FLORE DES ILES
Caractères généraux. — Les flores insulaires offrent un intérêt tout particulier, parce qu elles nous donnent souvent des étapes de l'évolution. C'est, en particulier, par l'étude de la flore et surtout delà faune des îles Galapagos que Darwin, en 1831, fut converti aux idées transformistes : il remarqua, en effet, que les animaux qui peuplaient les îles de cet archipel avaient des caractères américains, mais qu'on ne trouvait aucun d'eux en Amérique; il constata, en outre, qu'il y avait des espèces spéciales dans chaque île, appartenant à des genres identiques qui n'existaient nulle part ailleurs sur le globe. C'était donc une preuve convaincante de la théorie de la transformation des êtres dans les temps passés.
Quelque chose d'analogue s'observe, par exemple, dans les îles Juan-Fernandez, qui se trouvent à 640 kilomètres en face de la côte du Chili : elles sont d'origine volcanique de la base au sommet et les éruptions qui leur ont donné naissance sont de l'époque tertiaire ou des périodes postérieures. A moins qu'il n'y ait eu génération spontanée, il faut donc admettre que cette flore dérive de celle des continents voisins, et c'est l'Amérique du Sud qui a dû contribuer surtout au peuplement de cet archipel ; toute la flore, en effet, ssmble d'origine américaine par ses affinités; il y a des espèces qui y paraissent transportées encore à l'heure actuelle : ce sont les types non endémiques, c'est-à-dire qui se retrouvent en Amérique ; 1 43 sont dans cette catégorie : ces plantes ont toutes été transportées par le vent, par les oiseaux marins ou par les courants marins. Nous pouvons d'ailleurs être renseignés sur la façon
dont se fait le peuplement d'une île nouvellement formée à l'heure actuelle : Treub, à Java, a suivi d'année en année la réapparition de la végétation dans l'île Krakatau, qui avait été presque complètement détruite après une épouvantable éruption volcanique. Quelques mois après l'éruption, il y eut peuplement surtout de Fougères par le vent, puis au bout de dix ans, de vingt ans, a dominé le rôle des courants marins pour la reconstitution de la flore du littoral. Aux Açores, sur 480 espèces, 439 ont été trouvées en Europe, à Madère, aux Canaries; parmi ces espèces, on en distingue 45 dont les fruits ou les graines ont un appareil de vol (aigrette, aile); 65 ont des graines très petites et très légères (transportées par le vent), 84 sont glumacées (transportées par lèvent ou les courants), 38 ont des fruits charnus (transportés par les oiseaux qui les mangent). Ces données peuvent servir à expliquer la constitution de la flore endémique des îles Juan-Fernandez : sur 69 plantes de cette catégorie, il y en a 61 présentant les caractères suivants de leurs semences; 19 à drupes et baies ont pu être transportées dans les temps passés par les oiseaux de mer; 34 ont des graines petites ou à appareil de vol, qui ont été transportées par le vent ; 8 à graines ou fruits dans un périgone et transportables par les courants. Les espèces introduites dans cet archipel par ces procédés de propagation, qui sont ceux que nous connaissons à l'heure actuelle, s'y sont installées et y ont évolué : elles ont disparu du continent d'où elles venaient et on ne les trouve plus nulle part ailleurs sur le globe. Ce qui est plus extraordinaire, c'est que, pour certaines de ces espèces endémiques, l'évolution a eu lieu dans un sens déterminé dans chaque îlot de 1 archipel : on
Flore de Masafuera (Juan-Fernandez)
Vegetatinnsbilder.
: Myrceugenia Schultzei.
Veyi'tntionsbilder.
Flore de Juan-Fernandez : Dendroseris, Robinsonia.
Groupe de Pachypodium Geayi (Madagascar).
trouvera dans les deux îles Masa tierra et Masa fuera, de l'archipel de Juan-Fernandez, des espèces voisines, mais distinctes :
MASA TIERRA Dendroseris pinnata.
Wahlenbergia Berteroi.
Eryngium hupleuroides.
Myrceugenia Fernandeziana.
MASA FUERA Dendroseris gigantea.
Wahlenbergia tuberosa.
Eryngium sarcophyllum.
Myrceugenia Scbultzei.
océans sont donc extrêmel'évolution de la vie sur le
Les flores des îles perdues dans les ment intéressantes au point de vue de globe; malheureusement, depuis que l'Européen lésa découvertes, il a contribué notablement à en détruire ou en altérer la végétation. L'île Sainte-Hélène était, en 1501, au moment de sa découverte, peuplée d'une flore très curieuse, mais des chèvres furent introduites en 1513, et leur nombre s'accrut avec une grande rapidité; en 1 700, les forêts avaient déjà beaucoup diminué et, à l'heure actuelle, beaucoup d'espèces qui n'existaient que là sur le globe ont disparu. A la Nouvelle-Zélande, l'arrivée du blanc a amené l'invasion de la Renouée aviculaire, du Laiteron potager et d'autres plantes européennes. Nous ne possédons plus qu un fragment de la flore des Mascareignes, parce que la culture de la Canne à sucre a amené la destruction de la forêt vierge.
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Alluaudia procera (Madagascar).
Flore de Madagascar. — A Madagascar, il y a lieu de distinguer trois régions : celle de la forêt tropicale, sur la côte orientale ; celle des savanes des contrées montagneuses du Centre et du Nord-Ouest; enfin celle du Sud-Ouest, qui est presque désertique et peuplée surtout par des plantes épineuses. La première région est caractérisée par des Vaquois, en forme de candélabre, de 18 mètres de haut, à feuilles de 3 à 4 mètres de long, dont la tige atteint à sa base 1 mètre d'épaisseur; par l'Arbre du voyageur ou Ravenala de Madagascar; par le Raphia ruffia, qui est un Palmier. La présence d'une Lythracée endémique rare (Lagerstrœmia) indique bien une relation avec le domaine indien des moussons. C'est surtout la région du Sud- Ouest, de caractère demi-désertique, qui est intéressante. C'est là que se trouvent des familles nouvelles, comme les Didiereacées (ayant des affinités avec les Polygonacées), composées de ces plantes épineuses curieuses, les Didierea et les Alluaudia, tel Y Alluaudia procera (A. élevé). On y trouve aussi des Apocynacées remarquables, comme le Pachypode de Geay ; une flore curieuse d'Asclépiadacées, comme le Kompitsé, qui donne du caoutchouc (Gonocrypte de Grève), et une légion d'Euphorbes sans feuilles.
L'aspect de la végétation de Diego-Suarez permet de prendre une idée de la seconde flore du nord. La flore de Madagascar est d ailleurs en accord avec sa faune (Lémuriens) pour montrer l'autonomie et l'antiquité de cette grande île.
Flore d Australie. — L'Australie est de même renommée comme la patrie des marsupiaux. Cette île immense, qui est un véritable continent, n a pas, comme de juste, un climat uniforme : elle possède, au Nord, un climat tropical et au Sud, un climat presque méditerranéen; en outre, il y a au centre un véritable désert. Il y a deux éléments étrangers principaux dans cette flore : l'élément malaisien et mélanaisien et l'élément antarctique; ils sont associés avec l'élément australien. La flore de l'Australie comprend environ I 400 genres, 8 850 espèces; il y en a seulement 15 pour 100 qui se retrouvent ailleurs ; toutes les autres et la majorité des genres sont endémiques ; parmi les espèces spéciales (australes), 40 pour 100 se trouvent dans l'Australie occidentale. Sur la côte nord, soumise au climat tropical, se trouvent des bouquets de Palmiers (Kentia et Livistona), des formations de Vaquois, de
Bauhinia, d'Arbres à thé, de Leptospermes. Sur la côte orientale du Queensland, on a de grandes forêts, à l'ombre desquelles croissent des Fougères en arbre et des Palmiers grimpants, comme le Calame austral ; une Urticacée (Laportea moroides), dont les piqûres produisent souvent des inflammations mortelles, notamment pour les chevaux ; on y trouve aussi des Araucaria de Bidwell (Bunya- Bunya, fig. 1 15), à graines comestibles, à feuillage persistant, ainsi que les Livistona. Dans l'Australie méridionale se trouvent des forêts d'Eucalyptus (fig. 116), forêts sans ombre, d'arbres atteignant 100 mètres et plus ; on peut trouver dans cette contrée et en Tasmanie des Fougères arborescentes (Cyathées, Dicksonia, Todea) qui forment le sous-bois. 11 y a aussi quelques Protéacées (Grévillée, Hélicie), mais elles sont moins nombreuses que dans l'Ouest; dans la région alpestre des Alpes australiennes, entre I 200 et 2 000 mètres, il y a des Hêtres antarctiques et des formes alpines d'Eucalyptus (E. pauciflore, E. alpin), avecdes Èricacées
Euphorbia Laro (Madagascar
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