‹ Les plantesChapitre 18 sur 115 · RAPPORTS DES ANIMAUX · texte numérisé non relu

RAPPORTS DES ANIMAUX

Nous venons d envisager les rapports des plantes entre elles; les relations qui s'établissent entre les animaux et les plantes ne sont pas moins curieuses et variées; s'il est de nombreux cas où les animaux nuisent aux plantes, il en existe aussi quelques-uns où ils rendent d'importants services à ces dernières, quelquefois d ailleurs à charge de réciprocité.

Fécondation. — Les animaux, et en particulier l'homme, peuvent intervenir dans la fécondation. Celle du Dattier, dans les oasis du désert, en Algérie, se fait de la façon suivante : 1 inflorescence mâle est secouée ou découpée en petits tronçons, qui sont placés dans les spathes des individus femelles par les Arabes, qui grimpent sur les arbres. Grâce à ce procédé, la spathe femelle étant ficelée, la poussière mâle se dissémine sur les stigmates et assure la fécondation croisée. Cette opération a, comme de juste, une grande importance pour un Palmier tel que le précédent, où les sexes sont séparés sur des pieds distincts, et dont la fécondation est essentielle pour les habitants des oasis des déserts africains, car les dattes, qui sont ainsi produites, constituent la partie fondamentale de leur alimentation. La conservation du pollen doit se faire dans un endroit sec, abrité du soleil et du vent, et, dans ces conditions, les caractères vitaux des cellules mâles peuvent se conserver pendant deux années. On conçoit que la possession de cette poussière fécondante soit considérée par les tribus arabes comme de première importance, et dans les guerres entre tribus hostiles, le premier effort de l'ennemi qui envahit une oasis est d'y détruire les pieds mâles, qui sont toujours en petit nombre : par ce procédé, l'adversaire se trouvera affamé, étant privé de sa récolte de dattes.

On voit, par l'exemple que nous venons de choisir, qu'il est des plantes pour lesquelles la pollinisation ne peut pas être directe, puisque les pieds mâles et femelles sont distincts (plante dioïque). Même dans le cas où la fleur est hermaphrodite, il peut arriver, et ceci est très fréquent, que la pollinisation ne puisse pas être directe; c'est, en particulier, ce qui survient dans les cas de dichogamie, c'est-à-dire quand la maturité des organes mâles et des organes femelles n'a pas lieu en même temps. Tantôt les étamines devancent les carpelles dans leur développement : on dit que la fleur est protandre; en réalité, au début, bien qu'elle soit hermaphrodite, la fleur de ces espèces se comporte comme une fleur mâle, et c est seulement plus tard que ses parties femelles arrivent à point ; mais à ce moment les étamines sont flétries et la fleur se comporte comme si

elle était exclusivement femelle. La protandrie est extrêmement répandue dans un grand nombre de familles : Labiées, Campanulacées, Composées, Ombellifères; dans un assez grand nombre de genres, comme les Digitales, les Epilobes, etc.

Une plante qui présente la particularité précédente ne pourra évidemment pas se féconder elle-même. Il en sera de même pour les fleurs protogynes ; dans ce cas, c'est l'inverse qui a lieu ; ce sont les parties femelles qui arrivent les premières à maturité : le stigmate d'une fleur devra être pollinisé par la poussière mâle d'une fleur plus âgée qu'elle; le pollen, au contraire, devra être transporté sur le pistil d'une fleur plus jeune. Ce cas s'observe dans les Plantains, dans les Scrofulaires, les Graminées. Dans ces divers cas, et aussi dans les plantes monoïques, la nécessité de l'intervention d'agents étrangers pour le transport du pollen se fait sentir.

Les agents principaux de la pollinisation croisée sont les insectes (fig. 101) : ils viennent, en effet, visiter les fleurs pour y recueillir soit le nectar ou liquide sucré dont ils se nourrissent, soit le pollen dont ils ont besoin. L'insecte visiteur, en pénétrant dans la corolle

Fig. 101. — Dispositions des fleurs à insectes.

A, B, Primevère ; C, D, E, Trimorphisme de la Salicaire ; F, G, Sauge des prés ; H, I, Epipactis latifolia : J, Ses masses polliniques ; K, L, M, Visite d'une de ses fleurs par une guêpe ; N, O, Masse pollinique(pollinaire)sur un crayon ; P, Aristoloche ; O, Fécondation d'un Yucca par le Pronuba yucasella.

d'une fleur qui est à maturité, par suite de ses mouvements vient frotter les étamines, et, lorsqu'il s'envole pour aller visiter une fleur nouvelle, il emporte des grains de pollen en grand nombre qui sont attachés à sa trompe, à sa tête, à son dos, à ses pattes. Son corps est même souvent pourvu d'appendices qui fonctionnent comme de véritables brosses et qui retiennent ainsi aisément la poussière pollinique. Quand l'insecte, chargé ainsi inconsciemment de ces éléments fécondants, arrive sur une fleur de la même espèce dans laquelle les organes femelles sont à maturité, les parties de son corps chargées de pollen frottent contre le stigmate, qui est visqueux et qui agglutine et retient aisément les cellules mâles : celles-ci peuvent alors germer et réaliser la fécondation.

Les insectes sont donc les grands agents delà fécondation croisée. Or, les expériences de Darwin ont établi que le croisement était avantageux pour les plantes, et que les individus ainsi produits étaient supérieurs par tous les caractères, à la fois végétatifs et reproducteurs (en particulier le poids des graines obtenues par fécondation croisée), aux individus issus d'autofécondation, c est-à-dire dans lesquels le pollen d'une fleur avait été employé à la fécondation du pistil de la même fleur. L'intervention des insectes paraît donc utile pour le perfectionnement progressif des types, c'està-dire pour la production d'individus qui auront plus de chances de se maintenir que les autres, qui sont plus faibles et moins féconds.

Dispositions florales spéciales. — On peut d'ailleurs observer une série de dispositions florales, réalisées dans le cours des siècles chez un certain nombre de plantes et qui semblent très favorables à l'intervention des insectes dans la pollinisation (fig. 101).

Nous pouvons citer, en premier lieu, le cas des fleurs hétéro-

Aristoloche siphon.

CL F. Faidtei

Groupe d'Orchidées dans une serre.

stylées. Il existe plusieurs plantes, notamment les Primevères, qui présentent sur des pieds différents des fleurs au premier aspect identiques, mais qui sont dissemblables par les points où s'insèrent les étamines et par la longueur des styles (fig. 101, A et B). Les unes ont les étamines insérées très haut et les anthères sont à la gorge de la corolle; leur pistil est, par contre, très court et le stigmate est situé profondément dans le tube de la fleur. Les autres, au contraire, ont un style très long et le stigmate apparaît à l'orifice de la fleur; les étamines sont insérées très bas dans la corolle. Par suite de l'existence de ces deux sortes de fleurs, tout insecte qui visitera la première, s'imprégnera de grains de pollen sur certaines parties de son corps (par exemple son dos) qui viendront justement au contact du stigmate des fleurs de la deuxième catégorie quand il les visitera, puisque cet organe se trouve à la gorge de la corolle. Inversement, l'insecte qui enfoncera profondément sa tête dans la seconde fleur et qui visitera ensuite une fleur de la première catégorie transportera inconsciemment le pollen des étamines profondes de la deuxième fleur sur le pistil à stigmate profond de la première fleur. Les particularités florales des Primevères précédentes favorisent donc grandement la fécondation croisée par les insectes. Darwin a d'ailleurs prouvé qu'en transportant artificiellement le pollen d'une fleur sur le stigmate de la même fleur (fécondation illégitime), on n'avait dans les capsules qu'un très petit nombre de graines mal venues, et même souvent la fécondation avorte presque.

On connaît des plantes, comme les Salicaires, qui sont hétérostylées, mais qui, au lieu d'être simplement dimorphes comme les Primevères, sont trimorphes. Elles ont en effet trois sortes de fleurs : les premières ont des styles très longs et deux sortes d'étamines, les unes à filets très courts, les autres à filets moyens ; les secondes fleurs ont des styles de longueur moyenne et des étamines très longues et très courtes ; les troisièmes fleurs ont des styles très courts et des étamines très longues et des étamines moyennes. Les stigmates des fleurs de la première catégorie à long style ne peuvent être fécondées (avec grande efficacité) qu'avec le pollen des étamines à très longs filets des fleurs des deuxième et troisième types; de même pour les styles moyens et courts, les stigmates sont pollinisés par les étamines de longueur correspondante des autres fleurs.

Le cas de la Sauge (fig. 101 , F, G) nous permet d'entrevoir une disposition favorisant encore l'intervention des insectes par un mécanisme tout dissemblable. Les étamines ont la forme d'un fléau de balance à bras inégaux : le bras supérieur allongé, grêle, est infléchi sous la lèvre supérieure de la corolle et porte les anthères fertiles renfermant le pollen ; les bras inférieurs sont courts et stériles ; entre ces deux bras s'attache le support très court, qui n'est autre que le filet. Quand un bourdon arrive sur la fleur, il fait basculer avec sa trompe le bras inférieur de l'étamine, et le bras supérieur se rabat alors sur le dos de l'insecte fortement chargé de poils qui recueille le pollen, comme si une brosse frottait les anthères ouvertes. L'insecte s'envole ensuite chargé de poussière mâle; en pénétrant dans une autre fleur, il frottera inévitablement avec son dos le stigmate saillant hors de la lèvre supérieure de la corolle et opérera la fécondation croisée.

Dans les Aristoloches, on observe des phénomènes plus frappants encore. Le périanthe de ces fleurs a la forme d un tube assez long, qui s'élargit à sa partie supérieure en entonnoir. Avant la fécondation, cet entonnoir est redressé vers le haut et semble par son orientation inviter les mouches à entrer dans le tube du périanthe. Ces insectes y pénètrent, en effet, et sans difficulté; ils rencontrent bien, il est vrai, le long du tube où ils s'enfoncent, une série de poils rapprochés les uns des autres, qui sembleraient devoir faire obstacle à leur marche en avant, mais comme ces poils sont orientés vers le bas, ils ne s'opposent pas à la pénétration. La mouche arrive donc sans difficulté à la partie inférieure renflée, où elle rencontre à la fois les étamines et le stigmate de la partie femelle. Tant que la fécondation n'est pas opérée, l'insecte est enfermé dans cette prison, car les poils orientés vers le bas sont croisés

LA VIE VÉGÉTALE

les uns sur les autres et forment un obstacle insurmontable pour lui. Lorsque la fécondation a été opérée par les mouvements de l'animal, les poils se flétrissent, et il peut sortir, mais il est alors barbouillé de pollen et il pourra se rendre dans une autre fleur pour l'y déposer. Il n'entrera pas dans les fleurs fécondées, parce que celles-là ont un aspect flétri : leurs périanthes sont flasques et rabattus. Burck plaide cependant le rôle de l'autofécondation.

Chez les Orchidées (fe. 101, H à M), il y a des dispositions très spéciales qui sont également curieuses. Le pollen de ces plantes est aggloméré en masses ou pollinies qui restent agrégées entre elles. Si un insecte vient visiter une de ces fleurs, il touche, avec sa tête ou avec sa trompe, un petit appareil appelé bursicule, qui s'ouvre et met à nu une masse gélatineuse ; celle-ci est mise en liberté et s'attache à l'organe (tête ou trompe) de l'animal; cette masse gélatineuse est reliée à la pollinie par un pédicelle appelé caudicule. L'insecte s'envole donc en emportant, attaché après lui, tout un appareil complexe désigné sous le nom de pollinaire (J) ; pendant le vol, la caudicule se contracte, change de direction, de sorte que lorsque l'animal arrive pour visiter une nouvelle fleur, la pollinie vient buter juste en face du stigmate et la fécondation croisée s'opère naturellement. Darwin a pu réaliser, d'ailleurs, les diverses phases de ce curieux mécanisme en introduisant un crayon dans une fleur (N, O) : le pollinaire qui s'y attache est transporté, avec contraction, sur la deuxième fleur, et il y a pollinisation.

Dans tous les exemples que nous venons de citer, la pollinisation est opérée par l'animal, mais d'une manière inconsciente. Il ne semble plus en être de même dans le cas de la fécondation des Yucca, par le Pronuba yucasella (fig. 101, Q). La mère récolte le pollen et le rassemble pour le déposer sur le stigmate, et en même temps, à l'aide de sa tarière, elle enfonce ses œufs dans l'ovaire. Comme les larves, en se développant, se nourrissent des graines du Yucca, il faut que la fécondation ait eu lieu et la mère se charge de cette opération, dont elle a découvert la technique.

Expériences de Plateau. — Le travail de Darwin était destiné à avoir un grand retentissement. De nombreux disciples ont adopté immédiatement cette hypothèse que l'adaptation des fleurs aux insectes constituait un exemple frappant de la sélection naturelle, puis une réaction s'est produite. On a montré des exemples assez nombreux (sinon très nombreux) de cas d'autofécondation chez les Orchidées. Forbes notamment, qui a étudié les Orchidées exotiques à Java, en cite un certain nombre qui se fécondent elles-mêmes. Un petit nombre d'exemples dans les cultures de serre en Europe a confirmé ce résultat. Bonnier a montré d'autre

part que les nectaires sont fréquemment en dehors des fleurs dans d'autres familles, et que l'éperon des Orchidées (Orchis, Cephalanthera, etc.), très souvent, ne contient pas de nectar. La même fleur peut être visitée de façons différentes par un même insecte : ce qui semble indiquer que l'adaptation de la forme florale au corps de l'insecte n'est pas aussi complète qu'on le prétend.

Mais c'est surtout sur la question de l'utilité attractivede la couleur des fleurs que le combat s'est engagé et a été acharné. De très nombreuses expériences ont été entreprises par un grand nombre de savants (recherches de Lubbock, ci. f. Faidcau. Forel, Bonnier, G. et

Figuier commun avec fruits. E. Peckam, Wlist,

Fig. 102. - Caprification.

A, Caprifigue avec insecte sur les fleurs mâles ; B, Insecte allant à la bonne figue C ; D, Blastophaga grossi ; insecte sortant de la galle (pistil).

Fécondation artificielle des Pétunia.

Dunhoff, Bethe.etc.) pour résoudre cette question délicate. Les uns se sont servis de papier ou d'étoffe colorés chargés de miel et ont étudié l'effet attractif des couleurs sur les guêpes, les abeilles. Selon Plateau, qui reprit toutes ces expériences, les résultats en sont illusoires et ne sont pas applicables aux façons de se comporter des insectes vis-à-vis des fleurs.

Plateau, dans une longue série de recherches, a essayé de se mettre à l'abri de toutes les causes d'erreur. Il a d'abord placé au milieu d un Pêcher en floraison des fleurs artificielles extrêmement bien imitées; aucune d'entre elles n'a été visitée par les hyménoptères qui arrivaient en grand nombre sur les fleurs naturelles.

Une deuxième méthode met en présence d'une légion d'insectes deux variétés d'une même fleur de coloris différents. Il faut que le nombre des fleurs soit le même à peu près dans les deux cas.

Les insectes n'ont fait aucune différence dans leurs visites entre ces fleurs d'après leur coloris.

Une troisième méthode consistait à cacher la partie colorée d'une fleur avec un écran de papier ou un mor-

Fig. 103. — Caprification au moyen de dokkar.

A, Dokkar préparés pour la caprification ; B, Œil d'une figue avec les ailes d'un Blastophaga ; C, Fleur femelle à style long ;D, à style court ; E, Blastophaga

mâle ; F, Bl. femelle ; G, Mâle rampant sur la galle.

Galle en schapska du Chêne (Cynips Mayri).

Galle de la feuille de Tilleul (Phyioptus).

Galle en cerise du Chêne (Dryophante).

ceau de limbe foliaire. Les insectes découvraient les fleurs sans être attirés par la couleur.

On peut, par exemple, dans une quatrième méthode, enlever la corolle d'une fleur ; cela n'empêche pas les visites des abeilles. Il faut cependant prendre la précaution de ne pas arracher les pétales avec des mains qui sentent la fumée, car cette odeur éloigne les insectes.

La conclusion de tout cet ensemble considérable de recherches longues et patientes est que les insectes ne sont guidés que d'une façon très imparfaite par la vue. Les recherches des physiologistes concluent d'ailleurs que les yeux à facettes donnent une vision assez confuse. Il semble bien plutôt que les insectes doivent être attirés par l'odorat, qui est extrêmement développé chez eux.

En somme, Plateau reconnaît, malgré toutes ces critiques, le rôle capital que « jouent les insectes dans la fécondation des fleurs ». En ce qui concerne les Orchidées, l'importance de leur intervention s'affirme par le cas de la Vanille qui, à la Réunion, ne peut être fécondée, parce que les insectes fécondateurs du Mexique, patrie de cette plante, n'existent pas dans cette colonie. Il a fallu alors recourir à la fécondation artificielle, qui se pratique chaque année sur des centaines de millions de fleurs. Il en est de même

Fig. 104. — Culture de Champignons par l'Atta.

A. Feuille découpée par les Atta discigera ; B. Atta transportant des fragments de feuilles ; C, Une Atta grossie ; D, Nid ; meule de Champignons ; E, Rozites gongylophora ; F. Mycélium de Rozites.

pour bien des plantes d'ornement, comme les Gloxinia, les Pétunia, qu'on féconde en France dans les jardins ou dans les serres.

Caprification. — Les phénomènes qui se passent dans la caprification sont plus étranges encore que ceux que nous signalions plus haut à propos de la fécondation du Yucca. Il y a longtemps, dans le bassin méditerranéen, que l'on pratique 1 opération désignée sous ce nom : elle était connue de Théophraste, botaniste grec, vivant à l'époque d'Alexandre le Grand; elle a été décrite par Pline l'Ancien, le célèbre naturaliste latin, et plus récemment par Tournefort, qui a eu l'occasion de l'observer dans son voyage en Orient, à l'époque de Louis XIV. On suspend, au milieu des cultures de Figuier, des caprifigues, c'est-à-dire des figues sauvages qui ne sont pas bonnes à manger et qui contiennent des moucherons (Blastophaga psenes: hyménoptères); ceux-ci s'envolent sur les Figuiers cultivés, pour y opérer la fécondation (fig. 102). Les caprifigues sont des réceptacles qui contiennent deux sortes de fleurs : en haut des fleurs à étamines, en bas des fleurs à pistil à style court. Or, ces dernières ont été transformées en des galles, c'est-à-dire qu'au lieu de contenir des graines, elles renferment des œufs de Blastophaga, qui se développent dans l'ovaire et se métamorphosent en un insecte. Quand cet hyménoptère est sorti de l'ovaire et a rampé dans la caprifigue pour arriver à l'orifice, il s'est barbouillé de pollen, de sorte que lorsque la femelle s'envole hors de sa prison, elle est prête pour la pollinisation. Dès qu'elle a été fécondée elle-même par le mâle, elle s'envole vers les Figuiers comestibles et pénètre par l'orifice étroit, où elle laisse d'ordinaire ses ailes,; une fois dans le conceptacle, elle cherche à l'aide de sa tarière à déposer ses oeufs dans les ovaires, mais les fleurs femelles sont serrées les unes contre les autres et, comme les styles sont plus longs que les tarières, les œufs ne peuvent atteindre la cavité ovarienne ; mais pendant que l'animal fait tous ces efforts, il dépose le pollen sur les stigmates et opère la fécondation, ce qui amène la maturation des figues et la production d'un fruit délicieux qui n'est obtenu, avec toutes ses qualités, que dans la région où la caprification est pratiquée. C'est une opération connue des Napolitains, et qui est pratiquée en Algérie; les « doklcar » ne sont autres que les chapelets de caprifigues que les Arabes suspendent au milieu de leurs plantations de Figuiers (fig. 103), et ils savent parfaitement que ces mauvaises figues sont remplies de moucherons. L'explication de la présence de ces insectes résulte de ce fait que ces caprifigues ont des fleurs femelles à pistil court et, lorsqu'elles sont visitées par la mouche

mère, celle-ci peut déposer dans l'ovaire ses œufs, car sa tarière est assez longue pour cela : ce sont ses œufs qui se développent ensuite, comme il a été dit plus haut.

Les particularités que nous venons de signaler pour le Figuier cultivé sont d'ailleurs applicables à d autres Figuiers, et on a pu les vérifier pour différentes espèces (Ficus hirta, dioersijolia, ribes, canescens), mais, souvent, sous l'influence d'autres moucherons : par exemple, Blastophaga quadripes , au lieu de Blastophaga psenes. Il y a quelques années, les Américains ont cherché à obtenir des cultures de Figuier en Californie : ils avaient bien les arbres, mais ils ne parvenaient pas à obtenir les fruits, parce qu'ils n'avaient ni le Caprifiguier, ni le Blastophaga. C'est seulement à partir de 1899 que cette introduction ayant été faite, l'on a pu récolter des Figues du type de Smyrne ; c'est un grand événement agricole.

Les galles. — Le cas des galles que nous venons de citer nous amène à dire quelques mots des zoocécidies ou galles proprement dites. Toutes les personnes qui ont un peu herborisé ont souvent récolté des feuilles de Chêne, à la surface desquelles il y avait des sortes de boutons affectant des formes diversss. Quand on ouvre ces galles, on y trouve une larve d'insecte, notamment de Cynips. C'est la mère qui a piqué la feuille avec sa tarière en y déposant, en même temps que l'œuf, une substance chimique qui a provoqué une excitation des tissus et une multiplication des cellules produisant une région hypertrophiée qui affecte toujours la même forme, les mêmes dimensions et les mêmes couleurs. C'est une particularité extrêmement curieuse, car ce sont là des phénomènes en apparence héréditaires. La piqûre d'un insecte, en vue de nourrir son petit, amène des déformations d'une plante apparaissant avec des caractères constants, comme s'il s'agissait de caractères héréditaires normaux.

La noix de galle ou galle du Levant est la zoocécidie la plus connue; elle est due à urr hyménoptère du groupe desCynips, le Diplolepis gallœ tinctorial, qui pond ses œufs sur un Chêne d'Asie Mineure (Quercus infectoria) ; elle renferme une forte proportion de tanin. Le Chêne est le plus attaqué de tous les arbres; ses feuilles offrent souvent des galles sphériques, de la grosseur d'une cerise, dues à la piqûre d un Dryophanie, insecte du groupe desCynips; elles ne renferment qu'une seule larve. Les pommes de Chêne, énormes nodosités irrégulières, bosselées et d une belle couleur verte, sont dues à la piqûre d'un autre Cynips, le Biorhiza pallida. Chacune de ces grosses galles offre en son centre douze à quinze cellules, dont chacune est le logement d'une larve. Non moins curieuses sont les galles « en artichaut », qui semblent formées de petites touffes de feuilles écailleuses; elles sont encore l'œuvre d'un Cynipidé, VAndricus jecondatrix. Il faudrait citer encore les galles « en chapeau », sortes de lentilles situées à la face inférieure des feuilles, et l'étrange galle « en schapska » , qui se développe sur les cupules des glands du Chêne pubescent quand la femelle du Cynips Mayri y a déposé ses œufs.

Les bédéguars ou galles chevelues des tiges d'Églantier naissent en mai, et ont en été la grosseur d'une nèfle ; ils sont recouverts de longs poils à nuances vertes et rouges entremêlées. Dans cette galle habitent les larves d un Cynips, le Rhodites de la rose, petit insecte mou et rougeâtre, qui vit exclusivement sur les rosiers.

Les Cynips ne sont pas les seuls insectes gallicoles. Un acarien, le Phytopte du Tilleul, amène, par ses piqûres continuelles, la formation de petites

Termitières en Afrique occidentale.

galles sur le pétiole de la feuille de cet arbre ; d autres acariens provoquent sur la feuille même des galles minuscules très nombreuses, allongées et d'un rouge vif. L érinose de la Vigne est une maladie caractérisée par des boursouflures dues aussi à un Phytopte. C'est une petite mouche qui produit la galle « en bourse » du Lierre terrestre. Un autre diptère, YUrophore du Chardon, est la cause d'une galle renflée, si commune sur le Chardon des champs, qu'elle lui a valu le nom de Chardon hémorroïdal.

Les grosses galles de l'Orme, qui sont aussi très fréquentes, sont dues à l'action du puceron lanigère, le Schizoneura lanuginosa, qui s'attaque en troupes nombreuses aux jeunes branches. Contrairement à ce qui se passe pour les galles précédentes, l'insecte n'en habite pas l'intérieur, mais bien la surface externe, dont les anfractuosités le protègent ; les excroissances de cette nature sont dites galloides.

Les plantes à fourmis. — L'animal sait donc préparer, en agissant sur une plante, en l'hypertrophiant, la nourriture dont il a besoin. Il peut, lorsqu'il s'agit d'un animal très intelligent, quelque chose de plus, c'est-à-dire fabriquer de toutes pièces, pour ainsi

Fig. 105. — Organes hospitaliers aux fourmis. Tococa lancifolia; C, Hydnophytum montanum ; D, Myrmecndia echinata ;

A, B, Tococa lancifolia; C, Hydnophytum montanum ; D, Myrmecndia echinata ; E; Coupe du même ; F. G, H, I, Développement d'une graine de Myrmecodia ; J, Sommet d'une jeune tige de Cecropia adenopns avec deux dépressions ; K, Coupe d'une jeune tige ; L, Attache de feuille de Cecropia, avec corpuscule de Millier; M, Cordia nodosa ; N, Acacia sphœrocephala à stipules

perforées ; O. Ses folioles, avec corpuscules terminaux de Belt analogues à ceux de Mûller.

LES PLANTF S

dire, son aliment végétal par la culture : c'est le cas pour les fourmis champignonnistes, qui fabriquent dans leur nid des meules à Champignons.

Elles procèdent pour cela d'une façon singulière : elles commencent par saccager les plantations ou la végétation qu'elles rencontrent; elles y parviennent en découpant les feuilles avec les pièces coupantes de leur bouche : elles sont si destructrices qu'elles ont mérité le nom de coupeuses de feuilles. Ce sont des espèces du genre Alla, et notamment VAtta histrix (fig. 104), qui sont de véritables fléaux de divers districts, où elles rendent impossible la culture d'un certain nombre de plantes, comme l'Oranger, le Grenadier, les Rosiers, le Manguier, etc. ■*

Cependant, ces animaux saccageurs ne se nourrissent pas des feuilles des plantes; on s'aperçoit qu'après les avoir fragmentées et broyées, ils en forment des boulettes qu'ils accumulent les unes à côté des autres, de manière à constituer des sortes de murs; en réalité, ce sont des meules à Champignons où ils « lardent » (c'est l'expression dont se servent les champignonnistes) le blanc ou mycélium, et le Champignon qu'ils cultivent avec une perfection remarquable est toujours le Rozites gongylophora. Ces petites bêtes ont acquis une telle maîtrise que leurs cultures sont plus parfaites que celles de leurs émules, les champignonnistes parisiens, car on n'y observe jamais de maladie : le travail s'y fait avec une propreté, une pureté admirables. Ce résultat se comprend, quand on sait que ce Champignon est l'unique aliment de toute la colonie de fourmis. On ne peut donc pas voir une association plus intime

Acacias nourrissant desLycénides enfermées

Page 1