FLORE MÉDITERRANÉENNE
Climat, caractères généraux de la flore. — Les bords de la Méditerranée sont caractérisés par un climat marin très spécial et très doux, qui diffère notablement de celui des contrées septentrionales de l'Europe; il se distingue par la brièveté de l'hiver, où le froid n'est, en général, pas persistant, sauf dans les pays montagneux, et par les pluies qui y sont fréquentes; la période chaude dure de huit à dix mois et la saison très chaude souvent de trois à cinq, et sans pluies. A ce domaine floral se rattachent trois régions assez distinctes : I " les îles et les côtes de l'Atlantique, les Açores et les Canaries qui, par suite de l'influence de la mer, ont un climat beaucoup plus uniforme ; 2° la zone méditerranéenne proprement dite, qui comprend tout le pourtour de la Méditerranée; 3° la région qui s'étend à l'est de Damas, où les pluies sont beaucoup plus faibles (20 centimètres par an) : ce sont les steppes de l'Iran, qui font passage aux steppes de l'Asie centrale. Cet ensemble constitue un domaine très riche, avec 7 000 plantes vasculaires, dont 4 200 sont propres à cette région.
C'est le pays des plantes ligneuses de pays secs et toujours vertes; c'est la patrie de l'Olivier, de l'Oranger, du Laurier, du Chêne-liège, du Grenadier. Le Palmier nain ou Chamaerops croît spontanément à Nice et correspond à la limite nord de la famille des Palmiers en Europe (44°).
Les caractères de la végétation sont partout les mêmes : les arbres ne sont pas en général très élevés ; leur tige est massive, leurs branches noueuses; leurs feuilles sont, d'ordinaire, fermes, entières, lancéolées ou linéaires, quelquefois très étroites, comme celles des Bruyères arborescentes. Les plantes tout à fait charnues, succulentes, sans feuilles, sont rares et, s'il y a quelques Cactées, ce sont des plantes souvent acclimatées, comme les Opuntia ou Figuiersde Barbarie, qui sont d'origine américaine et propagées partout. Les lianes ligneuses à tige toujours mince n'abondent pas; les lianes herbacées sont, au contraire, plus répandues. Les plantes dressées herbacées sont rares et n'offrent rien de bien caractéristique. Les Mousses et les Lichens, sur l'écorce des arbres, manquent presque complètement, ainsi que les épiphytes appartenant aux Phanérogames.
La végétation est interrompue deux fois, d'une manière irrégulière : par le froid de l'hiver et par la sécheresse de l'été, et il n'y a que de courtes périodes pendant lesquelles se rencontrent à la fois les conditions optimales de température et d'humidité ; en général, il y a séparation de ces deux facteurs.
Maquis, garrigue. — Le nombre des arbrisseaux toujours verts est considérable, et les buissons, qui constituent ce qu'on appelle le maquis, sont certainement les plantes les plus caractéristiques de cette flore. Là prédominent les Arbousiers, qui sont parés simultanément de leurs fleurs et de leurs fruits rouges et hérissés de petites aspérités qu'on a comparées, un peu à tort, à des fraises ; là, se rencontrent le Pistachier Lentisque, les Bonnets d'évêques, les Bruyères arborescentes, Daphnés, Cistes, Oxyrides, etc.
Bois d'Oliviers aux environs de Rome.
Le maquis proprement dit, dont on a une bonne idée en Corse, où il sert de refuge aux réfractaires à la loi, se rencontre surtout sur terrain siliceux. On le considère comme le sous-bois de forêts primitives qui ont disparu, sauf en quelques régions. C'est sur ce sol siliceux que l'on rencontre, dans le sud de la France, le Chêneliège et le Pin d'Alep. Le Pin Pignon se rencontre çà et là sur terrain sablonneux ; le Pin Laricio est aussi une espèce caractéristique de la flore méditerranéenne. Le maquis s'étend quelquefois sur de très vastes espaces, avec une constitution très monotone : en Espagne, il est formé de Cistes; ailleurs, dans l'est de l'Europe, de Pistachiers Lentisques.
Dans les garrigues, qui s'observent dans le midi de la France, la végétation est plus basse encore et se développe surtout sur le terrain calcaire ; là encore, on y voit les restes de forêts où le Chêne-Houx et le Pin d'Alep prédominaient. Le type principal de végétation est celui dont l'Olivier nous fournit un exemple important. Arbuste à l'état sauvage, en Orient, il est devenu par la culture dans tout le bassin méditerranéen un arbre massif, à tige ramifiée à une faible hauteur, à branches noueuses, à écorce épaisse, profondément fendue; il est caractérisé surtout par ses feuilles dures, petites, étroites, entières, à bords recourbés, qui, au-dessus, sont pileuses d'une manière éparse et d'un vert mat, mais qui, en dessous, ont des poils écailleux et un aspect argenté brillant. Ce type à feuilles dures entières se retrouve dans beaucoup d'autres plantes, dans les Chênes notamment, comme le Chêne-Houx, le Chêne-liège.
Les feuilles sont un peu plus grandes et verticillées dans le Laurier-rose et opposées dans les Lauriers, qui croissent aux Cana-
Cl. F. Faideau.
Opuntia inonacantha (Monaco).
Vegetatioiisbilder, Chamœrops humilis et Pistacia Lcniisctts (Garrigues des Baléares).
Pin Laricio (Corse),
Eremurus spectabilis (Espagne).
Cl. Faber.
Cyprès à gros fruits (Californie).
ries. Aux îles Madère et aux Canaries, un arbre bien caractéristique est le Dragonnier.
Une autre plante typique du maquis est le Myrte commun, avec ses petites feuilles raides. Ces limbes étroits aromatiques se rencontrent aussi dans le Romarin officinal, la Lavande, le Thym vulgaire. Les feuilles presque en aiguilles sont caractéristiques des Bruyères, parmi lesquelles on peut signaler la Bruyère en arbre, la Bruyère de Portugal, etc. Un type rare est, au contraire, celui à feuilles composées pennées que l'on rencontre dans le Pistachier Lentisque. Comme plante grimpante par des vrilles stipulaires, on peut citer le Smilax âpre, aux feuilles persistantes et dures.
Enfin, la région méditerranéenne est extrêmement riche en plantes bulbeuses et tuberculeuses : c'est le royaume des Tulipes, des Narcisses, des Asphodèles, des Eremurus, des Muscari, des Glaïeuls, des Anémones. Là aussi abondent les Ophrys, les Orchis, les Arum ou Gouets.
Parmi les représentants d'un autre domaine, on peut rencontrer par exemple les Peupliers, les Frênes et autres arbres à feuilles caduques, qui s'observent seulement dans le voisinage de 1 eau et dans un sol toujours humide ; les Châtaigniers se montrent dans les contrées un peu montagneuses, au-dessus de l'Olivier.
Les Graminées annuelles abondent, tandis que les vivaces, très répandues dans le domaine forestier, sont ici assez rares.
Flore de Californie. — Le nord de la Californie forme une région dont le climat est très analogue à celui du domaine méditerranéen dans la zone maritime ; on y trouve un hiver doux, des pluies assez abondantes, en février, et surtout les courants marins du Pacifique, venant du Nord, empêchant l'été d'être trop ardent.
Pins pignons de la pineta de Ravenne.
C'est une contrée beaucoup plus restreinte que la région méditerranéenne ; aussi ne devons-nous pas nous étonner d'apprendre qu'elle ne comprend que mille espèces vasculaires spéciales.
Les buissons toujours verts y prédominent, au milieu desquels s'élèvent des arbres rares et isolés. Parmi les plus importants de ces derniers, on peut citer le Chêne à écailles dorées. Là encore dominent ces plantes toujours vertes, à feuilles dures, entières ou à dents épineuses au bord, comme le Prunier à feuilles de houx, qui se rencontre sur les collines; les Ceanothus cuneatus, buissons de 2 mètres de haut, à fleurs blanches ou bleues en glomérules allongés denses. Les plantes grasses sont ici plus abondantes que d'ordinaire dans les domaines semblables et elles sont représentées par diverses Cactées.
Sur les pentes des régions montagneuses, là où les pluies deviennent plus abondantes, le sol se couvre de hautes forêts qui sont formées principalement de l'arbre au bois rouge ou Séquoier toujours vert, l'arbre Mammouth, ou d'un autre type analogue, le W ellingtonie gigantesque, dont l'aire est plus restreinte que celle de la précédente espèce ; le sous-bois est composé de buissons à feuillage dur. Près de la mer, à San Francisco, dans les endroits découverts et très ensoleillés, se développe au milieu des rochers le Cyprès à gros fruits.
L'on désigne au Texas, sous le nom de chaparals, des prairies avec des buissons épineux. Parmi les plantes de cette région, on peut citer le Noyer nain, le Cercis occidental.
Dans un domaine qui s'étend sur de vastes territoires, il y a nécessairement des variations secondaires de climats. A côté des arbrisseaux à feuilles persistantes, il peut s'en rencontrer d'autres à feuilles caduques. Il peut y avoir des passages aux steppes, et les buissons épineux, les Salsolacées, les herbes vivaces et les plantes bulbeuses abondent. Si la contrée est arrosée par des pluies plus abondantes, les herbages à Graminées annuelles se multiplient, avec les Labiées et Composées odorantes et aromatiques.
Flore du Chili. — Dans l'Amérique du Sud, au Chili, on retrouve une flore homologue des deux précédentes; cela se conçoit, car le climat est tout à fait comparable à celui de l'Espagne méridionale ou de la Sicile : cette similitude des conditions ambiantes se manifeste d'ailleurs par la facile acclimatation des plantes de la région méditerranéenne, comme l'Olivier, l'Oranger, etc. Un Palmier, le jubéa remarquable, est à mentionner, car c'est l'espèce qui correspond à la limite méridionale de la famille des Palmiers dans l'Amérique du Sud (37° de latitude australe). Il y a un certain nombre d'épiphytes dans la flore chilienne, notamment des Broméliacées et des Orchidées. On y trouve des Composées arborescentes et quelques Cactées. Ces dernières particularités tiennent évidemment à la forme du continent, dont les montagnes, orientées parallèlement à l'Océan, permettent 1 extension au loin des espèces désertiques et épiphytes. Il y a lieu de remarquer les affinités de la flore littorale chilienne avec la flore littorale californienne; certaines espèces sont mêmes identiques dans les deux régions : Acène pinnatifide, Collomie grêle.