V. Iles européennes Lat.todc
Marbourg .... 50"47' Dijon 47° 19'
Différence de latitude.
Les villes américaines sont plus au nord de 9" à 10° que les villes européennes correspondantes comme dates d'éclosion.
Caractères généraux de la flore forestière. — Ces
différences ne sont pas négligeables; elles expliquent bien des particularités de la végétation, mais elles sont compatibles avec le développement d'une flore qui partout affecte les mêmes caractères généraux. Ce qui la définit, c'est l'existence de grandes forêts, dont nous pouvons prendre une bonne idée en parcourant les régions de Compiègne ou de Fontainebleau. Sans doute, en beaucoup de points, la civilisation a opéré le défrichement et les cultures ont pris la place des grandes étendues forestières d'autrefois, mais ces changements sont relativement récents, et on peut caractériser la flore naturelle qui nous occupe par la présence d'un grand nombre d'arbres tels que les Hêtres, les Chênes, les Pins sylvestres, les Bouleaux blancs, les Frênes, etc.
Quelles conditions assignent une limite à cette zone ? On pourrait être tenté de penser que c'est le froid qui est le principal obstacle au développement de la végétation arborescente dans le Nord. Il ne semble cependant pas qu'il en soit ainsi, car Werschojansk, en Sibérie, point où l'on a observé les températures les plus basses à la surface du globe ( — 64°), est dans le domaine forestier et non dans la zone arctique. Le facteur le plus important qui tend à arrêter les Bouleaux et les Pesses au seuil de la toundra polaire est surtout le vent. Les tourmentes d'hiver ont une influence néfaste sur les arbres : elles enlèvent les branches et les dessèchent. Les froids tardifs du printemps sont aussi à redouter : ils surprennent la végétation au moment de son départ ; aussi ontils comme effet de raccourcir encore la période d'activité utile du végétal, période déjà très courte normalement dans ces régions. On doit donc conclure que ce n'est pas la chaleur, en valeur absolue, que réclame l'arbre pour se maintenir ; ce sont des conditions secondaires (dérivant, il est vrai, de la température) qui sont, en fait, les vraies sources du mal dans lesquelles il' faut chercher les causes de la disparition des arbres.
Les arbres des forêts boréales. — La forêt boréale peut affecter deux aspects principaux. Tout à fait dans le Nord, ce sont les arbres à aiguilles ou Conifères qui prédominent, caractérisés surtout par leurs feuilles persistantes ; en outre, on y voit régner les mêmes espèces souvent sur d'énormes surfaces ; dans les régions plus méridionales, ce sont les arbres à feuilles caduques qui deviennent plus nombreux. Ce n'est pas là, comme de juste, une division absolue ; le Bouleau papyracé remonte très au Nord ; par exemple, dans l'Alaska, il accompagne la Pesse blanche, qui marque la limite septentrionale des forêts dans cette région élevée vers le pôle. Enfin, parmi les Conifères, les Mélèzes se différencient par la caducité de leurs feuilles; malgré cela, ces plantes
peuvent s'élever très haut ; et dans le Labrador, le Mélèze américain accompagne la Pesse blanche à l'extrême bord septentrional du domaine forestier.
Les noms que nous venons de citer montrent que la flore n'est pas tout à fait semblable dans l'Amérique du Nord et dans le domaine correspondant de l'Ancien Monde. Les espèces sont assez voisines ; ce sont des espèces représentatives et correspondantes. Le Mélèze américain remplace le Mélèze d'Europe; le Pin résineux correspond au Pin sylvestre ; le Sapin baumier prend la place du Sapin pectine ; le Hêtre ferrugineux se substitue au Hêtre sylvestre. Il y a d'ailleurs des formes arborescentes qu'on ne trouve pas en Europe et qui sont caractéristiques de cette région américaine, comme le Tulipier de Virginie (LirioJendron), les Sassafras, les Magnolia.
Par les îles Aléoutiennes et le détroit de Behring, il s'établit
Cl. F. Faideau.
Futaie de Hêtres (Forêt de Fontainebleau).
Le Muguet des bois (Environs de Paris).
Nord, le Fatsia horrida, les Myrica, etc.; en outre, il faut citer quelques types spéciaux : le Houx cassine qui correspond au Houx aquifolié, les Mahonia qui remplacent les Berberis, les Calycanthes, la Comptorie, l'Asiminier trilobé; à la place des Bruyères, les Camarines, les Menziésies.
Entre les arbres et les arbustes, et s'appuyant sur eux, peuvent se développer quelques lianes, mais elles ne sont pas ici bien nombreuses, telles que le Lierre, lié à la distribution du Hêtre et surtout du Chêne; les Clématites, les Ronces, les Rosiers, le Houblon. Mais jamais cette végétation adventive ne prend un grand développement, sauf dans les forêts japonaises, qui ne sont d'ailleurs rattachées au domaine actuellement étudié que d'une manière un peu détournée, car on les considère comme appartenant à une flore de type méditerranéen. On trouve les Schizandres dans le bassin de l'Amour elles Ménispermes dans l'Amérique du Nord.
Dans les forêts à feuillage caduc, la flore printanière est riche : les Muguets, les Jacinthes,
une continuité de la flore de l'Asie et celle de l'Amérique du Nord, mais il y a de grandes différences entre les deux côtes américaine et européenne de l'Atlantique. Le voisinage de la mer modifie aussi souvent la flore ; le Pin maritime, par exemple, remplace sur nos côtes le Pin sylvestre.
Le sous-bois. — Partout la forêt affecte les mêmes caractères généraux. Au-dessous des grands arbres, dans les forêts de Conifères, le sous-bois est très peu développé; les aiguilles s'accumulent en grand nombre et couvrent le sol, qui ne peut nourrir qu'un petit nombre d'herbes, de Fougères et de Mousses, et, à 1 arrière-saison, de Champignons à chapeau. Dans les forêts qui se dépouillent l'hiver, le sous-bois est plus riche : on y voit des arbustes, comme les Cornouillers, le Houx aquifolié, les Genévriers, l'Épinevinette, les Aubépines, les Pruniers épineux ; dans l'Amérique du
Cl. F. Faidean.
Lianes de Clématites dans les bois.
Genévriers aux environs d'Arbonne (Seine-et-Marne).
les Anémones, ornent de leurs fleurs variées le sous-bois. Pendant l'été, les feuilles des arbres se développent, et la lumière qui arrive dans le fond des bois s'atténue fortement ; il en résulte qu'il n'y peut croître que des végétaux dont les exigences lumineuses sont très faibles, comme les Fougères herbacées : Polypode, Aspide, Fougère grand aigle (Pteris), et une série d'Orchidées saprophytes, comme la Néottie nid d'oiseau, les £pipogons, les Corallorhizes. A l'aide de méthodes photométriques précises, Wiesner a pu déterminer la variation de l'intensité de la lumière à l'ombre de nos forêts, à mesure que se développaient les feuilles, et il a pu fixer ainsi quelles plantes pouvaient y réussir, et en suivre l'étiolement progressif à mesure que l'atténuation lumineuse devenait trop forte. Par exemple, pour l'Hépatique trilobée, le pétiole, qui a une longueur de 29 millimètres pour une lumière égale à l'unité, a une longueur de 108 millimètres pour une lumière égale à un sixième. En même temps que le pétiole s'allonge, le limbe diminue, et, à l'obscurité absolue, le pétiole a 1 74 millimètres et le limbe est presque complètement atrophié. Wiesner a fait des constatations analogues avec le Muguet, avec le Prenanthes purpurea, le Vincetoxicum officinale.
Clairières, prairies, montagnes. — L'atténuation de la lumière en été rend la végétation sous les forêts très pauvre et souvent stérile; mais à l'orée des bois ou dans les clairières, la lumière
LA VIE VÉGÉTALE
Prairies dans la vallée de la Belle-Rivière (Miquelon).
arrive plus aisément et le sous-bois se développe. Lorsque les clairières se parent au premier printemps, on y peut voir fleurir des plantes bulbeuses comme les Safrans ou Crocus ; elles peuvent form3r les prairies sèches avec toute la légion des Graminées : Paturins, Ivraies, Flouves, Avoines, etc., ou les prairies humides, avec les Cypéracées et Joncacées : Laiches, Souchet, Ériophore, Clade et Joncs. Le long des rivières, on rencontre une flore spéciale de grandes Graminées et Cypéracées aquatiques : Phragmite commun et Scirpe lacustre.
Un autre type de végétation que l'on rencontre dans la flore boréale est celui des hautes montagnes, avec certaines plantes caractéristiques, comme l'Edelweiss. Concentrées sur les grandes chaînes, comme les Alpes, les Pyrénées et les Montagnes Rocheuses, ces espèces se répandent peu à peu, à mesure que l'on va vers le Nord, en Scandinavie, en Sibérie, et dans l'Alaska, dans l'Amérique du Nord. Au-dessous des prairies alpines, on observe la zone subalpine avec les Rhododendrons ferrugineux et hirsute ; on retrouve plus bas sur les pentes des montagnes de l'Europe centrale la flore forestière, qui débute par la zone des Conifères.
D'autres variations sont à mentionner dans le domaine forestier
Edelweiss (Gnaphalium Leontopodium).
tiques et Lichens. Quant aux parasites, nous ne les connaissons que par le Gui et la Cuscute.
Adaptation aux variations saisonnières. — Si nous nous arrêtons aux caractères de la végétation arborescente, qui constitue le fond de la végétation du domaine forestier, on voit qu'ils dépendent à la fois du froid de 1 hiver et de la chaleur de l'été. Pendant l'hiver, l'arbre se dépouille, mais son tronc reste exposé aux intempéries et son écorce épaissie, rugueuse, crevassée, est bien propre à supporter, grâce à sa couche épaisse de liège qui constitue un véritable matelas d'air, un abaissement inusité de température. La
Forêt de montagne dans l'Oberland.
Cl. Wehrli.
proprement dit. Quand une rivière traverse une région humide, non seulement les lianes peuvent devenir plus nombreuses, mais les épiphytes peuvent apparaître en petit nombre. Le long de la Trave, en Allemagne, les vieux Saules hébergent une flore adventice formée de plantes à graines légères transportées par le vent (Achillée millefeuille, Laiterons, Êpilobes, Rumex), ou à fruits charnus transportés par les oiseaux ou les autres animaux, comme les Fraisiers, les Chèvrefeuilles, etc.
C'est là un fait très exceptionnel et très intéressant car, en règle, les épiphytes font presque complètement défaut dans les pays froids. Ils ne sont représentés que par quelques Mousses, Hépa-
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Les Crocus au printemps, en Suisse.
Cl, A. Steiner
La neige et le givre en forêt de montagne.
protection des bourgeons est également efficace et les matières gommeuses et la résine qui les couvrent, 1 absence de stomates, sont évidemment propres à supprimer la transpiration en une saison où les racines ne fonctionnent pas, où la sève circule mal, et où toute cause qui tendrait à la mettre en mouvement porterait le plus grand trouble dans la plante.
Si pendant l'hiver le végétal redoute toute cause qui produirait la' transpiration, il n'en est pas ainsi pendant l'été, et la délicatesse des feuilles ainsi qu'une série de particularités de leur structure sont bien en harmonie avec ces besoins. Ainsi donc, les arbres à feuilles caduques doivent concilier, pour ainsi dire, deux besoins opposés : transpirer beaucoup pendant l'été, transpirer très peu pendant l'hiver. Les arbres à feuilles persistantes, comme les Houx, les Conifères, ont un problème plus délicat à résoudre, car ils gardent leurs feuilles pendant l'hiver ; ils n'échappent à ce danger qu'en épaississant et en durcissant la cuticule, grâce à laquelle ces végétaux diminuent fortement la perte d'eau pendant l'arrêt de la végétation. Cependant, la présence de feuilles, même très étroites, pendant l'hiver, permet l'accumulation des neiges et du verglas,
sous le poids desquels les branches peuvent se rompre ; danger rendu minimum précisément par l'étroitesse des aiguilles foliaires.
Le domaine forestier peut être envahi , non seulement par des espèces polaires dans les parties froides, mais aussi par les plantes de pays plus chauds : c'est la flore adventice ; on a signalé, notamment, 1 1 pour 100 d'espèces localisées surtout dans le domaine méditerranéen.
Forêts australes. — Il y a donc une harmonie marquée entre l'arbre et le milieu où il se développe, dans l'hémisphère
nord. Les parties continentales de l'hémisphère sud, où des conditions semblables se rencontrent, sont beaucoup plus restreintes et la zone forestière est limitée à la pointe sud de 1 Amérique du Sud. Ce sont surtout des Hêtres qui abondent dans cette contrée, mais, assez communément, ils ont des feuilles persistantes, particularité liée à l'étroitesse et à 1 extrême humidité de la pointe de l'Amérique du Sud, comprise entre deux grands Océans. A mesure que l'on va plus au Nord, le climat devient plus sec et les Hêtres à feuilles caduques apparaissent : tel est le cas du Nothofagus pumilio, représenté sur une photographie cicontre ; on remarque, en l'examinant, qu'il y a un parasite sur les branches, mais qui est spécial à cette région : c'est le Myzodendron. On voit un certain nombre de Hêtres de la Terre de Feu s'avancer au Chili jusqu'à 35° de latitude : là on note un mélange d'espèces qui ont perdu leur feuillage persistant et d'autres qui l'ont gardé. Le Nothofagus obliqua et le N. procera ont un feuillage caduc au Chili, tandis qu'ils sont toujours verts dans les forêts antarctiques. Une autre espèce, le N . Dombeyi, qui a ses feuilles toujours vertes dans les pays froids, garde ce caractère dans les régions plus tempérées. On conçoit également comment il peut arriver qu'une plante comme le N. antarctica, qui se dépouille de son feuillage au Chili, le perde également dans les forêts antarctiques. On explique ceci en disant que les arbres à feuilles persistantes ont leur centre de formation dans le Sud ; les espèces à feuilles caduques, leur centre de différenciation dans le Nord.
Darwin a donné de l'aspect désolé des forêts de la Terre de Feu cette belle description : « Tout d'abord, c'est à peine si je puis faire quelques pas à cause des cataractes et des nombreux troncs d arbres tombés qui barrent le passage; mais le lit du torrent s'élargit bientôt, les inondations ayant emporté les bords. J'avance lentement pendant une heure en suivant les rives rugueuses et déchiquetées du torrent, mais la grandeur et la beauté du spectacle compensent bientôt toutes mes fatigues. La sombre profondeur du ravin concorde bien avec les preuves de violence que l'on remarque de toutes parts. De chaque côté, on voit des masses irrégulières de rochers et des arbres déracinés ; d'autres arbres, encore debout, sont pourris jusqu'au cœur et prêts à tomber. Cette masse confuse d'arbres bien portants et d'arbres morts me rappelle les forêts des tropiques, et cependant il y a une profonde différence : dans ces tristes solitudes, que je visite actuellement, la mort, au lieu de la vie, semble régner en souveraine. Le pays entier n'est qu'une énorme masse de rochers sauvages, de collines élevées, de forêts inutiles, le tout enveloppé de brouillards perpétuels et tourmenté de tempêtes incessantes. La terre habitable se compose uniquement des pierres du rivage. » Cette citation est bien propre à faire comprendre quelle impression profonde certains types de la végétation peuvent faire sur l'esprit de l'homme ; elle met en lumière d'une façon saisissante l'action du climat.
Vpgetaliombildtr.
Hêtres de la Terre de Feu
(Nothofagus pumilio) avec parasites
(Myzodendron punctatum).
Cl L. Gain. Arbres entraînés par un torrent, près Punta Arenas (Chili).
LA VIE VÉGÉTALE