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FLORE TROPICALE

Le climat. — On serait tenté de penser

excessive dans les contrées tropicales ; tures qu on y observe ne sont pas plus élevées que dans nos pays septentrionaux en été : 30° à 33", températures moyennes de Java, de Cey- Ian, de Singapour. Ce qui caractérise donc les chaleurs tropicales, ce ne sont pas les hautes températures, mais leur constance. A Java ( Batavia) la différence entre la moyenne du mois le plus chaud et le mois le plus froid est de 1"; quant aux variations extrêmes, elles sont de 9", 2 (par exemple, 20°, 9, température la plus basse, et 30°, I, température la plus haute).

Si l'on ne tenait donc compte que de la température, le climat serait très uniforme; les grandes variations viennent de la répartition des pluies.

En général, l'eau tombe abondamment chaque jour, et à Java, pendant le mois de janvier, il tombe, en moyenne, 475 millimètres d'eau; il y a donc une époque où les pluies sont très abondantes. Au mois d'août, qui correspond à ce que l'on appelle la mousson sèche, on peut encore récolter 275 millimètres d'eau par mois, ce qui indique qu'il pleut encore beaucoup pendant cette saison, qui s oppose à la période des pluies.

Java (Buitenzorg notamment) est d'ailleurs un des points du globe où

fait,

que la chaleur est les hautes tempéra-

Un défrichement au Siam.

il pleut le plus. Dans beaucoup de contrées tropicales, la différence entre la saison humide et la saison sèche est plus accusée. Au Brésil, dans l'Etat de Minas Geraës par exemple, la période des pluies s'étend d'octobre à mars, surtout de novembre à janvier,

et il pleut abondamment de neuf à vingt jours par mois; d'avril jusqu'en septembre, la sécheresse est, au contraire, prédominante.

Forêt vierge. — Le climat dont nous venons de préciser brièvement les caractères a une influence profonde sur la végétation ; une chaleur uniforme accompagnée de pluies abondantes entraîne inévitablement un pullulement extraordinaire de la vie végétale et amène la formation de ce que l'on a appelé les forêts vierges, qui ont si profondément impressionné tous les voyageurs. La lutte pour l'existence, et surtout pour la place, y est tout à fait intense, et Stanley a pu dire avec juste raison que la forêt tropicale est si pleine que « si le sommet était plan, il serait facile de faire route par-dessus ». La puissance de cette végétation est extraordinaire ; elle recouvre en quelques années les espaces défrichés par 1 homme, puis laissés incultes, les monuments abandonnés. La forêt tropicale se compose de quatre parties principales : 1° les arbres; 2° le sous-bois; 3° les lianes; 4° les épiphytes et les parasites.

Etudions d'abord les deux premières parties qui constituent la

Cl. Waite.

Oreodoxa regia (Mexique).

Cl. Alluaud.

Cocotier des iles Seychelles.

Arbre à pain (Madagascar).

forêt proprement dite. Les arbres affectent une architecture assez particulière, qui est l'indice de la lutte intense pour la lumière. La ramification, quand elle se produit pour eux, est accompagnée fréquemment de redressement des branches parallèlement au tronc f>rincipal, de manière à former une sorte de candélabre. Ailleurs, es rameaux se produisent à une grande hauteur sur le tronc principal, et les branches, en petit nombre, s'étalent obliquement, seulement vers la partie supérieure, affectant la forme d'un parasol. Enfin les ramifications peuvent avorter complètement et on a des arbres dont la tige reste simple : c'est le cas des Palmiers (sauf le Doum ou Hyphœne, qui se ramifie exceptionnellement une fois), des Fougères arborescentes et des Cycadées, qui contribuent à donner à la végétation des tropiques son aspect caractéristique.

L'énumération des Palmiers que l'on rencontre dans la région tropicale est impossible, car il faudrait dénombrer la plus grande partie de cette famille considérable. Mentionnons cependant les types à feuilles en éventail, comme le Rondier dans l'Inde; d'autres à feuilles pennées, comme les Elaeis de Guinée, qui abondent en Afrique, ainsi que le Raphia vinifère. En Asie, on peut citer l'Arec cachou, le Métroxyle de Rumph, qui fournit le sagou. En Amérique, on peut observer le Mauritie vinifère, qui joue un rôle économique important; le Céroxylon andicole, les Oreodoxa, le Lodoicea (ou Cocotier) des Seychelles.

Les Vaquois et types voisins sont également représentés dans toutes les flores des tropiques ; ils ramifient très peu leur tige en fourche : en Asie, c'est le Vaquois de Java ; en Afrique, c'est le Vaquois candélabre. En Amérique, la famille des Pandanées, à laquelle appartiennent les plantes précédentes, est remplacée par le Carludovice palmé, qui a tout à fait l'aspect d'un Palmier, quoique d'une petite famille très distincte, celle des Cyclanthacées.

Vaquois (Pandanus utilis), dans l'Ile de la Réunion.

Les Cycadées ont aussi le port des Palmiers : Cycas d Asie, Zamies d'Afrique et des Antilles, Cératozamies du Mexique. Parmi les Fougères arborescentes, on peut mentionner les Alsophiles, les Cyathées, etc.

Un point essentiel à noter à l'occasion de ces forêts, c'est 1 extrême variété des essences que l'on y observe. Il est très rare de rencontrer des régions où l'on ne voit que des individus appartenant tous à la même espèce comme dans les pays du Nord. Aussi l'inventaire des richesses forestières d'un pays représente-t-il un travail énorme, rendu très compliqué par la difficulté d'atteindre chaque arbre et de se procurer, en temps opportun, des fleurs et des fruits pour sa détermination. Ce travail commence seulement à être mené à bien à Java, pays où la botanique est étudiée avec ardeur depuis cent ans; on s'explique ainsi pourquoi la Flore forestière de V Indo-Chine est restée inachevée par suite de la mort de son auteur; ce travail a été repris par M. Lecomte.

Parmi les arbres les plus célèbres des régions chaudes, on peut citer les Arbres à pain et le Jacquier, le Kolatier, les Papayers ; les Bananiers sont aussi des types très caractéristiques. Parmi les formes arborescentes les plus répandues, on peut nommer beaucoup de Légumineuses et surtout de Mimosées; en Asie et dans les îles de la Sonde, on rencontre des Albizzies, les Indigotiers, les Casses, les Hématoxyles de Campêche, les Figuiers, etc. Les Liliacées et les Amaryllidées arborescentes sont également célèbres : Dragonniers, Dasylirions, Fourcroyers, Barbacenies, etc.

Les arbres peuvent atteindre de très grandes tailles, et les Rasamala ou Altingies que l'on rencontre à Java sont hauts comme des tours (60 mètres de haut). On conçoit que de pareils colosses, exposés aux tourmentes, aient besoin pour soutenir leur base de ces contreforts que nous avons désignés sous le nom de racinespalettes. Les Fromagers ou Eriodendrons présentent aussi des contreforts analogues.

Il arrive cependant que parfois les arbres s'étalent; c'est qu'il s'agit alors de ces lutteurs puissants qui écrasent peu à peu tous les concurrents se trouvant dans leur voisinage. Tel est le cas des Figuiers-Banians, notamment du Figuier des pagodes ou du Ficus Benjamina de Java. C'est grâce aux anastomoses de leurs branches, grâce aux mille racines adventives, qui forment autant de troncs nouveaux, que la plante peut s'étendre; elle atteint parfois jusqu'à 500 mètres de tour : l'arbre est devenu une forêt.

En général, la puissance de la vie végétale est moindre, et, malgré la lutte pour la lumière, il y a place pour un sous-bois. Il est formé de petits arbres, d'arbustes, qui ont des exigences moins impérieuses au point de vue de l'éclairement que les grands arbres. Leur nombre est parfois assez élevé, et dans le district de Lagoa-Santa, au Brésil, tandis que

LA VIE VÉGÉTALE

Figuier-Banian croissant au-dessus d'une route (Ile de Ceylan).

sur 2 600 plantes Phanérogames il y a 380 espèces arborescentes, on compte 300 arbustes poussant dans ce petit district. Il y a aussi parfois des Fougères, et parmi elles on peut citer notamment les Gleichénies dichotomes qui sont herbacées, analogues à la Ptéride grand aigle de nos forêts, mais qui peuvent atteindre jusqu'à 12 mètres de hauteur.

Les Graminées, que nous sommes habitués à considérer comme formées surtout par des herbes dans les pays froids, sont représentées sous les tropiques par des plantes souvent magnifiques, comme les Bambous, qui sont de véritables arbres ayant jusqu'à 30 mètres de haut et plus. Il y a aussi des Graminées herbacées, comme la Canne à sucre. Parmi les familles auxquelles appartiennent les herbes vivaces, on peut citer quelques Composées, Rubiacées, Labiées, Scrofularinées, Euphorbiacées, Lycopodiacées.

Les phénomènes phénologiques que manifeste la végétation arborescente sont évidemment en harmonie avec le climat ; l'éclosion des bourgeons se produit au moment du retour de la saison des pluies, car sécheresse veut dire repos et arrêt de la végétation ; cette éclosion des bourgeons et le développement des jeunes pousses aux feuillages pendants et vivement colorés contribuent à égayer la forêt vierge. Les feuilles formées sont, en général, grandes et de consistance épaisse, de couleur sombre à l'état adulte, avec la surface supérieure brillante, réfléchissant la lumière. Ces organes ne tombent pas d'une manière régulière et, en "général, dans les forêts humides, la plante est toujours verte. Il peut arriver cependant qu'elle se dépouille plus ou moins complètement pendant la saison sèche, et l'intensité de ce dépouillement devient d'autant plus grande que l'on passe à des contrées où la période sèche s accuse. La floraison présente des variations analogues : par exemple à Java, sur 213 espèces arborescentes, 53 fleurissent toute l'année, 142 pendant la saison sèche, 18 pendant la saison des pluies. En général, c'est donc plutôt pendant la sécheresse que la floraison s'accuse.

Les lianes. — Le sous-bois est formé de végétaux qui se contentent de peu de lumière; il y a une autre catégorie de plantes qui sont aussi habituées à cette existence dans une demiobscurité : ce sont les lianes, et leurs caractères les plus étranges et

les plus remarquables découlent de cet état d'étiolement. La pullulation des espèces grimpantes est, en effet, tout à fait intense et contribue puissamment à rendre la forêt vierge inextricable. Une plante étiolée (on en donne aisément la preuve en enfermant une plante en germination dans une armoire) s'allonge beaucoup et est incapable de se soutenir, par suite de la faiblesse de ses tissus; aussi retombe-t-elle sur le sol ; mais si l'étiolement partiel a lieu dans un sous-bois épais, la plante étiolée ne retombera pas sur la terre, elle s'appuiera sur les branches des arbrisseaux voisins. On peut voir, par exemple, un Pusœtha scandens ramper pendant 25 mètres sur le sol, puis s'appuyer sur les plantes voisines pour grimper. La plante étiolée, n'ayant pas trouvé de support, est restée couchée sur le sol, mais dès qu'un appui a été rencontré, elle a pu acquérir un peu de vigueur pour se redresser vers le haut ; à mesure qu'elle s'élève en rencontrant de nouveaux supports, sa vigueur s accroît et elle tend de plus en plus à se rapprocher de la couronne de la forêt. Incapable d'abord de se ramifier, parce qu'elle

Fromager (Dahomey).

Figuier (Mexique)

Bambous à Buitenzorg (Ile de Java).

n'en a pas la force, elle se divise au contraire abondamment dès qu'elle a atteint la couronne où elle peut fleurir. Ces lianes se déforment souvent d'une manière étrange en s'éleyant sur les arbres : leurs tiges s'aplatissent, deviennent irrégulières à une ou plusieurs ailes; elles se tordent, elles se gondolent d'une façon bizarre, comme dans ces Bauhinia, que l'on appelle souvent des a escaliers de singe » (fig. 1 13).

Une particularité de forme ou de structure, en apparence secondaire, peut assurer à certaines de ces plantes une supériorité incontestée sur leurs congénères. L'étude des Rotangs ou Palmiers grimpants est très instructive à cet égard. On en rencontre de plusieurs catégories, qui ont formé des aiguillons sur différents organes. Dans le Calarmis extensus, qui vit dans l'Ancien Monde, c'est la tige qui est métamorphosée en un long fouet pourvu dépiquants; dans les Raphiées, qui vivent dans des contrées semblables (Ancien et Nouveau Monde), c'est le pétiole qui est effilé en fouet et armé de pointes acérées. En Amérique, l'évolution des Palmiers vers la vie grimpante a pu s'effectuer dans une autre direction, car les Moréniées s'appuient simplement sur les branches, leurs pétioles orientés vers le bas formant crochet ; c'est évidemment là un des premiers stades de l'adaptation. Enfin chez les Bactridées américaines, dont les Desmuncus peuvent nous fournir un exemple, les folioles des feuilles pennées sont raccourcies et orientées vers le bas, à la manière de harpons qui, en g*^ s'enfonçant dans les objets voisins, assurent à ces Palmiers de une maîtrise incontestable dans l'art de grimper. La puis- singe.

sance de ces espèces pour s'élever dans la forêt est ainsi souvent tout à fait extraordinaire : on les voit s'élancer dans l'air avec leurs puissants fouets crochus qui explorent l'espace en quête de supports et, dès qu'ils en ont trouvé un, l'ascension devient rapide ; mais, à mesure que la plante s'élève et grandit, son poids s'accroît et bientôt le tuteur devient incapable de supporter son fardeau : tout s'écroule à la base ; nouvel essor vers le haut, suivi plus tard d'une catastrophe semblable. Ces phénomènes d'ascension et de chute peuvent se multiplier tellement que l'on voit parfois de véritables cordages s'enrouler sur le sol, atteignant jusqu'à 200 et 300 mètres de long.

La forêt vierge est donc un lieu très propice au développement de la vie grimpante, et c'est dans les régions tropicales que se rencontrent les principaux types de lianes. La famille des Cucurbitacées, par exemple, est presque exclusivement tropicale; elle n est représentée dans notre pays que par la Bryone dioïque. Il peut y avoir des lianes en dehors des régions chaudes, mais c'est sous les tropiques qu'elles prédominent. En Europe, il y a 170 lianes sur 9 400 espèces de végétaux supérieurs; ce qui correspond à 1 ,8 pour 100 de types grimpants. Dans l'Inde, les lianes représentent 8 pour 100 de la végétation phanérogamique.

Les lianes des forêts tropicales appartiennent surtout aux familles suivantes : Cucurbitacées, Vitées, Convolvulacées, Légumineuses, Pipéracées, Sapindacées, Mélastomacées. Parmi les Fougères, les Lygodium sont grimpants. En Amérique, il y a beaucoup de Passifiorées, de Malpighiacées, de Smilacées, et, parmi les Orchidées, les Vanilles s'enroulent par leurs racines.

Il y a un autre type de végétaux, plus caractéristique encore des régions chaudes que les plantes grimpantes : nous voulons parler des épiphytes.

Épiphytes et parasites. — Les plantes épiphytes (voir p. 58) achèvent de remplir la forêt vierge. Ce sont là des hôtes très nombreux qui manquent à peu près complètement dans les pays froids. Parmi les plantes qui réussissent surtout dans ces conditions et qui méritent d'être appelées les «filles de 1 air », on peut citer d'abord les Fougères, et ce résultat s'explique aisément, étant donné la ténuité et la légèreté de leurs spores; parmi les Fougères épiphytes les plus remarquables, on peut citer les Trichomartes peltés, dans la partie basse, humide et sombre des forêts, puis les Fougères à terreau : Plalycerium, Doradille en forme de nid, Polypode à feuilles de Berce dans la partie moyenne. Un second groupe également important parmi les plantes épiphytes est celui des Orchidées, tant les espèces à terreau de la partie moyenne, que les espèces à pseudo-bulbe de la couronne des arbres. C'est là que se développent toutes les espèces admirables que nous pouvons voir acclimatées dans nos serres ; les Caitleya, les Lœlia, les

Nœud de Lianes (Forêt du Soudan).

Végétations épiphytes (Mont Rouwenzon).

LA VIE VÉGÉTALE

Oncidies , les Odontoglosses , qui nous frappent par leurs caractères étranges de végétation, par leurs racines aériennes, leurs feuilles épaisses et charnues, leurs tiges à faux bulbes, autant que par la grandeur et la beauté de leurs fleurs. Une autre famille, qui a une place également importante dans les serres d'Europe et qui s'installe sur les arbres, grâce aux aigrettes ou aux ailes de ses graines, est le groupe des Broméliacées.

Les feuilles s'y disposent d'ordinaire en rosette, avec la partie inférieure creusée en cornets richement colorés de pourpre où l'eau de pluie s'accumule, de manière à constituer des réservoirs d'humidité pour la plante : c'est là ce qui caractérise les Nidulaires, dont les fleurs petites, mais aux couleurs vives, apparaissent au milieu de ces cornets. Le port de ces Broméliacées est un peu raide ; leur feuillage est souvent armé de piquants qui en rendent le maniement redoutable, mais leurs inflorescences sont colorées des plus vives nuances et les font apprécier des horticulteurs et des amateurs : c'est dans ce groupe que se placent les Tillandsies, les Vriesies, les Billbergies, etc. Les Aroïdées contiennent également un grand nombre de représentants adaptés à la vie sur les arbres, tels que les Philodendres, les Anthurium, les Monstères, et le feuillage, si curieusement perforé, de ces derniers, attire l'attention autant que leurs longues racines pendantes, semblables à des cordes atteignant plusieurs mètres de long.

A ces quatre groupes végétaux : Fougères, Orchidées, Broméliacées et Aroïdées, appartiennent presque toutes les plantes épiphytes, mais plusieurs autres familles : Liliacées, Gesnéracées, Asclépiadées, etc., en fournissent aussi quelques spécimens. En général, les épiphytes sont de petites plantes, plus ou moins rabougries, par suite de la faible quantité de nourriture qui est mise à leur disposition ; mais parfois elles peuvent acquérir de grandes dimensions, comme c'est le cas des Clusies roses, qui sont des arbres qui s'installent sur d'autres arbres, ou comme les Orchidées géantes de Java, les Grammatophylles.

Toutes les plantes que nous venons de mentionner sont simplement posées sur les arbres ; elles peuvent quelquefois les entourer, les encercler, mais jamais elles n'enfoncent aucun suçoir dans leur écorce. 11 n'en est pas de même des parasites, qui sont légion dans les régions chaudes et qui sont surtout représentés par des Loranthacées, famille innombrable dont une espèce, dans les pays froids, est le Gui. C'est tout un monde infiniment varié de parasites qui s'incruste sur les branches des arbres, qu'ils déforment et tuméfient d une manière parfois très étrange, formant ce que l'on appelle la rose de Palo au Mexique, la rose de Madère au Guatemala. Parfois, le parasite s'insinue dans la plante hospita-

boretum Amazonicum.

Végétation des bords du rio Arama (Brésil).

Arbres avec Tillandsia usneoides (Mexique).

Cl. Briquet.

lière sans se trahir au dehors. Nous avons déjà parlé des Rafflésiacées et des Balanophorées, plantes informes, décolorées, souvent nauséabondes, dont les dernières jouent dans les forêts tropicales le rôle des Champignons de nos bois (voir page 57).

Types spéciaux de végétation tropicale. — La forêt igapo ou forêt marécageuse des bords de l'Amazone est composée presque exclusivement de Palmiers, avec un sous-bois riche en herbes et en arbustes. Comme Palmiers, des Astrocaryum, des Mauritia, des Euterpes, des Œnocarpes, etc., puis des Légumineuses (Campsiandra), des Euphorbiacées (Hevea), des Myristicées (Virola, sorte de Muscadier), des Sapotacées (Mimusops).

Au bord de la mer, en Asie et dans toutes les îles de l'Océanie, abonde le Cocotier. A noter aussi la flore des marigots, c'est-à-dire des lieux bas remplis d'eau par les pluies ou par les infiltrations d'un bras de fleuve ; elle se compose d'une foule de hautes herbes, parmi lesquelles dominent les Graminées et les Cypéracées.

La flore du littoral, ou mangrove, est caractérisée dans les régions tropicales par des plantes très particulières qui frappent tout de suite le voyageur. A mer basse, les Rhizophores ou Palétuviers (fig. 114) se montrent comme de grandes araignées végétales, appuyées sur le sol par de nombreuses racines en arceaux. C'est le Rhizophora Mangle, qui est l'avant-garde de la végétation dans la mer. Aux branches de ces plantes pendent des fruits qui atteignent parfois plus de 1 mètre de long. En réalité, il s'agit de graines qui ont germé sur la plante mère et qui ont acquis sur l'arbre, par suite de l'humidité de l'atmosphère où vivent ces plantes, la propriété d'être vivipares.

Grâce à cette particularité, la graine qui, d'ordinaire, tombe dans la vase, fréquemment recouverte par la mer, a déjà germé et s'enfonce profondément dans ce sol mouvant ; elle peut donc s'y installer avec une grande promptitude; c'est la raison pour laquelle ces végétaux se maintiennent là où tout autre serait i mmédiatemen t balayé par les courants marins.

«omeum.

Un Campsiandra laurifolia et deux Astrocaryum Jauaryi (Amazone).

Le rivage à Papétoai (Tahiti).

Cette flore littorale a quelques représentants particulièrement remarquables : les Avicennia, à racines respiratoires sortant vers le haut et pointant comme des asperges; les Bmguiera (Rhizophoracée), les LumnUzera (Combrétacée), qui ont des racines genouillées; les Carapa (Méliacées), qui ont une arête qui sort de la vase pour respirer.

La flore qui garnit les flancs des montagnes dans les régions tropicales est aussi des plus intéressantes à suivre en altitude. Sur le versant méridional de l'Himalaya, les Palmiers, les Bananiers, les Fougères arborescentes disparaissent vers 2 000 mètres, puis les Lauracées vers 2 600 mètres et les Magnoliacées vers 3 000 mètres. Des arbres voisins de ceux de nos forêts boréales : Chênes, Bouleaux, Conifères, se rencontrent ensuite, mélangés à des essences tropicales (Bambou), et disparaissent vers 3 700 mètres. Plus haut, et jusqu'à 4 900 mètres, s'étend la région alpine, avec des espèces analogues à celles de nos Alpes. Dans les Andes tropicales, ainsi que sur les hautes montagnes d'Afrique, il en est à peu près de même : les espèces seules diffèrent. En gravissant le Kilimandjaro, on passe, de 2 900 à

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