etl0p); il n'a plus qu'un seul souci, se re-
Fig. 100. — Sarcophytc (Balanophoracée).
6, fruit ouvert.
Cl. P. Fai.lcau.
Touffes de Gui sur un Peuplier noir,
produire, et, comme toute son activité se trouve orientée de ce côté, ses appareils de reproduction peuvent acquérir un développement remarquable. L'action du parasitisme se trahit encore pour les Rafflésies, comme pour les Balanophoracées, comme pour les
sont rares dans les pays septentrionaux, l'air y est trop sec; les Lichens sont à peu près les seuls représentants de ce mode d'existence; les épiphytes abondent, au contraire, dans les régions tropicales. On peut admettre que la vie épiphyte a commencé
Cl. F. Faideau.
Lichens sur un jeune Pin.
Cl. de M. Dlguet.
Tillandsia sur Bursera, au Mexique.
Vegetationstiilder Un Platycerium dans les Andes.
•Orobanches et la Cuscute, par une atrophie de l'embryon à l'intérieur de la graine.
En général, dans un groupe de parasites, le mode d'attaque de l'hôte est uniforme : toutes les Balanophoracées, par exemple, vivent sur les racines des plantes qui les nourrissent. Dans les Rafflésiacéès, il n'en est pas ainsi, car les Pilostyles sont des parasites qui vivent sur les écorces ; ils sont d'ailleurs réduits à des boutons qui crèvent les parties superficielles des tiges et qui, en s'ouvrant, mettent à nu de petites fleurs ; quant à l'appareil végétatif, il est filamenteux et interne comme celui des Rafftesia.
Ce cas nous conduit à envisager un dernier type de parasites, ceux qui vivent sur les écorces des tiges des arbres; ce sont les plus connus dans notre pays, car tout le monde a eu l'occasion d'observer les boules vertes que fait le Gui sur les tiges des Peupliers. Ici il y a une tige et des feuilles vertes opposées, mais cette plante s'enfonce à sa base dans l'écorce de l'arbre et, quand on vient à couper cette région, on s'aperçoit qu'il existe un suçoir qui est entré profondément jusqu'à la partie ligneuse, où il s épanouit, émettant de place en place des suçoirs secondaires qui se mettent en relation avec le corps du bois pour en absorber la sève. Évidemment, le Gui n'est pas un parasite aussi redoutable que tous ceux que nous venons d'énumérer plus haut et il est même établi qu'il n'est pas nuisible, au moins pendant l'hiver, au Peuplier, son hôte. Il lui est alors plutôt utile : en effet, ses feuilles vertes subsistent et il continue à assimiler le gaz carbonique de l'atmosphère, tandis que l'arbre hospitalier est dépourvu de feuilles. Le parasitisme a cependant un retentissement sur toute la plante ; il se manifeste sur la fleur, dans laquelle l'ovule est indifférencié, de sorte que les Loranthacées, auxquelles le Gui appartient, sont des Inovulées ; la dégradation s'accuse encore sur l'embryon, qui ne produit pas de radicule caractérisée.
Nous laissons de côté, pour le moment, l'étude des procédés par lesquels les Loranthacées s'installent sur les arbres ; nous y reviendrons en étudiant les rapports des animaux et des plantes.
L'épiphytisme. — Le cas du Gui nous amène à examiner celui des épiphytes. Il s'agit ici de plantes qui vivent sur les arbres, mais sans que leurs racines s'enfoncent dans l'écorce. Les épiphytes
Platycère corne d'élan
chez certaines plantes grimpantes étroitement liées à l'arbre, comme diverses Aroïdées (Monstère délicieux, Philodendre) ou Orchidées (Vanille), qui peuvent vivre soit reliées au sol, soit complètement séparées de lui, mais il est évident qu'en général la vie épiphyte résulte du transport sur les hautes branches de fruits charnus par les oiseaux ou de graines légères par le vent. La plupart des épiphytes possèdent des semences extrêmement légères (Orchidées, Fougères) ou pourvues d'un appareil de vol ( Broméliacées) ; le vent les emporte facilement et les dépose sur les branches des arbres; elles y germent et donnent une végétation aérienne, solidement fixée par des racines adventives. Suivant la hauteur des rameaux sur lesquels la graine ou la spore est tombée, les problèmes à résoudre sont différents et il y a lieu de distinguer, parmi les plantes présentant ce mode d'existence, celles qui élisent domicile dans les parties basses, très humides, celles qui croissent dans les régions moyennes des forêts équatoriales et enfin celles qui végètent exclusivement à la partie supérieure des arbres.
Les premières ont les caractères de plantes aquatiques; on y constate la présence des Hyménophylles, des Trichomanes, qui sont des Fougères à feuillage mince et translucide.
Dans la partie moyenne croissent les Aroïdées, les Orchidées à terreau, les Fougères comme les Platycères, qui différencient leurs feuilles en deux parties : les frondes stériles arrondies en forme de cornet, où s'accumulent les débris de feuilles, et les frondes fertiles ou reproductrices, ramifiées en fourche, qui pendent dans l'air. Chez les épiphytes à terreau, les inconvénients de la vie sur les arbres sont à peu près supprimés, puisqu'un sol artificiel formé par l'accumulation des débris végétaux et des poussières est à la disposition de leurs racines. Le réceptacle à terreau est soit un cornet formé par des feuilles spécialement adaptées (Polypode à feuilles de Chêne, Platycère), soit une sorte de nid dû à l'enchevêtrement des racines (Orchidées) ou même à des feuilles en rosette. Chez la Doradille nid d'oiseau {Asplenium nidus), les longues feuilles sont groupées en couronne autour d'un centre, et bien que ces plantes s'installent quelquefois sur des branches très ténues, elles peuvent acquérir une grande amplitude, jusqu'à 4 mètres de diamètre, et peser jusqu'à 20 kilogrammes avec la
LA VIE VÉGÉTALE
motte de terreau qui s'accumule au milieu de la couronne foliaire. Ces végétaux à terreau atteignent parfois un puissant développement : c'est le cas, en particulier, des Orchidées géantes dont les Grammatophylles de Java nous fournissent le type, qui peuvent,
lié à la présence de Champignons dans les racines, particularité qui s'observe dans tous les représentants de cette famille, aussi bien chez les plantes épiphytes et fortement colorées en vert que chez les Orchidées terrestres qui habitent les prairies bien éclairées
Lycaste aromatique (Orchidée épiphyte).
Cl. F. FaiJeau.
Octojuga variable, champignon de souche.
dans leur ensemble, représenter la charge d'une dizaine d'hommes et qui, en fleurissant tout d'un coup, donnent le merveilleux spectacle de milliers de fleurs (3 000 à 4000) de grandes dimensions ouvertes simultanément.
Pour les espèces qui poussent sur la couronne des arbres, les conditions d'existence sont tout à fait différentes, et l'exubérance que nous venons de signaler disparaît : l'appareil végétatif est rabougri, les tiges courtes, d'ordinaire charnues, fréquemment renflées en pseudobulbes ; les feuilles sont épaisses, dures comme du cuir ou charnues, ce qui permet à ces espèces, qui présentent, en somme, des caractères presque désertiques, de résister à une excessive sécheresse. Ces difficultés, que rencontrent ces végétaux dans leur croissance, ne se manifestent que dans l'appareil végétatif, car l'appareil reproducteur est, au contraire, d'ordinaire puissamment développé et les Orchidées doivent en grande partie leur réputation justifiée au magnifique développement de leurs corolles. Il semble que la vie aérienne, qui a une action si complète sur les tiges et les racines, n'a pas de répercussion sur la fleur et l'on ne trouve pas ici de caractères généraux tirés de la graine, comme nous en signalions plus haut pour les parasites, du moins si l'on envisage l'ensemble des familles épyphites comme les Aroïdées, Broméliacées, etc. Cette dernière famille est caractéristique du Nouveau Monde, où elle est localisée.
On serait cependant tenté d'attribuer une partie des caractères héréditaires des Orchidées à la vie épiphyte, mais nous allons voir que c'est la vie symbiotique, ou associée à un Champignon, qui est primitive et la cause prédominante de l'organisation de ces plantes.
Le saprophytisme. — La plupart des Orchidées tropicales sont épiphytes, mais il y a un certain nombre d'entre elles qui végètent dans les parties basses et obscures des forêts et que l'on appelle, à cause de cela, plantes saprophytes. Elles paraissent vivre, comme les Champignons de nos prés et de nos bois, aux dépens des matières en décomposition dans le sol : substances organiques, feuilles mortes, etc. En réalité, il y a'bien un Champignon, mais c'est celui qui est dans leurs racines; il joue un rôle capital dans leur histoire physiologique et biologique, et tout d'abord la germination est impossible si le Champignon ne pénètre pas à l'intérieur de la graine dans les premiers stades de son développement. Ces résultats, étendus plus tard à toutes les Orchidées, ont été entrevus à l'origine par Noël Bernard pour les espèces comme la Néottie, qui vivent dans la partie sombre des forêts. Elles sont décolorées, sans chlorophylle, de sorte qu'on a été tenté de les confondre avec des plantes parasites. Comme chez ces dernières, leur embryon est indifférencié.
Cette dernière particularité est d'ailleurs un caractère ci. v
général de toutes les Orchidées, et il est manifestement Néottie nid
et les terrains humides, de manière que la chlorophylle puisse s'y développer. Cette relation indubitable entre l'atrophie de l'embryon et la présence de mycorhizcs internes dans les organes radiculaires est d'ailleurs confirmée par l'étude de toutes les familles analogues, comme les Triuriacées, les Burmanniacées et aussi par l'étude de certaines Gentianacées saprophytes, sans chlorophylle, comme les Voyria.
La nécessité de la présence de Champignons dans les organes souterrains de ces plantes est constante pendant toute la durée de la vie de là Néottie et elle se manifeste dès les premiers débuts de la germination. La graine d'une Orchidée tropicale épiphyte, comme un Cattleya, est réduite à un petit embryon indifférencié non enveloppé d un albumen, et emprisonné dans un tégument. Il n'y a d ailleurs pas trace de Champignon dans ses cellules. Si l'on recueille aseptiquement ses graines, comme l'a fait Noël Bernard, dans une capsule non encore ouverte, de manière à les introduire dans un tube stérilisé, à l'abri de toutes les poussières atmosphériques et de tous les germes, la graine abandonnée à elle-même ne germe pas. Si, d'autre part, on est parvenu à extraire le Champignon de la racine d'un Cattleya pour en faire une culture pure, et si l'on vient à l'ensemencer dans les tubes où les graines de Cattleya sont inertes déjà depuis plusieurs mois, immédiatement la germination de l'Orchidée se manifeste avec une promptitude et une régularité surprenantes; et au bout d'un temps assez court, on a une plantule que l'on peut repiquer et qui est susceptible de continuer ensuite à se développer d'une manière normale et d'aller jusqu'à la floraison.
A chaque Orchidée, ou plutôt à chaque groupe ou série d'espèces d'Orchidées, correspond un Champignon spécial. Par exemple, le Champignon des racines du Phalœnopsis n'est pas le même que celui des Odontoglossum, mais identique à celui des Vanda. Quand on inocule le Champignon d'une espèce d'Orchidée à une autre, d'un Odontoglossum à un Phalœnopsis par exemple, il peut arriver ou bien que le Champignon pénètre et soit digéré ou phagocyté, ou bien, au contraire, qu'il mange et détruise la graine d'Orchidée. A l'association harmonique qui existe dans le cas normal, se substitue une association qui peut avorter ou qui peut être disharmonique et se traduire par la mort de la plantule.
La symbiose. — On connaît d'autres exemples d'associations dans le règne végétal. Les Lichens, par exemple, constituent une association nécessaire d'un Champignon et d'une Algue. Le Champignon tire bénéfice de cette symbiose, parce qu'il utilise les produits hydrocarbonés que fabrique l'Algue à l'aide de son pigment vert. L'Algue, d'autre part, étant emprii'aiaeau. sonnée dans les filaments du Champignon, s'y trouve
d'oiseau. abritée contre une dessiccation rapide et les causes de
Claviceps purpurea,
A, B, sur des épis de Se
destruction multiples qui existent dans le milieu ambiant.
Cette association est devenue nécessaire pour un certain nombre de Champignons qui ne se rencontrent dans la nature qu'associés à des Algues. Les Algues, au contraire, que l'on reconnaît dans le corps des Lichens, peuvent se trouvera l'état libre dans la nature. Bornet a pu d'ailleurs isoler les Algues par analyse, les cultiver purement et les faire reproduire. La culture des Champignons est un peu plus délicate. Moeller y est cependant parvenu et a obtenu des thalles d'un grand développement. La synthèse d une Algue et d'un Champignon a été réalisée par Bonnier.
Un autre exemple très extraordinaire de symbiose est celui des Légumineuses qui présentent une association d'une sorte de Bactérie un peu aberrante (fixatrice de l'azote libre de l'air) et des racines des plantes de cette famille.
Maladies cryptogami ques. — Les associations de deux êtres ne sont pas toujours à bénéfice réciproque: très souvent l'un des deux pâtit du rapprochement; on conçoit aisément qu'il y ait toutes les transitions entre la symbiose et le parasitisme. Parmi les maladies dues à des Cryptogames, on doit d'abord citer les Rouilles des Céréales, affection déjà connue des Romains et qui cause des dégâts se chiffrant bon an mal an par des centaines de millions pour l'agriculture mondiale ; on donne à ce Champignon le nom de Puccinie des Graminées ou Rouille, à cause des taches orangées qui se produisent sur les feuilles au printemps. L'ergotisme du Seigle a produit des désastres d'une autre nature : le grain est transformé sous l'influence du Champignon nuisible, le Claviceps purpurea, en un corps noir oblong qui fait saillie hors de l'épi. Au cours des famines qui ont sévi en France pendant tout le moyen âge jusqu'au milieu du XVIIIe siècle, les paysans affamés ont à maintes reprises voulu faire moudre ces grains avec le seigle intact et il en est résulté des épidémies terribles ; l'une d'elles a été signalée par Vétillard dans la Sologne, en 1770; 7 000 à 8000 personnes y périrent.
Les ravages produits sur les plantes cultivées par les Champignons parasites sont extrêmement importants. En fait, la pathologie végétale est très anciennement connue, puisqu'il est fait mention dans la Bible de la rouille et du charbon. Théophraste, le grand botaniste grec, qui était l'élève d'Aristote, mentionne également le charbon. En réalité, c'est au XVIIIe siècle que cette science s'est constituée par les études expérimentales très remarquables deTillet, qui enroba les grains de Céréales dans la poussière charbonneuse, prise dans les épis malades. En semant en ligne, il constata Fruits du pruneiiier déformés que la rangée de grains par un Champignon : Exoascus pruni.
ergot des Graminées.
igle ; C, sur un épi d'Orge
pollués donnait un nombre énorme de pieds malades; la rangée suivante, qui n'avait pas été salie, était formée de plantes parfaitement saines. Cette expérience avait un caractère mystérieux et parut, en 1752, presque un résultat de sorcellerie. 11 y avait heureusement alors des philosophes très aptes à apprécier la portée très grande de pareils résultats; Louis XV, qui s intéressait beaucoup aux plantes, vint visiter le champ d'expérience de Tillet, près de Versailles. 11 futtellementétonné du résultat qu'il avait sous les yeux qu'il jugea utile, pour le bien du royaume, de le faire connaître au public. A cette époque, il y avait peu de journaux et le roi de France donna l'ordre à M. Le Roy, son capitaine des chasses, de signaler à ses sujets l'intérêt considérable de ces recherches agronomiques. Ce dernier ne trouva pas de meilleur moyen que d'écrire une lettre à Diderot dans laquelle il relatait ce qu'il avait vu et qui l'avait intéressé.
Cette lettre est d'un ton très caractéristique de l'époque; c est un document historique assez curieux : « Nous avons souvent parlé, Monsieur, de la découverte de M. Tillet sur la Nielle des Blés. J'ai été souvent trompé sur ces matières, et sans penser que M. Tillet voulait abuser des autres, je croyais qu'il pouvait s'en imposer à lui-même. 11 est démontré que la poussière noire et fétide des grains niellés, cariés, ou comme vous voudrez les appeler, s'attache aux grains et les corrompt. Par là se perpétue cette peste qui ravage nos récoltes. » Cette date de 1 752 de l'expérience de Tillet mérite d'être retenue, car elle correspond aux premières expériences de pathologie végétale, science qui était ainsi de plus de cent ans en avance sur la pathologie animale (1881 avec Pasteur).
Les maladies cryptogamiques sont extrêmement nombreuses ; nous pouvons mentionner parmi elles la maladie de la pochette ou de la cloque, due à des Exoasques, qui sévit sur le Pêcher. Une déformation analogue se manifeste également sur le Prunellier.
Ullromyces du Pois est un parasite du même groupe que celui qui produit les Rouilles des Céréales. La photographie ci-jointe représente une Euphorbe petit Cyprès déformée dans sa partie terminale par la présence de l'hôte nuisible. On s'aperçoit aisément de l'existence du mal à l'aspect anormal du développement : l'inflorescence n'apparaît pas, les feuilles de l'extrémité de la tige sont petites, serrées les unes contre les autres dans le bourgeon terminal et, à leur face inférieure, on constate, par un examen attentif, la présence de petites pustules qui trahissent l'existence de l'organisme étranger. Le Champignon, après avoir rongé l'Euphorbe, ira porter^ ses dégâts sur un déformé, à droite, par Uromyces du Pois. deuxième hôte, le lois.
LA VIE VEGETALE
Galle de l'Orme (Schizoneura).
Galle de l'Eglantier, ou Bédéguar (Rhodites).
Cl. F. Kaiilrau.
Galle dite pomme de Chêne (Biorhiza).